Les gommes^ dont il n'existe pas de description précise
On voit, en somme, qu'on arrivera assez facilement au diagnostic de tumeur du corps thyroïde ; reste à en déterminer la nature.
IIL Quelle en est la nature?
Si l'on élimine quelques tumeurs rares, telles que le kyste hydaticjue qu'on diagnostiquera grâce aux signes de probabilité (existence d'hydatides en d'autres parties du corps, cohabitation avec des chiens, ou dans des pays àhydatisme), ou aux signes pathognomoniques (frémissement hydàtique, démangeaisons généralisées et urticaire) on peut dire de façon un peu schématique qu'il existe au corps thyroïde deux grandes catégories de tumeurs : des tumeurs malignes représentées par les sarcomes et le cancer ; des tumeurs bénignes renfermant tous ces cas un peu disparates désignés sous le nom générique de goitres.
A. Tumeurs malignes.
a) Sarcomes.
Ils surviennent d'ordinaire chez les jeunes gens. Ils sont logés dans l'épaisseur d'un lobe et perforent rapidement la glande.
Ils fusent dans le tissu cellulaire sous cutané, perforent la peau et viennent végéter au dehors.
Ils sont surtout remarquables par V absence d'engorgement ganglionnaire hors les cas d'infection secondaire, et par la rapidité de leur évolution.
b) Cancers.
Ce sont de beaucoup les plus fréquentes des tumeurs malignes.
a. Au début il est vraiment impossible de les différencier des goitres. Plus tard, ils se caractériseront par les signes cardinaux des cancers, quel qu'en soit le siège : âge avancé du malade, cacbexie rapide, généralisation possible, adhérence précoce et d'un caractère particulier à la peau, ulcération rapide bourgeonnante, sanieuse, saignante, engorgement ganglionnaire constant, évolution assez rapide.
p. Albers, de Vienne, qui a fait de ces tumeurs une étude attentive, a insisté sur les signes suivants : consistance dure mais inégale, apparition rapide de dilatations veineuses^ douleurs irradiées à la nuque et à l'épaule, troubles progressifs de la déglutition, de la respiration et de la phonation, inégalité pupillaire par irritation ou destruction du sympathique, aphonie par destruction du récurrent, métastases cancéreuses surtout dans les os. Y. Il en existe deux formes cliniques :
1. 'Uencéphaloide^ à prédominance épithéliale, gros, mou, à évolution rapide;
2. Le squirrhe, à prédominance conjonctive, petit, dur, à évolution plus lente.
Ces diagnostics étant éliminés, il reste celui de :
B, Goitres.
Ils se présentent sous forme de masses tantôt lisses, régulières et bosselées, répondant à un processus nucléaire ; tantôt reproduisant la forme en fer à cheval du corps thyroïde ; d'autres fois elles occupent simplement un des lobes latéraux.
Ils représentent certainement des affections étiologiquement et histologiquement disparates, et nous ne savons pas encore de façon précise quels liens les re-
lient entre eux et quelle est la cause efficiente des goitres endémiques, épidémiques et sporadiques. A défaut de l'étiologie comme fil conducteur dans la classification des goitres, force nous est de nous tenir aux classifications anatomiques.
a) Nous n'insisterons pas sur le diagnostic du goitre exophtalmique, le goitre n'étant qu'un des éléments de la pléiade symptomatique : exophtalmie, tachycardie, hypertrophie thyroïdienne, tremblement. C'est sur la recherche de cette série morbide que l'on étayera son diagnostic.
b) Le goitre parenchymateux folliculaire est circonscrit ou diffus.
Dans le premier cas la tuméfaction est limitée, sphérique, de consistance plus ferme que le reste de la glande.
Dans le second la glande est hyperplasiée dans sa totalité. Si le processus néoplasique est d'intensité uniforme, la glande, quoique hypertrophiée, reproduit la forme de la glande normale ; si le processus néoformateur atteint un lobe plutôt que l'autre^ la tumeur devient irrégulière.
Le volume en est moyen, la consistance uniforme et mollasse, la surface lisse, la marche très lente.
c) Le goitre fibreux est dur et de petit volume. La dureté acquiert en certains points une consistance cartilagineuse ou osseuse. Par suite de sa tendance à l'extension en profondeur et à la rétraction des tissus, il est souvent cause d'accidents compressits du côté de la trachée et de Tcesophage.
d) Le goitre colloïde peut acquérir un volume énorme. Il peut remonter parfois jusqu'à l'apophyse mastoïde. On l'a vu dans un cas descendre jusqu'à l'ombilic (?). 11 est constitué par une masse mollasse, fluctuante, tremblotante, facilement confondue avec une tumeur kystique ; en cas de doutes une ponction lèverait tous les doutes.
e) Le goitre vasculaire est mou, fluctuant, partiellement réductible. Il augmente pendant les efforts et la
flexion de la tête. Il se développe habituellement de haut en bas. D'abord aplati, il s'amincit au fur et à mesure de son développement.
a. La variété veineuse variqueuse est caractérisée par un développement considérable du réseau veineux sous-cutané, des veines thyroïdiennes et des veines du cou.
p. La variété artérielle anévrysmale est expansive, pulsatile. L'auscultation permet d'y percevoir des bruits de souille continu ou intermittent.
f) Le goitre kystique est caractérisé par la fluctuation. Elle est facile à percevoir dans les cas de gros kystes plus ou moins irréguliers. Dans les petits kystes la tension et le petit volume rendent souvent difficile la constatation de la fluctuation : la ponction est souvent nécessaire pour affirmer la nature liquide de la tuméfaction. Cette ponction exploratrice renseignera aussi sur la nature du liquide kystique : sérosité (hydrocèle transparente du cou), liquide sanguin (hématocèle).
g) Les goitres se produisant au niveau des thyroïdes accessoires se rencontrent soit derrière le sternum, soit contre la sous-clavière, soit entre la trachée et l'œsophage. Ils sont reliés ou non à la glande par un pédicule. Dans ce dernier cas ils ne suivent pas les mouvements de déglutition.
h) Rappelons que ces goitres peuvent envoyer des prolongements hors de la région thyroïdienne, derrière l'œsophage, entre l'œsophage et la trachée, dans le thorax (goitres plongeants), sous le sterno-mastoïdien, vers la région sus-claviculaire et déterminer des troubles d'ordre divers considérés comme des complications.