LE NIGAUD
(conte russe)
Il y avait une fois un vieillard et une vieille qui avaient un dis, un grand nigaud s’il en fut.
— Tu devrais bien, lui dit un jour sa mère, te frotter un peu aux gens pour attraper de l'esprit.
— Attends, mère, j’y vais à l’instant.
Il s’en va par le village et aperçoit deux paysans qui battent des pois; il court à eux, se frotte tantôt à l’un, tantôt à l’autre.
— Point de bêtises! crient les moujiks va-t’en. D’où viens-tu donc ?
Il continue à se frotter. Les paysans se fâ-
CONTES SLAVES
client et l’arrangent si bien avec leurs fléaux qu’il peut à peine revenir chez lui.
— Qu’as-tu à pleurer, enfant? lui demande sa mère.
Il raconte sa mésaventure.
— Ah ! mon fils, que tu es nigaud ! Il fallait leur dire : « Que Dieu vous soit en aide, bonnes gens ! Voulez-vous que je vous aide à battre? » Ils t’auraient donné des pois pour ta peine; nous les aurions fait cuire et mandés.
Une autre fois, le nigaud s’en va par le village ; il rencontre des gens qui portent un mort :
— Que Dieu vous soit en aide, bonnes gens ! Voulez-vous que je vous aide à battre ?
Il se fit rosser de nouveau pour cette mauvaise plaisanterie. Il retourne à la maison et pousse des hurlements :
— On m’a assommé, on m’a roué de coups, on m’a arraché la barbe et les cheveux.
Et il raconte l’histoire.
— Ah! nigaud; il fallait dire : « Dieu ait en paix son âme! » ôter ton chapeau, pleurer, te mettre à genoux. On t’aurait fait manger et boire.
Une autre fois, l’idiot s’en va par le vil-