GÉRARD, CATARINA
DUO
GÉRARD, à Catarina.
Ah ! je me sens mourir !
Arbitre de ma vie, C'est toi Quejerevoi, 0 ma douce amie, 3ui, je viens l'arracher à ton sort si cruel. Dieu me rend, près de toi, les délices du ciel ! CATARINA , avec amour.
Gérard ! !
GÉRARD
... Ah ! dans leur rage infâme , A mon amour ils croyaient te ravir, Lorsque c'est Dieu , d'un rayon de sa flamme , Qui lui-même a voulu nous unir.
CATARINA , à pari.
Gérard! ô ciel !... que dire?...
GÉRARD
Mais, près de moi , ton cœur soupire?
CATARINA, à part.
Le bonheur est ici... la mort à quelques pas !
GKRARD.
Grand Dieu! ne partages lu pas Et mon bonheur et mon ivresse?
CATARINA
Pardonne-moi le trouble qui m*oppre>se !
GÉRARD
Et pourtant je suis près de toi !
CATARINA, à part.
Mon Dieu! mon Dieu! prolégez-moi...
CATARINA, à part.
Hélas! il faut que je l'oublie, Quand il vient me jurer un amour éternel. Comment lui dire ici que sa flamme est trahie? Plutôt la mort que cet arrêt cruel.
GÉRARD , reprise du premier molif.
Arbitre de ma vie, C'est toi Que je revoi. 0 ma douce amie, Oui , je veux le jurer un amour éternel , Dieu me rend , près de toi , les délices du ciel !
GÉRARD, indiquant la croisée.
Quand ma bar/(ue rapide Atteindra l'autre bord , Un ami sûr, un guide A'a nous mener au port.
Viens , la nuit sombre
Couvre nos pas , L'amour dans l'ombre
Ne tremble pas.
Viens, tout sommeille;
Mais dans la nuit
L'amitié veille ,
Dieu nous conduit !
CATARINA, s'échappanl des bras de Gérard qui veut l'entraîner vers le balcon^
Non, non, Gérard, c'est impossible!
Il faut partir... Fuyez , oubliez-moi.
GÉRARD
Ah! grand Dieu! que dis-tu? Mais les serments,
[ta foi?
CATARINA, à part.
Il croit que je l'oublie, Quand je me sacrifie.
GÉRARD
Ne m'aimerais-lu plus? Cet aveu , c'est mon sorl... Mon avenir... oU ma vie... ou ma mort!
Pitié ! pitié ! .
LA REINE DE CHYPRE
CATARINA
GERARD
... Parle!
GATAHINA.
... O douleur extrême !
(Elle aperçoit le rideau de la chambre secrète s'enlî-'ouvrir et voit briller le poignard des spadassins. )
Eh bien ! ce n'est plus toi que j'aime , Non , non... ce n'est plus loi.
GÉRARD
. . . Quoi ! de sa bouche même Un tel aveu! Dieu!... je frémis d'horreur! Et de surprise et de terreur !
CATARINA , à part.
Tout me trahit et m'abandonne,
Au malheur j'ai voue mon sort.
D'horreur, d'eiïroi mon cœur frissonne...
Autour de moi , partout la mort !
J'ai prononcé l'aflrcux blasphème,
Kt malgré ces mots odieux
C'est toujours lui , c'est lui que j'aime,
A lui mon cœur et tous mes vOsux !
GÉRARD
Ah ! viens, suis moi , je t'en conjure. Tu ne peux pas être parjure.
CATARINA, à part.
Mon Dieu ! prenez pitié de moi !
Partez , Gérard , partez sans moi !
GÉRARD, la \ojant fuir avec terreur.
Eh bien ! il est donc vrai ! J'ai de ta perlidie Pénétré le secret affreux !
CATARINA , avec surprise.
Que dit-il?...
GÉRARD
... Un rival , au bonheur de ma vie Vient opposer Un titre, un rang, un nom pompeux.
CATARINA
Ociel!...
GÉRARD
...C'est le bruit de Venise !
Un prince... un roi t'offre sa main.
Et l'odieux espoir de cet illustre hymen , Ton orgueilleux désir en secret l'autorise.
CATARINA
C'en est trop!...
GÉRARD. <st,
... bi ces bruits sont menteurs.
Dis un mot, et je crois... ,
CATARINA , voyant Mocénigo , qui lui fait un signe de
menace et disparaît.
--;;' ".....iTout est vrai... %^ A part.
; ... Je me meurs !
GÉRARD , avec un désespoir contenu.
Je vous pardonne , à vous , à vous que ma faible|j Chérit peut-être encor d'une indigne tendresse. Mais celui qui m'arrache ù l'espoir, au bonheur Jusqu'au pied de l'autel je trouverai son cœur !
CATARINA
O douleur mortelle !
O peine cruelle !
Ma bouche fidèle Peut tromper ainsi !
Quel horrible outrage.
Quel aiïr^x langage !
IVÎais sans mon courage Il périt ici.
GERARD
o douleur mortelle!
Grand Dieu ! Quoi ! c'est elle Qui me parie ainsi ' Odieux langage , Trop cruel outrage !
D'horreur et de rage Mon cœui- est saisi.
CATARINA , courant & Gérard qui s'éloigne. Gérard , encore un mot , de grâce !
GÉRARt).
Pour un rival , je comprends vos regr-cts !
CATARINA
Ah ! vous ne savez pas... mais peut-être à ma place. .»-
GÉRARD , avec désespoir.
Je n'aurais pas trahi !...
CATARINA
... Vous parlez .■ GÉRARD, la repoussant et fuyant par le balcon.
... Pour^amais.,;
KCatarina tombe évanouie près du balcon, le rideau de la chambre secrète se relève, les spadassins paraissent à la porte , précédés de Mocénigo. )
MOCÉNIGO;, àCatarina, Pour sécher tant de pleurs un royaume t'attend. Calarina Conrer...
; la montrant aux spadassins. )
... A Chypre, maintenant !
r><>.r.->i.i II.