‹ Recueil de chansonsChapitre 50 sur 80 · LE QUARTIER LATIN · texte numérisé non relu

LE QUARTIER LATIN

Non loin des bords de la Seine, Paris ne connaît qu'à peine Un quartier sombre et lointain, Uui sur le coteau s'élève Devers Sainte-Geneviève :

C'est le vieux quartier Latin.

Les maisons sont hautes, Où perchent les hôtes

De ce paradis fangeux; C'est que la jeunesse Est l'aimable hôtesse

Qui rit et monte avec eux.

Au sein de la grande ville, C'est le studieux asile Où l'on travaille en s'aimant; Chaque maison a sa gloire, Chaque chambre, son histoire.

Chaque meuble, son roman.

— JS3 —

Joyeux ermitage, Où tout se partage,

La couchette et le repas ; Pays d'espérance, Où Ton ne dépense

Que l'argent que l'on n'a pas î

Tout s'accouple et se complète L'écolier cherche Lisette ; Le lierre cherche l'ormeau.

L'étudiant solitaire.

C'est la plante hors de terre ; C'est le poisson hors de l'eau.

Elle est si gentille,

La modeste fille Qui chante dans son réduit !

Le jour couturière,

Le soir bayadère.

Que fait Lisette la nuit?

Au Code combien d'atteintes !

Combien de flammes éteintes Avant le terme promis !

Et parfois, sans qu'on y songe , Le bail aussi se prolonge Pour se léguer aux amis.

An ténor fidèle

Avec une Adèle Est resté près de huit jours.

Puis d'autres arrivent ;

Les femmes se suivent Et se ressemblent toujours.

Combien de types encore, Depuis le gros Polydore Uui mène Ursule au tambour Jusqu'aux nouvelles recrues Qui poursuivent dans les rues Les veuves du Luxembourg 1

Comment satisfaire Le monde et son père,

La chaumière et l'examen ; Le billard, récole, Lisette et Barthole,

La pipe et le droit romain ?

Puis arrivent les vacances:

Que de tristes échéances De la Seine à l'Udéon !

Arthur a passé sa thèse, Et l'amoureuse Thérèse Tombe d'Arthur en Léon.

0 belle jeunesse,

Combien de sagesse Dans tes plus fougueux ébats !

Qu'ils sont moins aimables,

Ces gens raisonnables, Ces austères magistrats !

C'est là, dans une mansarde.

Que travaille l'avant-garde Du siècle qui va venir ; Turbulente pépinière, Qui commence la carrière Que tant d'autres vont finir.

Mais l'heure s'avance

De la décadence :

Lisette a passé les ponts ;

Elle a fait fortune,

Adieu, robe brune.

Blancs bonnets et courts jupons.

Quand sa thèse est terminée, Un clerc de cinquième année Parle comme un vieux robin ; En sortant de la clinique, Un docteur pharmaceutique N'est plus même un carabin.

Las ! tout se disperse ;

Le quartier se perce, Se transforme et s'assainit,

Des maisons plus belles

Vont remplacer celles Où l'amour posait son nid.

Et, dans la cité nouvelle, Un jour, quelque vieille Adèle, Seul débris d'un siècle éteint , Dira, cachant son visage, Aux Anténors d'un autre âge :

« Là, fut le pays Latin ! »

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