IV. Sj'stéuiatîsatîon
Diverses méthodes ont été successivement employées pour l'étude de cette systématisation.
Nous rappellerons les résultats donnés par les trois méthodes principales :
Méthode embryologique de Flechsig,
Méthone histologique de Golgi,
Méthode des dégénérations secondaires.
Une première division s'impose dès l'abord. Toutes ces méthodes ont conduit à admettre l'existence de deux ordres de fibres :
Des fibres de provenance extrinsèque dont les cellules d'origine sont situées en dehors de la moelle proprement dite : fibres radiculaires, fibres exogènes.
Des fibres de provenance intrinsèque dont les cellules d'origine sont situées dans la moelle : fibres intrinsèques, fibres endogènes.
A. Fibres exogènes.
a) Méthode embryologique de Flechsig.
Cette méthode, qui a donné des résultats décisifs au point de vue de la systématisation des cordons antéro-latéraux, a été beaucoup moins utile pour l'étude des cordons postérieurs.
Nous ne rappellerons que pour mémoire les divisions de Flechsig aujourd'hui à peu près universellement abandonnées.
Zone radiculaire antérieure : contigue à l'axe gris, ses fibres sont les premières à se revêtir de myéline ; le plus grand nombre des fibres qui la constituent se portent vers la partie antérieure des cornes postérieures en évitant les colonnes de de Clarke.
Zone radiculaire moyenne : les fibres la constituant forment deux systèmes.
Un premier système provenant des fibres radi-
culaires postérieures et se portant vers la colonne de Clark e.
Un deuxième système qui remonterait plus haut dans la moelle pour constituer le faisceau de Goll dans les régions cervico-dorsales.
Zone radiculaire postérieure confinant à la périphérie de la moelle et dont les fibres se recouvrent tardivement de myéline et proviennent des fibres radiculaires à leur entrée dans la moelle.
Zone médiane enfin, décrite seulement au niveau de l'émergence de la quatrième racine lombaire sous forme d'un faisceau médian, symétrique, biconvexe : c'est le « centre ovale de Flechsig » sur la signification duquel Flechsig déclare ne pouvoir émettre aucun avis. Nous verrons que sa nature a été nettement élucidée par la méthode des dégénérations.
En somme « la systématisation établie par cette méthode reste obscure, complexe, mal définie ; il est impossible d'étudier par elle les connexions des faisceaux avec leurs cellules d'origine ou entre eux ».
b) Méthode histo logique de Golgi.
Une technique perfectionnée basée sur la propriété du bichromate d'argent d'imprégner les ramifications les plus fines des cylindraxes a permis à (jolgi, Kôlliker, Ramon y Gajal, VanGehuchten, de préciser l'origine et la terminaison des fibres constitutives des cordons postérieurs.
« Les racines postérieures pénètrent dans les cordons sous forme de fascicules plus ou moins volumineux qui suivent un trajet légèrement ascendant et s'inclinent un peu vers la ligne médiane, puis assez rapidement et sous un angle très obtus chaque fibre va se diviser en deux branches, l'une distale, l'autre proximale, qui continuent leur trajet sur une certaine longueur. »
Cette méthode histologique s'est montrée insuffisante pour l'étude des terminaisons des fibres longues qui remontent assez haut dans la moelle
CORDONS POSTERIEURS 2103
avant de pénétrer dans l'axe gris, mais elle a premis d'étudier les terminaisons des fibres courtes.
Elles émettent de nombreuses collatérales qui vont se termmer :
Dans la substance gélatineuse de Rolando (peu nombreuses) ;
Dans la région intermédiaire aux substances spongieuse et gélatineuse (très nombreuses) ;
Autour de la colonne de Clarke^ où elles forment un riche plexus ;
Fibres de la commissure grise, formant autour du canal épendymaire un faisceau ventral antérieur et un faisceau ventral postérieur ;
Dans la corne postérieure proprement dite, en avant de la substance gélatineuse, à côté de la colonne de Clarke ;
Enfin un groupe très important va se terminer dans la corjie antérieure du même côté. Ce sont les collatérales sensitivo-motrices de Ramon y Cajal, ou collatérales réflexes de Kôlliker.
Quant aux terminaisons ultimes, elles se font comme partout ailleurs par des ramuscules très fins ayant avec les cellules nerveuses de Taxe gris des rapports de contiguïté et non de continuité, conformément à la doctrine générale des neurones, défmitivement établie par la méthode de Golgi.
Donc la méthode de Golgi a établi la participation prédominante des fibres radiculaires postérieures à la constitution des cordons, la division de ces fibres en fibres courtes médullaires et fibres longues bulbaires ; elle a permis de décrire minutieusement l'origine, le trajet et les terminaisons des collatérales.
Mais, incapable de suivre les faisceaux euxmêmes, elle n'a pu qu'ébaucher la vraie systématisation des cordons postérieurs. C'est ce que devait parfaire la méthode des dégénérations secondaires.
c) Méthode des dégénérations secondaires.
Elle est basée sur la loi de Waller qui dit que toute fibre nerveuse dégénère dans son bout péri-
phérique quand elle est séparée de sa cellule d'origine. Ses résultats sont surtout tirés de l'étude des dégénérations des cordons postérieurs consécutives aux lésions radiculaires isolées pathologiques ou expérimentales et de l'étude de certaines myélites transverses.
« Quand une racine postérieure pénètre dans la moelle, elle se divise en une série de fascicules au niveau d'une zone spéciale dite zone de Lissaiier, dont on distingue une région interne et une région externe par rapport à la corne postérieure. Ces fascicules donnent des fibres qui sont communément divisées, depuis les recherches de Singer et Miinzer, en fibres courtes, fibres moyennes et fibres longues suivant l'étendue de leur trajet dans le cordon. »
a. Les fibres courtes se terminent immédiatement dans la substance grise en formant de riches plexus de fibres très fines parfaitement étudiés par la méthode histologique. Ce sont les collatérales de connexion décrites plus haut.
p. Les fibres moyennes ont un trajet plus compliqué.
Pj. Situation.
1° Elles forment tout d'abord à leur entrée dans la moelle un faisceau plus ou moins régulièrement semi-lunaire appliqué contre la portion latéro-interne de la corne postérieure : ce sont les fibres cornu-radiculaires de Pierre Marie.
2. Lorsqu'elles s'élèvent dans le cordon elles sont rejetées plus en dedans par les faisceaux sous-jacents de même ordre et vont occuper là région des bandelettes externes de Pierret. D'après Westphal elles sont situées en dehors d'une ligne parallèle au sillon médian postérieur et menée du coude de la corne postérieure vers le bord postérieur de la moelle, elles sont donc contenues entre cette ligne et la corne postérieure. Toute lésion à ce niveau
amène la diminution ou l'abolition du réflexe patellaire.
3. Ces fibres moyennes continuant à être rejetées en dedans constituent la majeure partie du faisceau de Burdach.
4. Elles peuvent même être rejetées en dedans assez loin pour faire partie du cordon de Go II qui, nous le voyons ainsi, est loin d'être composé d'un système indépendant de fibres.
^2- Termijïaisons.
Elles se terminent de même façon que les fibres courtes :
Le plus grand nombre autour des cellules la colonne de Clarke ;
D'autres dans la corne postérieure ;
Quelques-unes directement dans les cornes antérieures.
Fibres longues ou bulbaires.
Ce sont celles des tîbres du cordon postérieur qui remontent jusqu'au bulbe.
Elles n'apparaissent dans la zone médiane qu'au-dessus du cône terminal, mais jusqu'à la région cervicale inférieure cette zone médiane reçoit d'autres fibres que des fibres longues, et jusqu'au bulbe elle perd des fibres moyennes et des fibres commissurales. Mais en somme le faisceau de Go II est formé en majeure partie (exclusivement même au niveau de la huitième cervicale) par des fibres longues montant vers le bulbe.
Ces fibres radiculaires longues se terminent dans des noyaux particuliers situés à la partie postérieure du bulbe inférieur.
Le faisceau grêle et son noyau reçoivent les fibres radiculaires longues qui viennent du renflement lombaire et qui occupent dans la région cervicale la partie postérieure du cordon de GoU.
Le faisceau cunéiforme reçoit au moins partiellement les fibres radiculaires longues qui
2106 QUESTIONS d'iNTERN AT
viennent de la région dorsale et qui occupent à la région cervicale la partie antérieure du cordon de Goll.
B. Fibres intrinsèques ou endogènes,
a) La méthode embryologique n'a donné à leur sujet aucun résultat appréciable.
b) La méthode histologiqiie a bien montré l'existence dans l'axe gris de quelques cellules des cordons postérieurs, mais elle a été incapable de préciser leur nombre et le trajet de leurs prolongements.
c) Méthode des dégénérations. Tl appartenait encore à la méthode des dégénérations d'esquisser la systématisation de ces fibres. Nous ne rappellerons à ce sujet que les conclusions exposées récemment par Philippe dans sa thèse (1897).
a. Au niveau du cône terminal et de la moelle sacrée, les fibres endogènes descendantes sont représentées par un faisceau dit triangulaire médian, faisceau triangulaire dont la base atteint la surface de la moelle et dont la pointe touche la commissure postérieure.
p. Au niveau de la moelle lombaire elles constituent un faisceau de forme ovalaire biconvexe, dit centre ovale de Flechsig, « situé le long du sillon médian postérieur, sans atteindre ni la commissure postérieure ni la surface de la moelle ».
Y. Au niveau de la moelle dorsale inférieure.^ elles sont représentées par le faisceau précédent devenu angulaire et périphérique et par une petite bandelette postéro-interne bordant le segment postérieur de la circonférence de la moelle et tombant à angle droit sur le précédent qui borde le sillon médian postérieur.
û. Au niveau de la moelle dorsale supérieure et de la moelle cervicale, elles sont représentées par un seul faisceau placé latéralement, « la virgule de Schultze, » située dans le cordon de Burdach et longeant à distance le bord de la corne postérieure
sans atteindre ni la commissure postérieure ni la surface de la moelle.
Ces zones se continuent et constituent un seul faisceau endogène ou commissural descendant, qui à tous les étages contient des fîbrescourtes,moyennes et longues, dont les collatérales se terminent autour des différents groupes cellulaires de l'axe gris.
En résumé, nous voyons que si la méthode de Flechsig n'a guère contribué à l'établissement de la systématisation des cordons postérieurs, la méthode de Golgi a déjà apporté d'utiles renseignements sur les terminaisons ultimes des fibres de ce cordon, la méthode des dégénérations a parachevé l'œuvre en élucidant le trajet et le groupement de ces fibres.