‹ Recueil de contes populaires slavesChapitre 18 sur 47 · LE POISSON D’OR · texte numérisé non relu

LE POISSON D’OR

— Si du moins tu lui avais demandé du pain, à ce poisson! nous n’allons plus avoir même une vieille croûte à nous mettre sous la dent. Que mangeras-tu ?

Le vieillard perd patience ; il s’en va trouver le poisson d'or pour lui demander du pain. Il arrive au bord de la mer et crie de toute sa force :

— Poisson d’or! poisson d’or! viens à moi, la queue dans la mer, la tête tournée vers moi.

Le poisson arrive au rivage :

— Vieillard, que veux-tu ?

— Ma femme est en colère ; elle m’envoie te demander du pain.

— Va-t’en à la maison, bonhomme, tu y trouveras du pain en abondance.

Le vieillard revient : Eh bien ! y a-t-il du pain ?

— Tant qu’on en veut. Mais voilà le malheur : le baquet est cassé, je ne sais où laver mon linge. Va trouver le poisson d’or ; demande-lui un baquet nouveau.

Le vieillard s’en va au bord de la mer :

— Poisson d’or, viens à moi, la queue dans la mer, la tête tournée vers moi.

Le poisson d’or arrive .

C0N1 ES SLAVES

— Bonhomme, que veux-tu?

— C’est ma femme qui m’envoie : elle demande un nouveau baquet.

— Fort bien : vous l’avez.

Le vieillard retourne chez lui; il n’était pas encore arrivé à la porte, sa femme lui crie :

— Va-t-en, vieillard, trouver le poisson d’or, et prie-le de nous bâtir une nouvelle cabane ; tu vois bien que la nôtre tombe en ruine.

Le vieillard s’en retourne au bord de la mer :

— Poisson d’or 1 poisson d’or ! viens à moi !

— Que veux-»tu ? demande le poisson.

— Bâtis-nous une nouvelle cabane' ma femme est de mauvaise humeur ; elle ne veut plus, dit-elle, vivre dans une vieille cabane, qui tombe en ruine.

— Ne t’inquiète pas, bonhomme; retourne à la maison et prie Dieu ; tout sera fait.

Le vieillard revient : dans sa cour se dresse une maison toute neuve, en chêne, avec des ornements dentelés.

La vieille vient au devant de lui ; elle est encore plus en colère, elle crie plus encore.

LE POISSON n’OR

— Vieil imbécile, tu ne sais pas profiter de la fortune. Tu demandes une cabane nouvelle et tu crois avoir fait un beau coup. Va-t’en trouver le poisson d’or; dis-lui : Ma femme ne veut plus être une simple paysanne ; elle veut être archiduchesse, commander aux bonnes gens, et qu’on lui fasse de grandes révérences.

Le vieillard retourne à la mer et fait la commission.

— C’est bien, lui dit le poisson ; retourne à la maison et prie Dieu, tout sera fait.

Le vieillard revient, et, au lieu d’une cabane, qu’aperçoit-il ? Une grande maison en pierre à trois étages ; des laquais fourmillent dans la cour, des cuisiniers dans la cuisine; et sa femme, vêtue d’un riche costume brodé d’or et d’argent, est assise et donne des ordres.

— Bonjour, ma femme!

— Voyez un peu le rustaud qui m’appelle sa femme, moi l’archiduchesse. Holà ! eh ! qu’on me l’emmène à l’écurie et qu’on le fouette d’importance.

Les laquais accourent, empoignent le bonhomme, l’emmènent à l’écurie, et le régalent de coups, mais tant et si bien qu'il peut à peine se tenir.

CONTES SLAVES

Après ce bel exploit, la vieille fait de son mari le portier de la maison ; elle lui fait donner un balai et lui commande de balayer la cour et d’aller manger et boire dans la cuisine. Dure vie pour le pauvre bonhomme : balayer la cour toute la journée ; et, si elle n’est pas propre, gare à l’écurie !

— Quelle sorcière ! pensait le pauvre diable ; elle a le bonheur en partage et elle s’y

roule comme une . Voilà maintenant

qu’elle ne veut plus de moi pour mari.

Au bout de peu de temps la vieille se dégoûte d’être archiduchesse. Elle fait venir le bonhomme et lui dit :

— Vieil imbécile, va-t’en trouver le poisson d'or ; dis-lui : « Ma femme ne veut plus être archiduchesse ; elle veut être impératrice. »

Le vieillard fait la commission.

— Fort bien, dit le poisson, sois sans inquiétude : va à la maison, prie Dieu ; tout sera fait.

Le vieillard revient chez lui. Au lieu de la maison magnifique, il trouve un palais avec un toit d’or. Des sentinelles entourent le palais et empêchent d’y entrer ; derrière s étend un vaste parc * devant, une prairie

Page 1