‹ Recueil d'opérasChapitre 857 sur 1141 · CLERCS · texte numérisé non relu

CLERCS

sieur le niuniii|ial m'a dit <|u'il était amoureux (lu vous, et qu'il viendrait souvent manger ma soupe à Paris; M. le marguillier m'a porté une antienne qui m'a coûté trois écus d'or pour recouvrir son banc en velours de Lyon; le prieur des capucins vous a tapé sur les deux joues en me disant qu'il n'y a rien de plus bête que le mariage; et M. le lieutenant-civil a prétendu que vous étiez trop jeune et trop jolie pour moi.

MCETTE.

Oh! il a beaucoup d'esprit, M. le lieutenant-

Grand merci ! mais je ne suis pas un sot non plus; et je le lui prouverai quand il voudra, mort-non-du-diable !

KICETÏE.

Encore!... Ah çà, mais, monsieur Girot, je m'aperçois que vous jurez h chaque instant.

GlROT.

V^ertu-Dieu ! je le crois bien! c'est une haliitude du beau monde. Je ne reçois à Paris, dans mon noble cabaret, que des officiers de la cour, et j'en ai pris le ton et les manières galantes. Quand on demeure au Pré-aux-( lercs, en face du Louvre, on est quasi de la maison dn roi; et c'est ce que m'a dit un clievau-léger à qui je fais crédit depuis deux ou trois mois.

MCETTE.

Il paraît que vous êtes vaniteux; et vous devez bien vous glorifier de me savoir filleule de madame Marguerite de Valois, sœur du roi de France, et mariée au roi de Navarre !

Cl ROT.

Oui, pardieu ! cela m'enchante! Mais! comment cet honneur vous est-il advenu? Quel sngulier hasard ! car enfin la reine de Navarre est presque aussi jeune que vous.

KICETTE.

Oui. La cour vint chasser dans les environs ; la reine-mère s'arrêta dans notre hôtellerie le jour même de mon baptême ; la petite Marguerite regarda dans mon berceau , joua avec moi comme avec sa poupée, voulut me suivre à la paroisse, et on la pria d'être ma marraine.

GIROT

Voyez-vous les profits du voisinage de la cour!

MCETTE.

oh! les profits!... je n'en ai guère entendu parler; il est vrai que le roi de Navarre n'est pas riche ; et , depuis qu'il s'est sauvé de Paris , on dit qu'il tient la campagne avec un pourpoint tout percé.

GIP.OT.

C'est possible ; il me doit encore le dernier souper qu'il fit chez moi avec Biron, Duplessis, Daubigné , et une douzaine de ses amis et des miens. Mais enfin votre marraine vous visité quelquefois?

NICETTE. r

Oui, quand la chasse vient jusqu'ici ; et peut êtie aujourd'hui. Je viens d'apercevoir sur la route de Paris un piquet de chevau-légers.

GlROT.

Attendons, ma chère, attendons; et tous entendrez les courtisans : Ah! ah! voilà maître Girot, l'hôtellier du Pré-aux-CIercs!... connaissez-vous sa pâtisserie et son caveau? Allons au Pré-aux-Clercs ! Vive le Pré-aux-Clercs!... Et ils ont raison! ils ont pardieu raison!

NICETTE

Vraiment?

GIROT

Le Pré-aux-Gclercs! ah ! ah !

DUO

GinoT.

Les rendez-vous de noble compagme Se donnent tous dans ce charmant séjour; Et doucement on y passe la vie A célébrer le Champagne et l'amour.

MCETTE.

El du pays je serai la maîtresse?

GlROT.

Vous en aurez l'iionneur et le plaisir.

MCETTE.

Je recevrai la cour et la noblesse?

GIROT

Oui , tout cela chez moi se fait servir.

ENSEMBLE

Les rendez-vous de noble compagnie, etc. GIROT.

Dans ma prairie

Fraîche et fleurie

Dame jolie

Viendra s'asseoir.

Celui qu'elle aime

D'amour extrême

Bientôt de même

Viendra le soir.

Puis le feuillage

D'un frais rivage

Les ei;coiirage

A soupirer ;

Et sous l'ombrage ,

Tendre langage.

Serments d'usage

De s'adorer.

MCETTE.

Et sous l'ombrage, etc.

GIROT, d'un air sombre.

Toui-à-coup un autre tableau!...

MCETTE.

Comment? encore du nouveau!

GIROT

L'œil animé, brillani d'audace, Deux cavaliers, le fer en main.

Me font l'honneur, me font la grâce De se tuer sur mon terrain.

ACTi-: 1, 8(:i':Nt<. 11.

Quoi ! c'est c'Iiez vous qu'on vient se l)al(ru.''

oiRor.

C'est le bon ton.

MCETTE.

C'est le bon ton?

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