‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 448 sur 466 · L*Obtervaieiir inal récompciisé · texte numérisé non relu

L*Obtervaieiir inal récompciisé

Un jour, se promenant auprès d'un petit bois, Zadig* vit accourir à lui un eunuque de la reine, suivi de plusieurs officiers qui paraissaient dans la plus grande inquiétude , et qui couraient çà et là comme des hommes égarés qui cherchent ce qu'ils ont perdu de plus précieux, ce Jeune homme, lui dit le premier eunuque, n'avez- vous point vu le chien de la reine? » Zadig répondit modestement : a C'est une chienne, et non pas un chien. — Vous avez raison , reprit le premier eunuque. — C'est une épagneule très-petite, ajouta Zadig; elle a fait depuis peu des

1. A Vestime, Locution analogne à l'expression au juger, mais moins usitée.

2. Pâmer, «< Tomber en pftmoison, en défaillance, s'évanouir. •

8. Le tour est sans doute plaisant, mais peu conforme % la Justice et an respect de la propriété. Celui qui se le permettrait aujourd'hui pourrait bien encore faire rire même sesjuges, mais irait coucher en prison, quelque grand seigneur qu'il fût.

4. Personnage Imaginaire, aussi bien que la reine et le roi de Babylone dont il est parlé. Les noms et les usages de la France du xviii* slfecle , transportés )l plaisir dans rOrlent, montrent assea que l'auteur fait la satire de son pays et de son temps.

n« PAvnB. M

tIS BBCrCIL ]»B SORCEAVX CHOISIS.

s; elle boite da piei gaocb» de ôerant^ el elle a les oraillo M54oiigoes. — Yoos l'afcx (kroc vue, dil le fMcoiîer eomqiie to«t eisooffle. — Kod, réftoodit Zadig. je mt l'ai jamais vue, el je a'aJjiMWie si la leîiie avail «ae ckienix. »

PiréâséaMnl dans le eitoe lefii|K« par aae Inanem on^^ delà fwtiiae, le plus beaa cheval de Técarie dn roi s'était écbappé des eKÉBS d'an palefrenier dans les plaines de Babjtone. Le grand VBMDret tami les airtns officiers cooiaieni après loi avec aDtaat dlaqoîétiide que le preaûer eunuque après la dûemie. Le grand vumu- s'adreâsa à Zadig, et lui demanda s'il n'avait panl va passer le cheval du roi. «Cest, répondit Zaiig, le cheval qui galope le mieux ; il a dnq pieds de haut, le sabot fut petit; il porte ame queue de trois pîeds et demi de loi^; les faoaaeltes de son mois sont d'or à vingt-trois carats^, ses fers sobI d'argent à een deniers*. — Qnei cbemin a-i-il pris? oà rstril? demanda le i^and veneur. — Je ne l'ai point vu, répondit Zadig« et je n'en ai jamais entendu parier. >

La grand veneur et le premier eonuqoe ne doutèrent pas que ZadIgB'cèt volé le cheval dv roi et la chienne de la reine; ils le firent oondoire devant l'assemblée du grand Desterham** qui le condamna an knout, et à passer le reste de ses jours en Sibérie; A peine le jugement fut-0 rendu qu'on retrouva le cheval et la chienne. Les ju^bb furent daas la donloareose nécessité de réfor- BMr leur arrêt; maïs ils oondanmèrent Zadig à payer quatre cents onces é'ot\ pour avoir dît qu'il n'avait point vu ce qu'il avait vu. n €riiot d'abord payer cette amende: après qnoî il fut permis i bdig de plaider sa cause au conseil du grand Desteriiam; 0 paria enceslermes :

c Étoiles de justice, abtmes d? science, miroirs de vérité . qui avez la pesanteur du plomb , la dureté du fer, l'éclat du diamant, ot beanooup d'allunté avec For*, puisqu'il m'est pemns de parler

tk46ri«Mr1e«qp^a>ya«t<«*rn'. A vteffe cants, Yvr étant f niiii>yti' ii ni par, il ne contient donc à Tingt-trais qm^ne trt»-petite partie d'aîijage.

9 Ptn ^argent à cmse demkrs. Cest-è-dlrc composés d« oue partiot d'arfcnt et d'âne partie d'alliage. On sait qae le âeziîcr étût U doozîtzne portia da aoo. L'ârse&t était eonsidéré tomme par&lseok^tt psr, q::aad il ne coateg.iit qa'oa deoiî-do^ixienie d'alliage.

S. L'asiemUie du gnad Daterham. La eoar sapTeme de Justice, ea qselqoc sorta le paxtemeni da tempa oii Voltaire écrirait.

4. Oikct. Ancien ptrids, formaat le arir;>Tne de U lirre, ^ emsiojé eoouBe mon. ■aie dans ceruiaa pars.

i. ÏBùwJon exa^ËEée detteaç» poétiques usitées ea Oneat, et qoi aioQtit as t da récit.

LIVRB III. iA9

devant cette auguste assemblée, je vous jure par Orosmade ^, que je n'ai jamais vu la chienne respectable de la reine , ni le cheval sacré du roi des rors. Voici ce qui m'est arrivé : Je me prome* nais vers le petit bois' où j*ai rencontré depuis le vénérable eunuque et le trè8*-il|ustre grand veneur. J'ai vu sur le âable le» traces d'un animal^ et j'ai jugé aisément que c'étaient celles d'un petit chien. Des sifions légers et longs, imprimés sur de petites éminences de sable entre les traces des pattes, m'ont fait connaître que c'éUitMOa chienne dont lies, ifiamelles étaient pendantes, et qu'ainsi elle avait fait des petits il y a peu de jours. D'autres traces en un sens différent, qui paraissaient toujours avoir rasé la surface du gable à côté des pattes de devant , m'ont appris qu'elle avait les oreilles très^-longues ; et comme j^ ai remar-* que que le sable était toujours moins creusé par une patte que par les trois autres, j'ai compris que la chienne de notre auguste reine était un peu boiteuse^ si je 1 ose dire.

« A l'égard du cheval du roi des rois , vous saurez que , me promenant dans les routes de ce bois, j'ai aperçu les marques des iers d'un cheval; elles étaient toutes à égale distance. Voilà ,^ aî-je dit y un cheval qui a un galop parfait. La poussière des arbres > dans une route étroite qui n'a que sept pieds de large , était un peu enlevée à droite et à gauche, à trois pieds et demi du milieu de la route. Ce cheval, ai-je dit, a une queue do trois pieds et demi , qui , par ses mouvements de droite et de gauche , a balayé cette poussière. J'ai vu sous les arbres quf formaient un berceau de cinq pieds de haut , les feuilles des branches nouvel-lement tombées; et j'ai connu que ce cheval y avait touché^ et qu'ainsi il avait cinq pieds de haut. Quant à son mors, il doit être d'or à vingt*troi8 carats; car il en a frotté les bossettes contre une pierre que jlai reconnue être une pierre de touche *, et dont j'ai foit l'essai. J'ai jugé enfin par les marques que ses fers ont laissées sur des cailloux d'une autre espèce, qu'il était ferré d'argent è onze deniers de fin. »

Tous les juges admirèrent le profond et subtil discernement de Zadig; la nouvelle en vint jusqu'au roi et à la reine. On ne parlait que de Zadig dans le§ antichambres, dans la chambre^ et dans le, cabinet; et quoique plusieurs mages' opinassent qu'on devait le

1. Orotmade ou Ormuz, Le Dieu saprême, le principe de tont bien dans la reli«gion des ancienB Perses.

S. Piierre de touche. Plem notre trW-dure avec laquelle on détermine le degré de pureté de Tor, d*aprbs la nature des traces que le métal laisse snr la pierre.

a. Mages, Ministres de la religion ches les Perses.

%%ù BBGUBIL DE MORCEAUX CHOISIS.

brûler comme sorcier, le roi ordonna qu'on lui rendit l'amende des quatre cents onces d'or à laquelle il avait été condamné. Le greffier, les huissiers, les procureurs, vinrent chez lui en grand appareil lui rapporter ses quatre cents onces; ils en retinrent seulement trois cents quatre-vingt dix-huit pour les frais de justice, et leurs valets demandèrent des honoraires *•

VOLTAIBB.

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