LE COUCHER
Viens, la nuit nous prête
Son ombre discrète ; Tout est paisible et sans bruit.
La ville repose ;
Dans ma chambre close, Nous sommes seuls, à minuit.
Viens : Pose ton pied humide Près du foyer bienfaisant ; Lève ce voile timide ; Quitte ce châle pesant.
Laisse que je tienne
Ta main dans la mienne, Et ne parlons que de toi ;
Dis-moi ton histoire ;
Mais lai^e-moi croire Que tu n'as aimé que moi.
Détache ta chevelure Qui retombe en ondoyant,
Et cette étroite ceinture, Et ce col impatient.
Que le flot qui mène
La nacelle humaine Vienne à nos pieds se briser!
Faisons-nous un monde,
Et que se confonde Notre vie en un baiser !
De la robe qui te gêne Ouvrons les plis familiers ; Tu gémis sous la baleine; Délivrons les prisonniers.
Que puis-je te dire?
Ce que je désire Se devine en se cachant;
Le discours que j'aime
Est toujours le même :
Les oiseaux n'ont qu'un seul chant.
Viens, ma honteuse colombe ; Tu n'as plus d'autre merci Que cette gaze qui tombe...
Mais non : reste encore ainsi.
Que la blanche toile
Laisse encore un voile Entre ton cœur et mon cœur :
Sur ta gorge nue.
Que soit retenue Cette dernière pudeur.
Non. C'est trop de vœux timides Ouvre tes sens aux plaisirs ; Livre à mes baisers avides Tes beautés et tes désirs !...
Viens, la nuit nous prête
Son ombre discrète; Tout est paisible et sans bruit.
La ville repose ;
Dans ma chambre close, Nous sommes seuls, à minuit.