un SoffcmcDt de Zadlf
Le principal talent de Zadig était de démêler la vérité que tous les hommes cherchent à obscurcir. Dès les premiers jours de son administration , il mit ce grand talent en usage. Un fameux négociant de Babylone * était mort aux Indes ; il avait fait ses héritiers ses deux fils par portions égales, après avoir marié leur sœur; et il laissait un présent de trente mille pièces d*or à celui de ses deux fils qui serait jugé l'aimer davantage. L'ainé lui bâtit un tombeau, le second augmenta d'une partie de son héritage la dot de sa sœur. Chacun disait : u C'est l'aîné qui aime mieux son père ; le cadet aime mieux sa sœur : c'est à l'aîné qu'appartiennent les trente mille pièces. »
Zadig les fit venir tous deux l'un après l'autre. Il dit à l'aîné : « Votre père n'est point mort; il est guéri de sa dernière maladie; il revient à Babylone. — Dieu soit louél répondit le jeuno homme; mais voilà un tombeau qui m'a coûté bien cher!» Zadig dit ensuite la même chose au cadet. « Dieu soit loué! répondit-il, je vais rendre à mon père tout ce i^ue j'ai, mais je voudrais qu'il laissât à ma sœur ce que je lui ai donné. — Vous ne rendrez rien, dit Zadig, et vous aurez les trente mille pièces. C'est vous qui aimez le mieux votre père. »
Voltaire.