‹ Recueil de contes populaires slavesChapitre 43 sur 47 · LE NIGAUD · texte numérisé non relu

LE NIGAUD

(conte russe)

Il y avait une fois un vieillard et une vieille qui avaient un dis, un grand nigaud s’il en fut.

— Tu devrais bien, lui dit un jour sa mère, te frotter un peu aux gens pour attraper de l'esprit.

— Attends, mère, j’y vais à l’instant.

Il s’en va par le village et aperçoit deux paysans qui battent des pois; il court à eux, se frotte tantôt à l’un, tantôt à l’autre.

— Point de bêtises! crient les moujiks va-t’en. D’où viens-tu donc ?

Il continue à se frotter. Les paysans se fâ-

CONTES SLAVES

client et l’arrangent si bien avec leurs fléaux qu’il peut à peine revenir chez lui.

— Qu’as-tu à pleurer, enfant? lui demande sa mère.

Il raconte sa mésaventure.

— Ah ! mon fils, que tu es nigaud ! Il fallait leur dire : « Que Dieu vous soit en aide, bonnes gens ! Voulez-vous que je vous aide à battre? » Ils t’auraient donné des pois pour ta peine; nous les aurions fait cuire et mandés.

Une autre fois, le nigaud s’en va par le village ; il rencontre des gens qui portent un mort :

— Que Dieu vous soit en aide, bonnes gens ! Voulez-vous que je vous aide à battre ?

Il se fit rosser de nouveau pour cette mauvaise plaisanterie. Il retourne à la maison et pousse des hurlements :

— On m’a assommé, on m’a roué de coups, on m’a arraché la barbe et les cheveux.

Et il raconte l’histoire.

— Ah! nigaud; il fallait dire : « Dieu ait en paix son âme! » ôter ton chapeau, pleurer, te mettre à genoux. On t’aurait fait manger et boire.

Une autre fois, l’idiot s’en va par le vil-

Page 1