Le cbat et le vieux rat
J'ai lu, chez un conteur de fables, Qu'un second Rodilard *, F Alexandre des chats,
L* Attila ^, le fléau des rats,
Rendait ces derniers misérables;
J'ai lu, dis-je, en certain auteur,
Que ce chat exterminateur, Vrai Cerbère ', était craint une lieue à la ronde. . Il voulait de souris dépeupler tout le monde. Les planches qu'on suspend sur un léger appui,
La mort aux rats, les souricières,
N'étaient que jeux au prix de lui *.
Comme il voit que dans leurs tanières
Les souris étaient prisonnières, Qu'elles n'osaient sortir, qu'il avait beau chercher. Le galant * fait le mort, et, du haut d'un plancher, Se pend la tête en bas : la bête scélérate ' A de certains cordons se tenait par la patte. Le peuple des souris croit que c'est châtiment, Qu'il a fait un larcin ^ de rôt ou de fromage,
1. Rodilard. Mot composé qai signifie le rongnar de lard. i. Attila. Sol des Huns, peuple barbare qui ravagea l'Europe au ye siècle après Jésus-Christ. Ce roi fut appelé le fléau de Dieu.
3. Cerbère. D'aprbs la mythologie. Cerbère était un chien h trois têtes qui gardait rentrée des Enfers et menaçait de sa triple gueule cens qui roulaient eu sortir ou y entrer.
4. /eux au prix de lui. « En comparaison de lui. n Double gallicisme ii remarquer. Et plus bas : Se mettent en quête, voici bien une autre fête.
6. Galant. « Le fourbe, le rusé. » Remarquer Tacceptlon que ce mot a ici. On dit dans un sens tout opposé : un galant homme. 6. Larcin, « Vol. » Mtaio racine que larron,
Égratigné quelqu'un, causé quelque dommage, £n6n, qu'on a pendu le mauvais garnement^.
Toutes, dis-je, unanimement Se promettent de rire à son enterrement, Mettent le nez à Tair, montrent un peu la tète,
Puis rentrent dans leurs nids à rats,
Puis ressortant font quatre pas,
Puis en6n se mettent en quête.
Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite, et, sur ses pieds tombant,
Attrape les plus paresseuses.
« Nous en savons plus d'un ', dit-il, en les gobant, C*est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses Ne vous sauveront pas, je vous en avertis ;
Vous viendrez toutes au logis. »
Il prophétisait vrai : notre maître Mitis ^, Pour la seconde fois les trompe et les affine*,
Blanchit sa robe et s'enrarine.
Et, de la sorte déguisé.
Se niche et se blotti l dans une huche ^ ouverte.
Ce fut à lui bien avisé :
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte. Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour : C'était un vieux routier *, il savait plus d'un tour, Même il avait perdu sa queue à la bataille, a Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille'', b S'écria-t-il de loin au général des chats : a Je soupçonne dessous encore quelque machine^ ;
Rien ne te sert d'être farine :
Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas. » C'était bien dit à lui, j'approuve sa prudence :
Il était expérimenté,