‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 103 sur 466 · LeUrc dft BmIm à mmi fllt' wéfré M la fMilIle · texte numérisé non relu

LeUrc dft BmIm à mmi fllt' wéfré M la fMilIle

Parla, leSSJaSnmS.

Votre mère s'est fort attendrie à la lecture de votre dernière lettre, où vous mandiez qu'une de vos plus grandes consolations était de recevoir de nos nouvelles. Elle est très-contente de ces marques de votre bon naturel ; mais je puis vous assurer qu'en ceia vous nous rendez bien justice, et que les lettres que nous recevons de vous font toute la joie de la famille , depuis le plus grand jusqu'au plus petit. Ils m'ont tous prié aujourd'hui de vous faire leurs compliments. J'allai, il y a trois jours, dîner à Âuteuil, où se trouvèrent M. le marquis de La Salle, M. Félix et M. Bou< din. M. de Termes y vint aussi , et amena le nouveau musicien, M. Destouches, qui fait encore un autre opéra pour Fontainebleau'. Après le diner, il chanta plusieurs endroits de cet opéra, dont ces messieurs parurent charmés, et surtout M. Despréaux', qui prétendait les entendre fort distinctement, et qui raisonna fort, à son ordinaire , sur la musique. Le musicien fut fort étonné que je n'eusse point entendu son dernier opéra. M. P^spréaux lui en voulut dire \e§ raisons qui l'étonnèrent encore davantage, et peutêtre ne le satisfirent pas beaucoup *, La plupart de ces messieurs me demandèrent fort obligeamment de vos nouvelles, et je leur dis que voes étiez l'homme du monde le plus content. Ils n'eurent pas de pmne à le croire, connaissant M. fambassadeur comme ils font , et le regardant tout à la fois comme le plus aimable et le plus habile homme qui soit au monde. M. Despréanx leur dit combien il avait de plaisir à lire les lettres que vous iti*écriviez, et les assura que vous seriez un jour très-digne d'être aimé de tous mes amis. Vous savez que les poëtes se piquent d'être prophètes*; mais ce n'est que dans l'enthousiasme de leur poésie qu'ils le sont, et M. Despréaux leur parlait en prose. Ses prédietions ne laissèrent pas néannroins de me faire plaisir, et de flatter un peu la tendresse paternelle. C'est à vous, mon cher fils, à

1. Le Ûla de Bacine, figtf ftlon de vingt «m, avait été chargé, par M. de Torcy, de porter des dëpÊches & Taiabassade de France k La Haye.

2. Pour Fontainebleau, Ilësidenoe royale oti Louis XlV allait cMsser souvent et c'a il tenait sa conr. L'opéra en question était x^réparé pour le théfttre de ce palais. — Opéra. Représentation théâtrale aooompaguée de ehant et de musique.

8. M. Despréaux. Boilean Despréaux, le poëte satirique, un des grands amis de Rscine.

4. Ne le satisfirent pas beaucoup. C'était pour obéir li ses scrupules religieux que Racine s'abstenait d'assister aux représentations ôr Vopéra.

ft. En latin, le même mot signifie poëte et prophète.

ne pas faire passer M. Despréaux pour un faux prophète. Je vous Fai dit plusieurs fois: vous êtes à la source du bon sens, et de toutes les belles connaissances pour le monde et pour les affaires. J'aurais une joie sensible de voir la maison de campagne dont vous faites tant de récit ', et d'y manger avec vous des groseilles de Hollande. Ces groseilles ont bien fait ouvrir les oreilles à vos petites sœurs et à votre mère elle-inême, qui les ainne fort comme vous savez. Je ne saurais m*empôcher de vous dire qu'à chaque chose d'un peu bon que Ton nous sert sur la table, il lui échappe toujours de dire : Racine mangerait volontiers d'une telle chose. Je n'ai jamais vu en vérité une si bonne mère, ni si digne que vous fassiez votre possible pour reconnaître son amitié. Au moment que je vous écris ceci , vos deux petites sœurs me viennent apporter un bouquet pour ma fête qui sera demain, et qui sera aussi la vôtre. Trouverez-vous bon que je vous fasse souvenir que ce môme saint Jean, qui est votre patron, est aussi invoqué par l'Église comme le patron des gens qui sont en voyage, et qu'elle lui adresse pour eux une prière qui est dans Vitinéraire*, et que j'ai dite plusieurs fois.

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