Voir Texplicatton de oemot, pêge
S. étudier dans oe rapprocbement de Bynonymetles nnanoes qiU les Bépwrent.
438 RECUEIL DE IfOROBAtX CHOISIS.
tout le commerce, il n*y avait rien qu'elle ne voulût assujettir î et ses richesses, qui lui inspiraient ce désir, lui fournissaieni le moyen de le satisfaire. Au contraire, à Lacédémone, l'argent était méprisé. Comme toutes ses lois tendaient à en faire une répu<blique guerrière, la gloire des armes était le seul charme dont les esprits de ses citoyens fussent possédés*. Dès^là* naturellement elle voulait dominer; et plus elle était au-dessus de Tintérèt, plus elle s'abandonnait à l'ambition.
Lacédémone, par sa vie réglée, était ferme dans ses imiximeB et dans ses desseins. Athènes était plus vive, et le peuple y était trop maître. La philosophie et les lois faisaient à la vérité de beaux effets^ dans des naturels si exquis; mais la raison toute seule n'était pas capable de les retenir. Un sage Athénien, qui connaissait admirablement le naturel de son pays, nous apprend que la crainte était nécessaire à ces esprits trop vifs et trop Hbres, et qu'il n'y eut plus moyen de les gouverner quand la victoire de Salamine les eut rassurés contre les Perses.
Alors deux choses les perdirent, la gloire de leurs belles actions, et la sûreté où ils croyaient être. Les magistrats n'étaient plus écoutés; et comme la Perse était afili$;ée par une excessive sujé« tion, Athènes, dit Platon^, ressentit les maux d'une liberté excessive.
Ces deux grandes républiques, si contraires dans leurs momis et dans leur conduite, s'embarrassaient l'une l'autre dans le des-» sein qu'elles avaient d'assujettir toute la Grèce; de sorte qu'elles étaient toujours ennemies, plus encore par la contrariété de leurs intérêts, que par rincompatibilité de leurs humeurs.
Les villes grecques ne voulaient la domination ni de l'une ni de l'autre : car, outre que chacun souhaitait pouvoir conserver sa liberté, elles trouvaient l'empire de ces deux républiques trop fâcheux. Celui de Lacédémone était dur. On remarquait dans son peuple je ne sais quoi de farouche. Un gouvernement trop rigide, et une vie trop laborieuse y rendait les esprits trop fiers, trop austères, et trop impérieux : joint* qu'il fallait se résoudre à n'être jamais en paix sous l'empire d'une ville qui, étant formée
1. Famille de pouvoir. Poiséder, avoir en son pouvoir ; être possède, être sous le pouvoir. Pouvoir, possible, posséder, potentat, omnipotence, impotent, puissance.
a. Dè94à. LocnUon qui a vielUi.
8. Faisaient de beaux effets. On dirait dans ce aena et moins bien ; « produis salent de beaux résultats. » Effety ce qui sort, ce qui résulte de l'action de faire,
4. Platon, Philosophe athénien, disciple de Socrate, et chef lui-même de la plus illustre école de philosophie que la raison humaine aitM»*^ foadtfe*
6, Joini 91M. Loentim «ni » viriUl,
pour la guerre, ne pouvait se conserver qu'en la continuant sans relâche. Ainsi les Lacédémoniens voulaient commander, et tout le monde craignait qu'ils ne commandassent. Les Athéniens étaient naturellement plus doux et plus agréables. 11 n'y avait rien de plus délicieux à voir que leur ville, où les fêtes et les jeux étaient perpétuels ; où l'esprit, où la liberté et les passions do'^naient tous les jours de nouveaux spectacles. Mais leur conduite inégale déplaisait à leurs alliés, et était encore plus insupportable à leurs sujets. U fallait essuyer les bizarreries d'un peuple flatté, c'est-à-dire, Félon Platon, quelque chose de plus dangereux que celle d'un prince gâté par la flatterie.
Ces deux villes ne permettaient point à la Grèce de demeurer en repos.
Boaéo«r« 42. — Alexandre le Grand ; fondation et raine de son èmi^re.
Il trouva' les Macédoniens non -seulement aguerris, mais encore triomphants, et devenus par tant de succès presque autant supérieurs aux autres Grecs en valeur et en discipline, que les autres Grecs étaient au-dessus des Perses et de leurs semblables.
Oî^us, qui régnait en Perse de son temps, était juste, vaillant» généreux, aimé de ses peuples, et ne manquait ni d'esprit ni de vigueur pour exécuter ses desseins. Mais si vous le comparez avec Alexandre, son esprit avec ce génie perçant et sublime; sa valeur avec la hauteur et la fermeté de ce courage invincible , qui se sentait animé par les obstacles; avec cette ardeur immense d'accroître tous les jours son nom, qui lui faisait préférer à tous les périls, à tous les travaux et à mille morts, le moindre degré de gloire ; enfin, avec cette confiance qui lui faisait sentir au fond de son cœur que tout lui devait céder comme à un homme que sa destinée rendait supérieur aux autres, confiance qu'il inspirait non^seulement à ses chefs, mais encore au moindre de ses soldats, qu'il élevait par ce moyen au-dessus des difficultés, et au-dessus d'eux-mêmes ; vous jugerez aisément auquel des deux appartenait la victoire. Et si vous joignez à ces choses les avan«> tages des Grecs et des Macédoniens au-dessus de leurs ennemis *, vous avouerez que la Perse, attaquée par un tel héros et par de telles armées, ne pouvait plus éviter de changer de maître. Ainsi,
1. En 836 ay. J.-CIl., lorsqu'il sacoéd» li son père Philippe. 3. Tour qui a vieilli: « La sapérioritë des Grecs et des Macédoniens sur leur* ennemis, n
140 RECUEIL DE tfORGEATJX CHOISIS.
VOUS découvrirez en même temps ce qui a ruiné rempire des Perses, et ce qui a élevé celui d'Alexandre.
Ce prince fit son entrée à Babylone avec un éclat qui surpassait tout ce que l'univers avait jamais vu ; et après avoir vengé la Grèce , après avoir subjugué avec une promptitude incroyable toutes les terres de la domination persienne ^, pour assurer de tous côtés son nouvel empire, ou plutôt pour contenter son ambition, et rendre son nom plus fameux que celui de Bacchus, il entra dans les Indes, où il poussa ses conquêtes plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts, les fleuves et les montagnes n'étaient pas capables d'arrêter, fut contraint de céder à ses soldats rebutés qui lui demandaient du repos. Réduit à se contenter des superbes monuments qu'il laissa sur les bords de l'Araspe, il ramena son armée par une autre route que celle qu'il avait tenue, et dompta tous les pays qu'il trouva sur son passage.
Il revint à Babylone craint et respecté, non pas comme un conquérant, mais comme un dieu. Mais cet empire formidable qu'il avait conquis ne dura pas plus longtemps que sa vie, qui fut fort courte. A l'âge de trente- trois ans, au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus, et avec les plus justes espérances d'un heureux succès, il mourut sans avoir eu le loisir d'établir solidement ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge, incapables de soutenir un si grand poids» Mais ce qu'il y avait de plus funeste pour sa maison' et pour son empire, est qu'il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer' que l'ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde; pour les retenir, et de peur d'en être dédit ^, il n'osa nommer ni son successeur ni le tuteur de ses enfants. Il prédit seulement que ses amis célébreraient ses funérailles avec des batailles sanglantes; et il expira dans la fleur de son âge, plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort.
En effet, vous avez vu le partage de son empire, et la ruine affreuse de sa maison. La Macédoine, son ancien royaume, tenu par ses ancêtres depuis tant de siècles, fut envahi de tous côtés