‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 174 sur 466 · Le elcl et les étoile · texte numérisé non relu

Le elcl et les étoile

11 est temps de lever nos yeux vers le ciel. Quelle puissance a tonstruit au-dessus de nos têtes une si vaste et si superbe voûte? Quelle étonnante variété d'admirables objets 1 Quelle multitude innombrable d'étoiles! La profusion avec laquelle la main de Dieu les a répandues sur son ouvrage fait voir qu'elles ne coûtent rien à sa puissance. Il en a semé les cîeux , comme un prince magnifique répand l'argent à pleines mains , ou comme il met des pierreries sur un habit. Que quelqu'un dise, tant qu'il lui plaira, que ce sont autant de mondes semblables à la terre que nous habitons; je le suppose pour un moment". Combien doit être puissant et sage celui qui fait des mondes aussi innombrables que les grains de sable qui couvrent le rivage des mers , et qui conduit sans peine» pendant tant de siècles , tous ces mondes errants, comme un berger conduit un troupeau! Si, au contraire, ce sont seulement des flambeaux allumés , pour luire à nos yeux dans ce petit globe qu'on nomme la terre*, quelle puissance que rien ne lasse, et à qui rien ne coûte ! Quelle profusion, pour donner à l'homme, dans ce petit coin de l'univers, un spectacle si étonnant!

Mais parmi ces astres j'aperçois la lune, qui semble partager avec le soleil \b soin de nous éclairer. Elle se montre à point nommé, avec toutes les étoiles, quand le soleil est obligé do ramener le jour dans l'autre hémisphère. Ainsi la nuit môme, malgré ses ténèbres, a une lumière, sombre à la vérité, mais douce et utile. Cette lumière est empruntée du soleil, quoique absent. Ainsi tout est ménagé dans l'univers avec un si bel art, qu'un globe voisin de la terre, et aussi ténébreux qu'elle par lui-même, sert néanmoins à lui renvoyer par réflexion les rayons qu'il reçoit du soleil ; et que le soleil éclaire par la lune les peuples qui no peuvent le voir, pendant qu'il doit en éclairer d'autres.

FÉNBLdlf.

1. CompotUion infinie d'un tout si fini, — hflnie. Sans bsmes. — Si /lui. fil parfait. Bemarquer ici cea deux accaptiooa de deux moto ap^rteuaAt k la mâme fomUle.

2. Les tftoUes ne sont en apparence, aux yeux de la foule, que des fiamàwux tllumis; Fénelon fait la plus grande part à cette hypothèse dans son raisonnement, tout en montrant qu'U •'appUquo également aux doqnéea de 1» aséwet.

LIVRB III. 454

e. « Aa coleli.

Dieu ! que les airs sont douxl que la lumière est pure l

Tu règnes en vainqueur sur toute la nature,

0 soleil! et des deux où ton char est porté '«

Tu lui vei'ses la vie et la fécondité I

Le jour où, séparant la nuit de la lumière,

L'Éternel te lança dans la vaste carrière,

L'univers tout entier te reconnut pour roi ;

Et rhomme, en t'adoraut, s'inclina devant toi!

De ce jour, poursuivant ta carrière enflammée,

Tu décris sans repos ta route accoutumée;

L'éclat de tes rayons ne s'est point affaibli,

Et sous la main des temps ton front n'a point pâli !

LAMAtTlHB.

7« — Bmplre île rbomme rar les êtres de la création.

L'empire de l'homme sur les animaux est un empire légitime qu'aucune révolution ne peut détruire; c'est l'empire de l'esprit sur la matière, c'est non-seulement un droit de nature, un pouvoir fondé sur des lois inaltérables, mais c'est encore un don de Dieu, par lequel l'homme peut reconnaître à tout instant l'excellence de son être ; car ce n'est pas parce qu'il est le plus parfait, le plus fort ou le plus adroit des animaux, qu'il leur commande : s'il n'était que le premier du même ordre, les seconds se réuniraient pour lui disputer l'empire; mais c'est par supériorité de nature que l'homme règne et commande ; il pense, et dès lors il est mattre des êtres qui ne pensent point.

11 est mattre des corps bruts, qui ne peuvent opposer à sa volonté qu'une lourde résistance ou qu'une inflexible dureté, que sa iBain sait toujours surmonter et vaincre en les faisant agir les uns contre le& autres ; il est mahre des végétaux , que par son iidustrie i) peut augmenter, diminuer, renouveler, dénaturer, détruire ou multiplier à l'inBni; il est maître des animaux, parce que, non^seulement il a comme eux du mouvement et du sentiment, ma», qu'il a de plus la lumière de la pensée, qu'il connaît

1. Los anciens croyaient que le Dieu de la Inmi^re, Phoebng on Apollon, la tSte entonrée de rayons enflammes, et conduisant nn char à quatre clieyaux ailés, parcourait chaque Jour, d'Orient en Occident, rimmense tftradue des Cienx. Les poëtes modernes ont conaervé cette image qui 8emi>le fitire dn soleil une personne. On remarquera beaucoup d'expressions dans la langue qui tiennent ainsi it des traditions de la mythologie dM Giecs et des Bomains.

les fins et les moyens, qu'il sait diriger ses actions, concerter ses opérations, mesurer ses mouyements, vaincre la force par l'esprit, et la vitesse par l'emploi du temps.

Cependant parmi les animaux les uns paraissent être plus ou moins familiers, plus ou moins sauvages, plus ou moins doux, pi s ou moins féroces : que Ton compare la docilité et la soumis- 8 on du chien avec la fierté et la férocité du tigre, Tun parait être l'ami de Thomme et l'autre son ennemi ; son empire sur les animaux n'est donc pas absolu : combien d'espèces savent se soustraire à sa puissance par la rapidité de leur vol, par la légèreté de leur course, par l'obscurité de leur retraite, par la distance que met entre eux et l'homme l'élément qu'ils habitent ! combien d'autres espèces lui échappent par leur seule petitesse 1 et enfin combien y en a-t-il qui, bien loin de reconnaître leur souverain^ Tattaquent k force ouverte ' 1

C'est par les talents de l'esprit et non par la force et les autres qualités de la matière, que l'homme a su subjuguer les animaux. Il a fallu qu'il fût civilisé lui-même pour savoir instruire et commander, et l'empire sur les animaux, comme tous les autres empires, n'a été fondé qu'après la société. C'est d'elle que l'homme tient sa puissance, c'est par elle qu'il a perfectionné sa raison, exercé son esprit et réuni ses forces; auparavant l'homme était peut^tre l'animal le plus sauvage et le moins redoutable de tous; nu, sans armes et sans abri, la terre n'était pour lui qu'un vaste désert peuplé de monstres, dont souvent il devenait la proie; et môme longtemps après, l'histoire nous dit que les premiers héros n'ont été que des destructeurs de bêtes K

Mais lorsque avec le temps l'espèce humaine s'est étendue, multipliée, répandue, et qu'à la faveur des arts et de la société , l'homme a pu marcher en force pour conquérir Tunivers, il a fait reculer peu à peu les bêtes féroces, il a purgé la terre de ces animaux gigantesques dont nous trouvons encore les ossements énormes, il a détruit ou réduit à un petit nombre d'individus les espèces voraces et nuisibles, il a opposé les animaux aux animaux, et, subjuguant les uns par adresse, domptant les autres par la force, ou les écartant par le nombre et les attaquant tous par des moyens raisonnes, il est parvenu a se mettre en sûreté , et à établir un empire qui n'est borné que par des lieux inacces-

4. Bapprocher ce morceau des suivants, ainsi que de oeax des deux premiers Urrei sur des anjets analogues. Ce rapprochement seul sert à expUquer lea uns par les antrea.

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