REVES ET RÉALITÉS
Élançons-nous loin des sphères mortelles; Allons rêver dans ce monde divin, Où l'âme glisse, où le corps a des ailes, Où le printemps n'a jamais eu de fin ; Où chaque fleur ne meurt que pour renaître. Mais, sapristi ! comme le vent est frais ! Dépèchons-nous de fermer ma fenêtre; Couvrons-nous bien ; nous rêverons après.
Oui, je le sens, le ciel me vivifie ; L'air est plus pur et le soleil plus chaud. Tous ces humains dévorés par l'envie, Qu'ils sont petits regardés de si haut ! Ce vil métal dont la terre fait gloire... On frappe... Entrez... Hélas! je l'ignorais : C'est mon tailleur orné de son mémoire. Payons toujours; nous rêverons après.
Quels sentiments s'emparent de mon être? C'est la vertu, c'est la foi, c'est l'amour ;
Non cet amour qu'un seul jour a fait naître,
Et qui s'enfuit emporté par un jour ;
Mais cette flamme idéale et rêveuse...
On frappe encore... Ah ! c'est un fait exprès!
Je n'ouvre pas... Tiens, c'est ma blanchisseuse :
Entrez, Anna... nous rêverons après.
Découvrez-vous, champs de la poésie , Sur mon chemin épanchez vos trésors.
Qu'avec vos dieux je goûte l'ambroisie ; Que le nectar pour moi coule à pleins bords! Ah ! prolongez ma mortelle existence!... Mais le soir vient... 0 douleur! ô regrets ! Mon estomac réclame sa pitance !
Allons dîner; nous rêverons après.