SCÈNE IX
MANUELA, ZARAH, sur le devant du théâtre; FRA LORENZO, ZmiGA, entrant par le fond; ' OTTAVIO et FARIUS, sortant de l'hôtellerie et prenant le café sous la tente de l'hôtellerie. ZUMGA , entrant en causant avec Lorenzo. Je vous remercie, monseigneur, de la lettre que vous venez d'envoyer à mon hôtel.
FRA LOKEN'ZO.
Elle était de don Juan de Guimarens?
ZCMGA.
De lui-même.
FRA LORENZO
Je m'en doutais...
ZUXIGA.
Mais, dans son impatience, il l'avait précédée...
FUA I.OUEXZO.
Le jeune don Juan est ici?
ZUNIGA
Descendu à mon hôtel, où je viens de l'embrasser et de lui offrir l'hospitalité. C'est chez moi qu'il logera. 11 s'habille pour se rendre à la promenade du château, où il espère rencontrer ces dames.
FRA LOREîîzo, aux deux dames à gaucht.
Que vous disais-je ?... Je ire vous quitte pas, car je veux ^tre témoin de l'entrevue ! Il continue à parler bas avec les deux dames, et remonte avec elles le théâtre en se promenant.
OTTAVio, à droite du théâtre.
Ah ! Guimarens est ici !
ZUNIGA , s'approchant et à demi-voix.
Au contraire... cette lettre m'apprend qu'en ce moment peut-être il n'ex'ste plus !... Un duel politique que l'on tient secret et pour cause...
FABIDS.
Un duel !
ZUNIGA
Avec un Portugais... le jeune duc de Bragance, qui lui a donné un coup d'épée et qui a disparu... on est à sa poursuite... etcepauvreGuimarens...
FABIUS
Ne viendra pas î
ZUNIGA
Un autre prendra son nom et sa place, et si vous me secondes...
FAEIUS.
Quel est ton dessein?
ZUNIGA
D'aller dans ma vengeance aussi loin que possible!... N'importe à quel moment la ruse se découvre... il y aura dans cette aventure assez de scandale pour faire oublier la scène du soufflet... Silence! à vos rôles!
V\'VV\-VV\'XVVWVVW\VV\'V'W\XV^^VtWVVVW'VV\'V\'WVVWWvV\\WVVV
SCÈNE X- A gauche du théâtre. MANUELA, ZARAIl , LORENZO DE VASCONCELLOS, causant ensemble. A droite, ZUNIGA, FABIUS, OTTA- VIO ef QUELQUES JEUNES SEIG.NEURS.OCCMpe'i SOUS
l'auvent de l'hôtellerie à prendre du café. Par le fond, précédé de Pages et d'une escorte bril. ' lante, paraît RICCARDO; des Dames et des Bourgeois de la ville, qui se rendaient à la promenade du château, s' arrêtent et regardent son arrivée.
FINAL
ZCNIGA, à demi-voix aux dames.
Voici ses valets et ses pages.
FAQiuset OTTAVio, apercevant Riccardo qui entre, vont au-devant de lui et lui tendent la main. C'est bien lui, je le reconnais !
ZUNIGA, s'approchant de Fra Lorenzo et lui montr ant Riccardo.
Sa longue absence et les voyages N'ont point du tout changé ses traits.
Ne trouvez-vous pas ?
FRA LORENZO, naïvement.
C'est possible !
Mais moi qui ne l'ai jamais vu...
ZDNiGA, à Fra Lorenzo.
C'est juste !
RiCGARDO, troublé, et rendant les saluts à Ottavio et aw» jeunes seigneurs.
A votre accueil... messieurs... je suis sensible!... ZUNIGA, bas à Riccardo.
Allons, du cœur!... te voilà trop ému!
RICCARDO, à demi-voix et tremblant.
C'est un mensonge t...
ZDMiGA , de même.
Eh ! non... une innocente ruse Qu'on pardonne à l'amonr, et que l'amour excuse ! Fais-toi d'abord aimer, je réponds du pardon ! RICCARDO, de même.
Ah 1 s'il était vrai 1
ZUNIGA, de même.
Pourquoi non ?
A haute voix.
Je veux te présenter I
FRA LORENZO, passant et le prenant par la main poiir le conduire à Zarah.
Honneur que je réclame !
ZUNIGA, bas, en riant, à ses amis.
C'est bien plus gail...
FRA LORENZO, présentant Riccardo à Zarah. Voici, madame Juan de Guymaiens, issu du sang royal.
Beau cavalier l
A demi-voix.
Comment le trouvez-vous?
ZARAH , d'un air indifférent.
Pas mal!
Comme les autres, du reste 1
Le regardant plus attentivement.
Non !,.. il est mieux cependant
LE GUITARRERO.
ZOMIGA, t'avançant près d'elle, d'un air railleur. Et pourquoi ?
ZAUAH, le regardant avec dédain.
Il a l'air plus modeste!
oTTAVio, bas à Zuniga.
As -tu compris?
ZUNIGA , de même.
Très-bien ! . . . cela s'adresse à moi 1 ZUNIGA et SES AMIS, à demi-voix.
C'est lui que nous préfère Cette beauté si fière ; Tout va bien ! tout va bien !
Quel bonheur est le mienl Sa grâce et son maintien No font soupçonner rien.
Tout va bien, tout va bien !
, MAKUELA et FRA LORENZO.
Cette beauté si fière Est pour lui moins sévère; Tout va bien ! tout va bien I Quel bonheur est le mien! Son air et son maintien, Son aimable entrelien.
Tout me paraît très-bien !
zuisiGA, à Riccardo, lui faisant signe d'avancer. Va donc!...
RICCARDO, passant près de Zarah.
{Motif de la romance du premier morceau.) Oii trouverai-je, ô belle et noble dame ! Des accens Et des (liants Pour vous assez touchants ?
ZARAH, à part, avec émotion, regardant Riccardo. Qu'entends-je !
RICCARDO, continuant.
Oui, désormais, et ma vie et mon âme Sont à vous, Et par vous Feraient bien des jaloux!
EXSEJlliLE.
ZARAH, troublée et le regardant toujours. Oui, j'ai cru reconnaître Cette voix... ces accens 1...
Et soudain je sens naître Le trouble en tous mes sens.
RICCARDO, à part, examinant son émotion. Elle a cru reconnaître Cette voix... ces accens...
Et son trouble fait naître '
Le trouble en tous mes sens.
ZUNIGA et TOUS SES AMIS.
C'est lui que nous préfère Cette beauté si fière, etc., etc.
FRA LORENZO et MANUELA.
Cette beauté si fière
Est déjà moins sévère, etc., etc.
VVVVVVVVV\A/VVVVV\VVVVVVVV\AVVVVVV'VVVVV\VVVV\,VVVtVVVVVVVVVVVV
SGjÈNE XL
Les mêmes, MARTIN DE XIMENA.
FRA LORENZO, l'apercevant de loin , et allant avrdevant
de lui.
Martin de Ximenal... venez, accourez donc 1
MARTIN
Et pourquoi, monseigneur?
FRA LORENZO
Il nous vient du Mexique Un seigneur dont vingt fois vous m'avez dit le nom. Juan de Guimarens 1
MARTIN, se frottant les mains.
Excellente pratique 1 Qui me devait beaucoup !...
ZUNIGA et SES AMIS, d demi-voix, pendant que Martin s'avance.
Tout va mal 1 tout va mal i 0 hasard infernal I Mon comjilot conjugal Va, par un sort fatal,
Mal.
Tout va mal... tout va mal 1 MARTIN, à Lorenzo, et cherchant des yeux. Où donc est-il? qu'enfin je le revoie!.., FRA LORENZO , prenant par la main Riccardo, qui détourne la tête.
Je vous le présente !
MARTIN, le regardant, fait un geste de surprise.
Ah!...
Puis il s'incline avec respect, et dit froidement : Combien je suis content D'offrir mon humble hommage et d'exprimer ma joie Au noble Guimarens sur l'heureux changement... RICCARDO, d'un air suppliant.
Monsieur!...
MARTIN, continuant avec le même sang-froid. De sa santé!
FRA LORENZO, étonné.
Comment!...
MARTIN, regardant Riccardo en souriant.
Il allait mal, et va bien maintenant 1 ENSEMBLE.
ZUNIGA et SES AMIS.
0 bonheur ! 6 surprise nouvelle !
Le hasard a servi nos desseins.
0 beauté dédaigneuse et rebelle ,
Je tiens donc tes destins dans mes mains I
Je punis ta fierté qui m'offense,
Et gaîment te soumets à mes lois.
Et folie , et plaisir, et vengeance.
En un jour tous les biens à la fois I
RICCARDO
0 bonheur ! ô surprise nouvelle 1 Il tenait mon destin en ses mains 1 Et sa voix indulgente et fidèle A servi, protégé mes desseins 1 Mon bonheur a passé ma croyance I La voilà 1 je l'entends 1 je la vois 1 Les amours, les honneurs, l'opulence, En un jour tous les biens à la fois I
ZARAB.
C'est bien lui, c'est sa voix, oui, c'est elle, Dont la nuit m'apportait les refrains ! D'un amant si discret, si fidèle, Quels étaient les désirs, les desseins?
Même encor, redoutant ma présence, Il hésite, il frémit, je le vois 1 Son amour, son effroi, son silence.
Tout me charme et me trouble à la fois!
MARTIN
Je conçois sa surprise nouvelle :
Je tenais dans mes mains ses destins ; Mais ma voix indulgente et fidèle A servi, protégé ses desseins.
Il commence à chérir l'existence, Et du ciel ne maudit plus les lois I Les amours, les honneurs, l'opulence.
En un jour tous les biens à la fois 1
BUNDELA.
0 bonheur 1 6 surprise nouvelle I ""
D'où vient donc ce caprice soudain^
MAGASIN THÉÂTRAL
Quoi ! ce cniii- à l'hymon si n'l)plle Tout-à-couji a changé de dcRsein 1 Oui, son rang, sa valeur, sa naissance, Lui devaient mériter un tel choix !
Les amours, la beauté, l'opulence, C'est avoir tous les biens à la fois !
FRA LORENZO
Vous voyez que ce cœur si rebelle Tout-à-coup a changé de dessein.
Je l'ai dit, à mes ordres fidèle, Tout s'empresse et tout cède soudain !
Oui, son rang, sa valeur, sa naissance. Lui devaient mériter un tel choix ! ' Ses amours, la beauté, l'opulence, C'est avoir tous les biens à la fois 1 zuNiGA, bas à Riccardo, lui montrant Martin. Tu le connaissais donc?
RICCARDO, troublé.
Oui, sans doute... un ami Qui me connaît à peine... et me protège aussi !
MARTIN, bas, à Riccardo.
Je te l'avais promis !... tu vois que je commence !
ZUNIGA, bas, à Martin.
Y«us voilà du complot !
MARTIN, naïvement.
Tous ceux que l'on voudra 1
Ça vous arrange ! . . . moi de même. . . toucTiez là 1 RICCARDO, à voix basse, à Martin.
Croyez, monsieur, qu'en ma reconnaissance Tous mes jours sont à vous !
MARTIN, de même.
J'y compte bien, oui-dà !
Bt les réclamerai quand le moment viendra !
ENSEMBLE
ZUNIGA et SES AMIS.
0 bonheur ! ô surprise ! etc., etc.
MARTIN
Je conçois sa surprise, etc., etc.
ZARAH.
C'est bien lui, c'est sa voix, etc., etc.
MANCELA.
0 bonheur ! ô surprise ! etc., etc.
RICCARDO
0 bonheur! ô surprise! etc., etc.
FRA LORENZO
Vous voyez que ce cœur, etc., etc.
Zunigo et Martin font signe à Riccardo d'offrir sa main à Zarah : elle l'accepte. Manuela prend le bras de Lorenzo, et ils se dirigent vers la promenade, suivis de Zuniga et des jeunes Seigneurs. La toile tombe.
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