L'flne
L'âne est de son naturel aussi humble, aussi patient, aussi tranquille, que le cheval est fier, ardent, impétueux^; il souffre avec constance, et peut-être avec courage, les châtiments et les coups ; il est sobre, et sur la quantité et sur la qualité de la nourriture; il se contente des herbes les plus dures, les plus désagréables, que le cheval et les autres animaux lui laissent et^dédaignent ; il est fort délicat sur Teau, il ne veut boire que de la plus claire et aux ruisseaux qui lui sont connus ; il boit aussi sobrement qu'il mange, et n'enfonce point du tout son nez dans Teau, par la peur que lui fait, dit-on, l'ombre de ses oreilles. Gomme l'on ne prend pas la peine de l'étriller, il se roule souvent sur le gazon, sur les chardons, sur la fougère ; sans se soucier beaucoup de ce qu'on lui fait porter, il se couche pour se rouler toutes les fois qu'il le peut, et semble par là reprocher à son mattre le peu de soin qu'on prend de lui, car il ne se vautre pas comme le cheval dans la fange et dans Teau ; il craint même de se mouiller les pieds, et se détourne pour éviter la boue : aussi a-tnl la jambe plus sèche et plus nette que le cheval ; il est susceptible d'éducation, et l'on en a vu d'assez bien dressés pour faire curiosité dé spectacle.
Dans sa première jeunesse il est gai et même assez joli ; il a de la légèreté et de la gentillesse ; mais il la perd bientôt, soit par l'âge, soit par les mauvais traitements, et il devient lent, indocile et têtu^... Il s'attache cependant à son mattre, quoiqu'il en soit ordinairement maltraité ; il le sent de loin et le distingue de tous les autres hommes ; il reconnaît aussi les lieux qu'il a coutume d'habiter, les chemins qu'il a fréquentés ; il a les yeux bons, l'odorat admirable, l'oreille excellente, ce qui a encore contribué à le faire mettre au nombre des animaux timides, qui ont tous, à ce qu'on prétend, l'ouïe très-fine et les oreilles longues; lorsqu'on le surcharge, il le marque en inclinant la tête et en baissant les oreilles ; lorsqu'on le tourmente trop, il ouvre la bouche et retire les lèvres d'une manière très-désagréable , ce qui lui donne l'air moqueur et dérisoire ' ; si on lui couvre les yeux, il reste immobile ; et lorsqu'il est couché sur le côté, si on lui place
1. S'exercer k âëcouvrir les nuances qni caractérisent ces adjectifs en les comparant les uns aux autres ; même étude sur les épithètes /enf , indocile, têtu, employées plus bas.
2. Dérisoire. Ce mot ne s'emploie d'ordinaire qu'arec des noms de chose : une proposition dérisoire, une offre dérisoire ; on dirait pintôt aujourd'hui raiUew, iaixhniqw, — Il en est de même de méritoire, accessoire, péremptaire, d'oh Yw peut déduire la valeur de cette désinence oire.