PE LA DEUXIEME SERIE
Le nombre assez considérable des chansons historiques relatives à Tbistoire du xvr siècle m'a forcé de faire quelques changements dans la disposition typographique de cette seconde série. Au lieu de consacrer une notice particulière à chaque chanson , j'ai réuni, dans trois notices générales, les différentes remarques qui m'ont paru nécessaires à rintelligence des documents dont ce volume est composé. L'histoire moderne commence , ainsi que chacun le sait , avec le règne de François I". Ce: te partie de nos annales, plus étudiée que la précédente, est aussi mieux connue; c'est pourquoi de longues explications au sujet des événements qui s'y rapportent deviennent inutiles : j*ai donc préféré restreindre mes commentaires et augmenter le nombre des pièces que je publiais.
On trouvera dans ce volume, sur presque tous les événements remarquables de notre histoire au x\v siècle , yne ou plusieurs chansons. Je suis loin cependant d'avoir pu réunir toutes les pièces du même genre composées à cette époque : chaque jour en voyait paraître; et ces chansons, imprimées séparément ou dans des recueils , étaient répandues avec profusion parmi le peuple , qui se plaisait à les répéter. Il est facile de se rendre compte de la multiplicité des pertes qu'on a dû faire en ce genre ; on comprend que le hasard seul a laissé venir jusqu'à nous quelques-unes de ces feuilles destinées à reproduire les impressions fugitives que les événements faisaient naître. En considérant sous ce rapport les chansons historiques , elles méritent de fixer notre attention. C'est donc avec raison que les bibliographes, les bibliophiles et surtout les hibiiomanes recherchent avec un soin minutieux tous ces recueils, de chansons imprimés pendant le xvr siècle. On en trouve plusieurs dans les grandes bibliothèques publiques, mais beaucoup d'autres (et des plus curieux) font l'ornement de cabinets particuliers. Grâce à l'obligeance des amateurs, j'ai pu choisir dans cer« tains de ces recueils différentes pièces qui ne sont pas4es moins importantes du volume que je publie.
— liî ^
Je nomûierai ici AlM; Jérôme Pichon, Auguste Feinànt et Giraud, auxlqueis j'adresse ities teiner- • cîifients.
Dans rifnpossibilité où j'étais d*împribier lotîtes les pièces que je connaissais, j'ai cru deVôit* ajouter à cette série une table chronologique et biblidgraphiqtie des éhansonis rélaiiTos à l'histoire du xvi" siècle i seulement j'ai eti le soin de faire imprimer le mdt indication àii commëncenient dii titré des diflfêtentes pièces qui liront pas trouvé place dans liioti volume. J'y ai joint lé titre exact de tods les i^ecdeils de chansons qilë j'ai cotasultés.
Un caractère particulier distingué UUë graiide partie des chansotis dont ce voluUie est coinpôsé; Elleë sont l'œuvre des soldats et doifent comptek* au nombre des chumsoiis pôpuiaites. Ghe2 toutes \eê nations de l'Europe ^ on trouve en plus ou moins grande quantité des documents littéraires de cette natui-e* £ti France j chaque temps « chaque événëtuent^ thdi^ que province, en a produit plusieurs; mais elles n'ont jàoiais été l'objet d^un recueil ou d'un travail complet (1)< Màlheureusenàent , cette tâche devient tous
(1) Parmi les travaux particuliers sur ce sujet, il faut mettre au premier rang l'ouvrage de M. de La Villemarqué : Barzas- Breiz, Ciiants Populaires de la Bretagne, 2 vol. iu-8% Paris 1839 .
les jours plus difficile à remplir : le souvenir de ces vieux refrains s'efface; et les hommes de la génération du dernier siècle, qui en savaient encore quelques-uns, disparaissent peu à peu.
J'ai signalé, dans introduction de la première partie de ce recueil, quelques chansons populaires relatives à des événements des xiv* et xv* siècles; mais comme je n'ai pu recueillir que des indications ou des fragments assez courts, je n'ai pas insisté sur le caractère ni sur le rhy thme poétique qui appartient i la chanson populaire. Je crois devoir y revenir aujourd'hui avec d'autant plus de raison que cette recherche m'a conduit à constater un fait qui n'est pas sans importance, à savoir, que le rhylhme employé dans la chanson populaire n'a jamais varié parmi nous , et qu'il est le même que celui qu'on retrouve dans nos plus anciens monuments poétiques en langue vulgaire. Ce rhythme est Yassonance : « J'appelle » ASSONANCE dans l'ancienne poésie française, a dit
On trouve encore dans différents ouvrages sur les villes et les provinces de la France quelques chants populaires : Olivier Jules, Histoire de Valence, in-8% 1831, page 207 ; Mélanges biographiques et bibliographiques relatifs à Phistolre littéraire du Dauphiné , par MM. Colomb de Batines et Olivier Jules, in 8% 1838; pages 210, 211, 2l/i, 215; Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 1. 1, page 199 ; Chansons en dialecte poitevin, p. 208, 216, tome viii, p. 225 ■
» M. Raynouard » la correspondance imparfaite et » approximative du son final du dernier mot du ?ers » avec le même son du vers qui précède ou qui » suit , comme on a appelé bimb la corre^ndance » parfaite du son identique final de deux vers for- » mant le distique (1). »
Voici un exemple :
Si le roi m'avoit donnd
Paris sa grandMl/e, Et qu'il m'eût fallu quiUer
L'amour de ma mie^ J^aurois dit au roi Henri :
Reprenez votre Pam,
J'aime mieux ma mie 0 gai!
J'aime mieux ma mie.
Quand on étudie avec attention les anciens poèmes hisUHÎques désignés sous le nom de chansons de Geste, on retrouve Vassonancedàm un grand nombre de passages. Certaines versions de ces poèmes sont même écrites dans cette forme : celle de la bataille de Roncevaux, par exemple, publiée par M. Francisque Michel sous le nom de Chanson de Roland. Il suffit de comparer un fragment de ce poème avec les chansons populaires de toutes les
(1) Journal des Savants, juillet 1833.
èi)ciqiiès pdùr s*asstirer que c'est toiijourS le* même rbyitimé. toici ^liàtre verk de là chànsdn dé Rdfiliiâ :
Li rcis Marsilus «steit en Sarraguce Allei en est en un verger sUz Vumbre Stit* iiri p^ttun de iliài>brè bioi éé cul^Aé, Envirun lui plus de vint mille humes (1).
Une autre règle , également sigiiàiéë |)&f M. Raynouard, dans cette sorte de poétique naissante, consiste à ne pas compter Te ttiuët de la qdStrième syllabe du vers de cinq pieds , îii celui aë la sixième dans les vers Âlexandrittl Ëil tôibt tin ètëmple tiré du romau de Garin :
M 'est pas richoise ne de vàii* iie dé gHft
Mais est richoise de parens et d'amins
Li cuers d'un homme vaut tout Tor d'un pals (2).
^Mi àii caractère de ce geiii'è de bdiiipd^itibJI ; li i àlisÉi iobjoiti-â ëië Jé m\h^ : Siiliiiliclté Hâfté d'éxprësâion, qui ii'éxclui pas cep'éndâfit l'écrit i cètk\M ûm .^(îH^iiës, hàrdià t^arfois, tiiai^ àtiàsi I8ti- Prâ Mé; nia uhe cfiansoii qn'ûti Bèrgëf de \i âd-
(1) Là Chanson de Roland ou de Rbncévaux, du iii* siècle , publiée pour la première fois par Franc. Michel , 1 vol. in-8% pàfee i.
(2) Roman de GarIn-le-Loherain , publié pour la première fois par M, P. Paris, t. ii, pi. 212.
logne a chantée Tannée dernière à l'un de mes condisciples de rÉcole des chàirtêà, M. Aleiàtidre Teulet, qui me l'a communiquée; Je m'empresse d'autant plus de la publier qu'elle a un caractère historique et semble faire alliii^ioh a quelqu'une des grandes favorites qui ont été célèbre!^ penSant \ei deux derniers siècles.
1 C'est le roi eniiibf MHl Ht^; Salua toutes les daiifêj; La première qu'à ^M C'est la belle marquise.
i ^ar^s, t'es t)1us lieuréùt qu'iiii rbt b'avoir bne femifae si belle;
Si tu voulais j'aurais l'homieur i)e Ccfucilef ÏVeè elle.
3 — Âli I mon roi, ça vous est permis,
Car vous êtes roi de France ; Mais si vous n'étiez pas mon roy.
J'en aurais ma vengeance.
4 — Mary, ne te facile donc pas,
T'auras ta récompense.
Je te ferai dans mes armées Beau maréchal de France.
5 — Habille-toi bien proprement,
Coiffure à la dentelle.
Habille-loi bien proprement, Comme une demoiselle.
6 Adieu, ma mie, adieu, mon cœur,
Adieu, moD espérance, Puisqujil te faut servir le roi, Séparons-nous d'ensemble.
7 Mais la reine lui fit un bouquet
De ses belles fleurs de lyse, La bonne odeur de ce bouquet Fit mourir la marquise.
9 Le roi lui fit faire un tombeau De ces belles pierres de lyse, |1 envoya son Mirebeau A la mort de la marquise.
On trouve encore dans les diiïérentes provinces de la France des chansons populaires pleines de grâce et de poésie. En voici une qui appartient à la Franche-Comté, et dont je dois communication à M, Bn- ^eux, Fauteur de Marie,