Le chat et les lapins
Un chat qui faisait le modeste était entré dans une garenne^ peuplée de lapins. Aussitôt toute la république * alarmée ne son* gea qu'à s'enfoncer dans ses trous. Comme le nouveau venu était au guet auprès d'un terrier , les députés de la nation lapine , qui avaient vu ses terribles griffes, comparurent dans l'endroit le plus étroit de l'entrée du terrier pour lui demander ce qu'il prétendait. 11 protesta d'une voix douce qu'il voulait seulement étudier les mœurs de la nation ; qu'en qualité de philosophe ^ il allait dans tous les pays pour s'informer des coutumes de chaque espèce d*animaux. Les députés, simples et crédules, retournèrent dire à leurs frères que cet étranger , si vénérable par son maintien modeste et par sa majestueuse fourrure, était un philosophe sobre, désintéressé , pacifique , qui voulait seulement rechercher la sa* gesse de pays en pays; qu'il venait de beaucoup d'autres lieux
1. 1^011 appétit turtOfU. Tour elliptique vif et piquant, au lieu de « il avait, U apportait surtout bon appétit. » Reniirds n'en manquent iflint. Ellipse de rarticlo d'un bon effet.
2. Ou serpil. Remarquer le verbe servir employé au sens neuti-e, et slgnifl«nt mettre les mets snr la table. »»
3. &re. Expression famili^^e. SirCt seigneur, terme de respect employé ironiquement.
4. Garenne. Espace clos et réservé dans un bois pour les lapins.
Ô. La république^ c'cst-k-dlre tout le peuple des lapins, vivant en république. 6. Phiioxophe. Qui pratique la ptiilosophie. Voir la note â du no 41.
OÙ il avait vu de grandes merveilles; qu'il y aurait bien du plaisir à Tentendre, et quMl n'avait garde de croquer les lapins puisqu'il croyait en bon bramin * à la métempsycose' et ne mangeait d'aucua aliment qui eût eu vie. Ce beau discours toucha rassemblée. En vain un vieux lapin rusé, qui était le docteur de la troupe, représenta combien ce grave philosophe lui était suspect : malgré lui, ou va saluer le bramin, qui étrangla du premier salut* sept ou huit de ces pauvres gens. Les autres regagnent leurs trous, bien effrayés et bien honteux de leur faute. Alors dom^ Mitis revint à rentrée du terrier, protestant, d'un ton plein de cordialité, qu'il n'avait fait ce meurtre que malgré lui, pour son pressant besoin ; que désormais il vivrait d'autres animaux et ferait avec eux une alliance éternelle. Aussitôt les lapins entrent en négociation avec lui, sans se mettre néanmoins à la portée de sa griffe. La négociation dure; on l'amuse. Cependant un lapin des plus agiles sort par les derrières du terrier, et va avertir un berger voisin qui aimait à prendre dans un lacs* de ces lapin9 nourris de genièvre*. Le berger, irrité contre ce chat exterminateur d'un peuple si utile, accourt au terrier avec un arc et des Q^ches : il aperçoit lo chat qui n'était attentif qu'à sa proie; il le perce d'une de ses flèches; et le chat expirant dit ces paroles : « Quand on a une Ibis trompé, on ne peut plus dtre Cru de personne; on est haï, craint , détesté ; et on est enfin atti*apé par ses propres fînespes. a