ORPHÉE
Conquérant, tu dis vrai! je le suisi que de fois
Contemplant l'Hellespont ^ du haut des monts tranquilles,
Et voyant au soleil étinceler ses îles,
Que de fois m'écriai-je : 0 durs rochers, et vous,
Peuples au cœur de fer, vous m'appartiendrez tous! ,
Lorsque la muse aura civilisé Corinthe,
Je m'élance àNaxos, à Délos, à Zacynthe*,
Semant partout ses lois et le blé, jusqu'au jour
Où, devenus enfin maîtres à votre tour,
Hellènes, vous ferez pour le reste du monde
Ce qu'aura fait pour vous celui qu'un Dieu seconde,
Et que la Grèce, assise au bord de ses deux mers, ,
Fanal éblouissant, luira sur l'univers!
Alors, Jason, alors la terre aux jours de fête,
A l'égal des héros bénira le poè'te,
Près des Pirithoiis ', fiers vainqueurs des lions, y
Placera les Linus *, vainqueurs des passions.
Et la postérité peut-être osera dire !
Que nous apprivoisions les ours avec la lyre, I
Que les rocs nous suivaient, et qu'à nos seuls accents
D^eux-mêmes s'élevaient les murs obéissants.
E. Lkaocvi.