‹ Recueil d'opérasChapitre 865 sur 1141 · MERGY, CANTARELLI · texte numérisé non relu

MERGY, CANTARELLI

CASTARELLI.

Eh! quelle joie de VOUS revoir! quelle rencontre inattenilue! le seigneur deMergy, l'ami du Béarnais, dans la ville d'Etampes!

MERGY

Vous m'avez donc remémoré tout d'abord?

CASTARELLI.

Perdio ! puis-je oublier votre courtoisie quand le sort me fit votre prisonnier après la terrible arquebusade de Bergerac, à laquelle mon bienheureux patron me fit la grâce d'échapper !

MERGY

Que risqulez-vous ? nous vous trouvâmes derrière un mur, et disant votre chapelet sous le ventre de votre cheval.

CASTARELLI.

Oui, c'est unique! je ne conçois pas comment ça se fit; la commotion de la poudre il m'avait sans doute porté jusque-là. Mais je fus traité par vous comme un brave que je suis, et renvoyé sans rançon; aussi, disposez de moi. J'ai du crédit auprès de la reine-mère. Elle me fit venir de Florence pour organiser les concerts et les divertissements de la cour; j'ai fait mon chemin en amusant les alt-esses et les majestés; et un soir, la reine Catherine, enchantée de mes talents, il m'appela gracieusement le marquis Cantarelli!,.. ce sobriquet fut couvert de bravos par les courtisans, parceque les reines ont toujours beaucoup d'esprit ; et moi je criais plus que les autres, parceque le marquisat m'amenait à de nouvelles faveurs ; et en effet je suis cornette dans les chevau-légers. prêt à vous servir de tout mon cœur, à pied ou à cheval, à la pointe ou à la taille , à la dague ou à la rapière, et suivant Totre bon plaisir.

MERGY

Grand merci! je suis aujourd'hui un envoyé pacifique. J'apporte un message amical du roi de Navarre à son beau-frère Henri III.

CASTARELLI.

Ah! tant mieux. Les batailles sont une belle chose, mais ça ne vaut rien pour un chanteur. Cette diable de musique guerrière me casse la

qMs

voix tout de suite. Mais, baron , mon ami, voilà des œufs frais que vous laissez durcir, et, sans façon, je vous dirai que sur la route de Paris j'ai gagné un appétit qui me tiraille l'estomac.

MtncY.

As3eyons-nous.

CASTARELLI.

C'est bien dit : on cause mieux à table.

MERGY , à part.

Je ne sais comment mener les questions quo je brùle de lui faire.

CASTARELLI, assis.

On est supérieurement ici.

MERGY, s'asseyant.

Mais ce déjeuner sera bien léger pour vostiraillemeiirs?

CASTARELLI.

Comment!

MERGY

Oui ! des œufs frais seulement...

CASTARELLI.

Et ce poulet dodu, vous le comptez pour rien?

MERGY

Bon pour moi, mais non pour vous. Vos soldats me disaient tout-à-I'heure qu'un vendredi...

CASTARELLI.

Mes soldats, c'est très bien , parcequ'ils sont Fiançais; mais moi, voyez-vous, je suis natif au pays d'où viennent en droite ligne toutes les dispenses possibles. Oh! je suis en règle, tranquillisez-vous: et je n'ai pas peur de uie mettre sur la conscience ce petit aileron (|ue vous m'allez octroyer.

MERGY

Volontiers.

CASTARELLI , mangeant.

El votre bon vivant de roi de Navarre , que nous demande-t-il dans le message que vous apportez?

Mais... sa femme , je crois.

CASTARELLI.

Ah! son aimable Margot, comme il l'appelle. Oh bien I vous ne réussirez pas dans votre ambassade. La reine-mère garde autour d'elle les jolies femmes , comme un oiseleur les fauvettes en cage; et sa fille Marguerite ne quittera pas plus la cour de France que sa compagne inséparable, son amie de cœur et sa rivale en grâce et gentillesse, connue dit toujours ce bon M. Brantôme.

MERGY, avec intérêt.

Et quelle est donc cette compagne de la reine de iSavane?

CASTARELLI.

La connaissez-vous point? Elle est votre payse. C'est la charmante comtesse Isabelle de Montai.

LE PRÉAUX-CLERCS

MER(;v, avec émotioo.

Oui... nous connaissons tous cette noble famille du Béani.

C4ÎITARELLI.

Isabelle en est l'unique et dernier rejeton. Le roi s'est déclare son tuteur et son maître. En revenant de son voyage en Gascogne, Marguerite nous amena la timide orpheline. La pauvre enfant s'est trouvée transplantée comme une fleur des bois dans le parterre du Louvre... et c'est un terrain où les boutons de roses épanouissent avec une grande facilité, mon bon ami !

MERGT, se contraignant.

Entendez-vous par-là que la jeune comtesse soit enivrée par les hommages et les séductions de la cour?

CANTARELLI

Oh ! je ne dis pas précisément encore!... mais Marguerite la conduit aux fêtes du roi , elle y fait tourner toutes les têtes, et il faudra bien qu'elle adopte nos manières galantes. D'ailleurs on m'a chargé de sou éducation ; c'est tout dire. Et je suis là powr lui insinuer les bons principes

( It se lève de table. ) MERGT , se levant, et à part.

Ah ! maudit serpent d'Italie!

CAXTARELLI.

Oh ! nous la formerons ! soyez tranquille. Elle fera honneur à la Navarre.

MERGY

Ainsi donc, une foule d'adorateurs se disputent un regard d'Isabelle ?

CASTARELLI.

Des adorateurs? Oh! pour le moment, elle n'en a qu'un seul qui l'a débarrassée de tous les autres. Ah! diable! quand le marquis de Comminge, il se déclare serviteur d'une belle , arrière tous les parpaillots! ils n'ont plus envie de se venir briiler à la chandelle.

Comment?... Et quel est donc ce Comminge?

CAHTARELLI.

Ce qu'il est ?... colonel dans les gardes et de la compagnie où je suis cornette: et, de plus, un gaillard qui tire la rapière trois ou quatre fois par semaine , et autant de cavaliers sur le carreau! Oh! il n'y a pas de parade avec lui! et quand il vous regarde de travers, bonsoir... on peut commencer l'office des agonisants. Mais d'ailleurs il expédie son monde avec une grâce , une aisance , une noblesse !... Les femmes en sont folles.

MERGT, avec humeur.

Oh ! vive-Dieu ! Tous ces spadassins mignons n'intimident guère un homme de cœur!

CANTAREI.LI, effrayé.

Qu'est-ce que vous dites!... Ah ! si vous parliez ainsi devant lui, votre andjas'sade il ne

serait pas longue... ( On entend les cors dans le lointain) Ah ! ah ! entendez-vous? la chasse il revient. (Ouvrant une porte vitrée à gauclie. ) Eh! tenez, tenez, voyez la cavalcade.

MERGT , à part et vivement.

Ah! peut-être Isabelle !...

CANTARELLl.

Sans adieu. Je commande l'escorte du retour à Paris.

MERGT, sur le seuil de la porte vitrée.

Au revoir.

CANTARELLl.

Allez, allez au bout de la terrasse. Regardez bien, amusez-vous; oh! c'est un beau coup d'œil!

MEtîGT, sortant et refermant sur lui la porte.

Adieu.

CAKTARELLl , seul.

Allons faire sonner le boute-selle. Mais paravant , buvons le coup de l'étrier,

( Il se vc'sc à boire. )

SCÈlNE X.

CANTARELLl, COMMIISGE.

COMMINGE

Que fais-tu là?

" CANTARELLl, surpris, le verre à la main. Eh!... Ah! c'est toi, mon brave Cot.iminge? cher ami de mon cœur!

COMMISGE, lui prenant le verre et buvant.

Tais-toi. ^

CANTARELLl, à part.

Quand je le vois, je n'ai plus ni faim n: soif. COMMINGE, lui rendant le verre.

Tiens.

CANTARELLl.

Merci! Encore une goutte?

Non. Et pourtant je suis aussi las que mon cheval, qui vient de s'abattre en arrivant. Mon gosier est brûlant comme la fournaise de l'enfer. Le soleil , la poussière, la contrariété... je n'ai pu être de la chasse. Au lieu de suivre Isabelle dans la campagne toute la journée , comme le roi me l'avait permis, j'ai été retenu à Paris. Un petit innocent, un cadet de Bretagne, m'a forcé de me déranger pour le tuer ce matin.

CANTARELLl.

Voyez-vous ce malhonnête! Vraiment il y a des gens d'une indiscrétion!... Et quel est le muguet que tu as perforé aujourd'hui?

COMMINGE

Le jeune Bréville, qui sortait des pages, tu sais?... Ce n'est pas ma faute; depuis longtemps j'y mettais ime patience incroyable. Je crois que Job lui-même, le patriarche de la douceur, n'a jamais été aussi bon homme avec le diable que ton ami Comminge avec l'étour- ^

neau ilont ji- te pnili\ Tantôt il jirrtemlait , contre mon avis, <jue li>s armures «le ÎSlilan valent mieux que relies de Flanilre; tantôt que mon manteau n'était pas au»i bien taillé que le sien; l'autre jour, au cabaret Je Girot, il assura que sa tête bretonne porterait mieux le vin de Cliampa<',ne f[ue la mienne. Enfin hier, après la collation de la reine-mère, Isabelle remettait ses fjants et en laissa tomberun. J'étais là... là tout près... et cependant l'c-tourdi s'élance, et, s'étant saisi du f,ant, le porte à ses lèvres avant de le rendre. Oli! ma foi, pour le Coup, il n'y avait plus moyen d'y tenir : je lui serrai le bras: rendez-vous au Prc-aux-Clercs pour ce matin ; mais nous n'avons pas été jus- «|ue-là. La barque était au milieu <le la rivière quand l'horlofje du Louvre a sonné dix lieures; je brillais de joindre la chasse ; j'ai dit aubatelier d'arrêter. Nous avons dégainé ; du |ireiiiier COU]) de pointe je l'ai jeté dans Tenu. Et que Dieu lui pardonne le temps qu'il m'a hilt pere!

CANTARELLI

C'est incroyable! Il faut toujours que tu te donnes la peine d'apprendre à vivre a ces ccolii-rs de la cour.

COMMl^GE.

Que veux-tu que j'y fasse? ds sont incorrigibles.

CA>'TARELLI.

Ce pauvre Comniin{;e ! on le fatifjue sans cesse! Mais il nous faut partir, mon digne colonel ; la chasse il va bientôt... Eh ! qui vois-je rriver? la reine de Navarre

COMMIXGE.

Et ma chère Isabelle !

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