‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 303 sur 466 · Le cbat et le vieux rat · texte numérisé non relu

Le cbat et le vieux rat

J'ai lu, chez un conteur de fables, Qu'un second Rodilard *, F Alexandre des chats,

L* Attila ^, le fléau des rats,

Rendait ces derniers misérables;

J'ai lu, dis-je, en certain auteur,

Que ce chat exterminateur, Vrai Cerbère ', était craint une lieue à la ronde. . Il voulait de souris dépeupler tout le monde. Les planches qu'on suspend sur un léger appui,

La mort aux rats, les souricières,

N'étaient que jeux au prix de lui *.

Comme il voit que dans leurs tanières

Les souris étaient prisonnières, Qu'elles n'osaient sortir, qu'il avait beau chercher. Le galant * fait le mort, et, du haut d'un plancher, Se pend la tête en bas : la bête scélérate ' A de certains cordons se tenait par la patte. Le peuple des souris croit que c'est châtiment, Qu'il a fait un larcin ^ de rôt ou de fromage,

1. Rodilard. Mot composé qai signifie le rongnar de lard. i. Attila. Sol des Huns, peuple barbare qui ravagea l'Europe au ye siècle après Jésus-Christ. Ce roi fut appelé le fléau de Dieu.

3. Cerbère. D'aprbs la mythologie. Cerbère était un chien h trois têtes qui gardait rentrée des Enfers et menaçait de sa triple gueule cens qui roulaient eu sortir ou y entrer.

4. /eux au prix de lui. « En comparaison de lui. n Double gallicisme ii remarquer. Et plus bas : Se mettent en quête, voici bien une autre fête.

6. Galant. « Le fourbe, le rusé. » Remarquer Tacceptlon que ce mot a ici. On dit dans un sens tout opposé : un galant homme. 6. Larcin, « Vol. » Mtaio racine que larron,

Égratigné quelqu'un, causé quelque dommage, £n6n, qu'on a pendu le mauvais garnement^.

Toutes, dis-je, unanimement Se promettent de rire à son enterrement, Mettent le nez à Tair, montrent un peu la tète,

Puis rentrent dans leurs nids à rats,

Puis ressortant font quatre pas,

Puis en6n se mettent en quête.

Mais voici bien une autre fête :

Le pendu ressuscite, et, sur ses pieds tombant,

Attrape les plus paresseuses.

« Nous en savons plus d'un ', dit-il, en les gobant, C*est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses Ne vous sauveront pas, je vous en avertis ;

Vous viendrez toutes au logis. »

Il prophétisait vrai : notre maître Mitis ^, Pour la seconde fois les trompe et les affine*,

Blanchit sa robe et s'enrarine.

Et, de la sorte déguisé.

Se niche et se blotti l dans une huche ^ ouverte.

Ce fut à lui bien avisé :

La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte. Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour : C'était un vieux routier *, il savait plus d'un tour, Même il avait perdu sa queue à la bataille, a Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille'', b S'écria-t-il de loin au général des chats : a Je soupçonne dessous encore quelque machine^ ;

Rien ne te sert d'être farine :

Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas. » C'était bien dit à lui, j'approuve sa prudence :

Il était expérimenté,

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