LIVRE I
tout bas nos maintiens, comptant nos morceaux d'un œil avide, s'amusant à nous faire attendre à boire, et murmurant d'un trop long dîner. Nous serions nos valets pour être nos maîtres ; chacun serait servi par tous ; le temps passerait sans le compter, le repas serait le repos, et durerait autant que Tardeur du jour. S'il passait près de nous quelque paysan retournant au travail, ses outils sur l'épaule, je lui réjouirais le cœur par quelques bons propos, par quelques coups de bon vin qui lui feraient porter plus gaiement sa misère; et moi, j'aurais aussi le plaisir de me sentir émouvoir un peu les entrailles, et de me dire en secret : Cl Je suis encore homme. »
J.-J. BOOBfB&U.
U. — Souvenlra «t JoDlMinces de la vie des cliamps.
0 vallons paternels, doux champs, humble chaumière Au bord penchant des bois suspendue aux coteaux, Dont l'humble toit, caché sous des touffes de lierre. Ressemble aux nids sous les rameaux ;
Gazons entrecoupés de ruisseaux et d'ombrages; Seuil antique où mon père, adoré comme un roi. Comptait ses gras troupeaux rentrant des pâturages. Ouvrez-vous, ouvrez-vous! c'est moi ^.
Oui, je reviens à toi, berceau de mon enfance, Embrasser pour jamais tes foyers protecteurs. Loin de moi les cités et leur vaine opulence 1 Je suis né parmi les pasteurs.
Enfant, j'aimais comme eux à suivre dans la plaino Les agneaux pas à pas, égarés jusqu'au soir; Â revenir, comme eux, baigner leur blanche laine Dans l'eau courante du lavoir.
J'aimais à me suspendre aux lianes légères, A gravir dans les airs de rameaux en rameaux. Pour ravir le premier, sous l'aile de leurs mères, Les tendres œufs des tourtereaux.
J'aimais les voix du soir dans les airs répandues,
Le bruit lointain des chars gémissant sous leur poids *,
1. Quel sentiment et quelle vivadtë dans Tapostroplie qui termine cette période oU l'harmonie des mots répond si bien k Témotion de Vâme ! S. Sous leur poids. Métonymie. Poids est employé ici pour eftarffe.
fli RECUEIL DE IlOEGEAUX CHOISIS.
Et le sourd tintement des cloches suspendues Au cou des chevreaux dans les bois.
Beaux lieux, recevez-moi sous vos sacrés ombrages 1 Vous qui couvrez le seuil de rameaux éplorés, Saules contemporains S courbez vos longs feuillages Sur le frère que vous pleurez.
Reconnaissez mes pas, doux gazons que je foule, Arbres que dans mes jeux j'insultais autrefois * ; Et toi qui loin de moi te cachais à la foule, Triste écho •, réponds à ma voix.
Je ne viens pas traîner, dans vos riants asiles , Les regrets du passé, les songes du futur : J'y viens vivre, et, couché sous vos berceaux fertiles, Abriter mon repos obscur.
S'éveiller le cœur pur, au réveil de l'aurore, Pour bénir au matin le Dieu qui fît le jour. Voir les fleurs du vallon sous la rosée éclore. Gomme pour fêter son retour;
Respirer les parfums que la colline exhale, Ou l'humide fraîcheur qui tombe des forêts; Voir onduler de loin l'haleine matinale Sur le sein flottant des guérets * ;
Conduire la génisse à la source qu'elle aime. Ou suspendre la chèvre au cytise ^ embaumé, Ou voir les blancs taureaux venir tendre d'eux-méme * Leur front au joug accoutumé ;
Guider un soc tremblant dans le sillon qui crie, Du pampre domestique émonder les berceaux,