SCÈNE XI
BENJAMIN, LELIA, parée ridiculement:
ensuite ALFRED. Il a un manteau pardessus sa redingote,
LELIA , à part. Me voilà à peu près costumée et je vais faire un fameux effet
dans VImpératriee et la Juive. . . Ah ! vous voilà, monsieur l'amoureux. .. il est gentil. BENJAMIN. Pardon , madame , je n'ai pas l'honneur de vous coiiiiaître.
THl^ATRAL.
LELIA. Ma belle-sœur vient de me dire que vous ne l'aviez pas trop bien reçue : j'espère que je serai plus heureuse qu'elle.
BENJAMIN. Si vous savicz ce que votre belle-sœur m'a proposé...
LELIA. Il est possible que la Mère et la Fille ne vous convienne pas ; mais je suis sûre que nous nous entendrons nous deux.
BENJAMIN , à part. Qu'est-ce qu'elle veut encore celle-là ?
LELIA. Je suis bien aise que vous voyez comment je me tire d'une scène d'amour.
BENJAMIN. Comment, vous aussi ?
LELIA. Tiens! vous allez voir.
BENJAMIN. C'est de plus fort en plus fort!
LELIA. Tenez , voici Jean le cocher , dont je suis la maîtresse , vous allez m'en dire votre avis.
BENJASiiN , Cl part. La maîtresse d'un cocher !
LELIA , à Alfred qui entre. Voilà le jeune homme en question , nous allons nous essayer devant lui.
ALFRED. Comme vous 'oudrez.
BENJAMIN. Qu'est-ce que vous allez essayer ?
AI IRED , has il Benjamin. Je ferai de mon mieux. Vous sentez bien qu'une rotonde comme ça ne peut guère inspirer de l'amour
LELIA Allons, monsieur Jean, venez voir votre petite Zoé
BENJAMIN. Zoé ?
LELIA. \J Impératrice !
ALFRED, bas à Benjamin. Elle est folle.
BENJAMIN. Il fallait donc me le dire tout de suite.
LELIA , s 'asseyant. Me voilà sur le canapé, je vous attends.
BENJAMIN. Sur le canapé ! . . . {Prenant son r}iapeau.)3e vous souhaite bien le bonjour.
LELIA. Où allez vous donc ?
BENJAMIN. Je m'en vas. Vouloir me rendre témoin de vos inconvenances avec un cocher ! c'est ignoble.
ALFRED. Ah... cocher... elle aurait pu dire écuyer du Cirque. D'ailleurs, vous savez bien que madame est mie courtisane qui a fait son infâme métier à Thessalonique.
BENJAMIN. C'est une courtisane!... ah!
je n'en savais rien. i
ALFRED. Ce n'est pas elle que j'aime; c'est son pouvoir.
BENJAMIN. Je vois qu'elle est toute-puissante.
ALFRED. Une femme qui a été capable de prendre un petit gai'çon aux Enfans-Trouvés , pour voler un héritage , et qui doit
LES IMM
assassiner son mari pour ni't'pouser, peut bien avoir un coclicr pour amant.
BENJAMIN , exaspéré. Je tombe de mon baut , vous me cassez bras et jambes.
LELIA. Je vous attends.
ALFRED. Yoilà, voilà.
LELIA , déclamant. Je t'ai aimé , Jean , parcequetues beau; jet'aime, parce que tu es bbre et fier. Les adulations de mes courtisans , de ces bommes sans volonté , sans caractère, souples comme leurs robes de soie , ne valent pas ta brusque éner(j,ie. Tu as fait d'un caprice une passion brûlante et vraie. Ob ! je voudrais avoir vinjjt couronnes, pour les poser une à une sur ta tète... La!
ALFRED, imitant Lockruy. Pourquoi pas , qui m'empècberait d'aspirer au trône , si tu le permettais ? 3Ia naissance ? Léon III fut laboureur, Léon Y soldat, ^licliel II mendiant... Le manque de partisans? que demain je me présente à l'bippodrome avec la couronne et le manteau de pourpre... le peuple me suivra , parce qu'à présent le respect estattacbéà l'iiabit , non à la personne. Craindrais-je le dévouement des Romains à la race impériale? ils ont vu passer tant de familles sur le trône, qu'ils ne sont plus attacbés à aucune. Ob! si le basard t'avais laissée maîtresse de tes actions , et que tu eusses daigné m'élever à un baut rang , ta puissance te serait restée tout entière , car elle n'eût appartenu qu'à toi ! qu'à toi ! qu'à toi !
LELIA. Assez I assez !
BENJAMIN. Obi qu'à toi! qu'à toi! Où voit-on des borreurs pareilles?... Et vous, la grosse, n'avez-vous pas de bonté... de... Ah fi!
LELIA. Qu'est-ce qu'il a donc ce jeune homme ? il est bien furibond , vous m'avez l'air d'un p<kit rococo , mon cher !
BENJAMIN. Et vous d'une {jvosse rococotte , ma chère !