PERRETTE ET LE SORCIER
Simples atours et robe blanche, Gente tournure et frais minois, Perrette, une main sur !a hanche, Perrette, un jour, allait au bois.
Seize ans au plus étaient son âge; Sur son chemin elle chantait Une chanson de son village.
Et vers le bois toujours marchait.
Les roses sont ouvertes ; Mes enfants, écoutez ma voix ;
Quand les feuilles sont vertes, Il ne faut pas aller au bois.
Perrette se perdit en route :
Dans le bois il faisait si noir ' Perrette regarde ; elle écoute, Sans rien entendre et sans rien voir.
Soudain, au milieu du silence, Paraît Tombre du braconnier;
Sur la pauvre fille il s'élance, Car c'était un méchant sorcier.
Les roses sont ouvertes; Mes enfants, écoutez ma voix :
Quand les feuilles sont vertes.
Il ne faut pas aller au bois.
Le lendemain revint Perrette; Mais on ne la reconnut pas :
De la jeune fille coquette L'âge avait alourdi les pas.
Son front, hélas! avait des rides; Sa tête avait des cheveux blancs; Les bras tendus, les yeux humides, Perrette chantait aux passants :
Les roses sont ouvertes; Mes enfants, écoutez ma voix :
Quand les feuilles sont vertes, Il ne faut pas aller au bois.
Voilà le récit qu'au village On faisait au coin du foyer; Et tous les enfants, d'âge en âge.
Croyaient Perrette et le sorcier.
Mais aujourd'hui, les jeunes filles, Sitôt que revient le printemps, S'en vont courir sous les charmilles, Et n'écoutent plus leurs parents.
Les roses sont ouvertes; Mes enfants, écoutez ma voix :
Quand les feuilles sont vertes Il ne faut pas aller au hois.
SATAÎ^ MARIE.
Satan dit un jour : Je commence
A m'ennuyer.
Je veux, pour faire pénitence,
Me marier.
Quand j'aurai passé mon envie, Je veux recommencer ma vie.
Satan, crois-moi.
La femme est plus fine que toi.
Avec sa dague rouge et bleue.
Il coupa tout, Griffes et poils, cornes et queue,
Jusques au bout.
Il éteignit les étincelles Qui jaillissaient de ses prunelles.
Satan, crois-moi, La femme est plus fine que toi .
Il prend figure, cs|)ril, noblesse, Et va partout
Cherchant beauté, grâce, sagesse,
Argent surtout.
Il avise une jeune fille Sage, bien en dot et gentille.
Satan, crois-moi, La femme est plus fine que toi.
Avec Agnès sa fiancée
Il est uni. La foule à l'église est pressée ;
Tout est fini.
Que va dire Agnès déplorable, Quand elle connaîtra le diable?
Satan, crois-moi, La femme est plus fine que toi.
Un an, puis deux ans se passèrent;
Ne changeait pas.
Griffes ni poils ne repoussèrent,
Ni queue, hélas!
Ses yeux restaient tristes et mornes ; Rien ne reparut... que les cornes.
Satan, crois-moi, Ta femme est plus fine que toi.