LA LIGUE DES MARIS
Maris bénins, maris honnêtes, Maris trompés, maris trompeurs, Maris de toutes les couleurs Et maris de toutes les têtes ; Maris bernés, maris jaloux, Maris enfin, unissons-nous, Et tendons notre piège aux loups.
Les loups sont les célibataires, Ces vauriens, ces mauvais sujets, Qui vivent à tous les crochets Et chassent sur toutes les terres.
Qu'ils sont heureux, les malheureux !
Leur bonheur demande vengeance:
Fondons une grande alliance ; Inventons des ruses contre eux.
Maris bénins, maris honnêtes, Maris trompés, maris trompeurs, Maris de toutes les couleurs
Et maris de toutes les têtes ; Maris bernés, maris jaloux, Maris enfin, unissons-nous, Et tendons notre piège aux loups.
Il faut les prendre par les pattes ; Connaissez enfin les moutons !
Avec impudence mentons:
Sachons nous montrer diplomates.
Disons que le bien souverain Ne réside qu'en un ménage ; Que jamais le moindre nuage Ne trouble notre ciel serein.
Maris bénins, maris honnêtes, Maris trompés, maris trompeurs, Maris de toutes les couleurs Et maris de toutes les têtes ; Maris bernés, maris jaloux, Maris enfin, unissons-nous, Et tendons notre piège aux loups.
Perçons-les de nos épigrammes :
Fi donc ! être seul ici-bas !
Un ange ne vous sourit pas; Voyez la douceur de nos femmes.
Ah ! lorsque votre tour viendra,
Vous verrez quelle différence!
Quels nouveaux trésors d'espérance, D'amour, de joie et cœtera!...
Maris bénins, maris honnêtes, Maris^trompés, maris trompeurs.
Maris de toutes les couleurs Et maris de toutes les têtes; Maris bernés, maris jaloux.
Maris enfin, unissons-nous.
Et tendons notre piège aux loups.
Bref, agissons par les contraires ; Tournons la lunette à l'envers :
D'or et de fleurs couvrons nos fers, Emmiellons toutes nos misères.
Ainsi poussés, traqués, chargés.
S'il se décident, pauvres hommes, A devenir ce que nous sommes.
Il suffit, nous serons vengés !
Maris bénins, maris honnêtes.
Maris trompés, maris trompeurs, Maris de toutes les couleurs, Et maris de toutes les têtes; Maris bernés, maris jaloux, Maris enfin, unissons-nous, Et tendons notre piège aux loups.
Mon cher ami, l'on te marie ; Songes-y bien, tu Tas promis.
Mais entraîne quelques amis Dans notre sainte confrérie.
J'en connais dix, dix loups-garous; Tâche qu'ils soient bientôt des nôtres ; Nous rirons tous les uns des autres :
Mal partagé semble plus doux.
Maris bénins, maris honnêtes, Maris trompés, maris trompeurs, Maris de toutes les couleurs.
Et maris de toutes les têtes; 3Iaris bernés, maris jaloux.
Maris enfin, unissons-nous, Et tendons notre piège aux loups.