SCÈNE XIF
MARGUERITE, ISABELLE, deux Pages.
MARGUERITE, aux pages.
Eloignez-vous un peu. (Les pages sortent. — A Isabelle.) Enfin , mon enfant, nous voilà seules un instant, et je pourrai vous gronder tout à mon aise.
ISABELLE
Moi, madame?
MARGUERITE
Oui , vous. Qu'est-ce donc , je vous prie , que cette tristesse morne au milieu de nos fûtes , ce dédain pour les hommages de tous nos jeunes seigneurs ~ Quoi ! jamais un sourire, et toujours des soupirs?
ISABELLE
Hélas! madame, il faut me pardonner. Si je déplais à votre majesté, c'est sans le vouloir, et j'en suis bien fâchée.
MARGUERITE, souriant.
Eh! qui dit cela, ma mie? A qui donc ne plaisez-vous? Ah ! par Noire-Dame! toutes nos duchesses de la cour voudraient bien déplaire comme vous!
ISABELLE
Mais, enfin, vous êtes mécontente de moi?
MAKGUERIIE.
Oui ; et ma mère sur-iout. Elle m'a déjà dit, au dernier bal du roi : Mais, vrai-Dieu ! Marguerite, à quoi pense donc cette mignonne de Ga.scogne que vous m'avez amenée? Elle est jolie, et s'enferme chez vous pour ne se pas laisser voir! Elle est de haut lignage, et sa parure est modeste comme si monsieur son père s'appelait Marcel ou Bouiface, et tenait boutique au pont Saint-Mich(;l ! Elle est triste, rêveuse; elle s'ennuie, enfin! O'i dit même qu'elle voudrait quitter Paris! Oh! par saint Denis ! ma fille , dites-lui qu'elle est folle. Une orpheline qui a des vassaux et une riche comté dans la Navarre appartient à la couronne de France. Il faut que la colombe s'apprivoise ; elle ne s'envolera pas des tourelles du Louvre ; et, tout enfant de Calvin qu'elle est, je la ferais plutôt abbesse de Montmartre ou de Sainte-Claire de Chaillot !
ISABELLE
Qu'entends-je!... eh! de quel droit?... Mais, madame, quand je vous suivis à Paris, vous n'y deviez rester que peu de jours; vous deviez retourner auprès du roi, votre époux, et me ramener dans le château oîi je suis née.
MARGUERITE
Oui, je le croyais; mais ma mère ne le croyait pas. Je suis en prison.
LE PRÉ-AUX-CLERCS
ISABELLE
Eh! VOUS pouvez souffrir cette contrainte ! vous plaire à cette cour trompeuse ! sourire à ses coupables folies !
MARGUERITE
Moi?... oui... non... comme on voudra. Si je souris, qu'importe? Nous sommes au Louvre, mon enfant, et les physionomies n'y signifient rien du tout.
ISABELLE, vivement.
Et moi je nesaurais commander à la mienne. Hors vous qui me protégez encore, tout m'est odieux dans vos palais perfides ! et l'air qu'on y respire est un poison pour moi !
MARGDERITE.
Isabelle !
ISABELLE
O mon Dieu ! que je suis malheureuse!
MARGUERITE
Vous pleurez?... calmez-vous!
FINAL
MARGUERITE
A la Navarre, à ses montagnes,
Eh quoi! vous pensez donc toujours?
ISABELLE
Hors lie nos paisibles campagnes 11 n'est pas pour moi de beaux jours.
ROMANCE
PREMIER COUPLET. '
Souvenirs du jeune âge Sont gravés dans mon cœur; Et je pense au village Pour rêver le bonheur.
Ah! ma voix vous supplie D'écouter mon désir :
Rendez-moi ma patrie , Ou laissez-moi mourir.
DEUXIÈME COUPLET
De nos bois le silence.
Les bords d'un clair ruisseau, La paix et l'innocence Des enfants du hameau...
Ah! voilà mon envie.
Voilà mon seul désir :
Rendez-moi ma patrie, Ou laissez-moi mourir.
MARGUERITE
Cependant je dois vous instruire D'un projet formé par le roi.
ISABELLE
Hélas ! qu'avez-vous à me dire?
MARGUERITE
Un mariage...
ISABELLE
o ciel! pour moi?
MARGUERITE
L'hymen est-il donc si terrible?