‹ Recueil de chants historiques française (volume 2)Chapitre 109 sur 120 · DÉFLORATION · texte numérisé non relu

DÉFLORATION

IMES »E LA VILtE 1>E H FÈRE

1 Sus, sus, regrets, sortez de nos poilrines Pour discourir nos douleurs et ruines, Et qu'un Ërlio, pleurant iioslre soucy.

Soit entendu par tout ce monde cy ;

2 Que nos deux yeux soyent deux mers et tonlnine^. Tesmoins cerlains de no3 aroéres peines,

Pour de nos pleurs esmouvoir l'univers A la pitié, ayant nos Iri^te» vers.

5 Que nos beaux jours pc soyent rien que tëiièlirfs, Nos chantFi communs que mortelles Tuncbrcs Sans que jamais, voire dans le cercueil, On puisse voir mourir noslre grand demi,

4 Sus, gémissons soubs l'iigliit noir nos perles, On bien dp sac tant seulement couvertes, Ainsi que fait, délaissant son arroy.

Pour ses pécliez, le Ninivite roy

S N'avons-nwns pas grand raison de ce faire, E'tant es mnins du cruel adversaire Qui nous liorelle et qui de tous nos bieni Veut disposer lomme s'ils esloyent siens'

Est-ce pas bien chose assez déplorable De voir (hélas!) son haineux à sa table, Rire, chanter, et vivre opulément De ce qu'avions gardé soigneusement î

7 En nostre lict quand il veut il se couche, Faict nos maris aller à Tescarmouche, Ou à sa brèche enconstre notre foy, Pour résister à Jésus et au Roy;

8 De nos thrésors il fait grande largesse, Et en soudoyé une sotte jeunesse

Qui luy subvient soubs le nom du soldat, A faire teste et garder le rempart.

9 Au lieu d'aller à nostre saincte messe, Journellement le Huguenot nous presse D'aller ouyr un ministre mutin, Prescheur criar de desjuner matin.

10 De nos deniers une grande partie A jà esté traistrement despartie Au Reystre noir afin de le saouler A venir cy par la France voiler.

11 O cruauté, ô grande tirannie, Faire manger soy^mesme sa patrie Aux estrangers qui arrachent le pain, Le vivre ausii de nostre pauvre main!

12 Nos anciens avoyen»; en révérence

Pour le pays combattre à toute outrance ; Et les inesclians se banileiit contre luy, Pour l'abismer en élcrncl ennuyé.

13 lU n'ont en aear que l'infernalle rage , Et enyvrez d'un Turieux carnage, Prennent plaisir se servir d'Alropoa

A nostre églUe et à ses bons suppos.

14 Quand est de nous, nous n'avons autre viande Que la complainte en nostre douleur grande, Et ne pouvons plus grand ayde chercher Qu'aux tristes pleurs pour la soif éiancher.

iS Des faux tyrans, inhumains et infâmes,

La plus grand part des hommes et des femmes

De cette ville out voulu mettre hors

Parce que tous n'estoyent de leurs accords.

le Ils sont errans par villes et Imurgades, Les uns chétlts, pauvres et bien malades, Les autres ( las ! ] de la taim agravez , Plusieurs cliemius de leurs corps ont pavez.

17 Et nous (ù Dieu! ] qui, ToiLIes femelettes. Sommes jcy dedans nos muisonnetles, Journollemunt nous mourons mille fois, Et en no8 cris nous n'avons qu'une voix>

13 Nous voudrions bien venir à lîu des monstres, El leur.niler mortelles mallencoutres, Comme un matin, pour sauver les Frauçois, Ceux de Paris firent sur les Angiois.

19 Mais ces liourreaui, lesquels sont de nos membres, Margtrisans(las!) nos villes et nosehamhrcs, Veillent tousjuurs contre nous animez, ^t fQiit lo gué jour et nuiut tous armez.

20 Ainsi pour vray, d'un cœur exempt de joie. Nous n'attendons qu'être mises en proyc Par un assaut où le brisant canon Foudroyera tout et perdra nostre noiQ.

21 O ennemy outrageux et superbe!

Que tu nous fais, estant jeune et en herbe, Souffrir de maux! 6 malheureux le jour Que tu as fait en La Fère séjour !

22 Ne prends-tu pas sur les autres exemples, Qui, méprisant de Jésus-Christ le temple, Le roy aussi, furent enfin deffaicts.

Dieu ne voulant endurer leurs forfaits ! .

25 Las! nous perdons si belle remonstrance ; Il ne t'en chaut : 6 dames de la France, Plorez, plorez , et nostre affliction Vous fasse avoir de nous compassion.

CHANSON

POUR GABRIELLE d'ESTRÉES,

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