‹ Recueil de poésies diversesChapitre 100 sur 100 · EPIGRAMME SUR LA BATAILLE DE ROSSBACH · texte numérisé non relu

EPIGRAMME SUR LA BATAILLE DE ROSSBACH

Dans la plus courte des batailles

où des Vandales le héros

à nos Spartacus de Versailles

brusquement fît tourner le dos,

par une carabine adroite

qui, juste où l'on sait, va porter,

un gascon se voit emporter

de priape l'oreille droite.

— Tant mieux, dit le fier champion,

qui, pour si peu ne se démonte :

c'est toujours pour ma nation

un témoin de moins de sa honte.

EPIGRAMME

La Vieux-Maisons qui me déchire l'âme par un congé brusque et non attendu, voulut encore insulter à ma flamme en me montrant ce que j'avois perdu :

— Vois-tu, mon fils, dit la railleuse amère, ce point central des mobiles attraits : C'est le ventre de ta mère, tu n'y rentreras jamais, (i)

(i) M'iie (Je Vieux-Maisons fut un des auteurs auxquels on attribua les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la Perse (1745), le premier ouvrage où il ait été question du Masque de fer.

Voici ce qu'écrivait d'elle l'inspecteur de la librairie d'Hémery, dans une note de police du i'''" octobre 1750 :

« M'oo de Vieux-Maisons, vingt-huit ans, Paris, demeurant rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain, à côté des Théatins. — Petite, forte, blanche, blonde, la physionomie perfide. — C'est la femme d'un conseiller au Parlement, sœur de M™^ de Vauvray et fille de M. Ath, fermier général.

« Elle a beaucoup d'esprit et fait des vers et des couplets contre tout le monde, étant très méchante. Elle était ci-devant faufilée avec Robbé et Bret, avec lesquels elle vient de se brouiller. Elle est maintenant maîtresse de M. de Latteignant, conseiller au Parlement. Cette société dans laquelle est M. le Marquis de Bissy, qui a été longtemps l'amant de Vauvray, est la plus dangereuse de Paris et est soupçonnée d'avoir enfanté les « Anecdotes de Perse ».

« Elle a une copie de tous les vers de Robbé qu'elle ne veut point lui rendre, parce qu'il est brouillé avec elle. Elle le menace même de les faire imprimer pour le perdre. »

La menace, on le voit, n'intimidait pas Robbé,

l86 ROBBÉ DE BEAUVESET

ÉPIGRAMME (i)

La larme à l'œil, la nièce d'Arouet s'alloit plaignant au surveillant Mal'sherbe que l'écrivain, neveu du grand Malherbe, sur notre Homère osât lever le fouet.

— Souffrirez-vous, disoit-elle à l'édile, que tous les mois ce critique enragé

sur mon pauvre oncle à tout moment distille ce noir venin dont son cœur est gorgé.

— Mais, dit le sire à la veuve saisie, ce Théophraste est peint de fantaisie, ce monstre en l'air que vous réalisez.

— Vous êtes bien dupe du stratagème, reprend la dame, eh, Monseigneur, lisez : ce monstre là, c'est mon oncle lui-même.

EPIGRAMME

Les trente-neuf sur leur bureau tapis pour ballotter un récipiendaire, l'abbé Le Blanc, cet aigle littéraire, par le Buffon fut mis sur le tapis :

(i) Cette épigramme figure, avec de nombreuses variantes, sous la date de 1771, dans le Recueil Clairambault-Maurepas. Fréron ayant fait un portrait satirique de Voltaire sans le nommer, celui-ci, plutôt que de dissimuler son ressentiment, préféra se reconnaître et profita du passage de sa nièce à Paris pour faire porter ses plaintes à monsieur de Malesherbes. D'où cette épigramme. Cf. Chansonnier historique du xvill" siècle, t. VIII, P- 243-

il alléguoit ses immortelles lettres

et de Nason les tristes pentamètres

par lui traduits, ses talents, son savoir

ses vers mogols, enfin tout son avoir.

Au bruit ronflant de ce mérite unique

chacun lâchoit sa fève académique,

quand un quidam, noble et bouffi d'orgueil,

leur dit : — Messieurs, encor que la naissance

ne donne droit au sublime fauteuil,

si dans ce choix faut-il de la décence :

quoi ! parmi nous un guichetier inscrit? (i)

Eh ! qui ne voit qu'en faisant cette emplette,

pour l'avenir ce seroit planche faite

s'il s'élevoit un bourreau bel esprit.

ÉPIGRAMME (2

Sur les genoux de son aimable femme, un menuisier mangeoit la soupe un jour,

(i) Cette épigramme citée par le Journal de Collé, (tome II, p. 297-298), semblerait assez incompréhensible, si l'on ne savait par Collé et par Piron que l'abbé Le Blanc était « fils du geôlier de Dijon ». C'est là <\ une chose dont on n'est pas le maître » : l'abbé en rougissait, cependant, et craignant que la « honteuse profession de son père ne nuisît à son avancement dans le monde», avait supplié le président Bouhier « de répondre aux personnes qui l'interrogeraient sur sa famille qu'il était le fils d'un commisgreffier au parlement ». (Œuvres inédites de Piron, p. 247-278).

(2) Reproduite par Ad. Van Bever dans ses Conteurs Gaillards, p. 244, cette pièce avait été puisée par lui dans les Contes Théologiques suivis des litanies des catholiques du XVI IP siècle et de poésies er... philosophiques. — Paris, Imprimerie de la Sorbonne, 1783.

Il en existe une variante dans les Poésies de Vasselier, (Londres, 1800).

un sien voisin l'aperçoit et l'en blâme : — Eh ! qui pourroit s'attendre à pareil tour comment, chez toi, pas de table, compère? un menuisier! — Pourquoi t'en étonner?

dit l'artisan, voilà tout le mystère :

dès que j'ai fini de dîner

je n'ai que la nappe à lever

et je fous la table par terre.

Page 1