PRÉFACE
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Dès Torigine de la Réformation en France, le chant sacré-, cette partie si essentielle du culte chrétien, chercha ses inspirations exclusivement dans les Psaumes de la Bible. Cela était en harmonie avec le principe fondamental de cette Réforme de rejeter, dans le culte aussi bien que dans la doctrine, tout ce qui n^'émanait pas directement de la Parole de Dieu. Cette application d^un principe parfaitement vrai en lui-même n^était pourtant pas heureuse. Traduits en français, et souvent retouchés dès lors, suivant les transformations de la langue, les Psaumes sont restés jusqu'^à ce jour le seul livre de chant adopté par les Egh'ses réformées de France, de Suisse et par le plus grand nombre de celles que le vent de la persécution poussa en des
pays étrangers. Il faut bien convenir que quelques uns de ces Psaumes sont, tant pour la version que pour la musique, des chefs-d'*œuvre de simplicité et d'harmonie; ils subsisteront aussi longtems que le culte religieux en notre langue. Mais cela nVst vrai que de la moindre partie de cet antique recueil; tout le reste n^est absolument pas applicable au culte chrétien. Paroles et musique s'y refusent également, et toutes les tentatives d'amélioration ont échoué contre un fait auquel on n'a pas assez pris garde, c'est que les Psaumes de la Bible, inimitables effusions de la vie^ de l'ame à une certaine époque du règne de Dieu sur la terre, sanctuaire que remplit le souffle de l'Esprit, où la pénitence pleure dans l'humiliation, où l'affliction gémit dans le sein de Dieu, où la joie des délivrances tressaille en le bénissant, — les Psaumes de la Bible n'ont pu chanter Jésus-Christ, son œuvre de rédemption et d'amour que sous le voile de la prophétie. Golgotha n'avait point encore expliqué Sinaï.
Ce fut donc un grand désavantage pour le développement de la réforme méridionale d'avoir été privée de ces chants religieux, puisés aux sources fécondes de l'Évangile de la grâce.
L^onction a manqué à ce culte, parce qu^'on n'y a pas répandu l'élément le plus élevé, le plus pur de la communion des ames^ l'expression de leur foi, de leurs expériences, de leurs douleurs et de leurs joies, montant harmonieusement vers Celui qui les a rachetées.
La réformalion allemande s'est bien gardée d'appauvrir de la sorte son culte public. Luther, convaincu par son expérience, qu'il est de nobles et profonds besoins de l'ame auxquels l'enseignement ne suffît pas, que la religion est une vie qui doit pénétrer tout notre être, élever et sanctifier toutes nos facultés, Luther chanta les richesses de la grâce, dont il avait éprouvé la puissance, en même tems qu'il les répandit dans le monde par la parole. En lui le religieux enthousiasme du poète et du musicien popularisa la pensée du docteur. La source de ces saintes inspirations était ouverte; d'autres après lui y ont puisé à leur tour et ainsi s'est formé, à travers les siècles, ce trésor de cantiques qui a pénétré dans toutes les classes du peuple, et a résisté à l'influence délétère d'un âge d'incrédulité et de mort.
Notre Egh'se, avec ce noble exemple sous les yeux, a fait dès long-tems de louables ef-
farts pour suppléer, par le cantique chrétien, à rînsuffîsance de nos vieux Psaumes. Mais elle «e pouvait s'^approprier ce qui n'^existait pas. Si Ton excepte le petit nombre des cantiques de Pîctet, véritables modèles du chant d^Eglise, nous ne possédions, il y a trente ans, aucun recueil applicable au culte public. Dès lors, avec le réveil de la piété dans nos Eg'lises, avec une littérature chrétienne qui s^enrichit d'^année en année, le chant religieux est né, s'^est développé ; nous en avons suivi avec joie tous les progrès; et quand le moment a été venu d^explorer celte mine, en faveur de notre Eglise, qui ne devait pas s'^en priver plus long-tems et dont les anciens cantiques étaient épuisés, nous avons eu plus de quinze recueils divers, auxquels nous avons emprunté tout ce qu^ils renferment de mieux, soit pour le texte, soit pour la musique.
Quant au texte, nous nous sommes fait une règle de n'admettre dans ce choix que des cantiques, qui, expression du sentiment religieux, chantent les objets de la foi, les expériences de la vie chrétienne, sans vouloir les enseigner en dogmatisant. Ce que nous avons cherché dans ces cantiques , c'est qu'ils fussent assez individuels et assez divers pour que toute ame pieuse
s'y retrouvât, avec ses impressions et ses besoins, sans descendre à des situations exceptionnelles; quMls célébrassent tous les grands faits de Tamour de Dieu, depuis la Création du monde et la rédemption de Thomme, jusqu'à la consolante espérance des nouveaux cieux et de la nouvelle terre; en un mot, nous avons désiré que chaque prédication, quel qu'en fût le sujet, pût trouver un écho dans le troupeau, au moyen d'un cantique qui chante ce que la Parole enseigne et proclame, de sorte que l'impression du culte fût une pour le cœur, aussi bien que pour la conscience et l'esprit.
Des principes analogues nous ont dirigés dans le choix des mélodies. Le chant d'Église, sérieux et grave comme son objet, doit avoir pour caractère principal une noble simplicité, également éloignée de la monotonie et d'une musique trop savante pour les moins exercés. Ici, comme dans les chants populaires, le meilleur juge c'est le public, qui n'adopte et ne retient que ce qui est l'expression vraie de son sentimeht intime. Nous avons donc conservé leurs airs propres à tous ceux de ces cantiques dans lesquels une longue expérience a reconnu et confirmé ces caractères. Pour les autres nous
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avons puisé abondamment à la riche source des
chorals allemands les plus populaires. Là, on le
sait, est le vrai type du chant d'Église. Du reste,
\ toute cette partie de notre travail a été revue
^et retouchée par un organiste expérimenté.
Nous n'avons imprimé ici qu'une seule voix, le soprano^ suffisante pour le plain chant. Toutefois, afin de faciliter aux personnes qui le désireraient le chant à trois et à quatre voix, nous avons pris, avec notre imprimeur, des mesures pour que ces voix fussent publiées à part, et dans un format propre à être relié avec ce recueil.
Au moment de signer cette Préface et de recommander ces nouveaux Cantiques à notre troupeau, pour lequel ils ont été recueillis avec amour et le vœu sincère qu'ils contribuent à son édification, notre cœur se serre... Le premier des noms que nous aimerions tous à voir figurer ici, ne se signe plus sur la terre et ne se prononce plus parmi nous que comme un souvenir cher à nos cœurs. M. le pasteur Appia, à qui ce choix de Cantiques a été soumis avant l'impression, qui les a revus soigneusement et en a retouché plusieurs, avec ce tact à la fois religieux et littéraire qui le distinguait, avait encore
auprès de lui le dernier cahier, lorsque son Maître l'a rappelé! — Il se réjouissait de voir bientôt notre Eglise en possesîon de ces chants. . . Tandis que nous les ferons monter vers Dieu, du sein de notre faiblesse et de nos combats, lui unira sa voix au chœur des rachetés, qui célèbrent par le 55 cantique nouveau^ Celui qui les a sauvés!
Que cette pensée nous console de ne trouver ici que le nom de son compagnon d'œuvre, pour qui une des plus douces joies dans ce monde est de lui avoir été uni par un lien que la mort ne dissout pas!
Francfort. Mai 1849.