RICCARDO, MARTIN DE XIMENA
MARTix, entrant lentement et lui frappant l'épaule.
Il y a aujourd'hui huit jours!
0 ciel ! déjà !
MARTIN
Partons-nous?... je viens te chercher.
RICCARDO, avec embarras et souriant.
Mais... je ne sais comment vous dire...
MARTIX.
Que tu n'en as plus guère envie... je m'en doutais... et cependant il y a huit jours... si je t'avais laissé faire... tu vois donc bien qu'il ne faut jamais se presser... et qu'il y a toujours de la ressource... Touche là et sois heureux!... je te rends ta parole... je partirai seul.
RICCARDO
Ce n'est pas possible !... je ne le souffrirai pas.
MARTIX.
Et pourquoi donc ?
RICCARDO
Je vous dirai ce que vous disiez vous-même... il ne faut jamais se presser.
MARTIX.
Aussi... et à cause de ta noce, j'attendrai jusqu'à demain.
RICCARDO
Vous voyez par moi-même qu'il peut toujours arriver quelques chances favorables... dans le commerce, surtout.
MARTIX.
C'est selon... 3Ies affaires à moi sont bien embrouillées... Demain, du reste, je saurai à quoi m'en tenir... et si je joue ma vie... c'est que la partie en vaudra la peine... Mais quoi?... est-ce un jour de noces qu'il faut s'occuper de pareilles idées... Ne pensons qu'à toi et à ton bonheur... Depuis huit jours que je t'ai quitté... pour mon commerce... tu as fait bien du chemin.
RICCARDO
C'est un bonheur auquel je ne peux croire... tout m'a réussi... tout m'a secondé... vous d'abord...
MARTIX.
Oui, je ne t'ai pas trahi... ça ne me regarde pas... j'ai assez de mes aflaires, sans me mêler des leurs... et puis tu aimais réellement... Et Zarah de Villaréal, toute grande dame qu'elle est, pouvait plus mal choisir. Si elle eût été ma fille.
MAGASIN THÉÂTRAL
je te l'aurais donnée, parce qu'avant tout je veux qu'on ait de ça... Mais il ne s'agit pas de moi, je ne suis qu'un négociant... il s'agit de toi : tout ceci me paraît suspect, et je crains que quelque complot ne te menace.
RICCARDO
Qui pourrait m'en vouloir? je n'ai pas d'ennemis.
MARTIN
Non, mais tu as des amis, ce qui souvent revient au même.
Ils ont été au-devant de mes vœux, ils ont fait de moi un grand seigneur, et dans leur générosité... chevaux, valets, bijoux, riches habits... ils m'ont tout [prodigué , tout prêté, jusqu'à de
l'or.
MARTIN , secouant la tête.
Des Espagnols... eux qui l'aiment tant!...
RICCARDO
Ce n'est rien encore ; vous ne savez pas tout ce qu'ils ont fait pour moi... Craignant qu'il n'arri- Tât de Lisbonne, au gouverneur de cette ville, à l'inquisiteur, des nouvelles du véritable Guimarens... ils ont arrêté le courrier.
MARTIN , vivement.
Le courrier du ministre?
RICCARDO
Précisément, et bien leur en a pris; de sorte que depuis huit jours, le seigneur inquisiteur... MARTIN , de même.
Ne sait pas ce qui se passe à Lisbonne...
RICCARDO
Une s'en doute pas... Voilà ce qu'ils ont fait pour moi et pour faire réussir mon mariage... douterez-YOus encore de leur amitié?
MARTIN
Non, sans doute, et je désire me tromper... Bonne chance alors à don Juan de Guimarens.
RICCARDO
Ah! ce mot seul détruit tout mon bonheur... car ce bonheur, je ne le dois qu'à un mensonge, et je veux tout avouer à Zarah !
MARTIN
En vérité î
RICCARDO
J'y suis décidé...
MARTIN
C'est d'un brave jeune homme; c'est bien; c'est très-bien... Dieu sait ce qui en arrivera...
RICCARDO
N'importé... dussé-je perdre son amour, je ne veux pas le devoir à une trahison.
MARTIN
Justement la voici... je vous laisse... Allons, ne tremble pas ainsi.
RICCARDO
Ah! c'est qu'elle est si belle!... N'importe; j'aurai le courage... j'aurai l'amour de tout lui dire.
Martin lui donne une poignée de main, et sort.
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