Le petit bols
Heureux qui possède en ce monde Un joli bois dans un vallon, Tout auprès, petit pavillon, Petite source assez féconde :
De ce bois le ciel m'a fait don.
Quand sa feuille s'enfle et veut naître^, J'assiste à ses progrès nouveaux.
Mon œil est là sur ces rameaux Qui l'attend et la voit paraître; L'été, je lui dois mes berceaux, La plus douce odeur en automne, Un abri contre l'aquilon, Quand je vais lisant Fénelon ; Et l'hiver chaque arbre me donne, Utile en toutes les saisons, Lorsque sous le toit des maisons Un réseau d'argent toujours brille ^, Et l'éclat dont mon feu pétille,
1. ChanmdUeê, Art>re forestier et d'ornement, ti^s-employé pour les tUëes et les berceaux, k cause de sa facilité à être guidé par la taille. Diminutif dn primitif charmes. ,
t. Pour le bourgeon qui renferme la fénille.
S. Périphrase embarrassée pour peindre Taspect des toits en hlTer*
LIVRB I.
Et la chaleur de mes tisons.
C'est là, c'est dans cet Elysée ^, Frais à l'œil, doux à la pensée, Cher au cœur, que j'aime à venir, Au sein d'un asile modeste^ Avec un ami qui me reste, Ou rêver ou m'entretenir.
En admirant un site agreste, Ou ce beau dôme bleu céleste, Palais d'un heureux avenir.
Bois pur où rien ne m'inportune, Où des cours et de la fortune J'ignore la pompe et les fers *; Où je me plais, où je m'égare, Où d'abord ma muse ^ s'empare De la liberté des déserts; Où je vis avec Tinnocence, Le sommeil et la douce aisance, Et l'oubli de cet univers ; Loin de moi jetant dans les airs Tous les orgueils de l'importance^, Tous les songes de l'espérance, Et l'ennui de tous les travers; Où par ma seule indépendance, Ce que je sens, ce que je pense.
Devient des plaisirs et des vers". 0 le plus charmant bois de France, Que de douceurs dans tes concerts !
Quel entretien dans ton silence 1 Quel secret dans ta confidence !
Que de fraîcheur dans tes couverts !
Duon.