‹ Recueil d'opérasChapitre 748 sur 1141 · RICCARDO, MARTIN DE XIMENA · texte numérisé non relu

RICCARDO, MARTIN DE XIMENA

MARTIN , entrant lentement et lui frappant l'épaule.

Il y a aujourd'hui huit jours!

RICCARDO

0 ciel ! déjà !

MARTIN

Partons-nous?... je viens te chercher.

RICCARDO, avec embarras et souriant.

Mais... je ne sais comment vous dire...

MARTIN

Que tu n'en as plus guère envie... je m'en doutais... et cependant il y a huit jours... si je t'avais laissé faire... tu vois donc bien qu'il ne faut jamais se presser... et qu'il y a toujours de la ressource... Touche là et sois heureux!... je te rends ta parole... je partirai seul.

RICCARDO

Ce n'est pas possible !... je ne le souffrirai pas.

MARTIN

Et pourquoi donc ?

RICCARDO

Je vous dirai ce que vous disiez vous-même... il ne faut jamais se presser.

MARTIN

Aussi... et à cause de ta noce, j'attendrai jusqu'à demain.

RICCARDO

Vous voyez par moi-même qu'il peut toujours arriver quelques chances favorables... dans le commerce, surtout.

MARTIN

C'est selon... Mes affaires à moi sont bien embrouillées... Demain, du reste, je saurai à quoi m'en tenir... et si je joue ma yie... c'est que la partie en vaudra la peine... Mais quoi?... est-ce un jour de lioces qu'il faut s'occuper de pareilles idées... Ne pensons qu'à toi et à ton bonheur... - Depuis huit jours que je t'ai quitté... pour mon commerce... tu as fait bien du chemin.

RICCARDO

C'est un bonheur auquel je ne peux croire... tout m'a réussi... tout m'a secondé... vous d'abord...

Oui, je ne t'ai pas trahi... ça ne me regarde pas... j'ai assez de mes affaires, san& me mêler des leurs... et puis tu aimais réellement... Et Zarah do Villaréal, toute grande dame qu'elle est, pouvait plus mal choisir. Si elle eût été ma fille.

MAGASIN THÉÂTRAL

je te l'aurais donnée, parce qu'avant tout je veux qu'on ait de ça... Mais il ne s'agit pas de moi, je ne suis qu'un négociant... il s'agit de toi : tout j ceci me paraît suspect, et je crains que quelque | complot ne te menace.

RICCARDO. I

Qui pourrait m'en vouloir? je n'ai pas d'ennemis.

MARTIÎÎ.

Non, mais tu as des amis, ce qui souvent revient au même.

RICCARDO

Ils ont été au-devant de mes vœux, ils ont fait de moi un grand seigneur, et dans leur générosité... chevaux, valets, bijoux, riches habits... ils m'ont tout prodigué, tout prêté, jusqu'à de l'or.

M-iRTEV , secoiiant la tête.

Des Espagnols... eux qui l'aiment tantl...

Ce n'est rien encore ; vous ne savez pas tout ce qu'ils ont fait pour moi... Craignant qu'il n'arrivât de Lisbonne, au gouverneur de cette ville, à l'inquisiteur, des nouvelles du véritable Guimarens... ils ont arrêté le courrier.

MARTIN , vivement.

Le courrier du ministre ?

RICCARDO

Précisément, et bien leur en a pris; de sorte que depuis huit jours, le seigneur inquisiteur... MARTi.v, de même.

Ne sait pas ce qui se passe à Lisbonne...

KICCARDO.

Il ne s'en doute pas... A'oilà ce qu'ils ont fait pour moi et pour faire réussir mon mariage... douterez-vous encore de kur amitié?

MARriN.

Non, sans doute, et je désire me tromper... Bonne chance alors -à don Juan de Guimarens.

RICCARDO

Ah ! ce mot seul détruit tout mon bonheur... car ce bonheur, je ne le dois qu'à un mensonge, et je veux tout avouer à Zarah !

MARTIN

En vérité !

RICCARDO

J'y suis décidé...

C'est d'un brave jeune homme; c'est bien; c'est très-bien... Dieu sait ce qui en arrivera...

RICCARDO

N'importe... dussé-je perdre son amour, je ne veux pas le devoir à une trahison.

MARTIN

Justement la voici... je vous laisse... Allons, ne tremble pas ainsi.

RICCARDO

Ah! c'est qu'elle est si belle!... N'importe; j'aurai le courage... j'aurai l'amour de tout lui dire.

Martin lui donne une poignée de .-iiain, et sorl.

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