‹ Recueil de chansonsChapitre 12 sur 80 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

Des âmes pures

Dieu souverain, Tu bannis le chagrin, Tu fermes nos blessures.

0 vin vermeil, ô vin sacré, Reviens à moi, ma voix t'implore Calme l'ennui qui me dévore, Et rends-moi le ciel azuré !

Plus de colères,

Plus de soucis ; Tu rends à nos esprits Les riantes chimères.

Coule toujours, divin trésor ; Ce que je veux, c'est ton ivresse ; C'est ta vapeur enchanteresse Qui fait naître les rêves d'or.

Tout se colore

A riiorizon, Et la froide raison Avec toi s'évapore.

Tout est doré, tout est vermeil ; Le passé n'est plus qu'un nuage; Le présent dans mon verre nage, Et l'avenir c'est le sommeil.

, La brise est pure, L'air embaumé ; Tout est riant, aimé.

Tout soupire et murmure.

Concerts divins, je vous entends; Pour moi le ciel n'a plus de voiles.

Et je contemple les étoiles, Et je songe à leurs habitants!

Est-ce un prodige?

Est-ce une erreur?

L'univers en fureur S'abandonne au vertige !

En vain je veux la retenir; La vieille terre est ébranlée :

La terre tourne!... 0 Galilée!

Je veux boire à ton souvenir.

Sainte ambroisie,

A ta chaleur, L'amour renaît au cœur, Et la haine s'oublie.

Mes amis, venez dans mes bras ; Je suis en pleurs, l'amour m'inonde ; J'aime le ciel, j'aime le monde; J'aime ceux que je n'aime pas.

J'aime les cuistres,

Et les enfants.

Et les pâles savants, Et môme nos ministres.

J'aime les rois, l'hiver, les chiens.

Et les poètes romantiques.

Et j'aime les mathématiques, Et les mathématiciens!...

Par toi, tout change,

Tout rajeunit.

Et tu donnes l'espii^.

Et l'amour sans mélange.

Par toi, les vieillards sont surpris De se sentir cncor des âmes; Les maris embrassent leurs femmes, Les femmes l)aisent leurs maris.

Encore! encore!

Mais suis-je fou ?

La bouteille au long cou S'arrondit en amphore !

Versez toujours! versez encor!

Mais arrière le vin moderne!

Ce que je bois, c'est le Falerne Qui pétille en ma coupe d'or.

Plus de cravate,

Plus de gilet ; Je foule le duvet Sous ma toge écarlale.

J'entends la llùte aux. airs si doux.

Et cet ami-là, c'est Horace, Qui descend exprès du Parnasse, Pour venir trinc^uer avec nous.

0 Messaline,

Yiens dans mes bras ; Dévoile tes appas.

Ouvre-moi ta poitrine :

Je veux t'aimer en vrai Romain.

Allons, esclave, allons, des roses!

C'est bien : Va-t'en!... et, si tu l'oses, Reviens nous éveiller demain!...

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