LES ÉTRENNES DE JULIE
Pour le jour de l'an, on assure Que Julie a reçu trois dons :
L'un d'argent, l'autre de parure, Et le troisième de bonbons.
Ce triple présent la relie A trois temps plus ou moins heureux.
D'abord, il accuse, Julie, Trois amoureux.
Mais l'argent, c'est le fond du vase, C'est le dernier charme détruit; C'est la réalité sans gaze.
C'est l'amour en bonnet de nuit ; C'est, dans sa dernière folie, Cupidon goutteux et cassé; L'argent, avouez-le, Julie, C'est le passé.
Les bijoux, c'est l'amour aimable Qui croit en vous par vanité,
Qui, sans cesser d'être agréable, Déjà songe à l'utilité.
L'or, qui sur votre cou se plie, Peut se vendre en un cas pressant.
Les bijoux, voyez-vous, Julie, C'est le présent.
Ces bonbons qui vous font sourire.
C'est l'illusion de vingt ans, La croyance aux ailes de cire Que fond le soleil du printemps :
C'est l'espérance non remplie Qui va rêvant des cieux d'azur.
Les bonbons, ma chère Julie, C'est le futur.
L'an prochain, à pareille fête, Le futur sera le présent ; Le passé prendra sa retraite ; Le présent sera-t-il présent?
Je sais que vous êtes jolie ; Mais le temps est si rigoureux !
Vous n'aurez pas toujours, Julie, Trois amoureux.