‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 425 sur 466 · Les faagges vocations · texte numérisé non relu

Les faagges vocations

Une erreur commune et dont il faut vous préserver, c'est d'attribuer à l'ardeur du talent l'effet de l'occasion, et de prendre pour une inclination marquée vers tel ou tel art l'esprit imitatif commun à l'homme et au singe, et qui porte machinalement l'un et l'autre à vouloir faire tout ce qu'il voit faire, sans trop savoir à quoi cela est bon. Lé monde est plein d'artisans, et surtout d'artistes *, qui n'ont point le talent naturel de l'art qu'ils exercent et dans lequel on les a poussés dès leur bas âge , soit déterminés par d'autres convenances, soit trompés par un zèle apparent qui les eût portés de même vers tout autre art s'ils l'avaient vu pratiquer aussitôt. Tel entend un tambour et se croit général; tel voit bâtir et veut être architecte. Chacun est tenté du métier qu'il voit faire, quand il le croit estimé.

J'ai coimu un laquais qui, voyant peindre et dessiner son mattre, se mit dans la tète d'être peintre et dessinateur. Dès l'instant

1. L'amoQT de la profession , le désir d*en bien remplir tons les deyoirs est suit doute an sentiment élerë et digne d'éloges. Mais lorsque ce désir va Jusqu'à Mre onUier les devoirs et la dignité de rhomme et du chrétien, cfest une felblesse et une folle, et U est malheurenz que le mot honneur ioit employé pour désigner ce point d'honneur ou cette vanité.

S. Artisan, artiste. De la racine art. Ces deux mots expriment donc celni qui «Leroe un art, une profession, un métier. Mais Tusage a liait attribuer le premier aux profeesiotts purement manuelles , et réserver le second à certaines proiSessIons oh le travail de Tintelligence est censé accompagner le travaU de la main, la peinture , la sculpture, Tarchitecture, la musique. A proprement parler Fintelligence trouve son emploi dans tous les métiers, et U peut arriver qu'un maçon, un cordonnier, un menuisier, apportent plus d'intelligence et de goût dans leur travaU qu'un peintre, qu'un sculpteur, dans le leur. 11 s'ensuit qu'un artisan peut 6tre artiste, et un artiste rester artisan. Il s'ensuit encore qu'un bon artisan a plus de mérite et est plus considéré qu'un médiocre avtiste. Il faut aussi remarquer que la vanité a teUement fiiit usurper ce nom d^artiste qu'elle a fini par lut d une teinte de ridicule.

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