LETTRE XI
Avec les événemens, les principes ont changé. Sire ; et si Yotre Majesté vent que la révolution du ào mars ne tourne pas au profit de ses ennemis , il faut que les hommes qui , quoiqu'on dise de leur légèreté , ne chan-* gent pas si aisément, soient changés partout. Que ramouf de la patrie, celui de la gloire , soient sans doute les premiers ressorts que votre gouvernement fasse mouvoir > maisqu*au défaut de ces nobles mobiles , Pamour-propre et rintérèt deviennent les lieiis qui attachent à vos nouvelles destinées. Celles de la France intérieure, sa marche progressive et son salut ultérieur dépendent, ed dernier résultat, du changement des individus, et, dans la crise qui se prépare, sa conservation de chaque jour tient à ce que x^e changement soit prompt , rapide et général. En révolution , tes mesures partielles sont rétrogrades ; et qui s'arrête aux considérations privées , recule sur l'intérêt général. Que servirait, en effet, d'avoir opéré une mutation presque totale , si , dans une partie négligée , il restait des indifférens , des douteux^ des ennemis ? Il suffit de la plus petite iH^che pour prendre une place.
A mesure donc que des préfets d'une probité politique éprouvée remplacent les anciens. J'imprime à l'épuration une impulsion successive , qui enveloppei^a toutes les autorités. Chaque préfet est autorisé à sas--
(*) Correspondance de Napoléon j p. 383.
b£ SÀtNTE-HÉtÈNÈ. 479
pcudre les sous-préfets qui 9 à Tinstant même de leur installation , destituent et remplacent provisoirement les maires et autres fonctionnaires justement suspects au gouvernement impérial. Chacun d'eux 9 dans la sphère de ses attributions , est chargé de me faire connaître les déplacemens qui ont eu lieu dans les diverses administrations et régies de leurs départemens. J'ai: surtout insisté sur ceux qui ont, pour ainsi dire 9 ravagé l'administration des eaux et forêts, d'où, comme Fa très-bien remarqué Votre Majesté ( Lettre de VEmpereur au Comte Camotf 2ymars)j l'on a 6té de bons citoyens pour placer les émigrés. Pour cet objet seulement, j'ai autorisé les préfets à se concerter avec les généraux commandant la division , afin de rectifier les déplaéemens qui auraient eu lieu en . haine d'opinions politiques. Et seloni les vues et les instructions de Totre Majesté, je leur ai îali connaître que cette latitude de pouvoirs extraordinaire^ ne doit durer que quinze jours, à dater du commencement de leur mission.
Aussitôt que les déplacemens et les remplacemens seront prononcés^ ils me seront transmis, afin que moimême je les mette sous les yeux de Votre Majesté^ qui confirmera ou rapportera les mesures provisoires prises par les préfetSé
Paris, 4 ^^^^^ 181 5.