‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 343 sur 466 · léflas-ChrlsC · texte numérisé non relu

léflas-ChrlsC

.... Tout à coup le bruit se répand que le Sauveur a vu le jour dans la Judée : il n'est point né dans la pourpre, mais dans l'asile de l'indigence; il n'a point été annoncé aux grands et aux superbes, mais les anges l'ont révélé aux petits et aux simples; il n'a point réuni autour de son berceau les heureux du monde , mais les infortunés; et par ce premier acte de sa vie, il s'est déclaré de préférence le Dieu des misérables.

Nous voyons, depuis le commencement des siècles, les rois, les héros, les hommes éclatants , devenir les dieux des nations. Mais voici que le fils d'un charpentier, dans un petit coin de la Judée, est un modèle de douleur et de misère : il est flétri publi- "'quement par un supplice; il choisit ses disciples dans les rangs ,f les moins élevés de la société; il ne prêche que sacrifices, que renoncement aux pompes du monde , au plaisir , au pouvoir ; il

88 BEGUEIL D.i; MPfl/CBAUX CHOISIS.

préfère l'esclave au maître, le pauyre au rjcbe, to lépreux à rhomme sain ; tout ce qui pleure , toutxe qui a des plaies, tout ce qui est aban.donpé du iponde fait ses délice : la puissance , la fortune et ]» bonh^jnr sont, au coaUaire, OKenacés par lui. Il renverse les notions coipr^unjes iA h q^oralé^ [1 4^9t)lit des relations nouvelles entre les bommes, un nouveau droit des gens, une nouvelle foi publique : il élève ainsi sa divinité , triomphe de la religion des Césars*, s'assied sur le trône' et parvient à subjpguer la tçrr.e. Non , quaiid la voix (Ju mopde entier ^*élève^ait contre Jésus-Christ, quand toutes les lumières de la philosophie se réuniraient contre ses dogmes , jamais on ne npus persuadera qu'une religion fondée sur une pareille base soit une religion humaine. Celui qui a pu faire adorer une eroix , eeki4 qui a offert pour objet de culte aux hotpmes rhumanilé souffrante, la vertu persécutée, cejui-là, nous le jurons, ne saurait être qu'un Dieu.

Jésus-Christ apparaît au milieu des hommes, plein de grâce et de vérité; l'autorité et la douceur de sa parole en traînent. !l vient pour être le plus malheureux des mortels, et tous sesprodijges sont pour les misérables. « Ses miraeies, dit Bossuet, tiennent plus de la bonté que de la puissance. » Pour inculquer ses préceptes , It choisit i'apologue ou la parabole , qui se grave aisément dans l'esprit des peuples. C'est en marchant dans les campagnes qu'il donne ses leçons. En voyant les fleurs d'un champ, il exhorte ses disciples à espérer dans la Providence, qui supporte les faibles plantes et nourrit les petits oiseaux; en apercevant les fruits de la terre , il instruit à juger l'homme par ses œuvres. On lui apporjte un enfjaiit, et ij recommande l'innocence; se trouvant au milieu des bergers, il se donne à lui-même le litre d0 pa^i^ur d^$ émes , et se représ^t^ ri^^i^flojs^^ sur çfs épaules la brebis égarée. Au printemps, jl s'assÀed sur une n^n^^pie ^ tjre (jles objets e^viroppauts de quoi isstrujj-e la foiilei^si^ ià 96$ pj^ds. Pm spieçt^cle méw^ de cette ^le pauvre et |»4b^rms^f il fait «altre ses bé^lUudâS : « Bknk&\xre\ijL4^^. qui plejf-

1. L'hnmilitë, la chasteté. ^ c^ritë» rég^lté, ]a fr»jimiM, Ui^ai^e, I^Fêotiié^ p^r.^ésus-Chri^t^ étaient en opposition directe avec les croyances et les pratiques Journalière* de la vie domestique, de la vie clvUe et des relations internationalça du monde païen.

U. l4» emperenra iJomfiteB portaient le ti^ro #e Ctfifu-S) Up étalant à Jfk fgfa fii6fB de la religion et de TEtat , grand? pontifes et empereurs.

3. S'assied sur le trône. Expression prise au figuré. Jésus-Clirïst et ses apôtres n'eurent d'antre royaume que le royaume spirituel, le pape n'est devenu qne vins tard «hef tampoMl d^sn état. Subiuguer «st pris dans le mène smêz «« ?<«« ifjm0 «PUfttuel ^« I» fMMMrelle diof^^fie^ ;t

rept ; bi^nbeureu^ ceux qui ont Saim ût ^If, car iU serpnt i|iw- $iés. » Ceux qpi observent ces précepte^ et, C0ux qui ^s méprisent ^ont comparés à deux hommes qui blitisMMt d#uxfiuii- $ons, Tune sur le roc, l'autre sur le sablç mouvant : ^elon quelques interprètes, il montrait en parlant ainsi un hapwm flVrifsant sur une colline, et au bas é& cette colline des cabanes détruites par une inondation. Quand il demande d« l'eav à la femme de Samarie , il lui p6i^| si^ doctrine 6OU0 la belle ÎAMf e d'un source d'eau vive.

Son caractère était aimable, ouvert et tendra, sa cherité aiiis bornes, L'Âpôtre nous en donne une idée en deux mpto : < Il allait faisant ]e bien, » Sa résignation^ à la volonté de Diau éclate dans tous les moments de sa vie, )1 aimait, i) eoiwaîaioit l'amitié : Thomme qu'il tira du tombeau , Lazare, était iso» ami; ce fut pour le plus grand sentiment de la vie qu'il fit son phis grand miracle, L'amour de la patrie tfpuva QbQ% lui un modela : « Jérusalem! Jérusalem! s'écriait- il , en pensant au ju^^emUAt qui menaçait cette cité coupable, j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes ; mais tu ne l'as pas voulu! m Du haut d'una eoiline, jetant les yeux sar cette ville condamnée pour ses crimes à une horrible destruction, il ne put retenir ses larmes : « Il vit la cité, dit TApôlre, et 11 pleura. » Sa tolérance ne fut pas moins remarquable, quand ses dispiples le prièrent de faire descendre le feu sur un village de Samaritains qui lui avaient refusé Thospitalité* ; il répondit avec indignation : € Vous ne savez pas ce que vous me demandez. »

Si le Fils de l'homme était sorti du ciel avec toute sa force , il eût eu sans doute peu de peine à pratiquer tant de vertus, à supporter tant de maux; mais c'est ici la gloire du mystère : le Christ ressentait des douleurs; son cœur se brisait comme celui d'un homme. Il ne donna jamais aucun signe de colère que contre la dureté de l'âme et l'insensibilité. Il répétait éternellement : « Aimez-vous les uns les autres. » — « Mon père, s'écriait-il sous le fer des bourreaux , pardonnez-leur , car ils ne savent ce qu'ils font. » Prêt à quitter ses disciples bien-aimés, il fondit tout à coup en larmes ; il ressentit le$ terreurs du tombeau

1. Resigiiation. « Souoilssion & la volontë de Dlen, » vertu ^roinei9«ent chrétienne. Remarquer les ëlëments du mot, appartenant k la fkmille de seing, signe; ré-signer, mettre une seconde fois son seing, son signe k une chose, y consentir de nonvean et toujours.

S. Remarquer cette famille de mots avec les deux formes de racine > bdte, hôtesse, hôtel, Hôtel-Dieu, hôtellerie, hôteUer; — hospice, l)99fiUi^it^, l)Q9|»UMt^, \4^^^-

et les angoisses de la croix : une sueur de sang coula le long de ses joues divines , il se plaignit que son père l'avait abandonné. Lorsque Tange lui présenta le calice, il dit : « 0 mon pèrel fais que ce calice passe loin de moi ; cependant , si je dois le boire , que ta volonté soit faite! » Ce fut alors que ce mot, où respire la sublimité de la douleur, échappa à sa bouche : c Mon âme est triste jusqu'à la mort. » Âh! si la morale la plus pure et le cœur le plus tendre , si une vie passée à combattre Terreur et à soulager les maux des hommes , sont les attributs de la divinité , qui peut nier celle de Jésus-Christ? Modèle de toutes vertus, Tamitié le voit endormi dans le sein de saint Jean , ou léguant sa mère à ce disciple; la charité Tadmire dans le jugement de la femme adultère : partout la pitié le trouve bénissant les pleurs de l'infortune ; dans son amour pour les enfants , son innocence et sa candeur se décèlent; la force de son âme brille au milieu des tourments de la croix, et son dernier soupir est un soupir de miséricorde.

Chatbadbiiiako.

3* — Ce «ne Jésus-Christ « soaflteri pour les lioinmes.

a Vois, mortel, combien tu me dois :

J'ai quitté le sein de mon père ; Je me suis revêtu de toute ta misère^, J'en ai voulu subir les plus indignes lois. Le ciel était fermé : tu n y pouvais prétendre; Pour t'en ouvrir la porte il m'a plu d'en descendre. Sans que rien m'imposât cette nécessité; Et , pour prendre une vie amère et douloureuse , J'ai suivi seulement la contrainte amoureuse'

De mon immense charité.

Mais je veux amour pour amour :

Je veux , mon ûls, que tu contemples Ce que je t'ai laissé de précieux exemples, Comme autant de leçons pour souffrir à ton tour ; Que sous l'accablement des misères humaines , L'esprit dans les ennuis et le corps dans les gènes , Tu tiennes toujours l'œil sur ce que j'ai souffert. Et, que malgré l'horreur qu'eu conçoit la nature,

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