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DE S. É. LE CARDINAL MEIGNAN, ARCHEVÊQUE DE TOURS

Vu le rapport favorable qui lui a été fait sur le présent Recueil de cantiques , Son Eminence le Cardinal archevêque de lours en autorise volontiers l'impression, avec la pensée qu’il contribuera pour une large part à procurer le bien des âmes et la gloire de Dieu dans les établissements d'éducation et d’enseignement auxquels il est destiné.

Tours, le 13 juin 1895, en la fête du très saint Sacrement,

A. Deschamps,

Vicaire général

rnopruÉ? k

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Deux sortes de chants divisent ce volume; tous ont un but unique : 1 honneur et la gloire de Dieu dans les cérémonies saintes par la beauté du chant, et notamment du chant d’ensemble.

« Qui nous rendra, écrivait jadis un grand journal catholique, qui nous rendra le chant unanime de tout le peuple, ce magnifique ensemble, ce puissant unisson des voix, aussi admirable au point de vue esthétique que touchant au point de vue religieux ! »

La place d honneur dans nos solennités doit être au chant liturgique : c’est le chant officiel de l’Église; les paroles en sont tirées des Livres saints ou revêtues de 1 approbation authentique de l’Église. Leur musique, si ancienne qu’elle soit, garde encore ce grand air de majesté qui lui vient de la modalité antique et du génie religieux qui les inspira.

La notation de ces chants en notes modernes en rendra la lecture plus aisée ; l’indication du rythme dans les hymnes et les proses ne prétend point préjuger la question de la mesure dans le plain-chant. La disposition mélodique des notes a été reproduite textuellement, là comme ailleurs, d’après l’édition rémo-cambrésienne. Quant à la valeur relative de ces notes, établie d’après les lois de la rythmique des chants mesurés, on pourra toujours, si on le veut, n’en pas tenir plus de compte que dans toute autre édition de plain-chant, et suivre, comme par le passé, la

méthode qu’on jugera meilleure pour la bonne exécution et la véritable intelligence du chant grégorien.

Mais à côté du chant liturgique, si beau, si nécessaire, il y a place, dans les maisons d’éducation principalement, pour d’autres chants plus appropriés aux dispositions personnelles et aux nécessités particulières des âmes. L’âme du jeune homme et de l’enfant a besoin de parler à Dieu, de chanter Dieu, d’exprimer à Dieu sa foi, ses désirs, son amour dans la langue maternelle et avec les accents de son génie national. De là, dans tous les temps et sous tous les climats, l’usage des cantiques en langue vulgaire, destinés, non à remplacer le chant liturgique, mais à y suppléer et à le compléter en l’adaptant aux diverses nécessités des âmes et des temps.

Nous avons pris soin que la musique de ces cantiques soit toujours religieuse et digne du lieu saint, et nous en avons impitoyablement banni tous les airs d'origine trop profane, comme le prescrit le récent décret de la Congrégation des Dites (7 juillet 1894).

Les paroles ont été l'objet d’une attention toute spéciale, tant au point de vue théologique et doctrinal qu’au point de vue littéraire. Tout ce qui touche à Dieu doit être digne de Dieu. Nous nous sommes principalement souvenu de cette parole de saint Bernard aux moines de Montiéramey : Non est levis jactura gratiæ spiritualis plus sinuandis intendere vocibus , quam insinuandis rebus. (S. Bernard, Op. i, Ep. 398.)

Ce même motif de l’honneur de Dieu et du bien des âmes nous a fait attacher une importance particulière à la parfaite rvlhmisation des vers sur le rythme musical de la première strophe. Dans tous les cantiques de ce Recueil et à toutes les strophes, on trouvera qu’aux temps forts musicaux correspondent toujours les syllabes fortes du vers. Le rythme musical n’y viendra plus hacher les

mots et disloquer les phrases, au détriment de l’élévation de la pensée et de l’intelligence des choses, au grand détriment surtout de la langue et de la prosodie françaises l * * 4. L’exécution y gagnera d’autant en entrain et en sûreté.

Les deux principaux éléments du rythme étant le mouvement et la mesure, on ne saurait attacher trop d’importance à faire exactement garder l’un et l’autre.

De ces deux principes d’exécution réunis dépend en grande partie l’eiïet du chant d’ensemble.

Il sera aussi très utile d’observer, si on peut le faire commodément, l’alternance des soli et des tutti. Quand le chant semble exiger impérieusement d’être exécuté par une voix ou par plusieurs voix plus exercées, on a joint à la lettre S un astérisque (S#) ou on a écrit Solo *.

Puissent ces simples chants apprendre aux âmes à bénir et à louer Dieu de toutes choses et dans toutes les manifestations de sa volonté sur nous, suivant la parole du Roi-psalmiste : Cantabiles mihi erant justificationcs tuæ , in loco peregrinationis meæ. Seigneur, vos saintes lois étaient l’objet de mes chants de louanges dans le lieu de mon exil. (Ps. cxvm).

l M. Ch. Gounod écrivait aux Frères des Écoles chrétiennes, lors do la publication de leur Recueil en 1889 :

t Les nombreuses défectuosités de prosodie qui se rencontrent dans les recueils de Cantiques en usage dans les paroisses et les institutions religieuses, font contracter aux enfants des habitudes si funestes au

Point de vue littéraire et musical, qu’on ne saurait trop recommander expurgation desdits Recueils. Je pense donc que ce sont les vers euxraômes qu’il faut modifier, quelque illustre qu'en soit l’auteur , pour les adapter aux airs. »

En soulignant intentionnellement cette phrase : Quelque illustre qu en soit l'auteur , M. Ch. Gounod a voulu couvrir de 1 autorité de son nom la spécieuse accusation de témérité que mériteraient, à coup sùr, les correcteurs de certains textes célèbres, s’ils n avaient pour leur justilication pleine et entière la loi impérieuse, quoique si longtemps mise en oubli , de la concordance des rythmes dans la poésie chantée.

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