DES BOURGUIGNONS
On est bien convaincu aujourd'hui que tout ce que les anciens et les modernes ont écrit sur les Bourguignons et sur l'étymologie de leur nom est insuffisant pour fixer l'origine de ces peuples. Pline le naturaliste , qui vivoit sur la fin du premier siècle de l'église, est le premier des historiens Romains qui ait nommé les Bourguignons j il les fait sortir de la Vandalie , située près de la mer Baltique , aujourd'hui le duché de Meckelbourg (i). Ptolémée , dans sa géographie (a), attribue le nom de Bourguignons à une peuplade particulière qui habitait les bords de la Vistule. Mamertin, dans son panégyrique de l'empereur M axi mien-Hercule , rappelle les victoires remportées par ce Prince sur les Bourguignons qu'il avoit chassés de la Gaule et repoussés au-delà du Rhin. Ammicn-Marcellm , secrétaire et historien de Julien l'apostat, auteur connu par son exactitude , et qui écrivoit dans le quatrième 'siècle* attribue une origine romaine aux Bourguignons ; il les fait descendre des Légions laissées dans la Germanie par Drusus et Tibère, et dont les soldats ayant oublié par la suite des temps qu'ils étoient Romains , s'allièrent à leurs voisins , et devinrent les chefs d'une nation puissante , qui
(0 Lib.rv,c. 14.
se rendît redoutable à ceux mêmes dont elle tirort son origine (i).
Paid Orose , écrivain du cinquième siècle , a copié sans examen l'opinion d'Ammien-MarceUm , en ajoutant que le nom des Bourguignons vient des Bourgs qu'ils habitoient sur les bords du Rhin (a). Procope, secrétaire du Grand Bélisaire, nous apprend dans son histoire des Goths, que les Bourguignons éto«nt no* des principal** tribus des Vandales, «ftfls àabitoient le pays connu aujourd'hui sous le nom d'Electorat de Brandebourg, et qu'ils avaient les mêmes mœurs et les mêmes usages que les Germains (3> Agafhias , auteur grec du sixième siècle , qui a commence son histoire oh Procope avoit fini la sienne , fait sortir les Bourguignons de la Scythie , au-delà du Mont-Imniau*t et dit qu'ils faisoient partie des Huns. Il leur fait trave les Palos~MéotH§es jusqu'alors impraticables, et cerf lenr montra le chemin; il les établit dans le i de ces marais, dont les habitans prirent la fuile , et furent obligés <le chercher d'autres habitations (4). Zozlme , qui vivoit sous Théodose le jeune, à -peu-près à l'époque où lef Bourguignons entrèrent dans les Gaules, dit quils ëtoient Germains d'origine et Vandales de nation, «t qulls habitoient près 4e la mer Baltique , sur les deux bords de la Vistule, dans la Prusse Ducale. 11 ajoute que ces barbares , trop nombreux pour l'étendue de leur pays, passèrent le Rhin et ravagèrent les Gaules, mais que
(i)Zii. XXVIll.
(%)Hùt.ltb. VI ,c. g.
(3) Lib.
(4) BUt. Ub. v.
Probus les battit complètement, leur enleva le butin qu'ils avoient fait, et les rejeta au-delà des limites qu'ils
Grégoire de Tours qui 'écrivit son histoire vers la fin du sixième siècle , a parlé des Bourguignons et de leur origine; mais son sentiment pétant appuyé d'aucune preuve, et n'étant qu'une répétition des auteurs qui l'ont précédé, nous ne nous y arrêterons pas. Stdonius-jipoMiïitfrw, éréque de Clermont et poète, a pemt les Bourguignons d'après les circonstances ou il s'est trouvé vis-iâWis d'eux : il leur pro digue les louanges , lorsqu'il viennent le délivrer des Goths qui avoient mis le siège devant Clermont, les nommant propugnatores et patrones jtrvemoruni : mais lorsque cette ville est devenue la proie dès Goths, il change de langage, et tourne en ridicule ou couvre de mépris ces mêmes Bourguignons, dont la valeur lui a voit été peu auparavant d'un si grand secours*
Parmi les auteurs du moyen âge, Luitprand, évoque de* Crémone, écrivoit vers l'an 900. II! a- voulu faire connoitre l'origine et expliquer le nom des Bourguignons : il les fait sortir dëS peuples barbares qui habitoient les bords du Rhm, que les Romains soumirent et envoyèrent dans la Lombardîè ^ où ils leur donnèrent des terres ; il prétend <me leur nom vient des Bourgs qu'ils bâtirent dans Ce lieu d'exil , et il leur attribue les défauts les plus honteux et les plus mauvaises qualités (1). Saint- Julien de Baleure (a), écrivain du seizième siècle, tire l'étymologie du nom de Bourguignons, d'un Bourg appelé Ongne ou
(0 Eût. là. III, c.32.
Ça) Antiquit. et origine de* Bourguignons, etc.
Ogne, qui existoit autrefois à quatre lieues de Dijon, dans une plaine encore appelée aujourd'hui Fal-fOgne, entre Lux et Thil-Châtel ou Trichâteau. H dit que les habitans de ce bourg étant devenus, trop nombreux , se répandirent dans les environs et donnèrent leur nom à une étendue de pays qui devint considérable dans la suite.
Nous pourrions rapporten encore les opinions de plu^ sieurs écrivains modernes > tçls que Lasius , ScburflecJ^^ Schoeflin et autres; >msàs comme elles 9e rapprochent toutes plus ou moins de celles que nous avons citées , nous, allons passer à Une courte discussion des senftmens de, chacun 4des auteurs dont nous venons de parler. ,
Ammien-Marcellin donne aux Bourguignons une origine Romaine, ce qui ne peut être pris littéralement; car il n'est pas vraisemblable que les Romains, si jaloux, «Je leur gloire, aient laissé dans le même pays, les même* troupes pendant un espace de temps assez long pour leur faire oublier leur patrie ; d'ailleurs , il est reconnu que» les Bourguignons existoient plus de deux cents ans avant le temps dont parle Ammien ; on pourrait supposer que cet écrivain a voulu sauver la gloire de Rome, et cbminueir la honte d'avoir succombé sous des barbares , ca les faisant sortir des légions Romaines. JMous ne dirons rien d'Qrose qui a copié Ammien-Marcellin. Procope a suivi l'opinion de Pline , dont nous parlerons bientôt. Agathias fait sortir les Bourguignons de la Sçylhie , et dit qu'ils faisoient partie des Jiuns ; il les confond; aussi avec les Goths qui! croyoit Scythes d origine.
Les anciens auteurs ont donné assez généralement le nom de Scythes aux peuples venus du septentrion 5 on
connojssoît trojtà Scythies; la grande , située en Asie des deux côtés du MontJmmaus, et qui comprenoit aussi une partie de la;Sarmatie asiatique j c'est ce qu'on a depuis appelé Grande-p?artarie. La petite Scythie comprenoit la partie méridionale de la Sarmatie d'Europe; elle étoit Bornée à; Porient et au midi par le Pont-Euxin , la Chersonèse Taurique , les Pîu*,us Ij/L éotides et l'embouchure du Tanajs ; et à rocçident par le Borjpthène. La troisième Scythe , appelée Scythie-du-Porit , é^oit formée de la partie, orientale de l'Ulvrie , aujourd'hui la Bulgarie ; elle tenoit à l'orient au Pont-Euiin , à l'occident à la Basse-Mysie et à la Nojuv^lle-Dace 9 au midi au MontrHaemus et à la Thrace^ et an, nord au Danube, près de son embouchure. Jl est reconnu que les BourgnignonSjnesont jamais enfr^s<dans, la grande ni dans la petite Scythie ; si en parcourantJflllyrie ils ont pénétré dans la Scythie-rdu-Pont y jamais ils ne, s'y sont établis. Ce qui les a sans, 4qute fait confondre avec les antres peuples venus de ces, contrées , c'est qu'ils habitoieut la partie septentrionale e% orientale de là Germanie, voisine de la Scythie. .
Les Huns étoient des peuples asiatiques yenus des envirom? des Palus -Méotides, et qui n'entrèrent dans les Gaules que ^ers Tan 374, par consênwot, plus d'un ôècje après les Bourguignons. On ne peut donc adopter l'opinion d'Agathias , qui a été suivie par M. de Valois , puisqu'il est bien certain que les Bourguignons ne sont point sorto> de la Scythie, et n'ont jamais fait partie des Huns , non plus que des Gotjis.
Les Goths, selon Pline et cVautres auteurs, étoient venus de la Scythie. Avant leur entrée dans les Gaules, ils étoient les ennemis les plus acharnés des Bourguignons,
avec lesquels ils avoient des guerres corïtimteUëé $ enfin le même but et les mêmes intérêts ^^a^r^hèrewt;ils arrivèrent pres^u en même temps1 datts ces Initiées , oii ils sè rétmirent1; cette alliance les à fait cènfonti^^lftp quelques auteurs qui leur ont âonné la vtèmé origraë.
L opmion la plus vi^scmbdanlè' , ër qui parè^ la ïhtenr étabîië, est celle 4é Pline , qui <Ht que lés Btmrguignohs faîsoieni partie des plus ancien '{>eViples dé !la Gèrmànië ^ connus sous le1 nom des' Vandales:' Mais dans la îanjgûe allemande waridebie signifie voyager, cé! qui ^eroit supposer que les "Vandales étoient em-mémes dés étrangers pour les premiers habitarts de1 la Germanie. Nëpdurroit^ 6h pak avancer qu'ils désccVidoiènt deis anciens' ©4auïoisV qutàUérèht, sdusfa ctoduWdëSigovèse ] s'établir fcùudela1 du fthm , et qui jetèrent des colonies jusque dans les contrecfc ldu nord' les plus sauvages et les plus éloignées ? Quoïqu'rî en sbît J nous nous en tiendroris à ce sentiment c"ôttfirmé pàr îës hrs'tdriens et \éë géographes les pktèëon* mis par îeur éxactimdV , ' tjtté les ïtourgiiignons-s'om sortis des Vandales, anciens peuples de la Germanié.
Si Romë , après avoir soumis une partie tlu monde , avôit su iftétïre enfin un terme à son ambition j sï'Ùiië Soif insatiable do et>n/piètes ne Feût pns poossééJà tourner ses armes contre des péliples sauvages , 'dont lë premier besoin et le seul bîeniétoient ïïndëpendaneo et la liberté, sa domination auroit été de plus longue durée. La dise** pline et l'habitude de combattre, fit triompher d'abôrd les Romains d'ennemis qui n avoient à leur opposer quë leur courage; mais bientôt, ces' sauvages indisciplinés s aguerrirent, ils apprirent de leurs vainqueurs à se forger des armes, à s'en servir -enhardis par quelques succès et par
le butin qu'il* avaient faits, bientôt ils devinrent euxmêmes les agresseurs ; il firent des incursions sur les terres des Romains et de leurs alliés , se liguèrent enfin , «t se jetant comme un torrent dévastateur dans les Gaules, iU enlevèrent aux Romains cette conquête qui leur avoit conté tantdepeines, de temps et de sang. Séteodant ensuite jie flous cotés , ils renversèrent le colosse de la puissance Bomaio* qui a voit, pendant quelques siècles , embrassé presque tout le monde connu. , .
Parmi les nations qui envahirent les Gaules et y formèrent de* ctablissemens , les Bourguignons se signalèrent par la rapidité de leurs conquêtes j mais elles durèrent moins que celles des autres peuples qui partagèrent avec eux les fruits de cette invasion.
Nous avons dit , d'après le sentiment de Pline , que les Bourguignons étoient la principale tribu des Vandales qui hahitoieut entre iOder , la Yistule et les bords de la mer Baltique 3 ils a voient pour voisins les Goths , nation Scythe divisée en plusieurs tribus , dont la plus nombreuse étoit celle des Gépides ; ces derniers étoient toujours en guerre avec les Bourguignons qui , à la fin , leur abandonnèrent le sol ingrat qu'ils habitoient, et se répandirent chez les peuples voisins pour chercher sous un ciel plus doux de nouvelles habitations. Après avoir passé l'Elbe, et en s'avancant sur le Veser , ils se fixèrent d'abord au midi de la Thurioge, où ils s'emparèrent des terres qui avoient été abandonnées parles Cattes. Ce lut an commencement du troisième siècle qu'ils formèrent cet établissement ; ils «eurent ni villes , ni même d'haiutotions fixes et réunies } ils habitaient les forêts , s'occupoient de la chasse et de la pèche , de la garde des' troupeau» et du soin de leurs
demeures; leur sobriété étoit extrême, ils ne connois* soient point encore le métal perfide qui met en jeu toutes lestassions; ils se' plaisoiént dansToïslveté et dans le repos , mais devenoient furieux et terribles , lorsqu'ils en sortoient pour défendre leur honneur ou leur liberté. L'hospitalité étoit chez eux un devoir dont aucune raison ne pouvoit dispenser ; les sciences et les arts leur étoient étrangers ; leurs connoissances étoient renfermées dans le cercle de leurs besoins; leurs armes étoient, la frame , Tépieu et la hache; ils ne les quittaient point, et s'en servoient également pour se défendre et pour se procurer les choses nécessaires aux besoins de la vie.
Les Romains ayant poussé leurs conquêtes au-delà du Rhin , pénétrèrent jusqu'au pays occupé far les Bourguignons; mais l'intérêt commun réunit ces peuples pour s'opposer aux dominateurs qui venoient de si loin attacjuer leur unique bien , leur indépendance : ils furent souvent défaits, mais jamais abattus ; ils se retiroient dans leurs forêts inaccessibles, et rcparoissoient bientôt plus nombreux et plus terribles , pour engager une nouvelle lutte ; ils feignoient quelquefois de plier sous le joug , mais c'étoit pour céder momentânémerit à la nécessité , et ils ne tardoient pas à reprendra les armes. Enhardis peu-à-peu par leurs succès , ils passèrent enfin le Rhin et ravagèrent la Gaule , dont les richesses avoient fait naître chez eux le désir du butin et l'avidité de l'avarice. Ce fut dans une de ces invasions qu'ils furent battus par Probus, en fan 270 , et repoussés dans leurs forêts. Un siècle s'écoula clans cette continuelle alternative de guerre et de repos entre ces peuples et les Romains. Maximilien Hercule leur livra des combats sanglans , et les força , en l'an 287 , d'aban-
donner pour long-temps leur système de rapine et de brigandage. Quinze ans après Valentinien faisoit la guerre aux Allemands , nation composée de plusieurs peuples de la Germanie , qui s'étoient unis pour résister aux Romains , et qui s'étoient établis entre la partie supérieure du Rhin et le Danube. Ce Prince , ne se croyant pas assez fort pour vaincre ces peuples aguerris ^ appela les Bourguignons à son secours , et les invita à se rendre près du Rhin , oh il devait les joindre avec une armée1 nombreuse. Cette proposition fut soumise à rassemblée générale <lela nation, et acceptée. Quatre-vingt mille hommes se mirent en marche , en l'an 370 de Jésus-Christ , et arrivèrent sur le Rhin , ou ils attendirent inutilement les Romains ; ils regagnèrent, indignés de cette trahison et au milieu de beaucoup de dangers , leur pays , oh ils arrivèrent sans que leurs ennemis les eussent attaqués dans cette retraite. Mais ils avoient entrevu des pays plus fertiles , ils avoient bu avec délices du vin , et regrettaient cette liqueur enivrante qui leur étoit inconnue. Ces attraits, joints à Ta honte d'avoir été trompés , les déterminèrent à s'éloigner encore de leurs demeures ; il fut arrêté , dans l'assemblée générale de la nation oh se décidoient à la pluralité des suffrages les affaires importantes , qu'ils se rapproche-* roient du Rhin , pour attendre une occasion favorable de le passer- et de s'emparer de nouvelles habitations. Ce fut vers l'an 375 qu'eut lieu cette seconde émigration des Bourguignons, auxquels se joignirent d'autres nations. Jamais le moment n'avoit été aussi favorable à leur entre^ prise ; l'Empire romain, s'afiolhlîssnit-de jour en jour y depuis que le siège en avoit été. trajispqrl^ en Orient , J Occident avoit été négligé , et 1 vré à la cupidité et à
l'ambition des gouverneurs de province y et des ehefc de toutes les autorités ; les troupes Romaines n'étaient plus qu'un mélange de différentes nations, sans discipline , et qui ne tenoient à l'Empire que par le salaire quelles en recevoient. Tous les peuples du Nord s'ébranlèrent alors pour, menacer ce colosse chancelant , élevé sur les ruines de tant de nations, et dont la chute devint im exemple frappant des effets d'une ambition sans bornes, et dune gloire qui navoit pour base que k soif d'acquérir. , sans s'occuper dç. conserver les fruits dé la domination et de la vktoirev
Les Bourguignons , arrivés sur les bords du Rhin y occupèrent le pays situé entre le Mein et le Necker \ Us a étendirent ensuite le long des contrées , qui depuis on* été V Alsace , et dont ils n'étoient séparés que par le fleuve 9 jusqu'à la courbure où fut bâtie la ville de Basle. Leurs communications avec les Gaulois commencèrent -à les civiliser , ils s'adonnèrent aux arts utiles, et adoptèrent plusieurs usages de ces peuples ; mais ils continuèrent a se gouverner comme auparavant, rapportant tout a 1 assemblée générais de la. nation . N'ayant point de culte réglé , ils entendirent pai ler du Dieu des Chrétiens > dont la. religion sétoit établie dans les Gaules; ils députèrent vers les évêques les plus voisins pour se faire instruire; les députés furent baptisés , et rapportèrent la foi et le culte du vrai DieuàJeiiKS compatriote* (i). Les Allemands, que le voisinage des, Bourguignons inquiétoit, leur persuadèrent défaire une irruption dans les Gaules ; mais dés quais
^ (0 CasModore dît que Se fat Saint Sérire , «Mqn« de TrèTet, qui instrmiH
les virent aiîoiblis et dispersés , ils tombèrent sur eux et les jetèrent sur les bords du Rhin , ou ils furent obligés de se cantonner.
A cette même époque , Stilicon , Vandale d'origine , étoit tout puissant dans les Gaules ; Théodose , en mourant, lui avoit confié l'administration de l'Empire d'Occident pendant la minorité d'Honorius. Il captiva tellement la bienveillance de ce jeune prince, qu'il en fut comblé de richesses et d'honneurs, et qu'Honorius épousa sa fille. Une si haute fortune éblouit Stilicon', dont la femme étoit nièce de Théodose; il crut pouvoir franchir la distance qui le séparoit du trône , et y placer son fils Euchérius. Il envoya des émissaires chez tous les peuples Barbares , et surtout chez les Vandales , pour les engager dans son parti ; les Bourguignons regardèrent comme un bienfait de la Providence la proposition qui leur fut faite d'entrer dans les Gaules , bien persuadés que, lorsqu'une fois ils y auraient pénétré , on auroit de la peine à les en faire sortir. Ils se choisirent des chefs , qui furent nommés Hendinsj mais ils mirent des bornes à leur autorité, et •se réservèrent le droit de les renvoyer lorsqu'ils le jugeroient convenable ; ensuite ils se disposèrent à passer le Rhin , soutenus par plusieurs petits peuples , instruits de leur entreprise , et qui vinrent se joindre à eux. Les auteurs ne sont d'accord ni sur l'époque de cet événement , ni sur l'endroit où ce passage s'effectua : on peut présumer que ce fut vers la courbure du Rhin , ou depuis fut bâtie la ville de Basle , et qu'il eut lieu sur plusieurs points àla-fois.
Selon Orose et Prosper , ce fut en 406 que les Vandales et les Alains, appelés par Stilicon, ainsi que d'autres
nations Barbares, traversèrent le Rhin sur la glace avec leurs bagages et leurs familles; on peut présumer que ce fut dans la même année , ou au plus tard en 407 , que les Bourguignons , sous la conduite de Gundahaire ou Gondicaire, passèrent aussi ce fleuve sur des radeaux et, des bateaux qu'ils avoient construits exprès ; ils ne trouvèrent aucun obstacle à leur établissement dans les contrées qui ont depuis formé une partie de l'Alsace et de la, Suisse, le Mont-Jura et le territoire de Genève sur les bords du lac Léman. Stilicon favorisoit cet envahissement , comme il avoit provoqué Ventrée des Goths dans l'Italie ; mais son ambition fut trompée , car Honorius ayant découvert ses projets , le fit massacrer par ses propres soldats. La puissance de ce Prince ne fut pas raffermie par cet événement ; Alaric, qui ravageoit l'Italie, vint assiéger Rome, et la força de reconnoître un autre souverain ; les Gaules étoiejnt la proie de plusieurs usurpateurs , et le théâtre de séditions et de révoltes , occasionées par la cupidité des exacteurs. Les Romains, occupés à défendre leurs foyers, ne pouvaient pas s'occuper des provinces éloignées; les Bourguignons n'eurent donc à combattre , pour se maintenir dans leurs nouvelles conquêtes , que les indigènes ; qui leur disputèrent vainement les terres dont ils s'étoient emparés par le droit du plus fort ; il» eurent aussi pour ennemis , une partie des Goths qui cherchoient à s'établir dans les mêmes contrées ; cependant les Bourguignons triomphèrent de
ces obstacles , et finirent par se fixer solidement dans les ... . . *
pays quils occupoient; ils ne se seroient pas bornés à ces établissemens , et auroient dès-lors poussé beaucoup plus loin leurs conquêtes , si la crainte de s'attirer sur les bras Ataulfe, beau-frère et successeur d' Alaric , ne leur
eut tait ajourner leurs projeta. L,e conquérant ambitieux venoit de s'établir dans la Septimanie qu Honoriusi y lui avoit abandonnée pour se délivrer de hij.r
Les Bourguignons se décidèrerit, à* cette même époque * à changer la forme de leur gouvernement; parvenus à un haut degré de puissance , ils craignoient que le pouvoir suprême n'excita l'ambition de/; leurs chefs , déjà divisés entr'eux. La nation fut assemblée; pour élire ; un Roi , auquel elle se proposoit d'accorder une autorité légitime et étendue , en. lui imposant toutefois des conditions favora* blesà la liberté. Le choix tomba sur Gondioc ou Goudi*caire, l'un de ses chefs ; il fut élevé sur le pavois à la manière des Germain*, et prit aussi-tôt les rênes du gouvernement , en Pan 4 de Jésus-ChrisU Ce Prince étoit aussi distingué par sa bravoure que pair les qualités de son esprit et de son coeur; , elles se développèrent davantage dans le haut rang auqttel il fut appelé , et il justifia; de plos en plus le choix de sa nation (i). u ; . .
Gondioc y redoutant l'oisiveté pour dçs; guerriers accou- * tumés anx combats , rassembla son armée, et fit une irruption dans la province dos Séquanois j il s'empara 4'une partie de ce pays, s'avança dans la Champagne et dans la Celtique; bientôt il poussa ses conquêtes jusqu'à }a: Loire, et s'empara successivement delà première Lyon» noise, du Dauphiné, de la Savoie et de la Provence^ Cependant il y eut des intervalles entre fcces succès , et plus d?unè fois Gondioc se trouva retardé dans sa marche/
(î) Plusieurs aaleurs ont pensé que ce chef êluil le même quî présida au passage du Rhin ; l'optoiou là plus générale est- que Gondioc et Goadieaire «ont deux, personnage* différent. .. «• ; ' . f * / : -■
Aéùus, envoyé dans les Gaules pour s'opposer aux. barbares «rai y atoient pénétré et s'y étaient répandus, avoit battu les Francs dans la Belgique , soumis la Norique cl repris la Vindélicie. Il tomba de la sur les Bourguignons ; mais, après de légers sucoès , il fit avec eux un traité , par lequel il leur laissott tontes leurs possessions, sous la condition de ne pas s'étendre au-delà , et de secourir l'Empire comme alliés. Pen de temps après, il fut rappelé en Italie, oh il fut fait Patrice et ensuite Consul. Son éloignement favorisa l'ambition des Bourguignons, qui, sans égard au traité dont nous venons de parler, s'emparèrent d'une partie duDau- Êhiné , et Vienne devint la capitale de leur royaume. Gondioc fit alliance avec les Armoricains, qu'Aètius u'avoit pu soumettre ; mais les progrès des Goths • ayant rappelé ce général dans les Gaules ,ily fitentrerles Alains, tribu des Huns, ches lesquels il avoit été long-temps en otage, et dont il connoissoit la bravoure. Ces peuples après* avoir côtoyé le Danube et traversé le Rhin, tombèrent à l'improviste sur* une tribu des Bourguignons, en tuèrent le chef, et la détruisirent presqu'entièrement. C'est d'après cet événement que Grégoire de Tours et Prosper ont dit que les Bourguignons furent détruits et leur Roi tué, dans une irruption des Alains, et par ordre d'Aëuus qui voulut se venger de ce qu'ils avoient manqué au traité qu'il avoit fait avec eux. Ce fait est démenti par l'histoire qui présente jpèu apr*s cettê époque , les Bourguignons victorieux et forçant leur ennemi de retirer ses troupes d'une province, pour la leur céder en toute souveraineté. Ce fut la troisième fois qu'Aétius avoit été rappelé dans les Gaules pour les pacifier , qu'après une bataille sanglante contre les Visigoths et les Bourguignons réunis , ce général, quoi-
que Tktorietô, crut devoir retirer ks garnisons Romaine* <le la Savoye , qu'il céda aux Bourguignons. Bientôt mètoc Aetius s* trouva forcé de rechercher l'alliance des peuples qu'il e*oit voulu détruire, poiw les opposer à un ennemi plus redoutable oui menacoit les provinces de PËmpire. Attilaj iloi dfis Hinifl, qui se faisait appeler le fléau de I>iei*, savançoit vers les Gaule» , précédé par la. terreur de son nom et de ses exploits , et suivi dune multitude innombrable de troupes qui ne respiraient que* ruiné et pillage. Après. avoir passé le Rhin avec, une armée de ciuq cens mille hommes, il saccagea la ville de Meta f et vint jusqu'à Orléans, dont il s'empara. Aetius , qui avoit rassemblé sous ses enseignes tous les peuples du nord répandus dans les Gaules , obligea bientôt Attila d'abandonner sa conquête , et de fuir devant lui j iLie poursuivit au travers des ruines fumantes qui marquaient sa trace , et l'atteignit dans les plaines de Champagne voisines de ChaaLons. Attila fut vaincu et chassé , après avoir perdu plu» de hi moitié de sou armée ; les historien» disent que les Bouvguignons contribuérewt puissamment au gain de cette bataille , dans laquelle ils déduisirent un cerp&de Gépide&qiù leur avoit été opposé , et tuèrent le Roi qui les commandoit fFaction rut terrible y et le chef des Bourguignons j perdit aussi la vie ; mais ce n'étoit point GondW, comme l?a prétendu Haradim Cet év énement arriva l'a* ^ Xheodoric, toi des Visigoths, qui coramandoit une aile de l'armée, lut renversé de son cheval , et écrasé par les troupes qui le suivoieut Aetius, dfi retour à Rome , fut mal payé de ses longs et éclatants services ^ Vaienuaien, joignant Fingra- Ùtade à U cruauté , le tua de sa marnée* périt bientôt lui-
même assasiné par les amis d'Abus , qui voulurent venger sa mort. ]'-'■'.
Gondioc, après avoir poussé ses conquêtes jusqu'à la mer, et affermi son empire ,4 mourut à Vienne, après un règne d'environ cinquante-deux ans : l'époque de sa mort n'est pas certaine ; on croit assez généralement que ce fut en 4^6 ou en /fin. H avoft épousé la fille du Patrice Ri ci mer, qui lui survécut et se retira à Lyon dans un mo* naslère qu'elle avojt fondé. Il laissa deux filles et quatre fils héritiers de ses Etats, Gondebaut, Godigesile, Chitperic , et Godomar ou Gondemart.
Nous n'avons pas l'intention de faire une histoire de la Bourgogne; nous nous bornerons donc aux détails qui précèdent sur l'origine des Bourguignons, sur leur établis sèment dans les Gaules sur la fondation de leur Royaume , qui fut partagé entre les fils de Gondioc. A l'époque de sa phas grande puissance , ce Royaume étoit composé de sept Provinces , dont les métropoles étaient Arles , Vienne , Lyon , Besançon , Moûiïer en Tarentaise , Embrun et Aix en Provence; il comprenoitle Dauphin*^ la Provence , le Lypnnois, la Haute, et la Basse Bourgogne, une partie de la Champagne , la Franche-Comté , la Ta-» rentaise, la Suisse jusqu'au Mont-Saint- Bernard , et une grande partie de l'Alsace. •> ; \, : ; t
Il fut partagé en q^uatrè Etats; distincts , sur chacun des-r quels un des enfans de Gondioc régna avec le titre de Souverain. Chilperic eut Genève et ses dépendances, la Savoye et le Comtat; Gondemart le Dauphiho, la Basse- Provence et les :Pays situés lë long du Rhône* Gondebaut occupa la Séquanie, et Godigeàile eut vraisemblablement
en' partage les Provinces voisines du Rhin. De longues querelles s'élevèrent entre ces Princes , qui se firent . une guerre cruelle ; Gondebautfut le plus fort ou lë plus heureux , et fit périr deux de ses frères , avec leurs familles. La jeunesse et la beauté de Clolilde , fille de Chilperic , la sauvèrent seule de cet affreux massacre ; elle reconnut mal dans la suite les bienfaits de son oncle , puisqu'elle sacrifia la réconnoissance qu'elle devoit à son attachement et à ses, soins, au désir de satisfaire la haine implacable qu'elle lui avoit vouée, et de venger le meurtre de ses parens. L'histoire a retracé les détails de son mariage avec Clovis , èt de tous les moyens qu'elle sut employer pour le faire réussir ; élle nous apprend aussi que la première grâce quelle osa demander à son époux, fut de faire brûler les douze derniers villages du Royaume de Bour* gogoe , par lesquels elle vênoit de s'échapper. Clovis consentit à cette demande barbare , et Clotilde en adressa publiquement à Dieu des actions de grâcè , comme si la Religion , qui ordoune le pardon des injures , eût pu autoriser la mort de tant d'innocentes victimes que celte Princesse fit sacrifier à sa vengeance.
Gondebaud cependant jouissoit seul et paisiblement d'un Royaume qu'il avoit augmenté par ses conquêtes ; il croyoit sa puissance encore affermie par ses alliances avec Théodoric, dont son fils avoit épousé la fille v avec Alaric qui étoitson beau-frère , et Clovis qui avoit pour femme sa nièce 5 il crut devoir aussi s'attacher le frère qui luirestoit^ Gondigésile , auquel il céda Genève et ses dépendances. Cer pendant cet état de paix et de sécurité ne fut pas de, longue durée j la pieuse , mais vindicative Clotilde, réiUssit par ses
intrigues à susciter & son oncle des enn émis redoutables. Clovis se ligua avec Théodoric contre Gondebaud; Gondigésile se joignit à ou* et , par sa défection an momeot-de ht bataille qui fut livrée à nue demi-beue de Dijon, et dans laquelle il avoit feint de s'unir à son frère pour combattre Clovis , il décida la victoire en faveur de oe dernier. Gondebaud prit la fuite et se réfugia avec un petit nombre de troupes dans la ville d'Avignon , -place forte alors , et dans laquelle il résolut d'attendre ses ennemis pour leur disputer le reste -de ses Etats. Clovis et Gond igé sue vin root l'y assiéger; mais quelques lenteurs dans leur marche avoient donné le temps à Gondebaud d'approvisionner la place : le siège traîna donc en longueur, et Aridius, ministre, et plus encore ami fidèle et sujet dévoué du Roi de Bourgogne, feignit de se jeter dans le parti de Clovis , gagna sa confiance , et le décida à accorder la paix k Gondebaud. Celui-ci paya les frais de la guerre, et devint le vassal de Clovis; Gondigésile, qui Vétoit flatté d'obtenir une grande partie des états de son frère, ne recueillit d'autre fruit de son ingratitude et Ae sa trahison , que la Province viennoise que Clovis ajouta à son Royaume, mais dont il ne put jouir que très-peu de temps.
Dès que Clovis se fut rairé , Gondebaudmarcha contre Vienne , où son frère se croyoit en sûreté avec ses troupes et cinq mille Francs qui étoient restés près de lui ; la ville lut prise, et Gondigésile massacré dans «m temple où H s'étoit réfugié comme dans un asyle inviolable. Sa mort remit Gondebaud «en possession de tout ce quSlavoit perdu, et des provinces qu'il avoit cédées à son frère ; il parvint aussi , par l'intercession des évéques qui se nattoient de lui faire abjurer l'Arianisme , a faire sa paix avec Clovis , dont
il redoutait la vengeance, pour serf mfraeuon *u traité d'Avignon et pour le meurtre de GoodigéSue.
Ce. fut alors Qu'ayant) réuni ks ditfërena ordres de son. Royaume , Gondebaud promulgua, es l'an Soi, sou code qui a subsisté toms le nonxde//0£r Gambettes. , .
Nous n'entrerons pas dans le détail des événemens qui suivirent cette époque^ ni des guerres que Glevis et Gondebaud, devenus alliés , soutinrent contre les Goths et les Visîgoths , et qui se; te nni aèrent par la paix avec Théodorie. Gondebaud sentant déjà b poids de l'âge, et voulant prévenir toute division entre ses fils , assembla les Etats du ltoyaume à, Genève pour leur désigner Sigismondy qui étoàtVainé, pour sou successeur, voulant que dèe-lers: U partageât avec lui la puissanxe souverain, il doaoe 1* Suisse * Gondeinardsori second fil*, et s'applaudit d'avoir ainsi , de son vivant, assuré fat tranquillité de ses Etate e& de sa famille. Il mourut l'an 5 1 6, après un règne de plus de trente années, pendant lesquelles il éprouva toutes les vicissitudes de lu bonne et de la mauvaise fortune. G* Prince éfcoit vif et entreprenant, naturellement bon , d'une bravoure à toute épreuve; son ambition ternit ses grandes qualités, et le rendit souvent cruel et inhumain. La mort de ses frères, et de leurs familles est «ne tache ineffaçable sur sou règne, quoiq&'Àvkas , prélat renommé par ses vertus et sa piété r ait essayé de le justifier de ces crimes.
Sigisniond , fils de Gondebaud, ne soutint pas i'éeUt et la gloire du règne de son père. U se souilla de la mort de son fils Sigéric que sa seconde femme lui avoit rendu suspect ; poursuivi par ses remords, et incapable de résister aux trois fit de Clotilde qui vinrent l'attaquer, il se rerira dans l'abbaye d'Agaune qu'il avoit fondée j et dont les
moines le livrèrent à ses ennemis avec sa femme et ses enfans. Emmené en France, il languit quelque temps dansles fers, et périt enfin d'une mort cruelle (i). : Gondemard, frère de Sigismond, fut reconnu Souve*rain par le peuple et par les grands du Royaume; mais Clodomir , qui croyoit avoir des droits sur cette couronne , marcha contre1 lui pour la lui disputer; il fut victime de son ambition , car les deux armées en étant venues aux mains à quelques lieues de Vienne ^ Clodomir fut renversé de son cheval; son casque enlevé le. fit reconnoître à sa longue chevelure , et on lui trancha la téte : elle ftit mise au bout d'une lance; et ce spectacle affreux porta la terreur et le désordre parmi les Francs, qui abandon-, nèrentla victoire aux Bourguigrioqs. Gondemard continua de régner paisiblement jusqu'en Tan 534 que Clotaire et Childcbert entrèrent en Bourgogne à la tète d'une puissante armée ; Gondemard se renferma dans A ut un ; mais cette ville fut prise , et la Bourgogne passa dès-lors toute» entière sous la domination des Français. Procope donne des détails sur cette- expédition, et dit que les Bourguignons furent complètement défaits, leur Roi fait prisonnier, et renfermé dans un château (a). Pa radin assure que Gondemard , après la prise d'Autun, fut étranglé par Ordre des vainqueurs. D'autres historiens le font fuir et passer en Espagne, d'où il se retira en. Afrique. Ce qui est certain, c'est que, depuis cette époque, lhistoire ne
<i) Clodomir le fit jeter dan» un puits à Ceuloramiera, prè» d'Orlé*n« , et fil Ainsi périr d'une manière, barbare un Roi qui lui «toit uni par le» lient du sang.1 Sa famille périt arec lui et de la même manière. ' (a) Procttp. de Beil. Ooth. lib.L \
fait plus aucune mention de ce Prince qui régna dix ans, et fut sans cesse poursuivi par la mauvaise fortune. Eu, lui s éteignit la race de Gondioc, et ayeci lui finit. le. pr^mierr Royaume de Bourgogne, qui navoit .existé quVnvirojy cent vingt ans. Les crimes de Gomlebaud «voient préparé! sa ruine, qui fut consommée par l'indolence de §igisntond et par la foLblesse de Goudcmard j son derrijeriUoi, . 1 Lorsque le royaume de Boùrçognè fut réuni à; taiFrance, par les Princes qui s'en étoient emparés , il oomprenoit ht] Duché et le Comté de ce nom , le Nivemoisi, kâavoje,, le Dauphiné, la partie de la Provence;. située centre lé> Rhône et la Durante , les bords du Rhin dep^fttfte ^ qu'à Constance , et enfin presque tout Je! pa^; ejrtre/ l«e Rhône et le Rhin jusqu'aux Alpes, On ne couArô^fpMrf cisément la manière dont ces Etats fusent (partagés: en tfffl; Théodebért , Childebert et Glbtâiiie ; «m/qailMiSeulèjrojSntt qu'après la défaite de Gondemard $ les .Bourguignons tse rendirent tributaires dës Rois' de France ,. iet rengagèrent j à les servir lorsqu'ils ser oient en guettre^ /il*. otoUpr^nt enr même temps de continuer à former, une UaLiotu <&$Ùfiqfà et séparée des autres peuples , de jouir dés torfces qu'ils, possédoient, et de .viwe selon la loi de; lenr.pajs* mort de Ttoéodebert <et celle de. GhtfaVedbertj li^chrmtj Clotaire maître de tout ce quittait sons) la dominaûou française , à f exclusion de f ses nièces -.,1 contre lesquelles il fit valoir la loi saliquo 9 lui - même mourut en Tau 56a , laissant sa mémoire ternie par un règne tissu; ^'horreurs et" de bruànâés i son»; héritage , fut partagé, entre ses quatre fils j ]a Bourgogne cchut à^ontran , qui lui rendit le titre de royaume quelle avoit perdu depuis sa réunion
^tteweconfteTHonamMe n'agit , lorsque Contran 1* rétablit^ k même étendoe m les même» limite* que la première y oTOrJeila\nerea wyaome • dès lïowgui^nons , te Vivafais et les pays situes an><dela<et eutoe Je 'Rhône et. lai Dnrance, la Bourgogne comprenoit encore le royaume d'Orléans, te Sénonois, et une partie de la Champagne. A près la raortdeCaribert, qui arriva en 5 G6, Go n Iran joignit à ses" autres états la portion du royaume de Pari» qui lui échut, et qui comprenait Melun f Xaiates , Périgmux , Age,n> avec leurs dépendances et k moitié de Marseille, Atat r«it*e moitié devint te partage du» roi d'Austrasie. Geotran .nonrttt À ^hnïotas-siir-Sa^ne, en 5^, à l'Age de sciante ai* , laissant! son héritage à *ei> neveu Chiktebt^.llquifcavoit adopté, et auquel iioroit légué ses Euts pô^WStawfetat. Leroid'Aûstrasieremnt doue à son royaume ceua de Bourgogne , di Orléans , et une partie de celui de Paris. 11 ne jouit pas long-temps de cette augmentation de puissance , car il ne survécut que trois ans à son oncle ; il môHrïrt dans sa vkngt-sixièmeî année, laissant deux fils et une fille. Théodebert , l aine dé ses fils , lut couronné roi oT'Austrasie 5 Thierry eu* les royaumes de Bourgogne et, d'Orléans , avec 1 Alsace , I« Sundgaar , le Turgaw , et mue partie delà 'Champagne. A lf exemple 4* sén^rfmi^oncle r il prift fr titre de» Roi de ^ourgognei^ et mourut au même âge que son père $ Vawt3a3, dans la ville de Meta , tfe laissant que des enfin* naturels!, qui n'eurent aucune part à sa sneeession- > ■> \
Après la mort dé Thierry * Ôamter f maire du palais ( i),
( i ) Warnachaire II , Tulgairefoent appelé Warnîer on ' Garnier, fut faît maire du Palais do royaume de Bourgogne sous Thierry II.
à Brunei*** de quitter W<wws ou elle s'éloit retire avec les quatre ûls: naturels de Thierry , et 4e retourner dans la Bourgogne. Elle suivit ce conseil perfide , et, dés son arrivée , mit sur pied une armée considérable, à la tète 4e laquelle elle plaça le^enne Sigebert , 3 aîné de ses pupilles \ elle la fit ensuite marcher contre Clotaire, t jui de son côté s avançait rapidement. Les deux armées se joignirenttlans les plaines de€hâlons-sur-Marne ; mais , au moment d'en venir aux mains , les Bourguignons , dont les
Le maire /du palais, levantalors tout-Wak le masque, .s'empara des trois fils de Thierry Cihildcbert ayant d.îg paru (i) , et les Hvra au roi ; Brunefcaut elie-meme fut anétéeaQrviUe, entre Lances et Dijon Ramenée à fteûève fa) où Qotaire étoit campé; il se rendit luwnéme son accusateur, et la fit condamner au dernier supplice. Elle vit égorger Sigehert et Cerbe, deux de ses arrière-petitsfils , Mcrouée ayant obtenu grâce delà vie par un sentiment de pitié dont le roi, oui étoitson parrain , ne put se défendre pour lui. (Jette malheureuse princesse, âgée de quatrevingts ans, fille, épouse, mère et aïeule de rois,, après avoir été cruellement tourmentée pendant trois jours , ïe sur un chameau dans tout le camp, fut attachée
(i)Oo oroit qn'U se noya dans la Safae. (MémoÎKM de l'Aead. des inscript. , ton». XXX, p. 681.)
(a ) Village sitné à cinq lieues de Dijon, «ur la petite litière de Vingeanne qui se jette dans la Saône.
j^rttignoWimeuweBientcette Heine ambitieuse , moins coupable ei> aussi célèbre que Frédégonde, dont elle fut la rivale; Parmi les historiens, les uns se sont appliqués à lui imputer des crimes , les autres ont cherché à la justifier sans réserve 5 les fastes del histoire^ prouvent quelle mérita •plutôt les reproches dés premiers que les éloges des seconds. , : . •
■ Par 'ce dernier événement , le royaume de Bourgogne "fut réuni une seconde fois à la Monarchie Française, et ne -fut' point rétabli par les successeurs de Clotaire II , comme 'hïà voit été fwceufcdeOotaire I. Elle retint cependant ses lois , ses usages et ses officiers particuliers ; les principaui ctoient le maire du palais , les patraces ou- gouverneurs , les ducsnefrles comtes. Il paroitroit què la Bourgogne avoit cessé d'être royaume dans les dernières années du septième siècle , et n etort plus alors qu'une souveraineté sous le titre de duché. Pépin , sous le règne de Clbvis III, parvenu au plus haut degré de puissance , et régnant effectivement au nom des rois qu'il tenait en tutelle, fit Drogon, sou fils ainé, comte de Champagne et duc de Bourgogne ; G ri m o aide , le cadet , succéda à son frère dans cette principauté (i),qui n'étoit pas un simple gouvernement comme les autres duchés. Quoi qu'il en soit , la Bourgogne fit partie intégrante de la Monarchie Française jusqu'en 843 qu'elle fut démembrée par le partage volontaire qui fut fait alors à Verdun entre les enfans de Louis le Débonnaire. Lothaire, l'ainé des trois, eut la Bourgogne supérieure, située au-dessus du Rhône et de la Saône; Charles le Chauve eut la Bourgogne inférieure , c'est-à*dire tout le
(0 4nnaL Motensis ad ann. 711.
pays skné au*dëssous de ces deux rivières j Çetfte dernière portion demeura depuis I ce partage , sou? la dqmination des R ois dei i France. riLothaire Jiertagea eeille qnr.lm.étoi^ échue .entre Lothairé et; Chaînes , les plus jeunes de pes trois fils. Charles eut la Provence et le Duché de Lyon; il prit le titré d»> Roi de «Provence; ; Loù^aire eut tout le, resté , : oes*rà-dire ce quion a > appuie J&ourgftgne Transr juraneiet la Bourgogne Gisjurane, qui fat depuis; U Comté ou Franche-Comté. £n 85B, o* S^ii,^^, ses deux frères , Louis et Charles , ,1a Bburgogne Transjurane , et ne se réserva que là Ftonche4uomié. >■•■,.
Vers Tan 8&> > ^division qui régnojt enjre Jes Princes , et la foiblesse de<Je4U gquviernemeqt, portèrent qeux qui , étoieht à la tète de différentes provinces à s'einparer de toute l'autorité. On vit alors un Boson se «faire, couronner Roi de Provence , un Rodolphe Roi de la Bourgogne J,ransjurante, et d'autoes hommes puissans envahir Impropriété des «pays dont ilfc, navoitttt >que 1 administration,;, Mous ahandonnêrqn^ici toutes lesi provinces qui ont fai t, anciennement parue du royaume de Bourgogne , et nous terminerons cette notice par ce qui a rapport- seulement à la Bourgogne Transjurane^qui prit dans la suite le titre de Duché, et quii, depuis le partage de Verdun dont nous avons parlé, demeura constamment sous la domination des Princes Français.
Ce Duché, situé dans la partie orientale de la France, tenoit au Nord à la Champagne , au Midi à la Jîresçe et au Beaûjolois , à l'Est il étoit borné par la Franehe^Comté et à l'Ouest par le Bourbounois et le Nivernpte; il comprej noit les' comtés de Chalon sur Saône et de Mâcon, la plus grande partie de celui de Langres , tous les pays placés
entre' la- T3îe, la Vingenneet la Saône, rAutnnoisi, Y Axe- Xois, ét une partie du Comté d'Auxerre. Ses principales Villes 'etoient Dijon,, Chalon^ Maôon,iAutun , Beaunei^ 8emur , Saint JeàW de Losne', Nuys^ Montbarid , Châtilloni^ Avalon , ffevigriy ' • Noyers et Arnay-le«<Ducc Lorsque là dénomination des anciennes provinces eo» > été changée ea France , la majeure (partie du Duché de Boux^agne Xorma les départemens de la Cote^dfCfr et de £aône et Laiife Cf Pays est renoHittié jmét sa fertilité et par la/ douceur de son climat ; tout y croît; ett abondance, les vins et lés. grains y sont surtout d une excellente qualité ; les rivières qui le traversent y sont d une grande utilité >pour le transport des bais , ei' des fers dont on connut ta bonté; ':■.<>
La Bbur'gogne , à l'époque doni1 nous avons parlé ou l'autorité féodale s'empara presqued entier des prérogatives royales , fut gouvernée par des Ducs bénéficiaires qui en jouissoient à titre de concession révocable à volonté par les Rois de France. L'histoire lait connoître le nom de «es Ducs, dont le premier fut Richard le Justicier 5 il eut pour successeurs Raoul le Noble, Ôilbert de Vergy i Hugues le Noir, Hugues le Blanc ou l'abbé , Othon ou Othe, Henri» le-Grand qui devint Duc propriétaire par la concession de Hugues Capet son frère, et enfin Othe^Guillautoefdit l'Étranger. Mais ce dernier, n'étant que le fils àdoptif de Henri-le-Grand , fut obligé, après avoir soutenu une lutte de treize années , dereconnoitre le droit légitime de Robert Roi de France auquel il céda le Duché: il conserva oepen* dant les droits que lui donnoit son adoption , ainsi que l'usufruit da Comté de Dijon , et fut la tige des Comtes de Bourgogne qui possédèrent la Franche^Comté.
Le Roi Robert donna, en 10 1 5 , le Duché de Bourgô-
gne à son &1| ainé9 >t{(49 devenu lioj.^e frange en ^o3f , le céda à soi) ipèrç £ç déniiez 4*ut la'souchc de la
première. branclie royale des 4ou#e:.;DjAÇ6, [bérédiLaires , dontrnous donnons ici la ^Ute ,ç}ir/>n#logiqiiç« r • ;j j; i Jtoberl.M', #*ra;4li *pi flens* I^S ,pn
il se fit i»W. à ÇlMgny ^>iïC|ibU hi * » r
3 Eudes I.*? , s<m frè*> j>4«i irai prit S poase*si 0* , wg8
On, fa regardé comihë fondai* d^iOfr; ..r ^ i
<tea*kx(j)»?' ;. j , vfyv :»l ir -, >-i
4 Hugues, U «uccédaià son père en* > »... ,<> i in;
5 Eudes IL Duc en . »»I •., .s*., « in»> ; • < Ii14fc
6 Hugues LQ 0vL> i . >. j »> * V' *1 vt>«» ,M'6?[
7 Euife ffl^fils de H^
8 Hugues IV, *». > ,. v: y ♦ ;i. , * . ,
•9 Hol>artIL9 >eap • .m.. . , • • ,» * ■<» •■.»». • »••.•,• • la^2; *o: Hugue&y, en, . », .. , > i l fiudesIV^firère précédent filial* fy*c*«r ifâ > I, 1 j ; » «l tradssutt par s* w*ort te Du^Ké A,-. ( .., f» BliilippedeiRwix^ , ,
làgedeseiaeans etsaas postérité a,;^ Le Roi Jean déclara À .cette 4piH^ la Bologne lui étoit dévolue t et ibladonna àflon fils Philippe., suxnoinnié le Hardi.Il .fonda les Chartreux de Dijon , ou il étoit inhumé 7 aipsi que son fils et son pelit-fils , Jean , dit sans Peur , succéda à son père Philippe ,
etf i4<>4
Il fut assassine suriepont de Montereau.
(1) CeDucet se« succeaseuri , juaquea et compris Philippe de Rouvre , Cloient inhumé* dam l'abbaye de Citeaux.