‹ Recueil des antiquitéz du PercheChapitre 4 sur 67 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Entre toutes les provinces de France, le Perche est celle de qui les historiographes font le moins de mention et si ce n'estoit les fondations des esglizes et monastaires que les comtes et seigneurs d'icelle province y ont fait bastir, l'on n'en auroit point de connoissance ; et encore, le malheur a voulu que les protestans françois, au commencement de lenrs élèvemens, en ont bruslé partie des tiltres des fondations et bàtimens : ce qui a enseveli et perdu la mémoire en ce regard ; en quoy ils ont non-seulement offensé la mémoire de ces pieux princes, mais de leurs propres parens, prédécesseurs et progéniteurs qui ont en la pluspart favorisé et assisté de leurs biens les dictes fondations. Et, pour ce qu'il peut encore arriver un tel orage qui acheveroit d'en perdre du tout la connoissance, j'ay jugé pour leur mérite estre nécessaire, en ce qui en reste, leur donner nouvelle vie à la gloire de leurs successeurs comme de longtems je l'àvois désiré; et, à ceste fin, fait des extraits et dressé des mémoires que pour mes autres afaires j'avais mis ès-mains de feu messire François Gourtin (l), avocat du Roy à Beléme, mon bon cousin, espérant pour sa suffisance qu'il s'en acquiteroit mieux que moy, mais il a esté prévenu de mort et, ayant laissé cela en suspens espérant que quelqu'un reprendroit ses traces, je me suis tû jusqu'à présent, que voyant cela endormy et ses mémoires égarés (2), j'ay voulu m'appliquer en faisant des recherches es monastaires de ce pais, desquels aucuns religieux et autres très aises de faire revivre et perpétuer la mémoire de ceux qui les nourrissent, m'ont volontairement aydé de ce qu'ils avoient de tiltres ; autres, trop abondans en l'aise où les dicts princes les ont mis, n'en ont voulu lever le pied; autres, non faute de bonne volonté, s'en sont justement excusés

(1) François Gourtin mourut en IGll sans avoir pu achever son « Histoire du Perche ». Son fils, René, conseiller et avocat du Roi au siège de Bellérae, reprit et termina l'œuvre inachevée de son père. Si nous avions tenu compte de la date de ce manuscrit, nous aurions dû le publier avant celui-ci. Nous avons cru cependant préférable, Gourtin ayant beaucoup emprunté à son cousin, de donner la première place à Bart.

(2) Var. « J'ai revu ce que j'en avois retenu. > (Ms. île Versailles.}

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