LB DÉFAUT
Pauvre petit! pars pour la France.
Que te sert * mon amour? je ne possède rien. On vit heureux ailleurs ; ici, dans la souffrance.
Pars, mon enfant; c'est pour ton bien
Tant que mon lait put te suffire, Tant qu'un travail utile à mes bras fut permis, Heureuse et délassée en te voyant sourire ',
Jamais on n'eût osé me dire :
Renonce aux baisers de ton fils.
Mais je suis veuve; on perd sa force avec la joie.
Triste et malade, où recourir ici?
Où mendier pour toi? chez des pauvres aussi I Laisse ta pauvre mère, enfant de la Savoie ;
Va, mon enfant, où Dieu t'envoie. Mais, si loin que tu sois, pense au foyer absent*; Avant de le quitter, viens; qu'il nous réunisse. Une mère bénit son fils en l'embrassant :
Mon fils, qu'un baiser te bénisse.
Vois-tu ce grand chêne là-bas?
Je pourrai jusque-là t'accompagner, j'espère. Quatre ans déjà passés*, j'y conduisis ton p^re;
Mais lui, mon fils, ne revint pas!
Encor s*il éîait là pour guider ton enfance, Il m'en coûterait moins de t'é'oigner de moi; Mais tu n*as pas dix ans, et tu pars sans défense.. •
Que je vais prier Dieu pour toi !
Que fera&-tu, mon fils, si Dieu ne te seconde^?
1. La SëMie. ProTlnce entre la France et ritaUe, dont les habitants tfmigrenf ebaqne année, "h la fin de rantomne, pour yenir gagner leur vie en France pendant l'hlTer.
3. Que te tert. A quoi te sert. Remarquer cette tonmnre et Telllpse delà phrase snirante : td« dam la e&uffranee. La souffirance ponr « la misfere. h
3. Retenez cette tournure, qui s'écarte des règles de la construction grammaticale, mais qui produit un bon effet et qni eit autorisée. (Jamais on n'eût osé dire « h moi, heureuse et délassée, » etc.)
4. Foger abeent. Le foyer est pris ici pour la chanmière qu*U rappelle, parce que c'est auprès du foyer que la famille se réunit le plus souvent. De Ut le mot foyer dome»iiçue^ pour « foyer de la famille. ■ Absent^ éloigné, oh tu n'es plus.
5. Quatre ans déjà passés. Noter cette tonmnre elliptique vive et trèr-usitée. Noter paiement le gallicisme de la phrase snivante : Il a^ea coêteraii moins.
•. Seewdé, Protège, fAvoriie.
tt nKCtJEIL DIS MO'AOBACJX CHOISIS.
Seul, par^ni les méchants (car il en est au monde), Sans ta mère, du moins, pour t*apprendre à souffrir. •• Oh 1 que n'ai-je du pain, mon fils, pour te nourrir ! Mais Dieu le veut ainsi : nous devons nous soumettre ;
Ne pleure pas en me quittant ; Porte au seuil * des palais un visage content. Parfois mon souvenir t'âCQigera peut-être... Pour distraire le riclie, il faut chanter pourtant. Chante tant que la vie est pour toi moins ^mère; Enfant, prends ta marmotte' et ton léger trousseau; Répète, en cheminant, les cbausens do ta mère, Quand ta mère chantait autour de ton berceau. Si ma force première encor m'était donnée. J'irais, te conduisant moi-même par la main ; Mais je n*attcindrais pas la troisième journée; Il faudrait me laisser bientôt sur ton chemin : Et moi je veux mourir aux lieux où je suis née. Maintenant de ta mère entends le dernier vœu : Souviens-toi, si tu veux que Dieu ne t'abandonne. Que le seul bien du pauvre est le peu qu'on lui donne'. Prie, et demande au riche : il donne au nom^ de Dieu. Ton père le disait : sois plus heureux : adieu. Mais le soleil tombait » des montagnes prochaines ; Et la mère avait dit : Il faut nous séparer; Et Tenfant s'en allait à travers les grands chênes, Se tournant quelquefois, et n*osant pas pleurer.
GUIBAOD.
SO. — r/enfant prodigue.
Un homme avait deitx fils. Le plus jeune dit un jour à son
1. À^ ituU.- A U pbrto, devant la porte, etr le petit Savoyard ntettwt' admis bna rintijiieur des palais.
2. Marmotte. Animal de la grossear d*an chat, â*an pelaso gris, qui rit dans li>s Alpee et que les petits SaToyatds iipporteat arec enx on France, dans une petitecaisse, afin de le montrer aax passants et de gagner qnelqaes sons par cette exhibition.
3. Le seul bien dn pavTre est ce qu'il gs^^ne par son trarail. Mais le petit Savoyard est trop faible pour trarsiller; il faut, en attendant, qn'U demande au riche et qn'U obtienne de la charité ce qn'U ne peut enoore devoir h seafMttes.
4. Au wom de Dieu. Qnand on le prie an nom de DIcv, qni a commsadé aw riches de soulager les pauvres.
6. Tombait d<« montaçneê procluiines. Le soleil, qa*en apercevait an-dessus des montagnes rapprochées, semblait s'abaisser et tomber derrière elles, et leur ombre, en s'allongeant dans la plaine, annonçait Tapproèbe du soir.