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Après une longue absence, le victorieux Charles, de retour dans la Gaule, se fit amener les enfants remis aux soins de Clément*, et voulut qu'ils lui montrassent leurs lettres et leurs vers. Les élèves sortis des classes moyenne et inférieure présentèrent des ouvrages qui passaient toute espérance, où se faisaient sentir les plus douces saveurs de la science ; les nobles, au contraire, n'eurent à produire que de froides et misérables pauvretés. Le très-sage Charles, imitant alors la justice du souverain Juge, leur dit : « Je vous loue beaucoup, mes enfants de votre zèle à remplir mes intentions et à rechercher votre propre bien de tous vos moyens. Maintenant efforcez-vous d'atteindre à la perfection ; alors je vous donnerai de riches évèchés , de magnifiques abbayes ^ , et vous tiendrai toujours pour gens considérables à mes yeux. » Tournant ensuite un front irrité vers les élèves demeurés à sa gauche, portant la terreur dans leurs consciences par son regard enflammé, tonnant plutôt qu'il ne parlait, il lança sur eux ces paroles pleines de la plus amère ironie : « Quant à vous, nobles, vous fils des principaux de la nation, vous enfants délicats, vous reposant sur votre naissance et votre fortune, vous avez négligé mes ordres et le soin de votre propre gloire dans vos études, et proféré vous abandonner à la mollesse, au jeu, à la paresse ou à de futiles occupations. » Ajoutant à ses premiers mots son ser-
1. Clément. Un des savants de la conr de Charlcmagne qui aidèrent ce prince ï relever les études et les lettres, que les Mérovingiens avaient laissées complètement tomber.
2. De magnifiques ahbayes. Les religieux de cette époqne vivaient en commn- Qauté sous la direction d'un chef spirituel nommé abbé. Le couvent et les terres «ur lesquelles s'étendait leur juridiction formaient les abbayes dont quelques-unes étaient fort riches et fort puisRantea par le nombre des paysans ou vassaux qui ea dépendaient.
ment accoutumé, et levant vers le ciel sa tête auguste et son bras invincible, il s'écria d'une voix foudroyante : « Par le roi des cieux, permis à d'autres de vous admirer. Je ne fais, moi, nul cas de votre naissance ; sachez et retenez bien que, si vous ne vous hâtez de réparer par une constante application votre négligence passée, vous n'obtiendrez jamais rien de Charles. »
Lb Moivb de Saint-Gall ( traduction de M. Gnizot).
B5. — Arrivée des Croisés devant lérusalem <•
En partant deRamsa et de Lydda^ les croisés se rapprochèrent des montagnes de la Judée. Ces montagnes, sur lesquelles Jérusalem est assise, n'ont point l'aspect du Taurus ni celui du Liban * ; ces cimes bleuâtres, que le ciel paraît avoir privées de sa rosée bienfaisante, sont sans verdure et sans ombrages ; ces solitudes arides n'ont d'autres habitants que le sanglier et la gar zelle, l'aigle et le vautour. C'est surtout du côté de l'est et du côté du sud que le pays de Jérusalem s'offre au voyageur avec une pâle nudité; le côté de l'ouest, par où arrivaient les guerriers de la croix, a des collines couvertes d'arbustes, et quelques vergers d'oliviers annonçant le voisinage de pauvres bourgades.
L'armée chrétienne s'avança dans une étroite vallée^ entre deux montagnes brûlées par les feux du soleil. La route qu*elle suivait avait été creusée par les torrents; la pluie des orages y avait accumulé des roches détachées des monts; des amas de sables, des abîmes ouverts par la rapidité des eaux fermaient quelquefois le chemin. Dans ces passages difficiles, la moindre résistance des musulmans pouvait triompher de la foule des pèlerins, et, s'ils ne rencontrèrent point alors l'ennemi^ ils durent penser que Dieu lui-même leur livrait les avenues de la ville sainte.
Après avoir marché depuis l'aurore, les croisés arrivèrent sur le soir au village d'Anathot ; ils résolurent d'y passer la nuit, mais personne ne put se livrer au sommeil. Dès le lever du jour, tout le monde se mit en marche. Les croisés laissaient à leur droite le château de Modin, fameux par la sépulture des Machabées ; mais cette ruine vénérable attira à peine leurs regards, tant la pensée de Jérusalem les préoccupait. Ils traversèrent, sans
1. II s'agit ici de la première Croisade qui eut Uea k la fin da xje siècle: (1095-1099).
2, Petites villes de la Palestine.
8. Le Taurus, chaîne de montagnes de l'Asie Hineore; le Uba», chaîne ds montagnes de la Palestine.