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FONDATION DE L'ABBAYE DES GLERETZ

Matilde, veufve du dict Geofroy, comte du Perche, désira exécuter la charge à elle par luy donnée par son testament pour la fondation et bastiement de la dicte abbaye des Gleretz et en commença le bastiement en sa forrest des Clèretz près du dict Nogent, partye de laquelle elle leur donna; faisant lequel bastiement et avant la perfection d'icelluy elle fut aussy prévenue de mort (11.

De Thomas, 7' comte du Perche.

Thomas (2), son filz et du dict Geofroy, leur succéda au dict comté du Perche et fut le septiesmc comte et vray imitateur des vertuz et piété de ses prédéces.seurs. Il continua les basliemens et fondation de la dicte abbaye des Gleretz suivant l'intention de ses père et mère et la rendit parfaicte et y mist une abbesse et des religieuses de l'ordre de Giteaux et en l'an mil deux cens treize ratitlia la donation faicte à la dicte abbaye par ses dictz père et mère des mestairyes de la Bonnerie (1) et autres choses et oultre

(1) Add. « Cette Mutilde ou Mahaud se remaria à Enguerrand, sire de Coucy (jui, à cause d'elle, prenait le titre de comte du Perche à l'instar de Robert de E'raïue, comte de Dreux, qui, ayant épousé Ilarvise d'Evreux, veuve de Ilotrou II dit le Grand, comte du Perche, se titrait comte de cette province. Matilde mourut vers 1210. j [Ms. de M. de La Sicotirre.J

(^2) Thomas, 5^ comte du Perche, 5 avril 1202 (n. st.), f 20 mai 1217.

1" Série i2

leur donna pai aiilmosne la raestairye du Pont et usaige en la forrest des Glerelz pour en jouyr en tout ce qui leur seroit nécessaire. Item, deux arpens de pré au Tail et un boui-geoys à Nogent, libre et exempt de toute coustume, tailles et autres exactions séculières et tout ce qu'il avoit de droict au moulin de Sainct-Menier (2) pour jouyr des dictes choses à perpétuité (3).

L'an mil deux cens quinze, le dict Thomas confirma, ratiffia et approuva la donation, faicte à la dicte abbaye par la dicte Matilde du consentement du dict Thomas, du bois des Cleretz et oultre leur donna en perpétuelle aulmosne vingt acres de boys en sa forrest des Cleretz, ses hayes joignant ce qui leur avoit esté donné par ses dicts père et mère.

Le dict Thomas, comte du Perche, donna en oultre à la dicte abbaye des Cleretz usaige en toutes ses forrestz qu'il possédoit et qu'il pourroit par après acquérir, asçavoir : boys vif à bastir et du boys mort pour eulx chauffer (4) et oultre leur donna ses moulins scis à Nogent, appelez les moulins des Prez, pour en jouyr avec toute liberté qu'il en jouyssoit; de sorte qu'il ne luy seroit permis ny à ses héritiers à f advenir de bastir autres moulins là ny ailleurs au préjudice des dictz moulins donnez. Que sy les dictz moulins, par le deffault et négligence de ses héritiers tomboyent en ruyne, les dicts héritiers seroyent tenuz assigner aux dictes religieuses quatre vingtz livres de rente.

Item, il donna au prieuré de Sainct-Martin du Vieil-Beliesme usaige de bois, paisson (5) et pasnage (6) en la forrest de Bellesme.

Confirma les donations faictes par le dict Geoffroy, son père,

(i) Var. « La Bouverie. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Var. « Saint Yicteur. » /Id.J

(3) Add. « Il confirma l'année suivante la fondation faite par sa mère de la collégiale de Toussaint et des deux chapelains qu'elle y établit ainsi que les douze livres de rente qu'elle leur avoit donné sur sa prévôté de Moulins. La foire de Saint-André de Mortague du don de sa mère fut aussi confirmée à la dite église avec tous les droits de coutume en dépendant." Il donna lui-même aux chanoines la nomination des dits chapelains venant à vaccfuer et prend sous sa ])rotection et défense les chanoines et clercs attachés à cette même église. Il fonda la même année 1214 le prieuré de Saint-Nicolas de Maison-Maugis. n (Id.J

(4) Add. « [Il confirma] les donations et fondations faites par ses prédéc(;sseurs aux i-oligieux de la Trap})e et leur donna la seigneurie de Nuisement et du Bigre. » fid.j

(5) Glandée ou l'action et le droit de faire paître le gland et autres fruits ou herbes des forêts. (Du Cange.)

(6) Droit de paisson; ce qu'on paye pour la paisson des bêtes. [Du Cange. j

du prieuré de Sainct-Laurent de Moulins au proffict de Fabbaye de Sainct-Evroul (1).

Le dict Thomas hautoyt la cour du roy Pliilippe-Auguste et de Louys d'Oultremer, son filz, qui fut Louys huictiesme, lequel il accompagna comme avec les autres comtes, barrons et seigneurs de France au veoiage de la Ïerre-Saincte et, en passant, ])rindrent sur Soliman turc Constantinople qu'il avoit prins sur l'empereur Alix et y remirent le dict Alix, Il eust une fille nommée Hélisseude qu'il fist nourir en la cour du dict Louys près et avec Blanche d'Espaigne, sa femme, et mère de sainct Louys, neufviesme du nom, dame vertueuse, saincte et pieuse qui pour ses perfections acquist louange éternelle.

En l'an mil deux cens seze, la noblesse et peuple d'Angleterre se révoltèrent contre Jehan, leur roy, pour quelques loix qu'il avoit establies qu'il ne voulut pas garder et, afin de se rendre plus forlz contre luy et le chasser, appelleront à leur ayde le dict Louys, filz aisné du dict Philippe- Auguste, qui y mena une forte armée où estoit le dict Thomas, comte du Perche (2). Fust le dict Jehan chassé du royaume. Recongneurent les Anglois le dict Louys pour leur roy et luy feirent hommage et, jugeant s'y estre bien estably, se retira en France. Mourut le dict roy Jehan eu l'an mil deux cens dix-huict, après la mort duquel les dictz Anglois, oiibhant la promesse et sermons qu'ilz avoient faitz au dict Louys, recourent pour leur roy Henry, filz aisné du dict Jehan. Louys retourna en Angleterre avec nouvelles forces esquelles estoit le dict Thomas, comte du Perche, qui sommèrent les Anglois de l'entretien de leurs promesses et sermons. Hz se refuzèrent et traictèrent mal les Françoys et par trahison en tuèrent plusieurs, entre aultres le dict Thomas qui fut tué à Lincorne,

(1) Add. « Et à la collégiale de Toussaint de Mortague la Ibndation faite par Philippe de Prulay de la chapelle et de la messe de prime. » [Ms. de M. de La Sicotière.J

Add. (( En 121G, Thomas, comte du Perche, donna aux religieux de Cliène-Galon trois hommes exempts, un à Nog^mt, un à Moulins et un à Bonsmoulins, et leur confirma la donation faite par son père en 1193 d'un denier par jour sur ses châteaux et y ajouta les prévôtés de Moulins et de Bonsmoulins. » (Id.J

(2) « Ludovicus régis Francité i)rimogenitus, navigio i)rœparato, transiit in Angliam et ab his ({ui eum advocaveiant jucunde et reverenter est susceptus, homagia recipiens corumdem... » (Chronique latine de Guillaume de Nanyi^ de 1113 à 1300, publ. par M. IL Gérard pour la Soc, de Vhist. de France. Paris, iS43,2^- 153.J

autrement Licolle (1), ville d'Angleterre, et se retira le dict Louys sans rien exploicter (2).

De Guillaume, evesque de Ghaalons, fîlz du dernier Rotrou et oncle du dict Thomas.

Guillaume (2), filz du dict Rotrou, frère du dict Geoffroy et oncle du dict Thomas (3), qui avoit droict par indivis au dict comté du Perche, fat premièrement grand doien de la grande esglize de Chartres et depuis evesque et comte de Ghaalons et païs de France, illustre et grand personnage, bien aymé des roys Plii-

(1) Lincoln sans cloute.

(2) « Ludovicus filius régis Francipe, congi-egata post Pascha equestri pedestrique multitudine, in Angiiam remeavit, œgre ferens et indigne quod quidam ex nobilioribus Angli* in absentia sua eura, spretis juramentis, reliquerant et in partem transierant novi régis. Qui dum Devoram obsedisset, Thomas, cornes Pertici, qui in auxilium ejus convenerat, apud Linconiam, Anglise civitatem, dolo Anglorum est occisus. Quo audito, Ludovicus, percipiens proditionem et infidelitatem Anglorum, incensis machinis suis, se et suos Londoniam transtulit... » fChron. lat. de Guill. de Nangis, édit. i843,2:>- i54.J

Add. « On lui donna pour successeur son frère Etienne, comte de Mortagne, auquel on donne deux enfants, Robert et Hélisende, et Etienne parait le même qu'Etienne du Perche fait duc de Philadelphie, tué en 1205 à la bataille d'Andrinople; on ne voit point qu'il fut marié. Robert, dont on vient de parler, moui'ut sans enfans. Hélisende, sa sœur, lui succéda. Elle donna le comté du Perche à Philippe-Auguste, roi de France, rétention faite de l'usufruit. Philippe mourut à Mantes, le \A juillet 1223, et le prince Louis, son fds, lui succéda. Il mourut à Montpensier le 8 novembre 1226. » (Ms. de M. de La Sicotière.J — Thomas n'eut ni de frère du nom d'Etienne, ni de nièce du nom d'Hélisende. Cette Hélisende était sa propre femme. (V. Géographie du Perche, par le Fie o. de Romanet, p. 58, note i, Documents sur la province du Perche, 5* fascicule, janv. i89i.J

(3) Sixième cointe du Perche, 20 mai 1217 ; f 18 février 1226 (n. st.).

(4) Nec, Guillelme, tibi, Catalauni prœsul, avaro Copia precipuos cornu diffudit honores; Qui, Thome lugenda tui post fata nepotis, Invidia quem rapuit primevo in flore tibi mors, Angligenum fuies aggressum cum Ludovico, Dignus es inventus et episcopus et cornes esse, Sufficicnter onus dispensaturus utrumque, Subsit ut heredi justo tibi Pcrticus axis;

Ut cui nobilitas gemina est a sanguine regum, Nobilitatis apex gemino splendcscat honore. fPhilippide de Guillaume le Breton, publ. par H.-Fr. Delaborde pour la Soc. de Vhist. de France, Paris, 1885, liber XII, vers. 106, p. 315.)

lippe-Auguste et Louys huicliesme, son filz, lequel pour sa suffisance assista lousjours en leurs conseils et jugement, entre aulfres à ung donné en l'an mil deux cens seze par le roy Philippe-Auguste en la cour de ses pairs à Melun sur le débat de la féodalité des comtéz de Brcnne et Ghampaigne entre Blanche, comtesse de Champaigne, et Errard de Brenne et Philippes, sa femme, auquel jugement le dict sieur evesque de Ghaalons tenoit le troisiesme rang entre les assistans après l'archevesque de Reims et evesque de Langres et après luy Philippes de Beauvoys, Estienne de Noyon, Eudes, duc de Bourgongne, les evesques d'Auxerre, Chartres, Senlis et Lisieux, Guillaume, comte de Poitou, Robert, comte de Dreux, Pierre, comte de Bretaigne, Guy, comte de Sainct-Paul, Guillaume d'Escoches, sénéchal d'Anjou, le comte de Joigny, le comte de Beaumont et le comte d'Alencon.

En Tau 1223, le dict evesque de Ghaalons et le comte du Perche assistèrent au jugement donné à Paris par le roy Louys huicliesme en. l'assemblée de son conseil sur l'establissement des Juifs en France, en laquelle assemblée le dict sieur evesque tenoit le premier rang et le comte du Perche le deuxiesme, et après eulx Philippes de Boulongne, la duchesse de Bourgongne, la comtesse de Nevers, Gaultier, comte de Bloys, Jehan, comte de Ghartres, Robert, comte de Dreux, pour luy et le comte de Bretaigne, son frère, Guy, comte de Sainct-PauI, Hugues de Ghaslillon, le comte de Nemours, le comte de Grandpré, le comte de Yendosme, Robert de Gourtenay, bouteiller de France, Mathieu de Montmorency, conuestable de France, Archambault de Bourbon, Guillaume de Dampierre, Anguerand de Goucy, Ainaury, sénéchal d'Anjou, Dreux de Melion, Henry de Semilly, Guillaume de Ghauvigny, Gaicher de Joigny, Jehan de Yialzay, Guillaume de Solligny.

En l'an mil cent quatre vingtz dix-huit, le sabmedy de devant les calandes de septembre, le dict sieur evesque de Ghaalons créa, fonda et establit en la dicte esglize de Sainct-Jean de Nogent ung doicn, ung chancelier, ung trézorier et ungprévost et donna à la dicte esglize de Sainct-Jehan au proffict du dict prévostles droicis qu'il prenoit à cause de la foire de la décollation Sainct-Jehan au dict Nogent, lesquelz le dict prévost prend encor à présent, sauf que sy le jour de la décollation arrive au sabmedy, jour de marché, le droict de foire et marche appartient aux dictz de Sainct- Jehan, lequel droict et celuy de baulle justice leur a esté confirmé par Monsieur Henry de Bourbon, prince de Coudé, seigneur du

dict Nogent, par devant Jehan Malays, notaire et tabellion au dict Nogent, le dix-neufviesme may mil six cens douze.

Avant l'establissement des dictz doien et officiers dessus dictz, il n'y avoit aucun règlement de chanoynes en icelle esglize et y estoient tous prestres receuz y apportant dix livres de rente, et en l'an mil quati-e cens soixante-sept, le vingt-ungiesme décembre, à la supplication du dict chappistre, du consentement de Charles d'Anjou, lors comte du Mayne et seigneur du dict Nogent, Miller, evesquftde Chartres, réduisit les dictz chanoynes à neuf personnes et dix prébandes desquelles le doien en prend deux et les autres huict chanoynes chacun une, composé aussy de quatre enfans de chœur et de troys chapelains qui , avec le chevecier d'icelle esglize, sont tenuz de dire toutes les heures et célébrer les messes, la dicte réduction confirmée par Nicollas, légat du pape, en l'an mil quatre cens soixante-seize.

Le dict chappistre a droict d'eslire le doien, vacation venant, et de conférer toutes prébandes de la dicte esglize Saincl-Jean ; le prévost : les troys chapelains de Nostre-Dame de Lorette, Sainct- Nicollas , Saincte-Gatherine , Sainct-Gilles , Sainct-Eustache et Sainct-Estienne du chasteau; le seigneur du dict Nogent présente au dict chappistre le chantre et le trézorier. Le doien de la dicte esglize confère le chevecier, et l'aisné masle de la maison de la Chesnelière au Mayne présente au dict chappistre le chapelain de la chapelle Xostre-Dame de Pitié, autrement appelée la chapelle d'Autreson à cause de la terre qui dépend de la dicte chapelle appelée Autreson, paroisse de Souencey, laquelle chapelle fut bastie et fondée en l'an mil cinq cens onze par demoiselle Anne Guillard, veufve maistre Robert Poignant, vivant bailly du dict Nogent, et y donna la dicte mestairye d'Autreson et celle de la Hérissière, le lez receu au dict chappistre l'an mil cinq cens douze.

Le seigneur de Nogent présentoit anciennement à l'office de prévost et aux prébandes de la chapelle Sainct-Estienne du chasteau, mais en l'an mil deiLx cens trente-sept, le dict James de Chasteaugontier, seigneur du dict Nogent de par sa femme, renonça à ce droict et en quitta la disposition au dict chappistre de Sainct- Jehan.

Anciennement le dict chappistre conféroit aussy le dict office de chevecier, mais en l'an mil deux cens quarante-quatre, le chappistre donna ce droict au sieur doien du dict Sainct-Denys à la charge de ne le conférer qu'a ung chanoyne de la dicte esglize, sa prebande réduite à trente solz.

Le dict chappistre confère les grandes escolles du dict Nogent par Iransaclion passée entre les dietz du chappistre et les doien et couvent du dict Sainct-Denys, de l'an mil quatre cens soixante, l'onziesme mars.

En la dicte esglize Sainct-Jehan repose un très beau et précieux reliquaire du cerveau Monsieur sainct Jehan -Baptiste, duquel est faict mention en ancienne cronique de Chartres, en ces termes : « Robert de Joigny, soixcinte-seiziesrne evesque de Chartres, leva en son tems le cerveau et la teste sainct Jehan- Baptiste trouvé en une vielle muraille de Vancienne esglize du dict Sainct-Jehan de Nogent-le-Rotrou es sept des nonnes de may mil troys cens vingt-quatre et, après plusieurs -miracles faictz en sa présence, il m.ist iceluy cerveau (1) en ung excellent vaze cV argent doré faict à mode d''une teste d'homme jusques aux espaulles, porté et soustenu par deux anges, lequel vaze il feist faire à ses despens. »

Le dict reiiquataire fut trouvé entre deux escuelles, l'une de boys de fresne, l'autre de cuivre doré sur laquelle il y a une décollation gravée avec ces motz allentour : Hic est de cerebro Sancti Johannis Baptistœ, lesquelles deux escuelles sont de présent en la dicte esglize bien richement enchâssées.

La dicte esglize Sainct-Estienne du chastcau fust bruslée en l'an mil quatre cens vingt-deux avec plusieurs til très faisant mention de la fondation d'icelle lorsque le comte de Sahsbury (2), Anglois, print le dict chasteau et celle de Sainct-Jehan fust aussy bruslée avec la plus part des tiltres d'icelle en l'an mil cinq cent soixantehuict, le dix-septiesroe mars, par certains hérétiques au commencement des troubles pour le faict de la religion, le sieur de Belleville commandant lors au dict chasteau (3).

(1) Var. « Il mist du dict cerveau... j (Us. de M. de La Sicotièrc.J

(2) Var. « Le comte de Warwick. » fid.)

(3) Add. c( Guillaume du Perche devint évesque, comte de Chalons, pair (le France en i2J5 et se trouva, l'année suivante, au jugement que le roi Philippe-Auguste donna en sa coui- de ses paii-s à Melun sur le déhat lU^ la leodalité des comtés de Champagne et de ijrie entre lîlanche de Navarre, comtesse douairière de Cliampagne, ayant le gouvernement des comtés d(> Champagne et de Brie pendant la minorité de son (ils Thibaut VI, (\\un\ pai-t, et Erard de UriiMuie et Philippe de Champagne, sa lennne, de l'autre part. Le jugement l'ut prononcé en laveur de Thibaut, comte de Champagne.

« Guillaume succéda au mois de mai 1217 à Thomas, comte du Perche, son neveu, et fit, le mois de juin suivant, foi et hommage de ce comté au

En l'an mil deux cens seize, le dict Guillaume, evesque de Ghallons, donna au chancellier de l'esglize collégiale de Toussainct de Mortaigne, pour sa fondation, dix livres de rente à prendre sur lé moulin de Bure. Il donna aussy vingt sols de rente aux dictz de Toussainct à prendre sur sa prévosté de la Perrière.

Il donna aussy à la maison de Ghartraige-lez-Mortaigne quatre asnées de boys chacun jour pour leur chauffaige à prendre en la forrest de Bellesme et la dixme de la despense faicte à sa table en sa maison de Mauves en Corbonnoys, touttes fois et quante qu'il y seroit.

En l'an mil deux cens dix-huict, au moys de juillet, la vigille sainct Marc et Marcellian, martyrs, l'an du deceds de Regnault, evesque de Ghartres, le siège episcopal vaccant, à la requeste du cliappistre du dict Ghartres, le dict sieur evesque de Ghallons dédia Tesglize de la dicte abbaye des Glairetz y estaèlie et receut l'abbesse et religieuses en présence de plusieurs nobles personnes qui comme luy y firent aulmosue et donnèrent de leurs biens nommez et contenuz es lettres du dict sieur evesque, du dict jour, pour estre parlicippans des sainctes prières d'icelle maison.

Asçavoir, luy, soixante solz de rente,

Guy de Montdoulcet, sa part de la dixme qu'il avoit commune avec Pierre de Beaurepos,

Lancelot de Fay, ung septier de froment sur la dixme d'Esperray,

Gacé de Yichères, deux septiers de bled au moulin d'Amaury,

Geoffroy Trichard, ung septier de bled en la dixme de Beliou,

Foulques Garel, dix solz,

Rotrou de Mongastel, cinq solz sur le mouhu de Ghaumont,

Geofroy de Montdoulcet, dix solz.

La dame de Carnière (1), une mine de froment à prendre sur le boys feu Gervays,

Guillaume de Feillet, deux septiers de bled sur le moulin de Maison- Maugis, mesure du chastellain,

roi Philippe-Auguste étant à Melun. Il en accepta Moulins et Bonmoulins que le roi réserva dans sa main pour les rendre au comte du Perche, si son droit en iceux étoit reconnu. Guillaume se trouva à l'ordonnance que le roi Louis VIII fit en 1225 au' sujet des Juifs. Il y fut réglé que le roi ne pourroit retenir les Juifs de ses barons, ni les barons ceux du roi.

(( Guillaume confirma par acte» de 1218 ceux que Thomas, son neveu et prédécesseur, avoit fait en 1215, 1215 et 1217 en laveur de l'abbaye des Glerets. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

(1) Var. « De Charnière. » (Id.)

Robert dTmardc, deux septiers d'avoyne, mesure de Nogent,

Agnès du Pont, deux septiers de bled, mesure du seigneur sur Boessay,

Robert de Beauvillier, ung septier de bled sur le moulin des Orgeries, à Noël,

Yves de Montdoulcet, ung septier de bled sur sa mestairye du Pin,

Robert Ghevreul, deux septiers de bon bled en la mestairye de Treuille,

Guillaume le Gauchelicr (1), ung septier de bled sur le moulin de la Courbe, ■ Guillaume de La Lande, deux solz sur la provosté de Marcheville (2),

Guillaume de Sainct-Omer, ung septier de bled sur sa terre de Riveray,

Grandin, ung septier de bled sur les moulins de Nogent,

Geoffroy de la Brière, une mine de bled, mesure de Bellesme, sur la mestairye du Pont,

Symon de Mangatel, deux solz,

René de Marcilly, douze deniers, sur la terre qu'il tient de Guy de Montdoulcet, à Pasques,

Geofroy de Varandes, six deniers, et Guillaume de Gaen, cinq solz sur le four de Mauves,

Gervays, sieur de la Ferté (3), dix solz à Bouessey,

Hemery de Villeray, cinq solz sur la chastellenye de Villeray,

Pierre de Jurons, dix solz en la terre de Chasteauvaier (4).

Guérin Ghevreul, une bourgeoisie à Nogent,

Robert de Glinchamp, ung septier de bled sur le moulin de Glinchamp, mesure de Gorbonnoys,

Robert le Voyer, une bourgeoisie à Nogent que tient Hiérosme, filz de Germent,

Hemery du Tartre, six deniers sur le moulin de Corcrestot (5),

Guillaume de Launay, deux septiers de bled sur le moulin de Margon,

(1) Var. « Le Ghancelicu-. » (Ms>i. de M. de La Sicotière et de Versailles.)

(2) Var. «. Marchainvillc. -> (Id., id.J

(3) Var. a De la l<'rette. « (Id., id.l

(4) VO''*^- « De la Ghatcneraie. y>-('Id., id.)

(5) Var. « Courtestot. » [Ms. de M. de La Sicolière.)

178 ANTIQUITÉS DU FERCHE. W

Geoffroy d'Amille (1), la dixme du moulin de Melays,

Gervays de Bouday, ung sep lier de bled sur le moulin de la Ghesnaye,

Nicollas Barberotte, une mine de bled, mesure de Bellesme, sur sa terre de Courceraull,

Gaultier Beaucens et Jehan, son frère, une mine de bled, mesure de Bellesme, sur la mestairye de la Rouge,

Guillaume de la Yianderye, deux solz à Bellesme,

Robert de la Yianderye, les deux partz en la dixme qu'il a en la terre de Rodolphe Gerne (3),

Gervays de Bellaviller, ung septier de bled, mesure de Gorbonnoys, sur le moulin de Grillon,

Hemery de Gemaiges, ung septier de bled, mesure de Nogent, sur la mestairye de la Molhe,

Simon de Ghallons, ung minot de bled sur la terre de Lespury,

Guillaume de Masle, ung septier de bled, mesure de Nogent, sur la dixme de Masle,

Heioche, veufve Rodolphe Voyer, une mine de bled, mesure de Nogent, sur le moulin du Pont,

Geoffroy de Yilleray, deux septiers de bled sur le moulin de la Chapelle-Gastineau,

Robert de la Maire, ung septier de bled, mesure de Nogent, sur la dixme d'Apenay, pour son anniversaire,

Guillaume de Gemages, ung septier de froment sur sa mestairye des Arsies,

Girard Ghevreul, cinq solz à Citray,

Geofroy Gaudron, douze deniers sur la mestairye de BroUes, paroisse de Vichères,

Guillaume, comte pallatin de Brye et Champaigne, à la prière et requeste d'excellente princesse Blanche, Reyne de France, leur donna le fief de Grigneux et pouveoir d'y acquérir vingtcinq livres de rente (3).

En l'an mil deux cens vingt, le. dict sieur evesque de Ghal-

(Ij Vur. « D'Orville. » fMss. de M. de La Sicotière et de Versailles. J

(2) Var. « Guernel. » fMs. de M. de La Sicotière. J

(3) Add. « Guillaume donna, la même année 1238, à l'église de Toussaint de Mortagne vingt sols de rimte annuelle, monnoie du Perche, à prendre sur la prévôté de la Perrière, et l'année suivante, il lui donna Miènie sonnne à prendre sur cette prévôté, et ce, pour l'entretien du luminaire de la dite église.

« En 1219, il confirma aux religieux de Chêne-Galon les dons (|ue leur

Ions, en la présence et du consentement de Helissende, comtesse du Perche, sa niepce, donna à l'abbaye de la Trappe, près Mortaigne, fondée par Rotrou, ses père et ayeul, le bois de Fretay, la coustume de Ghesnerond, le bois à Larcher, le bois de l'Angloyèrc, la t'ergenterye du bois de Fretay jusques à Gontrebis et la séparation do Normandye et le moulin do Buré diargé de dix livres de rente vers le clianccUier de l'esglize collégiale de Toussaincl de Mortaigne (1).

Le dict sieur Guillaume, evesque de Ghailons, par ses lettres du moys de juing mil deux cens vingt ung, rapporte que Geofroy, son frère, et Thomas, son nepveu, comtes du Perche, ont fondé et fait bastir l'abbaye des Glairetz sur leur domayne pour le salut de leurs âmes et de leurs devanciers et que le jour mesme, l'abbesse fut beniste et instituée en icelle maison par le vénérable Gaultier, evesque de Ghartres, pour le remède de son àme et des dictz frère et nepveu.

Il donna à la dicte abbaye en perpétuelle aumosne droict de faire paistrc leurs bestiaux et de leurs mestairyes, fors les chèvres, en sa forrest des" Glairetz, fors en ses taillis avec ce qui leur avoit esté donné par le dict Thomas son nepveu en la dicte forrest, et en sa forrest nommée morte forrest, partout où les autres bestiaux iroyent en icelle forrest, de sorte que tous leurs dictz bestiaux et de leurs mestairyes seroyent exemptz de touttes coustumes, avénages et autres.

Et oultre, leur donna pasnage en touttes ses forrestz pour cinquante porcs où et pour tel temps que les autres iroyent en pasnage, lesquels cin([uante porcs seroyent quittes de tout droict que l'on avoit acoustumé prendre sur les autres porcs (2).

avoient fait ses prédécesseurs et donna ([uarante sols de rente sur la prévôté de lîellesrae.

« Il donna à la maison de Cliartra^e, près Mortagne, quatre années de bois clKKiue jour, pour sou chaullage, à prendre en la forêt de lîellesme et la dime de la dépense faite à sa table en sa maison de Mauves en Gorbonnais, toutes les fois <[u'il y seroit. » [Ms. de M. de La Sicntière.J

(J) Add. « 11 donne aux Clérets les moulins le Comte tant à blé qu'à fouler et se réserve buit livres de rente sur iceux. Dans cet acte, de même année, il n'est fait nulle mention d'Ilélisende comtesse du Perche. M (Id.J

(2) Add. « Il fait remise à la même abbaye de huit livres de rente qu'il s'étoit réservé l'année précédente sur les moulins le Comte qu'il lui avoit donnés.

« En 1212, Guillaume étant au cliapiti-e de Saint-Denis de Noi^ent, au mois d'avril, cède à ce monastère la présentation de l'église de Saint-Malo

Après tant de biensfaictz, le dict sieur evesque de Challons, en ses vieulx ans, alla visiter la Terre-Saincte et à son retour mourut et fut enterré à Ancosme (1).

De Hélissende, 8' comtesse du Perche.

Hélissende, seule fille et héritière du dict Thomas, comJe du Perche et arrière-petite niepce du dict sieur evesque de Challons, leur succedda ; fut le huictiesme comte du Perche eu l'an mil

au château de Mortagne, qui lui avoit autrefois été donnée par Geoffroi, comte du Perche, et à laquelle il avoit présenté jusqu'à ce jour, et au mois de novembre suivant, il donna aux Bonshommes, à Chêne-Galon, les bois qu'ils possèdent actuellement eu la forêt de Bellesme.

« Il avoit donné, au mois d'août de l'année précédente, à Airnès Labrette les prés de Saint-Martin-du-Vieux-Bellesme, entre le bourg et la ville de Bellesme, à la charge d'une paire d'éperons dorés à présenter chacun an au jour de Pasques au bailli du Perche, si le comte n'est pas sur les lieux. Ces prés ont été depuis donnés à Saint-Martin-du-Vieux-Bellesme à la même charge, depuis converti à trente sols de rente que les religieux paient à la recette du domaine du roi, comte du Perche.

« Au mois de mai 1225, le même Guillaume, évêque de Ghalons, comte du Perche, fonda en la collégiale de Toussaint de Mortagne, le bénéfice de la chancellerie avec dix livres de rente annuelle à prendre sur le moulin de Buré-sur-Sarthe, qu'il avoit ci-devant donné à la Trappe, à condition que le chancelier feroit sur la dite église une perpétuelle résidence, se réservant, le fondateur, tant pour lui que pour ses successeurs qui posséderont le château de Mortagne, la nomination du chancelier, vacation arrivant.

« Par acte passé à Tiron, le 8 septembre de la même année, le même comte du Perche fonda l'abbaye d'Arcisses, près de Nogent-le-Rotrou, dans le lieu que les religieux de Tiron avoient obtenu de Rotrou II, du consentement de Philippie du Perche, sa fdle, et de Hélie, fils du comte d'Anjou , son gendre , depuis confirmé par Geoffroi III. Le comte Guillaume y établit des religieux qu'il soumit à l'abbaye de Tiron et donna à sa nouvelle fondation ses moulins de Rivray tant à blé qu'à tan, sans que ni lui ni ses successeurs puissent en construire d'autres, sur la châtellenie de Rivray cinq arpens de vignes, à Rivray et un à Nogent, ses prés à Condé et ceux situés au Theil, nommés Lanscar, trois charrues de terre à Marcheville avec usage dans les bois de ce nom, l'étang de Brunelles, la moitié des bois de Mausissuge, dix chênes de la valeur de dix livres à prendre annuellement dans la forêt du Perchet, etc., etc.. ce qu'il confirma le 11 avril suivant. » fMs. de M. de La Sicotière J

(2) Add. « Avant le mois de juin 1226, suivant quelques-uns, ou le 8 septembre de la même année, selon d'autres. » [Id.J — Il parait plus probable que Guillaume mourut le 12 des calendes de mars (18 le-vrier 1226.) — (Voir Géographie du Perche, par le F'e de Romanet, p. 59.J

deux cens trente (1). Elle ratiffîa et confirma les donations et fondations faictes i)ar ses prédécesseurs aux dictes esglizes ; elle fut nourrie en la court du Roy Louys huictiesme, filz de Philippes Auguste avec Madame Blanche, sa femme, fille du Roy d'Espaigne et de Gastille, niepce de Jehan, Roy d'Angleterre et mère de Sainct Louis, qui fut Tune des plus vertueuses princesses de son temps, en quoy elle instruisit sy bien la dicte Hélissende qu'elle ne partit jamais d'auprès d'elle, ne fut marycc et mourrul à la suitte de ma dicte dame Blanche, Reyne de France, et par son testament, feist le Roy Sainct Louys son héritier, et en elle finit la famille des comtes du Perche.

De Monsieur Sainct Louys, Roy de France, 10" comte du Perche

Monsieur Sainct Louys print possession du dict pals du Perche en l'an mil deux cens cinquante-sept; confirma touttes fondations et aulmosnes faictes au dict pais tant par les comtes du Perche

(1) Hélissende ne fut pas, à vrai dire, comtesse du Pcrclie. Elle ne dut ce titre qu'à son mari et le conserva après sa mort. Guillaume, évèque de Chalons, hérita donc du comté du Perche à la mort de son neveu Thomas. Quant à Hélissende, elle ne jouit que d'un droit de douaire sur Mortagne et Mauves.

(2) 8e comte du Perche, novembre 1252 — 25 août 1270. [Voir Géogr. du Perche, par le ytu de Romanet, p. 15.)

Le manuscrit de M. de La Sicotière résume ainsi qu'il suit les faits de cette période :

ÉVÉNEMENS CONCERNAî^T LE PERCHE DEPUIS L'aN 1226 JUSQU'eN 1268 SOUS LOUIS VIII ET LOUIS IX, NEUVIÈME ET DIXIÈME COMTES DU PERCHE,

1226 — 8 septembre (1). — Mort de Guillaume du Perche et non de Bellème, comme on le voit dans certains ouvrages, évèque de Châlons et comte du Perche.

Ouverture et partage de la succession du Perche.

Le roi Louis VHI met sous sa main Mortagne et Mauves, Bellènic et la Perrière.

Pierre de Dreux, dit Mauclerc, comte et depuis duc de Bretagne, obtient en garde Bellème et la Perrière.

8 octobre (2). — Mort de Louis VH!. Louis IX, son llls, connu sous le nom de saint Louis, lui succède.

icr décembre (5). — Sacre et couronnement de Louis IX auquel entre autres seigneurs Tliibaud VI, dit le Grand, comte de Cham-

(1) Nous avons vu plus haut que la date du S septeinlire u'olail [las absolument prouvée.

(2) 8 novembre.

(3) 29 novembre.

que autres et en expédia diverses lettres données à Mortaigne, à LoQgpont, à Mauves, à Vcrnueil et autres lieux.

11 fonda deux cliappelles en l'esglize de Toussains de Mortaigne et Y donna maisoDS et revenu pour l'entretien des chappelains

pagne, et Pierre de Dreux, comte de Bretagne, n'assistèrent pas. La régente Blanche de Castille, reine de France, marche aussitôt contre les niéconteiis, })arvient à en détacher le comte de Champagne et à faire des traités avec les autres. 1227 — i6 mars. — Traité de Vendôme par lequel Pierre de Dreux ohtient en propriété, nonobstant les réclamations légitimes du dernier comte du Perche, Bellème et la Perrière en faveur du mariage d'Yolande de Dreux, sa fille, avec Jean de France, frère du roi. Il prend peu après les armes contre la régente. Le Perche devient le théâtre de la guerre.

Allard III ou IV, seigneur de Ghàteau-Gontier, fils de Renaud et de Béatrix du Perche, prend le titre de seigneur de Nogent-le-Rotrou en 1227 et meurt cette année. James ou Jacques de Ghâteau- Gontier, son fils, fut seigneur de Nogent-le-Rotrou. Il était encore fort jeune, lorsque son mariage fut arrêté avec Harvise ou Denise de Montmorency, fille aînée de Mathieu, II du nom, connétable de France, et d'Emme de Laval, lequel, au nom de ce gendre futur, mit en deux portions égales les biens dépendans de la succession de Guillaume du Perche, sis dans le Grand-Perche; il en fit le partage avec Thibaud, VI du nom, comte de Champagne. Le premier lot de ce partage, resté par son choix au seigneur de Ghàteau- Gontier, étoit composé de Nogent-le-Rotrou et de ses dépendances et obligé de relever du comte de Champagne qui, depuis 1152, s'étoit soumis le comté de Gharti'es et ses fiefs. Le second lot, composé de Rivray, d'Authon, de Mauves, de la moitié du Theil, fut choisi par le comte de Champagne tant en son nom personnel qu'en celui de Bérengère de Navarre, sa tante, veuve de Richard I^', roi d'Angleterre, sœur aînée de Blanche de Navarre, sa mère, et en celui de ses cohéritiers. 11 fut convenu que la jouissance de ces lots n'auroit lieu qu'après la mort de la comtesse de Chartres, qui en jouissoit à titre de douaire, et que chaque lot auroit justice pleine et entière et qu'en cas que la comtesse de Chartres, Elisabeth, vint à avoir des enfans de Jean de Chàtillon, son mari, Montigny et Nonvillers, mis dans le premier lot, lui demeureroient à perpétuité; alors Mauves et ses dépendances, employés dans le second lot, retourneroient en commun pour être partagés afin d'opérer l'égalité prescrite par l'usage des lieux. Le comte de Champagne réunit par des arrangemeus particuliers la portion de ses héritiers, dont il s'étoit fait fort par son partage.

1229 — Au mois de juin, le connétable de j\Iontmorency cautionne le sei-

gneur de Ghàteau-Gontier envers Blanche de Champagne et ses cohéritiers pour la moitié du partage ci-dessus mentionné et promit de le lui faire l'atifier à sa majorité.

30 décembre. — Jugement de Melun par lequel Pierre de Dreux est déchu de tous les avantages qu'il a obtenus au traité de Vendôme.

1230 — Au mois de janvier 1229 (vieux style), siège et prise de Bel-

pour prier Dieu pour luy, ses prédécesseurs et successeurs, par lettres donuées au dict Morlaigne eu l^o?.

Au dict an, il donna deux chartées de boys par septmaine tirées avec deux chevaux pour le chauffaige des pauvres du dict

lênie (1) par Louis IX et la reine Blanche, sa mère, sur le comte de Bretagne. Villeray, la Perrière, Geton, Clinchamp, Nogent-le- Rotrou, leTheil, Préaux, ouvrent leurs portes.

Plainte.s tlu duc de Bretagne |)Our Bellènie et sa retraite de riionimage dû au roi.

4231 — ]\lort de Blanche de Navarre, mère de Thibaut VI, comte de Clianij)agne. Ce Thibaut, toujours remuant en France, ne fut pas étranger aux troubles qui s'étoient élevés dans la Navarre et à Pampelune. Héritier présomptif de Sanche, roi de Navarre, son oncle maternel, il étoit inij)atient de régner. Sa conduite fut telle que Sanche, qui s'étoit retiré à Tudcle, crut devoir laisser sa couronne à Jacques, roi d'Aragon, qu'il adopta pour son lils et son successeur.

1233 — Au mois de mars, Thibaut, comte de Champagne et de Brie, pre-

nant la qualité de comte du Perche, confirme les droits de l'abbaye des Clerets.

1234 — 6 avril. — Mort de Sanche, roi de Navarre. Les Navarois appelent Thibaut, son neveu, et le couronnent à Pami)elune au mois de mai suivant, le roi d'Aragon ayant renoncé à son adoption.

Thibaut confirme de nouveau les droits de l'abbaye des Clerets, au mois de mai.

Mariage du roi saint Louis avec Marguerite de Provence, fille de Raimond Bérenger, comte de Provence, dont le douaire est affecté sur les châteaux de Mortagne et de Mauves.

En septembre, Thibaut VI, comte de Champagne, roi de Navarre, est condamné à payer à Alix de Champagne, reine de Chypre, sa cousine, quarante mille livres tournois pour ses droits au comté de Champagne et fut obligé de vendre au roi, qui les paya pour lui, ses fiefs de Blois, de Chartres, de Sancerre et de Châteaudun avec leurs dépendances, mais il retira la féodalité du Perche en ce qui pourroit relever du comté de Chartres. Alix ratifia cette vente deux mois après.

En novembre, Pierre de Dreux abandonna au roi ses prétentions surBellèmeet la Perrière. Il les avoit déduit au traité de paix d'Angers en 1251; il se plaignoit de la prise de Bellème qu'il réclamoit

(1) Cet évt'iienient a fait naître sous la plume savante et fine du marquis de Clienncvières un délicieux petit roman historique, ayant pour titre ; Les Aventures du petit roi Saint Louii devant BeUesme. Paris, Iletzel, iu-12 (ISGi). Ce gentil volume a dOjà fait depuis longtemps son tour de France. Il doit surtout occuper une place choisie dans les bibliothèques percheronnes.

Monsieur Le Nainde Tillemont raconte dans sa Vie de Saint Louis (publ. jwr J. de Gaulle, jjour la Soc. de Thist. de France, lSi7, tome I, p. 530 et suivantes), le siège et la prise de Belli'me : « Le Roy ayant son armée preste, marcha en diligence droit ii, Bellesme que Pierre, à. qui le Koy l'avoit laissée par le traité de Vendôme, avoit tellement fortifiée et si bien munie de gens courageux, qu'elle paroissoit im[)renabIo. Le Kny fit aussitôt entourer la place

« Le palais, c'est-ù-dirc le donjon ou le lieu qui servait de demeure au seigneur, fut eniièrenieat ruiné et tous ceux qui y estoient, tuez; la grosse tour fut ébranlée et puis abbaltue.

Enfin tout le chasteau fut tellement endommagé que ies assiégez furent obligez de rendre

la placo, de recourir à, la miséricorde du Roy, qui leur pardonna avec sa bonté ordinaire. Ainsy le Roy força en jieu de jours, contre l'attente de la pluspart du monde, un chasteau qui passoit pour imprenable »

hospital et Maison-Dieu de Mortaigne à prendre en la forrest de Bellesme.

Et par auttres lettres données à Mauves au dict an mil deux cens cinquante-sept, est mandé au forrestier de Bellesme leur en bailler quatre cliartées par septraaine en yver.

Et par auttres lettres données a Mortoust, donna à la dicte

de la succession de son père Robert, comte de Dreux et de Braine, qui se qualifioit comte du Perche, comme ayant épouse llarvise d'Evreux , veuve de Rotrou , dit le Grand, comte du Perche. D'ailleurs les Sainte-Marthe (liv. 53, chap. 8) disent que Robert II, comte de Dreux, partant pour le voyage de la Terre-Sainte en 1190 et étant à Mâcon, fait expédier une charte en faveur de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou dans laquelle il se titroit comte du Perche, comme le même Robert le, son père. Les Sainte-Marthe font erreur : cette charte fut donnée par Rotrou III, comte du Perche, étant à Mâcon, pour son voyage d'Outremer.

1235 — Au mois de janvier, le roi de Navarre, comte de Champagne, maria sa fdle de son deuxième lit, contre la teneur des traités qu'il avoit fait avec le roi, à Jean I«r, de Bretagne, fils de Pierre de Dreux, et lui donna pour dot ce qu'il possédoit dans le Perche et ordonna en 1238 à Jacques de Ghàteau-Gontier de faire hommage au dit Jean de ce qu'il teuoit de lui.

12-46 — ^lortagne et Mauves sont déchargés du douaire de Marguerite de Provence, lequel est rapporté sur d'autres lieux.

1237 — Gession de Maison-Maugis par le roi saint Louis à Jacques de Ghâteau-Gontier, seigneur de Nogent-le-Rotrou, pour lui tenir lieu de suprétention sur Mortagne, sur Mauves, sur Bellême et sur la Perrière.

1265 — Jean de Gombault, écuyer, sieur de Saint-Mars-de-Goulonges, donne aux religieux de la Trappe, deux setiers de blé froment de rente, à prendre chacun an en sa grange de Saint-Mars-de-Goulonges, pour faire et fournir les hosties nécessaires à communier les liabitans de toutes les églises et paroisses de l'archidiaconé du Gorbonnois.

1268 — Saint Louis donne en apanage (1) à Pierre de P'rance, son cinquième fils, pour en jouir après son décès, Mortagne, Mauves, Bellême, la Perrière, avec les forêts et dépendances, tant en fief que domaine, et tout ce cpi'il y a au comté du Perche et pareillement ce qu'il tient au comté d'Alençon, à la charge de l'hommage lige envers la Gouronne de France et la reversion en cas de décès sans enfans. Deux ans api'ès, saint Louis, étant dans son camp auprès de Garthage, au mois d'août, augmenta l'apanage de son fils Pierre, attendu son insuffisance, de deux mille livres de rente et mourut le 2d du même mois (2).

(1) Cette première donation n'eut lieu qu'en mars 12G9.

(2) Pour tout ce qui concerne la succession du Perche à la mort de Guillaume, évêque de Châlons, nous renvoyons nos lecteurs à la Géographie du Perche (p. Gl et suivantes) où monsieur le vicomte de Romanet expose très clairement en quelques pages et à l'aide de nombreuses pièces justificatives le partage de ce comté. Cette question délicate à traiter nous entraînerait fort loin et augmenterait considérablement ces notes déjà très chargées. Nous ne pourrions, d'ailleurs, qu'appuyer les assertions de M. de Romanet, qui a su, par de nouvelles preuves, éclaircir ces faits controversés.

Maison-Dieu dioict d'en prendre troys cliartées par septmaine tout le long- de l'an en la forrest de Bellesme.

Geste tcrie du Mortonst est en la paroisse de Mauves près Mortaigne (l), de l'ancien domayne des seigneurs de la Frette qui en ont tousjours jouy jusques à peu de temps qu'elle a esté baillée en parlaige à damoiselle Magdalaine Gruel, femme et espouze de Anthoyue Girouys, escuyer, sieur de Mensey et de la lloche- Mayet.

Il donna aussy aux ministre et religieux de Sainct Esloy lès le dict Mortaigne deux cliartées de boys tirées à troys chevaux à prendre en sa forrest de Bellesme et quatre mines de scel à prendre chacun an au grenier du dict Bellesme par lettres données au dict Mortaigne au dict an 1257.

Le dict seigneur Boy espouza Margueritte, fille du comte de Provence, de laquelle il eut plusieurs enfans, asçavoir : Louys qui mourut jeune, Philippes qui fut Boy après luy, Jelian, surnommé Tristan, comte de Nevers, Pierre, comte d'Alençon et du Perche, Piobert, comte de Glermont, Ysabclle, qui fut reyne de Navarre, Marye, qui fut femme du filz aisné du Boy de Gaslille, Margueritte, qui fut duchesse de Braban, Agnès, qui fut duchesse de Bourgogne et Margueritte, qui fonda les religieuses de Sainct Marcel lès Paris, qui ne fut maryée.

De Pierre, tiers fils de Monsieur Sainct Louis, 1"' comte d'Alençon, d'entre les enfans apanaigez de France, 11^ comte du Perche (2).

Le dict Pierre fut par le dict Koy Sainct Louys, son père, apanaigé des comtéz d'Alençon et du Perche en l'an mil deux cens soixante-huict (3). Fut le premier comte apanaigé d'Alençon et le dixiesme comte du Perche. Il espouza (4) Jehanne, fille de Jehan de Ghaslillon, comte de Bloys et de Chartres, et d'Alix, fille de Jehan, duc de Bretaigne.

Sainct Louys estant oultre mer et en son camp devant Gartage,

(1) Voir page J)9, note 3.

(2) 9'' comte du Perclie, 2o août 1272 — 6 avril 1284. (ô) En mars 1269.

(4) Add. « Eu -1272. Elle lui avoit été promise dès 12G5. » LMs. de M. de La Sicotièrc.J

i" Série 15

sur la reraonsliance que le dict Pierre lui feisl que son apanaige n'estoit raisonnable, le luy acreut en aoust 1270 de deux mil livres de rente et encorres depuis rehaulsé par le Roy Philippes le Hardy, son frère, en octobre 1277, des homniaiges de Sainct Gelerin et Haulte-Rive et en l'an mil deux cens quatre-vingtzung l'augmenta du tribut qui se prenoit sur les Juifs résidans es dictes comtez (1).

Le dict Koy Philippes le Hardy, son frère, craignant mourir avant l'aage de ses enfans, l'en constitua tuteur et régent en France en l'an 1271 jusques à ce que l'aisné eust quatorze ans.

En l'an mil troys cens troys, le dict Pierre, comte d'Alençon et du Perche, confirma à la dicte abbaye des Clairelz les dons et chauffaiges que ses prédécesseurs y avoient faitz, à prendre en la forrest de Beliesme, asçavoir boys vif à édifier, boys mort à brusler et le pasnage de cinquante porcs et le poisson de la dicte forrest.

Il régla et réforma la justice tant à Allençon que au Perche, feist et estabUt plusieurs sergenteries qu'il fieffa pour faire exploictz et exécuter les mandemens de justice, entre autres au dict Mortaigne où il feist deux sergenteries, l'une à Piobert Fagon, l'autre à Laurens Folenfant et les leur divisa par le chemin tendant de Mortaigne à Laigle et du dict Mortaigne à Beliesme, passans dedans Mortaigne par les portes de Rouen, de Sainct- Nicolas (2) et de Ghartraige. Fagon eust le quartier vers Sainct- Esloy, Folenfant celuy vers les esglizes de Toussains et de Sainct-Jehan du dict Mortaigne chargez de les rachepter de luy. L'on ne trouve les autres charges de celle de Fagon par ce que dès longtemps elle est réunie au domayne du Perche ; mais celle de Folenfant qui est encorres possédée par des particuliers du dict Mortaigne, fut baillée à la charge, oultre la dicte féodalité, de fournir par le dict Folenfant de linge convenable à la table du dict comte et ses successeurs, lorsqu'ilz seroient au dict Mortaigne, et à la table de ses chambellans, et le scel blanc sur les dictes tables et de pichetz de terre à l'eschansounerye du dict duc, lequel sergent à ce tiltre a droict de prendre et avoir la vuidange des platz desquelz le dict seigneur seroit servy sur table, levez de devant luy tant à disuer que à soupper avec les reliefz deservys de dessus la table

(1) Add. « Le comte Pierre assigna, la veille de la Madeleine 1282, à Jeanne de Cliàtillon, son épouse, deux mille livres pour son douaire de Mauves au Perche et ses dépendances : 400 livres parisis de rente et 1600 livres à prendre sur le trésor du Temple. » (Ms. de M. de La Sicotière.l

(2) Sans doute la porte Saint-Eloi.

ot do ses cliambcllaiis pour en disposer à son plaisir. A ouilre, droict d'avoir cliaciin jour do marché une havée (1) do scel à main onverle sur chacun saulnicr (2) ou revendeur do scel on détail au dict Morfaigno et un- pot do terre du prix d'un denier sur la poterye pendue. Le dict sieur comte d'Allencon mourut sans hoirs en la Pouille, au vooiago de la Terre-Saincte et fut enterré en l'abbaye do Montroial et depuis [fut] aporté et enterré en l'esglize des Gordeliers à Paris, et par sa mort les dictes corniez d'Allencon et du Perche et autres choses à luy baillées eu apauaig-e, retournèrent à la Couronne de France (3).

De Charles de Valloys, 2 comte d'Allencon et 12 comte du Perche (4).

Il estoit segond filz de Charles, comte de Vallo-vs, frère du roy Phihppes de Valloys et petit-filz de Philippes le Hardy, filz de

(1) Le droit de prendre dans les marcl.és une poii-néo des denrées ,mi s y vendent. - Havata. (Du CanqeJ. ^

(2l Marcliand de sel. - Saunarius ou Salinarius. (Du Cange) io; F«r. « Après les Vespres-Sioiliennes et le massacre des Frannis

dan,e,eu.enient blesse II lit son testament au mois de juin de cette année c„ .i n '■' \ \*' "' ^'"''"''^ ^'''^''' ^^«« •"''^«o»^ religieuses de ses en il. f'"'"r ?^'''™'' ^"^ ^ ""'"'^ ^^^^ ['^284, nouveau style]. Ses P is é; Mt'r"' 'f^''::^l^ Montréal; son corps et son cœur apportés à Pans et enterres dans l'eo-hse des Gordeliers. . (Ms. de M. de La àcotière J aux r^PlT' 'r u 'r ^^^ Sicotière consacre avec raison un chapitre

luicit leunis a la Couronne, confonnément à l'institution de son apana-e 1^ retournèrent a son IVère aîné, Philippe k>. Hardi, roi de France, IIIo du nom, le(iuel mourut deu.v ans après « Philippe IV dit le liel, son (ils, lui succéda. Ce prince, voulant avoir

ans sa mam la terre de Mauves au Perche, révoqua cette partie de l'assi-

.natmn du douaire de Jeanne de Chàtillon, sa tante, et lui assigna en li>8U

.. dnif TTr "''r' """ '-«"te ,1e 500 livres, à quoi montoit alors le

» t f .' Mauves. Jeanne de Chàtillon vendit, cette même année, à Phi-

" • '.Jn. '■""'*'' '^'' Chartres et mourut en 1291. Le même roi

conhrma en 1288 une vente faite en son nom d'un demi-quartier de terr^ assis entre sa forêt de Bellème et le clos des moines de Saint-Martin à Cudlaume, pneur, et aux moines du lieu, moyennant vingt livres tom-

PeîtiJn' ^f T'T'i^', '^"' ^"'^ """''^*'"^ c'-galement un autre comte du Poiche, Charles I- de Valois, 12o comte. Seul, le manuscrit de M. de La

188 ANTIQUITÉS DU TERCHE.

Monsieur sainct Louys. Fut le deuxiesme comte d'Allençon et douziesrae comte du Perche.

Le l'oy de Russie luy ofroit eu mariage sa fille unique Zarize,

Sicotière, corrigé par Delestang, le mentionne dans le passage suivant :

0. Charles, deuxième fils de Philipi)e le Hardi, roi de France, fait comte de Valois en J284, fut apanage en 1290, par son père, Philipjje le Bel, roi de Fi'ance, du comté du Perche et de celui d'Alençon, qui lurent, dit-on, érigés en pairies.

« Il é})Ousa cette année IMarguerite de Sicile dj, que Moréri appelle Clémence, dont il eut Philippe de Valois, chef de la hranche qui commence à régner en 1528, et Charles II, tige des comtes du Perche et d'Alençon, qui suit. Marguerite de Sicile, qui avoit eu en dot TAnjou et le Maine, mourut en '1297 ou 1299.

« Charles 1^" obtient en 1295 (2j le comté de Chartres et il acquit dans la suite Châteauneuf, BresoUes, Senonches en Thimerais et Gharaprond au Grand-Perche.

« Il se maria en secondes noces en 1500 avec Catherine de Gourtenay, impératrice titulaire de Constantinople, laquelle mourut en 1507 ou 1508. Il en eut Catherine de Valois, impératrice titulaire de Constantinople, mariée en 1512 à Philippe, prince de Tarente, d'Achaïe, etc.. Charles 1er se rendit à Rome en 1501, avec sa nouvelle épouse, vers le pape Boniface, qui le créa capitaine général de l'Eglise romaine, vicaire et défenseur de l'Eglise, comte de Romagne et pacificateur de la Toscane. Il leur conserva leurs droits à l'empire de Constantinople.

« En 1506, le comte du Perche et d'Alençon, se disposant à se rendre en Grèce pour recouvrer l'héritage de son épouse et qui avoit pris le titre d'empei'eur de Constantinople, termina les différends qu'il avoit avec l'abbé de Cluny et le doyen de Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou. Il fit des traités avec les Vénitiens et avec Orose ou Urose, roi de Russie et de Savoie, mais Catherine, son épouse, vint à mourir le 5 janvier 1508. C'est sûrement d'après les traités avec Orose ou Urose, que Bart des Boullais avance que le roi de Russie et de Servie lui offrit sa fille en mariage, mais qu'il ne l'épousa pas.

« Charles prit pour troisième femme, au mois de juin suivant, Mahaud de Châtillon ^5) Saint-Paul. Il assigna aux enfans qui naitroient de ce mariage le comté de Cliartres, les terres de Châteauneuf, de BresoUes et de Senonches en Thimerais qu'il avoit acquises. Moulins et Bonsmoulins avec leurs dépendances. Il eut de ce mariage, entre autres enfans, Louis, comte de Chartres, qui eut en 1322, outre Châteauneuf, Senonches et autres terres, et mourut en 1528. IMahaud ne mourut qu'en 1558.

« En 151-4, ce fut en faveur de Charles I" que Châteauneuf en Thimerais fut érigé en baronnie-pairie, relevant immédiatement de la tour du Louvre.

« Charles fit cette année de nouveaux arrangcmens à ses enfans ; le second du premier lit, qui avoit joui ou porté le titre de comte d'Alençon, reçut le comté de Chartres, la terre de Cliamprond , Châteauneuf en Thimerais, Moulins et Bonsmoulins, la forêt du Perche et celle de Reno. Il donna à Mahaud, son épouse, et aux enfans (jui naitroient d'elle, le

(1) C'est Marguerite d'Anjou, fille de Ciiarlr>; II, roi de Naides.

(2) Par lettres doum-es le 23 juin 1293 (v. Histoire des pays et comtf' du Perche et duché d'Alenc^on, par Bry de la Clergerie, 1020, p. 272.)

(3) Fille de Gui IV de Châtillon, comte de Saint-Pol.

DES COMTES DU rERCHE. 189

qu'il avoit de la reyno Elizabcth, mais ne l'cspouza. Il cust deux fcmimes, la première- fut Jehanoe, fdle de Jehan, comte de Joigny, qu'il espouza en apvril 1314, de laquelle il n'eust enfanz, et en segondes nopces (1), il espouza (2) Marye d'Espaigne, contesse de Biscaye et dame de Lare en Castille (3), fille de Ferrand d'Espaigne, qui estoit fitz de Blanche de France, fille du roy Sainct Louys, la dicte Marye auparavant vcufve de Charles d'Evreux , comte de Flampes, de laquelle il eust Pierre; qui luy succéda au dict comté d'Allencou, Philippe qui fut patriarche de lliérusalem et archevesque de Rouen , Charles qui fut archevesque de Lion, de Tordre des frères prêcheurs, et Robert, qui fut apellé comte du Perche, qui mourut sans hoirs, et Ysabeau qui fut religieuse à Poissy.

En l'an mil troys cens vingt cinq, régnant le dict Charles, fut estably l'eschiquier à Allençon et dès la première audience fut terminé le différend d'entre le dict seigneur comt(! d'Allençon et les habitans de la Roche-Mabille touchant l'usaige que les dictz

comté d'Alcnçon, la vicorntô de Trun, la terre de Cotentin, celle de Bell(''iiie et celle de Mortagne.

« En iHiS, Charles donna amortissement aux moines du Yieux-Beliême, GeollVoi Turquentin étant vicomte du Perche, pour diverses acquisitions, i-('tention faite de la seigneurie et de la jusUce. Il ohtient Ghamprond au Grand-Perche après la condamnation d'Enguerrand de Marigny, ([ui l'avoit ac({uis en 1308 de Gaucher de Chatillon, connétable de France.

« En 1320, fut instituée au Perche une cour dite Grands Jours du Perche, composée d'un i)résident et de conseillers nommés pour connoitre des appellations des sentences du bailli du Perche aux sièges de Mortagne (ît de Bellème. Ces Grands Jours se tenoient tous les trois mois. Ils ont duré juscpren 1349 qu'ils furent supprimés à la mort de Marguerite de Valois, reine de Navarre, duchesse d'Alcnçon et comtesse du Perche. Les sentences dt; ces juges relevoient du Parlement de Paris.

« En 1522, Charles de Valois donna à Charles, son second (ils, le comté d'Alcnçon et du Perche, et à Louis, son troisième fils, le comté de Chartres, Chàteauneuf, Senonches et Chami)rond.

(<■ En 1325, mort de Charles I''" de Valois, comte d'Alcnçon et du Perche.

« On attribue au roi Philij)pe le Bel d'avoir restreint en I.30i les apanagiîs aux seuls hoirs mâles. »

Charles II de Valois, (jui succéda à son père, fut le I5c comte du Perclu!, du 10 décembre 1I525 au 25 août 1340.

(1) Add. « Laquelle mourut en 13.'^0. » fiMs. de M. de La Sicotière.)

(2) Add. « En 1330. » {Id.J

(3) Add. « Il assigna son douaire sur Verneuil, Chûteauneul-cn-Thimeais, Senonches, Chamjjrond et le ressort de Nogent-le-Rotrou. Il ajoula

la vill(! de Mortagne;, les loréts du Perche, Bonsmoulins et les appartenances des dits lieux avec réserve de la suzeraineté et hi ressort aux liappeaux de l'échiquier d'Alcnçon. » (Id.J

habilaus prétendoient en la forést d'Escouves, la possession duquel droict fut adjugée aux dictz habitans.

Le dict Charles, comte d'Alençon, assista le dicl Philippes, son frère, roy de Frauce, en l'an mil troys cens vingt huict, à la bataille qui fut par luy donnée contre les Flamans à Montcassel. Obtindrent victoire contre les Flamans et y moururent dix neuf mil hommes tant Flamans que autres, en laquelle bataille le dict comte d'Allençon fut grandement blessé et sa valeur remarquée.

ïln l'an mil troys cens vingt neuf, il donna à l'abaye de la Trappe usaige en la forrest du Perche de boys vif à bastir au dicl lieu, au val de Hernest et Laigny et boys mort pour chauffer et pour toutes autres choses et pasturaige et litière à toutes leurs bestes.

Au dict au mil troys cens vingt neuf, les Angloys qui possédoient la Guyenne s'assemblèrent à Sainctes pour faire guerre aux Françoys. Le roy y envoya le dict comte d'Allençon qui ruyna, deffist et mist en déroute les dictz Angloys eî soumisl le pais en l'obéissance du roy.

En l'an mil troys cens trente troys, le dict Charles de Yalloys donna aux prieur et religieux de Sainct-Marlin du Vieil-Bellesme droict de faire bastir et construire uug colombier en leur maison de Sainct-Martin et le cours de Fontaynes des Noës pour en faire aller l'eau en leur dicte maison (1).

Il fut lieutenant général pour le roy son frère en l'armée contre les Angloys, donna contre eulx bataille à Crécy, le vingt sixiesme aoust l'an mil troys cens quarante six, où, faulte d'estre secouru par les Françoys, il fut tué, la bataille perdue par les Françoys par l'ambition d'aucuns seigneurs qui. tous vouUoyent

(1) Add. « 11 olîtint l'année suivante, 1334, en récompense de ses droits dans la succession de Louis, comte de Chartres, mort six ans au}iaravant, son frère du troisième lit, les terres et domaines de Yerneuil, de Cliateauueuf-en-Thimerais, de Senouches et de Giiamjirund avec toute justice, liante, moyenne et basse.

« La veille de Noël de cette même année, le même comte donna à l'église de Toussaints de Mortagne des lettres d'amortissement pour dix livres de rente données à cette église lorsque les doyen et chapitre reçurent pour frère le chanoine Jean Turquentin, fils de Geotfroi Tur((uentin, vicomte du Perche, dont il a été parlé plus haut pour la fondation d'une prébende.

« L'année suivante, 1335, le comte du Perche et d'Alençon reçoit en sLip[>léinent Sainte-Scolasse, Glapion, Bellou-le-Trichard, Ceton, les fiefs det resiiorts de Noi:ent-le-Rotrou, et reçut i)0ur ce ressort, celte année, aveu i! Jeanne de Cas.sel, dame de Nogent-le-R<itrouct dépendances. » [Ms. de M. de La Sicoticre.)

commander et H'obcyr ù personne. Son corps fut enterré aux Jacol)ins à Paris où furent apportez les corps de cinquante chevalliers de sa terre qui estoyent morlz avec liiy, lesquelz sont figurez autour de sa sépulture.

lia dicte Marye d'Espaigne, après le decedz du dict Charles, son mary, par son grand mesnaige augmenta grandz biens en la maison d'Aliençon, feist reformer les forests d'Allcnçon et du Perche, les feist replanter, fossoyer et limitter par couppes ordinaires pour laquelle reformation furent commis Adam de Bourdelay et NicoUas des Ventes qui réglèrent aussy les usaiges des dictes forcstz et en feist la dicte dame dresser de grandz cahiers qui sont couruz jusques en ce temps, que l'on appelle le Mesnaige de Marye d'Espaigne (1). Mourut le dix neufiesme novembre mil troys cens soixante neuf (2) ; elle fut aussy enterrée aux Jacobins eslevée près du dict Charles, ayant ung serclé allentour de la teste en façon de créneaux au lieu de fleurs de lis parce qu'elle estoit de la maison de Castille.

Portoit le dict sieur comte d'Alençon pour armés senié de France à la bordeure de gueules , chai'gée de huict bezans d'argent comme son père.

Charles sixiesme réduisit le dict nombre de fleurs de lys à troys comme aussy celles d'Allenron feurent réduiltes au dict nombre avec la dicte bordeure et bezans.

De Pierre, 3' comte d'Allençon et 13'' comte du Perche (3).

Pierre, fllz du dict Charles, fut le quatreiesme comte d'Allençon

(1) Add. «. Cette princesse réclamii en 1373 de Henri II, roi de Castille et (le Léon, le comté de Biscaïe et la seiiineurie de Lara en Castille, (lui lui a|)|)artenoient du chel' de ses père et mère. Henri lui (it répondre (iirelle n'avoit (|u'à envoyer en Espagne deux de ses enCans pour y demeurer et jouii' chacun de ces seittneuries. » ('Ms. de M. de La Sicoticrc.J

(2) Var. « 1379. » (Id.J

{ù) Le manuscrit de M. de La Sicotière ((jue nous avons tout lieu de croire oi'iginal;, de même (fue celui de iMortagne, qui, tous deux, nous ont servi à établir la rédaction de Bait des Boulais, passent sous silence Charles 111 et Uo])ert, 14« et i5'' comtes du Perche, et llls de Charles II. Nous comblons ici cette lacune à l'aide du manuscrit corrit^é par Delestang. Nous y trouvons même, aussi comme comte du Perclie, un autre (ils de Charles II, Philippe; mais M. de Homanet a i)u prouver que le comté du

d92 ANTIQUITÉS DU PERCHE.

Perche n'avait pas dû lui échoir en partage, contrairement à l'opinion admise jusqu'à présent et soutenue par Odolant-Desnos fv. Géographie du Perche, p. 84J. Cependant nous tenons à publier les documents que nous avons sous les yeux dans toute leur intégrité et à n'y rien changer, ({uitte à en relever les erreurs autant que possible. Nous .laisserons donc l'auteur du manuscrit parler comme il lui convient du comte Philippe.

De Charles III, 16e comte du Perche, fils aîné de Charles II, comte du Perche et d'Alençon.

« Charles III devint comte du Perche et d'Alençon, seigneur de Fougères et de Porrhoet, après la mort de son père en 1346; il assista en 1350 au sacre et couronnement du roi Jean, son cousin, après son père Pierre.

« Le 17 juillet 1356, le roi Jean donna à Marie d'Espagne et à ses enfans les seigneuries de Seez, de Bernay et autres, qui avoient appartenu à Jean Malet, sire de Graville.

« Les Anglois entrèrent en Normandie et s'emi)arèrent de Verneuil. Le Perche et l'Alençonnois devinrent en proie aux Navarrois et à Geofîroi de Harcourt. On veut que ce fut alors que les Navarrois prirent et ruinèrent Mortagne.

« La bataille de Poitiers, qui eut lieu le 19 septembre suivant et la prise du roi Jean mirent le deuil dans la France. Le roi fut mené en Angleterre où il resta quatre ans. Les Anglois prirent Mamers, Nogent-le-Rotrou, Villeray, Husson, Châteauneuf-en-Thimerais. La paix se fit à Bretigny en 1360. La France céda aux Anglois Poitou, Saintonge, la Rochelle et Aunis, Angoumois, Périgord, Limousin, Querci, Agénois, Bigorre, Montreuil, Ponthieu, Calais et Gumer. Le comte du Perche et d'Alençon ou son frère dévoient être du nombre des otages pour partie de la rançon du })rince qui ne fut pas payée. Nogent-le-Rotrou, Chàteauneuf-en-Thimerais et autres biens du Perche furent rendus.

« Charles III se fit alors dominicain, devint en 1365 archevêque de Lyon et mourut en 1375.

De Philippe, 17e comte du Perche.

« Philippe, frère puîné de Charles III, qui dès 1343 avoit reçu en dot du roi Philippe VI, son oncle et son parrain, Domfront et le Passais, devient comte du Perche et d'Alençon vers l'an 1360 et jouit de ces lieux jusqu'en 1367 qu'il se démit de ses biens et en fit, le 20 janvier, le partage à ses deux jeunes frères. Pierre eut le comté d'Alençon, Fougères, Domfront, Verneuil, Châteauneuf, Senonches et Bresolles, et Robert eut le comté du Perche à la charge de laisser jouir Marie d'Espagne, sa mère, de ce qui lui avoit été donné en douaire et eut en outre Clu\teau-Josselin et la terre de Porrhoet en Bretagne. Philippe qui étoit archevêque de Rouen, fut patriarche de Jérusalem en 1377, cardinal en 1378 et mourut en 1397.

De Robert, 18^ comte du Perche.

« Robert, le dernier des fds de Charles II, comte du Perche et d'Alençon, (it de Marie d'Espagne, eut le comté du Perche le 20 janvier 1367. Par sa charte donnée en son château de Bellênie, le 24 février 1369, il confirma la donation de quarante livres de rente par chacun an laite à l'église de Toussaints de Mortagne par Jean Bougmies à Bougnie, prêtre, pour la fondation de deux chapelles, et, par le même acte, il affranchit la dite église de tous droits d'amortissement pour raison de cette rente.

« Robert épousa, en 1374, Jeanne de Rolian, dont il eut un iils, nommé Charles, mort jeune. Il mourut en 1377.

« Sa veuve eut pour son douaire la chàteJienie de Ceton au Perche et

et quatorzeicsme comte du Perche (l), qui régnoit en l'an mil Iroys cens cinquante. Fut nommé le Noble. Il espouza Marye de Cliampmaillard, fille de messire Guillaume de Gliampmaillard, chevallier, seigneur d'Antenaysc, et de Marye de Beauniont, fille de Jehan, comte de Beaumont, et de la fille du comte de Harcourt, de laquelle il eut : Jehan, premier du nom, duc d'Allençon et comte du Perche, et troys filles, Marye d'Allençon, femme du comte de Harcourt (2), Catherine, fiancée à Guy de Laval, sieur de Gaure, filz de Guy douzeiesme, sieur de Laval, maryée deux fois, la première (3) à Pierre de Navarre, comte de Morfaing, la seconde (4) à Louys, comte palatin du Rhin, duc de Bavière, frère de la reyne Ysabeau de Bavière, femme du roy Charles sixiesme, et Margueritte d'Allençon qui vescut religieuse sans estre nonnain (5). Par le moien du mariage de la dicte Marye de.Champmaillard, la vicomte de Beaumont vint et fut unye à la maison d'Allençon, de laquelle vicomte deppendoit Beaumont-le-Vicomte, Fresnay, Saincte-Suzanne, la Flèche, Chasteau-Gonlier et Ponensay.

Mais le grand Henry, quatreiesme du nom, roy de France, establit ung siège présidial à la Flèche et icelluy lieu fut chef des dictz lieux et seigneuryes, auquel lieu de la Flèche le dict seigneur roy feist aussy bastir (6) le superbe collège royal des Jésuistes et y donna de grandz biens et ordonna son cœur y estre enterré.

Le dict comte du Perche, estant encorres jeune en la garde de la dicte Marye d'Espaigne, sa mère, fut à Pieims au sacre du roy Jehan, son cousin germain, lequel le feist chevallier en l'an mil troys cens cinquante.

Philippes, roy de France, père du dict Jehan, donna à Charles d'Allençon, patriarche, son filleul, frère du dict comte, la seigneurye de Danfrain (7) avec tout lepaïs de Passays, qui depuis furent par le dict patriarche donnez à son frère, comte d'Allençon.

mourut après 1405, ayant lait dun, cotte annôo, avec Pierre d'Aniboise, son second mari, à l'abbaye d'Arcisses, de soixante boisseaux de froment. « Robert est dit être le jjremier comte du Peiciie qui ait obtenu des grands jours pour ce comte''. »

(1) IG"-' comte du Pcrcbe. Septembre i'Ml — 15 décembre 1391.

(2) A(l(l. « Et d'Aumale. » [Ms. de M. de La Sicoticre.J 0} Add. « En 1411. » (Id.)

(4) Add. « En 1413. » (Id.J

(5) Add. « Et Jeanne, inbumée au Val-Uieu-lès-Mortagne. » (Id.,' [6} Add. H En ltlO;{. o (Id.J

(1) Domfront,

194 ANTIQUITÉS DU PERCIIF,.

En l'an mil troyscens cinquante cinq, le roy Jehan, qui se doubtoit que le duc de Brelaigne et ses subjects favorisoyent les Angloys contre luy afin de mettre les frontières du royaume en seureté, bailla au dict comte d'Allençon les seigneuryes de Sees et de Bernay qui avoyent appartenu à Jehan Mallet, seigneur de Graville, qui, pour crime de lèze majesté avoit esté exécuté à Rouen, et, pour récompense, le dict comte bailla au roy les places et seigneuryes de Porrhouet et le chasteau Jousselin en Bretaigne lors place forte et de consecquence.

Eu l'an mil troys cens cinquante six, régnant Jehan, roy de France, le duc de Lancastre, Angloys, descendit en Normandye avec quatre mil hommes, courut la Normandye, print cl pilla plusieurs villes, entre autres Vernueii (1). Le roy leva une armée, le poursuit, sur quoy on luy rapporta que le prince de Galles, filz aisné du roy d'Angleterre, estoit en armes en Auvergne qui avoit bruslé les faulx bourgs de Bourges, couroit le long de la levée de la rivière de Loire, pillant le pais. Le Roy y alla, le poursuivit et le dix-septiesme septembre mil troys cens cinquante six s'approchèrent, le combatirenl par rencontre où les Françoys eurent du pire ; le dix-huictiesme du dict moys, le Roy assembla son armée montant quarante mil hommes, s'approcha d'un quart de heue de celle du prince de Galles qui u'avoit que huict mil hommes. Les cardinaux de Perigot et d'Avezel, envoyez par le pape pour mettre ces princes d'accord , n'y peurent parvenir. Le prince de Galles offrit rendre au Roy tout ce qu'il avoit conquis et ce que ses gens avoyent prins et pillé et promettre de s'armer de sept ans et touttes aulres submissions suffîzantcs pour luy faire des . pontz et aplanir les chemins pour sa retraicte. Mais il s'y rendit inexorable et contraignit les Angloys de combattre par désespoir qui défirent les Françoys, prindrent le Roy prisonnier, le menèrent en Angleterre où il fut quatre ans durant lesquelz le roy de Navarre, qui avoit espouzé la sœur du Roy, feist plus de mal en France que n'eussent pu faire les Angloys.

En l'an mil troys cens soixante, le Roy feist la paix (3) avec luy et avec l'autre par laquelle le Roy quitta à l'Angloys le pais de

(il « lÀ (lus fie Lancastre, e li Navarrois, qui ehevauroient en grant

route et ((ui ardoient tout le plat pays, s'en vinrent à Vrenon et puis

chevaucièient vers Vrenuel [VerneuilJ et lisent tant qu'il y parvinrent. .Si t'u la (littc ville toute arse..... » (Chronique de J. Froissarl, puhl. par Siméon Lace clans la Soc. de Vhist. de France, iS75, tome IV, p. iS8.}

{i) A Bretigny, le 8 mai.

Poictou, les fiefs de Touars, de Belleville, la Gascongne, Angcnois, MoQstueil-sur-Mer, PoiUieu, Callais, Guynes, le païs de Marc, Sangelc, Boulongne, Hames, Vallès et troys millions d'escuz d'or desquels il paya partye coûtent et pour le surplus en bailla pour ostages et cautions Louys, duc d"Anjou, comte du Mayue, Jehan, duc de Berry et d'Auvergne, ses enfans, Louys, duc de Bourbon, Pierre, comte d'Allencon et du Perche, et Jehan, frère du comte d'Estampes, et autres comtes avec nombre des principaux et ])lus riches bourgeoys des meilleures villes, par le moien de quoy le Roy sortit et fut mis on liberté (1). Arriva à Paris le trezeiesme décembre mil troys cens soixante.

Le troisiesme janvier mil troys cens soixante troys, il retourna en Angleterre pour la délivrance des dictz prisonniers où il mourut le Imictiesme avril en suivant (2). Sou corps fut aporté à Paris et enterré à Sainct-Denys.

Le dict comte d'Allencon estant de retour d'Angleterre, employa le reste de ses jours en œuvres pieuses, faire fondations et augmentations de- biens aux monastaires et esglizes de son païs. ^

En l'an mil troys cens quatre vingtz deux,, il confirma à la Maison-Dieu de Mortaigne le droict de chauffaige de deux chartées de boys par septmainc que le roy sainct Louys leur avoit donné à prendre en la forest de Bellesme et ordonna qu'ilz les prendroient à l'advenir en la forrest de Réno.

En l'an mil troys cens quatre vingtz six, sur la plainte des "religieux'de Ghartraige à Monsieur le comte du mespris que les ecclésiastiques faisoient de se trouver en l'assemblée de la Galande ordonnée à tenir en leur maison, il la transféra en l'esglize du dict Toussainct de Mortaigne, ordonna que de la en avant les prostrés du dict archidiaconé de Gorbonnoys s'y trouveroyent chacun an le mardy des octaves de la feste Dieu et, avec les doyen, chauoynes, chapellaius d'icelle et autres preslres tant du dict Mortaigne que autres, foroient procession générale et prières pour luy, ses prédécesseurs et successeurs (fut appellée, comme elle est encores, la Gonfrairye de Gorbonnoys) ; auquel jour les dictz prostrés, le collège, chanoynes et chapellains de la dicte esglize de Toussainct et autres prostrés du dict Mortaigne, les confrères layz d'icelle confrairye, poitant chacun une torche

(I) l>e 8 juillet.

ardante, et le peuple, font une solempnelle et générale procession par la ville à laquelle est poité par le doyen d'icelle esglize le sainct sacré Corps de Jésus-Christ couvert d'un poille porté par quatre prestres revestuz d'aubes et tunniques et, avant icelle procession, est célébré en icelle esglize ung service solernpnel pour les m or tz et, à l'issue de la dicte procession, aussy un service solernpnel du sainct Sacrement, durant lesqiielz services est en la nef de la dicte esglize un chevalet couvert d'un drap mortuaire de velours noir, accompagné de luminaire et, à l'issue de la messe, les prestres et confrères, leurs torches ardantes en main, descendent en la dicte nef à l'entour du chevalet où le doyen porte le sainct Sacrement et s'y dict un Li6e?'a et soufraiges solempnelz pour les mortz, durant et vers la fm duquel le procureur et recepveur de la dicte' confrairye distribuent aux prestres, confrères et sœurs d' icelle, chacun huict solz au lieu de la despense qui se faisoit anciennement en commun par les pi'estres et frères, pour l'entretien de quoy y a encorres quelques anciens fondz et revenu à la dicte confrairye entretenue en oultre de quelques deniers que les confrères y entrant y donnent à leur dévotion, les premiers lez estans demeurez à la maison de Chartraige.

A l'imitation de cette assemblée, les prestres de l'archidiaconé de Bellesmois ont estably une confrairye de prestres au dict Bellesme qui pareillement s'y assemblent et font procession généralle (1).

Le quatorzeiesme septembre mil quatre cens quatre, par son testament fait à Argentan, il fonda en la maison des Chartreux du Yal-Dieu quatre religieux, oultre le nombre précdlldant et pour ce faire leiu' donna la terre et baronnye de Solligny et auttres terres, en laquelle maison il esleva sa sépulture. Mourut le vingtiesme septembre mil quatre cens quatre ; son corps, porté à la dicte maison des Chartreux du Val-Dieu, y fut enterré devant le maistre-autel, contre la muraille de laquelle esglize est ung

(1) Add. « Pierre II confirma, en 1388, étant à Argentan, à l'Hôtel-Dieu (le Bellènie le droit ([ue Charles II, son père, lui avoit fait de prendre pour son chauffage dans la forêt de Bellème du mort hois tant qu'un cheval peut en porter par jour depuis la forêt jusqu'au dit Hôtel-Dieu; pour quoi il ordonna au maître des eaux et forests de Bellême d'en laisser jouir la dite maison.

« En '1403, étant à Argentan, il ninliinia, comme ayant la garde de son lils .Jean, comte du Perche, aux religieux des Clérets, leur droit de prendre en la forêt de Bellême, hois vif pour hàtir et hois mort ))our son chauffage avec un droit de paiswon pour cin(|uante |)orcs. » fMs. de M. de La Sicetière.J

lableau contenant la sépulture du dicl seigneur duquel la teneur

ensuit :

Au Val Dieu, dcssoubz une pierre, Repose le bon comte Pierre D'Allen eon. Né du sang royal, Nommé par droict Pierre loyal, Qui longuement par un temps dict Loyallemcnt le sien despendit.

Sy loyallement srachez de veoyr Qu'il ne Youloit denier debvoyr; Sy trespassa sy comme je dis De septembre à ung vendredy Vingtiesme jour sans riens rabattre En l'an mil quatre cens et quattre.

Les simples gens deffendoit fort, Point ne vouloit qu'on leur feist tort. Paisiblement les vouloit garder Sans empeschement leur donner, Que son droict il ne demandoit Et de l'autruy riens ne vouloit.

Bien il doibt estre réclamé En cœur, pensée et voUonté.

Sy prions Dieu dévotteraent Et de bon cœur pieusement Que son àme par bons devis Ayt la gloire de paradis. Amen (1).

Et au cloistre de la dicte maison, près la porte de la chambre cottée par D, est ung autre tableau faisant mention de la fondation des dictz quatre religieux.

Les troys cellules consecutifves cottées par les lettres D, E, F, avec celle qui est de l'autre part du cloistre cottée par Q (2), députtée à la secrétairerie où y a pour enseigne les armes d'Allençon, sont spécialement ordonnées afin que les habilans d'icelle prient Dieu pour Tàme de feu, de bonne mémoire, Pierre, jadis comte d'Allençon, lequel par son testament et dernière vollontc Ta ainsy ordonné, comme il est porté par le dict testament où sont escriptz ces propres motz : et afin qu'à tousjoursmais soit fait pour nous, nos prédécesseurs et successeurs espéciat service

(!) Reproduit ])ar Ri'y de la Glergerie. {Histoire des comtez (VAIcnçon et du Perche, p. 308.)

(2) Ces lettres se rajjportent évideinuient à un j)lan du Val-Dieu qui nous fait défaut.

divin au dict autel du Val-Dieu, nous prions et requérons au maistre du dict ordre de Chartreux et à tous ceulx à qui il peult fjour ce appartenir par le couvent du dict lieu du Val-Dieu qui à présent n'est que de huict ou neuf religieux, ainsy que nous avons entendu, soit creu de quattre aultres religieux ptrestres, ou habillés et disposez à l'estre, oultre le nombre qui y est a présent, lesquelz quatre religieux et leurs successeurs seront logez et colloquez en quatre des celles du dict cloistre, telles qu elles seront divisées; lesquelz nous auront spéciallement pour recommandez en leur niemento en touttes les messes tant des vifz que des trespassez, etc., par telle condition que quand il adviendra que les dictz religieux ou aucuns d.'eulx yront de vie a très passement, ou seront mis en aucun office ou obédience de l'ordre, les prieur et couvent du dict lieu seront tenuz rernplir les dictes celles d^aultres religieux des p)remiers que Dieu leur envoya affin que les dictes celles soyent tousiours plaines si tant leur vient de religieux et, jusques à ce qu^ainsy Vayent faict, Hz chargeront et commettront au dict cas l'un des aultres religieux de leur couvent propres pour nous en telle charge, comme estoyent tenuz celuy ou ceux qui ainsy sont transmuez sans plus avant les charges sinoji à leur bon plaisir et vollonté (1).

Le dict comte fat UDg très grand mesnaiger qui acrcut et augmenta de beaucoup la maison d'Allençon. Il acquist du baron de Montmorency la ville et seigneurye d'Argentan qui auparavant estoit appelée le Gliasteau blanc sur Orne.

Il acquist aussy de messire Thomas Paynel, chevalier, la barronye de Haulte-Rive près Allençon et plusieurs aultres.

11 eut de la dicte Marye de Champmaillard, vicomtesse de Beaumont, plusieurs enfans, ascavoir : Jehan qui luy succéda aux comtez d'Allençon et du Perche, appelle le Très-Sage, Marye qui fut femme du comte d'Harcourt, a laquelle furent baillées pour son partaigc les seigneuryes de Quatremère et lioto pour les tenir

(1) Add. (( Le comte Pierre donna à 'la chartreuse cinq cens cens d'or pour son inluimation et quatre - vingts livres de rente pour la fondation des ([uatre religieux. Il deineuroit ordinairement au Val-Dieu avec une de ses lilles, nommée Jeanne, pour vacqaer aux olfices divins. 11 lit bâtir un grand portail qui fut nommé le portail du comte Pierre. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

soul)z U) ressort de l'escliiquier el jurisdiclion souveraine d'Al- Icnçon. D'elle sont sorliz les ducs de Lorrayne. I! eust aussy deux filles, ascavoir : Calherine qui fut maryée au duc de Bavière, comte palatin et de Mortain, laquelle n'eut aucuns enfans. Elle eut pour son partaige la terre et seigneurye d'Hiesmes et autres, qui. après son dccedz , retournèrent au domaync d'Allençon. Jehanne qui esleut la vie contemplative et feist la pluspart de sa résidence en l'hospital et Maison-Dieu d'Argentan, y gouvernant ordinairement les pauvres malades et aultres, leur administrant leurs nécessitez, vivant fort austèrement et d'une vie si parfaicte qu'elle est tenue pour saincte. Son père luy avoit baillé en partaige plusieurs terres qu'elle remist à Jehan, son frère, par le moien de deux mil livres de rente qui luy bailla pour son vivre et de ses serviteurs. Aucuns ont escript qu'elle mourut au dict liospital. Mais les Chartreux du Val-Dieu tesmoignent que après le décedz de son père elle se retira en la dicte maison du Val-Dieu en une chambre encorres nommée la chambre de Madame Jehanne, joignant l'esglize, où elle s'enferma le reste de sa vie comme prisonnière volontaire, ayant fait faire une petite fenestre quidonnoit de sa chambre sur le maistre-autel d'icelle par laquelle elle assistoit au divin service. Elle fut enterrée près son père en l'esglize du dict lieu, comme le contient l'épitaphe ou tombeau estant en icelle esglize de laquelle la teneur ensuit :

Icy gist (1) Pierre de Vallois Grand amateur de Dieu et de ses lois, Prince soigneux, de ce qu'après la vie Un vray crestien de veoyr a bonne envie : Comme ung oiseau se baisse pour voler Il s'est démist pour mieux au ciel aller. Pour les vertus fut plus qu'un Achilles, Contre péchez fut plus qu'un Hercules ; Le pauvre aimoit beaucoup plus que le riche Qui par pouvoir ou par dol tousjours triche ; Pour ce eut le nom de Pierre loyal Plus fréquanté que de prince royal Ores qu'il fust proche de la Coronne Tant il trouva piété doulcc et bonne Qui ves([uit céans en toute humilité.

Sa fille aussy gardant virginité, Ayant tousjours sa lampe plaine d'huille

(1) Var. « Cy devant gist... » [Ms. de M. de La Sicotlère .J

Comme les cinq sages de TEvangile.

Ce temple icy ta^it de voulte que pends

Firent refaire à leurs propres despens

Et pour eulx deux une chambre un peu haulte

Sans la rapine offrit en holocauste ;

Car luy et elle estoyent justes et bons

Tant que d'aultruy ne prenoyent biens ni dons.

Fondez ilz ont d'un vouloir magnificque

Quatre Chartreux plus que le nombre antique.

Le diable ilz ont, le monde et chair vaincu

Et sont bien mortz comme ilz ont bien vescu ;

Paisiblement, le vingtiesme septembre

Mil quatre cens et quatre, ung chacun membre

Du bon seigneur la challeur délaissa

Et après sa fille trespassa :

Leurs corps posez dedans une mesme fosse

N'ont dessus eulx desépulture grosse ;

Pour remarquer de tel sang le tombeau

Il n'y a rien de gravé bon ny beau.

Pourquoy cela? Car touttes belles marques

Sont volontiers des haultains les remarques

Et pour aultant le comte d'Allençon

Humble en son cœur n'y voulut de façon.

Ains que avec luy sa fille fut ensemble

Tout simplement inhumée en ce temple

Où, si leurs corps ne sont point eslevez.

Leurs esprits moings n'en sont pourtant saulvez

Qui est le poinct que par humbles mérittes

Ont désiré vivans céans comme hermittes

Que Dieu leur doinct, si ne leur a donné,

Et sur le ciel leur soit bien ordonné

Où en esprit ensemble puissent estre

Comme leurs corps sont en ce lieu terrestre (1).

Environ ce lemps, le dict roy de Navarre qui avoit esmeu et fait de grandes guerres et divisions en France et presque ruyné l'Estat pendant raffliction de la prison du roy Jehan, son beau-frère, estant devenu par son aage et travaux prins en sa jeunesse refroidy et hors de challeur naturelle, pour le réchauffer on luy conseilla de se faire enveloper et couldre dedans un drap mouillé

(i) Add. << Requiescant lu pace. Amen. » [Ms. de M. de La Sicolière.) Cette épitaphe fut domiée par Bry de la Glergerie (Hist. des comtez du Perche, p. 301.)

et trempé dedans de l'eau de vie, ce qui fut fait et advint que celuy qui l'avoit cousu dedans I(î drap, ne trouvant coustcau pour coupper le fil duquel il l'avoit cousu, le couppa avec le feu d'une chandelle. Quoy faisant, le feu print incontinent et en ung moment dedans le drap qui fut tout à l'instant enflammé sans y pouvoir trouver aucun remède jusques à ce que l'eau de vie fust du tout consommée en quoy le dict roy de Navarre endura tant de mal que troys jours après il mourut.

Le dict comte d'Allençon ayma Jehanne de Mangastel, dame de Blandé, de laquelle il eut un filz, nommé Pierre (1), et une fdle, nommée Jehanne. Le filz fut vaillant chevallier et tué en guerre au service du Roy de France contre les Angloys; la fille fut par luy maryée à Jehan de Boisguyon, auquel il donna la seigneurye et chastellenye de Ceton.

Il marya la dicte de Mangastel avec Pierre Gointerel auquel il donna Testât de vicomte du Perche (2). N'eurent aucuns enfans, donnèrent de leurs biens à l'esglize de Toussainct de Mortaigne pour la fondation d'un obit. Y sont enterrés devant la chapelle Nostre-Dame : sont figurez et leurs noms escriptz contre la paroy et muraille de devant l'autel de la dicte chapelle, appelée la chapelle de prime.

De Jehan, 1' duc d'Alençon, 14' comte du Perche (3).

Jehan, filz aisné du dict Pierre, luy succéda aux dictes comtés d'Alençon et du Perche, qui fut appelé le très Sage (4). Il fut accordé il Madame Ysabeau de France, fille du Roy Charles cinquiesme. Elle mourut le 13 febvricr 1377 avant le mariage. Il espouza Marye de Bretaigne (5) de laquelle il eut ung filz et une fille qui mourut jeune. Le filz fut Jehan, deuxiesme duc d'Alençon.

(1) Add. « Dit bâtard d'Alençon. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Add. « Et de capitaine de Mortagne. » fid.j

(5) Jean 1er le Sage, 17" comte du Perche. — lo décembre 1391 — 25 octobre 1415.

(4) Add. « Il naciuit en 1385 » fMs. de M. de La Sicotièvel le 9 mai, au château d'Essey.

(5) Add. « En 1396 il eut le comté du Perche lors de ce mariage [en

1" Série 14

En l'an mil quatre cens quatorze, en faveur du dict Jehan d'Alençon pour les bons et agréables services par luy faictz au royaume, le Roy érigea le dict comté d'Alençon en duché avec tous droictz à duché appartenans et, pour ce, fut le premier duc d'Alençon et quatorziesme comte du Perche (1).

Le dict duc Jehan fut très sage et de sage conseil, clément, charitable, très miséricordieux, aymoit la justice, soutenoit les pauvres, aymoit les humbles et ennemy des superbes, prompt et hardy aux armes, au maniement et usaige desquelles il estoit très expert, très libéral, qui n'esconduit jamais homme de ce qui luy fut demandé et ne renvoya jamais personne mescontent de luy.

Il apaisa par sa prudence plusieurs grandz différendz qui estoyent entre les princes françoys pour le gouvernement du royaume pendant la prison du Roy Jehan, ponr lequel plusieurs lignées de gens de guerre s'estoyent faict et disposées à la ruyne du royaume.

Il fut au siège et à la prise de la ville de Compiègne qui tenoit pour le duc de Bourgongne contre les Françoys.

Il se trouva en la bataille d'entre les Françoys et les Angloys près Azincourt près Blanzy, en l'an mil quatre cens quinze, en laquelle, après plusieurs généreux faictz d'armes, furent les Françoys rompus et mis en rotte (2). Il s'efforça de les réallier et avec

réalité il le possédait depuis 1391]. Il succéda à son père au comté d'Alençon le 20 septembre '1404. Il fit i-éparer et rétablir les fortifications de la ville de Mortagne. Par ses lettres qu'il donna à Alençon le 25 décembre 1411, il reconnoît que le chapitre de Toussaints pour lui complaire et obéir avoit donné de grandes sommes d'argent pour la construction des dites fortifications ainsi que pour la bâtisse des guérites et tourelles qui avoit lieu aux environs de l'église de Toussaints pour la sûreté de la ville, déclarant le seigneur comte « qu'il ne veut sous l'ombre de ce que dit est que l'église du dit lieu de Mortagne et les gens d'icelle être assujettis à plus qu'ils ne doivent et qu'ils n'ont accoutumés, dit-il, octroyé et accorde, octroyons et accordons par ces présentes qu'ils soient en l'état et liberté qu'ils étoient auparavant des dits dons et octrois par eux ainsi faits pour la réparation et emparement de la dite ville sans qu'iceux dons leur tournent à conséquence et portent aucun préjudice pour le temps à venir ni que ce attribue ou acquiert à nous et aux bourgeois et habitans de notre dite ville de Mortagne aucunes nouvelles subjections ou droit sur eux autres que nous avons auparavant les dits dons et octrois. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

(1) Les lettres d'érection du comté d'Alençon en duché et pairie, du 13 mai 1415, ont été publiées par Bry de la Clergerie, dans son Histoire des comtez d'Alençon et du Perche, 1620, p. 316.

(2) En déroute.

si peu de gens qu'il peult assembler retourna au combat où il fut occis (1) et y moururent dix mil Françoys.

De Jehan, 2" duc d'Alençon et 15" comte du Perche.

Jehan, deuxiesme du nom (2), filz du dict Jehan, luy succéda. Fut le deuxiesme duc d'Alençon et le quinziesme comte du Perche (3). A son commencement, il se porta vertueusement en tous ses actes au contentement de tous avec gloire et honneur, exposant ses corps et biens à la defîense du royaume que tenoit les Angloys (4).

Il feist contre eulx réparer la ville et chasteau de Mortaigne de partye duquel l'esghze de Toussains faict closture, à laquelle, par la permission des dictz de Toussains, il feist faire des guérites et autres fortifications par ses lettres du 23® décembre 1411.

Néantmoings, les Angloys s'en emparèrent et y constituèrent pour cappitaine Talbot, cappitaine angloys. S'emparèrent aussy de Bellesme et y laissèrent pour cappitaine Matago, grand cappitaine angloys.

Le dict duc Jehan eut de grandes perfections. Il estoit grand et beau prince, plain de beaux et graves discours, la parole grosse et plain de vérité, doux, courtoys et afable, courageux, prompt et hardy aux armes, libéral plus que nul autre, pieux et charitable aux pauvres, mais par trop vindicatif. 11 espouza en premières nopces Jehanne, fille de monsieur Louys de France, duc d'Orléans, la plus belle, sage, vertueuse princesse qui se peult trouver.

(1) Add. « Son corps fut apporté à Soez où il fut inhumé dans l'église de l'abbaye de Saint-Martin. » [Ms. de M. de LaSicotière.l

(2) Jean II le Beau, 18e comte du Perche, du 25 octobre 1413 au 10 octobre 1458 et du 11 octobre 1461 au 18 juillet 1474.

(5) Add. « Il naquit en 1409 » [Ms. de M. de La SicotièreJ le 2 mars au château d'Argentan. — Bry de la Glergerie le fait naître le samedi 2 mars 1411 [Hist. des comtes d'Alençon et du Perche, p. 318).

(4) Add. « Il succéda à son père en 1413 et fut mis sous la tutelle de Marie de Bretagne, sa mèi'e. (Ms. de M. de La Sicotière.J

accomplie de toutes perfections, prudente, begnigne et agréable à tous (l).

En secondes nopces, il espouza Marye d'Armaignac, fille aisnée du comte d'Armaignac, aussy belle, sage et très vertueuse dame. Il eut d'elle deux enfans, ascavoir : René, qui en ses premiers ans estoit appelé comte du Perche et depuis fut duc d'Alençon, et Catherine, qui fut conjoincte par mariage (2) avec Françoys, comte de Laval, grand maistre de France, filz aisné de Guy, comte de Laval, et d'Ysabeau de Bretaigne, pour le partage de laquelle luy furent baillées les seigneuryes de la Guyerche en Bretaigne et de Sonnoys près Alençon, lesquelles retournèrent en la dicte maison d'Alençon, parce que la dicte Catherine mourut sans enfans (3). Fut parrain du Roy Louys unzeiesme.

Au commencement que le dict duc Jehan vmt au gouvernement de ses terres, les Angloys s'emparèrent de la Norraandye, l'Anjou, le Mayne, l'Aquitayne, le Perche et presque de toutte la France (4) ; contre lesquelz le Roy leva une grosse armée de laquelle il feist le dict duc son lieutenant général qui deffeist les Angloys en plusieurs batailles et rencontres tant au pays de Bretaigne, Anjou, le Mayne que autres lieux, accompagné de son frère le bastard d'Alençon, vaillant et hardy chevallier, des seigneurs de Harcourt, Ambroys de Lorrey, de Sougé, de Goullonges,

(1) Add. et Var. « Il avait un an, lorsque son père le maria avec Jeanne d'Orléans, fille de Louis, duc d'Orléans, et de Valentine de Milan. Il fut accordé, en 1415, avec Yolande d'Anjou, deuxième fille de Louis, roi de Sicile ; ce mariage n'eut pas lieu. Il épousa dans la suite Jeanne d'Orléans avec laquelle il avait d'abord été contracté. » [Ms. de M. de La Sicotière.J

« Et en ces propres jours [1421], fut traité et parfait le mariage du duc d'Alençon et de la seule fille du duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre. Et se firent les noces tant solennellement comme réalement en la ville de Blois. Duquel mariage faire et traiter furent les principaux, Charles, duc de Touraine, à qui elle étoit nièce, et le duc de Bretagne, oncle du dit duc d'Alençon. s /Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, édit. i836, A. Desrez, p. 502. J

(2) Add. « En 1461. » [Ms. de M. de La Sicotière.J

(3) Add. ft Le 17 juillet lo06. » (Id.J

(4) Add. « En 141 7, Henri V, roi d'Angleterre, entra en Normandie et s'empara du Perche dont les places n'étoient pas en état de défense. Deux ans après, ce monarque donna le comté du Perche à Thomas de Montagu, comte de Salisbury (1), et dans la suite Longny, la Loupe et les cinq barunnies du Perche-Gouet. Beaumont, le Ghastel et Montmirail se rendirent en 1421 au Dauphin. » (Id.J

(1) Par lettres datées à Vernon-sur-Seine du 26 avril 1419. [Voir Géographie du Perche par le vicomte de Romanet, p. 87 et suivantes.)

de Montenay , Berinnoys et autres , entre aultres en ung lieu nommé la Brossonnyère, sur les Marches du Mayne, où demeurèrent seize cens Angloys en champ de bataille rangés, le reste mis en routte, entre lesquelz fut prins le sieur de la Poulie, cappi tai ne angloys (1).

De là se retira le duc vers Tours pour en chasser les Angloys, mais sur le chemin il fut adverty que les Angloys avoyeut assiégé Yvry ; s'y achemina acompaigné des comtes de Glèves , d'Aumalle, de Boucean, connestable de Franco et autres, et sur le chemin entendirent que les Angloys avoyent prins Yvry; par quoy tirèrent à Vernueil au Perche tenu et occupé par les Angloys, lequel ils prindrcnt, mais ne la tindrent guère, parce que l'armée deâ Angloys y arriva et donnèrent bataille aux Francoys en ung champ près Vernueil où est de présent une chappelle fondée de sainct Denys. Le duc s'y porta très vaillamment, fut au fort de la bataille jette par terre de dessus son cheval. S'efforcèrent les Angloys de le tuer, ne le recognoissant, et l'eust esté sans ce que Pierre, bastard d'Alençon, son frère bastard, se jetta sur luy criant à haulte voix : « Alençon ! Alençon! » et y fut fort blessé d'un coup d'espée dedans le corps et néantmoings prins prisonnier. La bataille fut perdue par l'avarice des Lombards et Francoys qui s'amusèrent à piller le bagage des Angloys au lieu de les combattre, laquelle bataille fut en l'année mil quatre cens vingt quatre, après laquelle les Angloys se resaizirent de Vernueil.

Le dict duc fut mené prisonnier en Angleterre, de laquelle [prison] il fut délivré en l'an mil quatre cens vingt six, moyennant deux cens mil escuz de rançon (2), partye de laquelle somme fut payée content au duc de Bethford, régent en France, qui en bailla acquit, et du surplus bailla le duc d'Alençon pour cautions et ostages le sire de Beaumesnil, messiro Jehan Verrier, messirc Ferlon de Villeprcux (3), Hardouin de xMenbrens (1), Jehan le Sénéchal,

(4) Add. « Le comte du Perche et duc d'Alençon défit les Anglais au lieu de la Rrossinière, proche la Gravelle, et peu après un corps de ces mêmes Anglais fut défait aux environs de Mortagne, vers Sainte - Géronnc. » fMs, de M. de La Sicotière.J

(2) Add. « Ou 460 mille salus d'or, 18,000 francs. » [TdJ

(5) Vav. « Ferlin de Ville-Pi'omis. » (Mém. sur Alençon, Odohtnt-Des- Mos, //, p. 26.)

(4) Var. « Hardouin de Mont-Louis. » (Id.)

Houel de Fontenay et Louys Feubvrier (i) qu'il délivra incontinent après (2).

Eu ce temps, le duc de Bethford tenoit par usurpation la duché d'Alençon et comté du Perche et se tiltroit duc d'Alençon et comte du Perche et en prenoit les fruictz.

Au dict an mil quatre cens vingt six, le dict duc de Bethford, régent de France, duc d'Allençon et comte du Perche, ratilïîa et confirma les lez et fondations faictes au Perche par les Rotrouz, Geofroys, Maltide, Thomas, comtes et comtesses du Perche, par lettres données à Yernueil au dict an.

En l'an mil quatre cens trente ung, Guillaume d'Amilly, Guillot Ménard, Ambroys de Froullay, Dreux Roussel, CoUin du Motey, Pierre Aubery, Jullien Chereau et autres, au nombre de trente, partirent de la garnison de Saint-Senerin, qui tenoit pour le Roy, pour aller faire la guerre aux Angloys. Arrivèrent en ung villaige à deux lieues d'Argenten où le mareschal d'Argenten avec pareille force, les vindrent attaquer; se bâtirent à coups de lance, puis à coups d'espée, fmallement mirent pied à terre, se battirent main à main. Les Angloys furent tous défaictz, mortz et en fuitte. D'Amilly et ses compagnons en emportèrent la victoire et la despouille.

Au retour du dict duc de la prison, il devint malade, en laquelle maladie ayant entendu que quelque nombre d'Angloys pilloyent et courroyent le pays de Saincte-Suzanne, il y envoya messire Ambroys de Lonrey, chevallier, avec ses trouppes, qui les chargea et defist près Ambières.

Le dit duc feist de très grandz fraiz tant au payement de sa rançon, despence en Angleterre que pour se remettre en équipage à son retour pour continuer le service du Roy et, n'y pou-

(1) Var. a Simon de Lagan, sieur de Bois-Février. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Add. « 1425. — Mort à Argentan de Marie Gliamaillard, veuve de Pierre II, comte du Perche et d'Alençon et aïeule de Jean II. L'année suivante, Jean de Frétigny, Qie évêque de Chartres, fit saisir, faute de foi et hommage, les seigneuries de Longny et de la Loupe et les cinq baronnies du Perche-Gouet comme relevantes de lui sur Thomas de Montagu, comte de Salisbury, (jui en prêta foi et hommage le 24 juin, sur la réserve de rachat. En 1428, le même comte de Salisbury, en allant laire le siège d'Orléans, fit raser les fortifications de Saint-Pau 1-le-Vicomte, de Mamers, de Montisambert, de la Perrière, de Rémalard, de la Tour-du-Sablon, de Villeray, de Husson, de Carences, de la Tour-d'Eure qu'on dit être aujourd'hui la tour de Bouillon et démolit le Teil. Il reprend Nogent-ie-Rotrou et Chàteauneuf-en-Thimerais. » (Id.)

vant plus fournir, alla trouver le Roy Charles septiesme auquel il remonstra Testât de ses affaires et le supplia le secourir de quelques deniers pour continuer son service, ce que le Roy luy promist faire et, sur ceste asseurance, continua le service du Roy (1).

Au moys de janvier mil quatre cens vingt neuf, le Roy Charles septiesme, accompaigné du duc d'Aleacon, Jehanne la Pucelle et autres, s'alla faire sacrer et coroner Roy de France à Reims (2) et en son chemin, mist, le Roy, en son obéissance les villes de Troyes, Sainct-Florentin, Reims, Challons et y feist, le Roy, le dict duc chevallier et, à son retour, mist aussy, le Roy, en son obéissance les places de Bally, Laon, Soissons, Chasteau-Thierry, Provins, Goullemies, Gressy, Compiègne, Sanlis, Sainct-Denys et autres. Fust avec la dicte Pucelle à la prinse de Gourgeau que tenoyent les Angloys.

[Fust] à .la bataille de Patey en Beausse où furent défàiclz dedeux à troys mil Angloys, Ta) bot et d'Escalles, deux de leurs cappitaynes et autres, au nombre de douze cens prisonniers et à plusieurs autres rencontres et prinses de villes et chasteaux.

Au retour, le dict duc d'Alençon print sur les Angloys son chasteau de Bonmoulins et furent tuez ceux qui le gardoyent et la place bruslée (3).

11 envoya messire Ambroys de Lorrey courir sus à deux cens Angloys qui couroyent, ruynoyent et pilloient le pais de Louviers, qui furent défaitczet leur cappitayne, nommé Verrières, prisonnier.

Le comte de Vendosme, jaloux de la gloire du dict duc et autres, feist entendre au Roy que le duc avoit de mauvaises intelligences avec les Angloys, Navarrois et Bourguignons qui tous estoyent bandez contre le royaume. Sur quoy le Roy esta au dict duc l'estat de lieutenant général de son armée et la bailla au

(1) Add. « Le duc d'Alençon se trouve avec la fameuse Jeanne d'Arc, Pucelle d'Orléans, au siège de cette ville où le comte de Salisbury fut tué, ainsi (fu'à la prise de Jargeau. » {Ms. de M. de La Si'cotière.J

« Ils s'en furent assiéger Gergeau ; l'assaut fut résolu : « Avant, gentil duc, à l'assaut » (dit la Pucelle au duc d'Alençon). Elle combattit en cette journée sous les yeux de ce prince. Dans les moments périlleux, elle lui disoit : « Ne craignez rien, j'ai promis à la duchesse d'Alençon de vous ramener sain et sauf. » La place fut bientôt emportée l'épée à la main. » (Odohmt-Desnos, Mém. hist. sur Alenron, II, p. 28.)

{% Add. « Le M juillet U29. » ;3/s. de M. de La Sicotière.l

(5) Add. « Le roi Henri VI lait on 1431 comte du Perche le comte de Staiford qui en fit foi et hommage le '21 décembre. — 1422, mort de Jeanne d'Orléans, femme de Jean II, c'* du Perche et duc d'Alençon. » {Id.J

comte de Vendosme ; ce que le dict duc porta patiemment et ne laissa de bien servir le Roy.

Les Angloys assiégèrent Sainct-Senerin (1). Le dict duc y envoya le sieur de Lorrey qui feist lever le siège et les défeist près Beaumont-le- Vicomte et y en demeura environ six cens.

Les Angloys tenoyent lors AUençon, à raison de quoy le dict duc s'estoit retiré en sa ville de Pouensay où il fut assiégé par le duc de Bretaigne qui tenoit le party des Angloys, qui fut si bien défendu qu'il fut contraint lever le siège avec grande perte de ses gens (2).

Le comte d'Arondel, Angloys, print Sainct-Senerin sur le dict duc d'Allençon.

L'an mil quatre cens trente huit, le duc assiégea Saincte-Suzanne que tenoyent les Angloys, qu'il print sur eulx.

Au commencement de novembre, en l'an mil quatre cens quarante neuf, le dict seigneur duc d'Allençon avec res trouppes où estoyent les seigneur? de Montenay, Roui Tesson, le sire de Saintrailles, le bailly de Berry et plusieurs autres chevalliers et escuyers, au nombre de troys cens lances, sans les archers et gens de pied du pais, montans environ deux mil combattans, assiégea son chasteau de Bellesme où estoit cappitayne Matago pour l'Angloys et plusieurs gens de quallitté et, après plusieurs sorties el escarmouches faictes de part et d'aultre où les Angloys eurent tousjours du pire, les Angloys qui ne se sentoyent bastans pour soustenir l'assault, parlementèrent, traictèrent et promirent leur rendre dedans le vingtiesme décembre suivant au cas que dedans ce jour ilz ne seroyent secouruz par les gens de leur party et qu'ilz ne seroyent les plus fortz au champ de bataille, ce que le dict sieur duc leur accorda, résolu d'attendre les Angloys. Se campa

(i) Saint-Généri-le-Gérei, arr. et cant. d'Alençon.

(2) Et environ le Vie jour ensuivant fut mis le siège à Pouancé; et y vindrent des Angloys pour servir le duc [de Bretagne], entre lesquelz estoient monseigneur de Scalles, monseigneur d'Oilby et Geoi'ges Riqueinan. Si dura le siège longuement et eut esté la place prinse d'assault, si n'eut esté monseigneur le connestable qui dissimula le dit assault, désirant faire l'apointement ; car trop estoit desplaisant la guerre d'entre l'oncle et le nepveu et aussi que mesdames d'Alenczon estoient dedans la place, et le plus tost qu'il peut trouva le traictié, en telle manière que monseigneur d'Alenczon vint devers le duc, qui estoit à Gliasteauhriand, lui requérir pardon...; et par ainsi fut tout appaisé et s'en allèrent ceulx de dedans la place. Si levèrent le siège les Bretons et les Angloys et tout fut content. » [Chronique d'Arthur de Richemont par Guill. Gruel, publ. par la Soc. de V.hist. de France, par Ach. Le Vavasseiir. Paris, 1890, p. 19.)

avec ses gens en un champ devant le dict Bellesme, y tint pied ferme attendant chacun jour les Angloys, lesquels se mirent en chemin environ deux mil qui approchèrent à Origny (1) qu'ils hruslôrent et de là à Torcé où estans par leurs espions adverly des forces du dict duc qui les attendoyent en intention de les combattre, se retirèrent les dictz Angloys. Fut le dict Uelcsmc rendu le vingtiesme du dict moys de décembre mil quatre cens quarante neuf; délivra, le dict Matago, au dict duc d'AUençon les armes et meubles qui estoycnt dedans le dict Bellesme et en print acquit par devant ïassin Thiboust, tabeUion à Mortaigne. Sortirent les dictz Angloys à la conduitte de Matago, leur cappitayne, au nombre de deux cens et s'en allèrent leurs bagues (2) saulves. Y entra le dict duc d'AUençon aveq beaucoup d'honueur et réputation et y fut receu par ses subjectz avec tous les applaudissements et bienveillances qu'il eust peu désirer.

Bellesme rendu, le duc d'AUençon envoya sommer les Angloys qui tenoyent Mortaigne de sortir et le luy quitter, ce qu'ilz firent à la première sommation au nombre de deux cens conduictz par leur cappitayne Mathieu que le dict duc feist conduire jusques vers le vilage de Besdon, sur le chemin tendant de Mortaigne à Longpont. Les Françoys les ayant quittez et dict l'adieu, s'en retournans, trouvèrent ung lièvre qui print sa course vers les Angloys après lequel les Françoys commencèrent à crier et courir. Les Angloys les oyans et veoyans crier et courir vers eulx, n'en sçachans la cause, tournent visage et, l'arc et la flèche en la main, teste baissée, chargent les Françoys à coups de flèche. Les Françoys, moindres en nombre, se défendent; secours leur vint de Mortaigne. Furent les Angloys défaictz, mortz et en fuitte. Pour mémoire perpétuelle de ceste défaicte, les habitans du dict Mortaigne firent faire et eslever au lieu où fut la dicte défaicte ung petit oratoire de pierre où esloit l'image de la Vierge, partyc duquel oratoire y est encorres, appelée la Mariette de Besdon.

Puis peu de temps, un païsant, abatant ung gros et vieil orme creux au lieu où fut la défaicte des diclz Angloys, trouva dedans le creux d'icelluy une cuirasse avec ses brigandines et dedans icelle les os d'un corps humain; c'esloit quelque Angloys poltron qui, craignant mourir ou qu'il n'en restast des aultres pour en porter nouvelles en leur pais, s'estoit caché dedans cest arbre

(1) Origny-le-Roux.

(2) Bagages, équipages. — Baya, baucja. (Du Cange.J

creux où il s'endormit et y est demeuré plus de cent cinquante ans.

Le dict sieur duc mist et establit pour cappitayne au dict Mortaigue pour le tenir soubz l'obéissance du Roy, Loys Labey, bailly du Perche, et Jehan Denisot pour son lieutenant, au lieu de Mathieu Got, Angloys, que le duc d'Estafort, Angloys, qui avoit usurpé la comté du Perche, y avoit mis. Et au précédent que les dicts Angloys se fussent saisiz du dict Mortaigne y avoient esté cappitaynesl'un après l'autre, Jehan de Lande, chevalier, Jehan de Belleure et Jehan des Hayes.

Au dict an mil quatre cens quarante neuf, le dict duc, désirant r(^rendre sa ville d'Alençou et ses autres terres que tenoyent les Angloys, se retira avec ses trouppes vers sa ville d'Essay, aussy occupée par les Angloys, lesquels il trouva hors la ville, peschans ung estang, lesquelz il défeist et se saisit de la ville.

En ce mesme an Jehan du Mesnil, Jehan Blosset, Jehan Moyuet et Guillaume Le Boulleur, habittans d'AlIençon qui avoyent de l'octoritté sur le peuple et ausquels le peuple avoit de la croyance, se résolurent de remettre Alençon, que tenoyent les Angloys, entre les mains du duc, et, à ceste fin, firent descendre le dict Moynet, qui estoit le plus jeune de tous, avec une corde par dessus la muraille de la ville dedans les fossez, qui alla advertir le duc de leur résolution, qu'il trouva près d'Aché et le feist acheminer avec ses trouppes. Les autres cependant s'armèrent avec plusieurs des autres habitans de la dicte ville ausquels ils se découvrirent et ayans aperceu le signal donné au dict Moynet, allèrent à la porte de Lancret où ilz trouvèrent les Angloys jouans aux cartes ; les chargèrent. Jehan de Bernay coinda résister, mais il fut serré de si près quïl fut contrainct se jetter du hault du portail dedaiîs les fossez. Les auttres se mirent en fuitte. Se rendirent, les Alençonnois, maistres de la porte qn'ilz ouvrirent'; baissèrent le pont et incontinent arriva le dict duc et sa compagnye et avec luy le dict Moynet. Entra le dict duc, qui fut le bien receu des habittans. Les Angloys se retirèrent au chasteau et peu après se rendirent, leurs basgues saulves.

Le dict duc print aussy sur les Angloys la ville et chasteau de Fresnay.

Fut aussy prins sur les dictz Angloys la ville et chasteau de Yernueil par le moien d'un musnier nommé Le Verrier, assisté d'un nommé Berlin, qui bailla l'entrée aux François par l'auge

de son moulin ; pour récompense duquel bon office le Roy Charles septiesme l'anoblit et sa postéritté et lui donna le dict moulin et Testât de vicomte de Yernueil et autres biens; lequel moulin est encorres appelé le moulin au vicomte et dure encorres cesle famille tant dedans Yernueil que autres lieux.

Le chasteau de Longny se rendit au Roy par uog escuyer nommé le seigneur de Saincte-Marye qui en estoit cappitayne pour messire Françoys de Surienne dit l'Arrangonnoys, seigneur du dict chasteau au droit de sa femme, fille de Louys de Longny, comme a esté cy dessus dict (1).

Le dict duc print aussy la ville d'Argentan à l'ayde des habittans de la façon que fut x'Vlençon. Fut aussy prias le chasteau d'Hiesmes.

L'an mil quatre cens cinquante, le Roy Charles septiesme mit le siège devant la ville de Caen où se trouva le dict duc avec grande compagnye qu'il y mena, laquelle ville et le chasteau furent renduz par composition après plusieurs assaultz et en sortit le duc de Sombresset et ses gens, bagues saulves.

Le siège fut mis devant Fallaize que tenoyent les Angloys où, après avoir enduré le siège quinze jours, se rendirent.

Damfront se rendit aussy; à tous lesquelz sièges et autres le dict duc d'Allençon assista le Roy et y feist de grands et valleureux actes d'armes pour le service de Sa Majesté et réduction du royaume en son obéissance.

Au dict an, mil quatre cens cinquante, le conestàble de France, seigneur de Rochefort, accompaigné du vicomte de Rohan, messire Jehan de Mallestroit, Phillippes de Mallestroit, Guillaume Gouel, Gilles de Sainct-Simon, Pierre du Paz, Yvon de Tiour, Jehan Rudes et autres défeirent six mil Angloys à Frétigny, près Yallongnes, la pluspart mortz, auUres en fuitte, aultres prins, entre aultres leur cappitayne Matago.

Dieu mena tellement les affaires de France que en ung an seize jours, tout le royaume fut remis en l'obéissance du Roy Charles septiesme et les Angloys chassés d'icelluy qui l'avoyent tenu trente-deux ans (2).

Les guerres finies, le duc d'Alençon se retira en sa ville d'Alençon pour s'y rafraîchir et restablir l'ordre de sa maison,

(1) Voir page 88, note.

(2) Add. « On en fait tous les ans, le 12 août, la commémoration dans le diocèse de Séez. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

212 ANTIQUITÉS DU FERCHE.

en espérance d'y finir ses jours en repos (1). Le premier de ses contentemens cstoit en sa chapelle, fournye de vingt-quatre chantres, excellons musiciens, tous vestus d'une pareure, nouris à sa maison, qui chantoyent chacun Jour la messe devant luy.

Le deuxiesme, en son escurye, qui estoit garnye de vingt-quatre excellons chevaulx de grand prix et plusieurs roussins, de vingtquatre hacquenées blanches qui servoyent à madame Marye d'Armaignac, sa femme, sans les chevaulx de litière et autres qui servoyent aux chariolz et infiniz auttres petits courtaux de chasse et autres.

Ayant vescu quelque temps parmy ces contentemens, poursuivy par ses créantiers, qui l'avoyent secouru tant au payement de sa rançon que fraiz des guerres, il se retira devers le Roy, le supplia le secourir de quelques deniers pour le tirer de ses affaires. Le Roy ne luy feist point de response, de quoy le duc s'offensa, et plein de courage se retira de la Cour très mal content, et, en ceste fureur, trouva incontinent de mauvais conseil qui s'acommoda à sa passion, entre aultre uog jacol^in d'Argentan, Thomas Gilles, prestre, son aulmosnier Thomas Caillet et trop d'aultres qui luy représentoyent les services qu'il avoit faitz à la France, accusoyent le Roy d'ingratitude et que sans scrupulle il se pouvoit récompenser des fraiz qu'il avoit faitz à la guerre et à sa rançon sur les biens du i/oyaume, que personne n'ignoroit que la Normandye ne fust le domayne du Roy d'Angleterre que le Roy usurpoit sur luy, que sans charge de consience il se pouvoit jetter du party du Roy d'Angleterre pour reconquérir la dicte duché, qui le récompenseroit de touttes ses pertes. Ce conseil plut au duc et, sur ce, feist résolution d'envoyer devers le Roy d'Angleterre Iny faire ouverture de retourner en Normandye et offres de le secourir et assister à la reconquérir et déjà il luy escrivit à ceste fin par le dict jacobin, son confesseur. Le Roy d'Angleterre ayant receu ses lettres blasma l'ingratitude du Roy de France et manda au dict duc que sy luy voulloit eslre fidelle en ceste entreprise, il le récompenseroit de tant que luy et ses successeurs seroyent contons. Le duc le print au mot, luy manda qu'il descendist en asseurance et bailla ses lettres au dict Gilles, son aulmosnier, pour les porter en Angleterre qui, pour ne le faire, s'en excusa, luy disant qu'il seroit

(I) Add. « Il confirma en 1451, étant à Bcll("'me, lo don que son bisaïeul avait fait et son aïeul rattifié du droit de chauffoge en la forêt de Bellême qui avait été accordé à l'Hôtel-Dieu de Bellême. »/A/s. de M. de La Sicotière.l

bien plus seur de les envoyer par quelque mandien sur lequel ou ne peust avoir suspition et luy présenta un sien parent boitcnix et fort pauvre, nommé Pierre Fortin et l'asseura qu'il était fort propre pour porter ce pacquct; sur laquelle asseurance le duc bailla ses lettres au dict Fortin auquel Gilles dist l'intention du duc et qu'au lieu d'aller en Angleterre il portast incontinent les lettres au Roy de France et furent les dictes lettres mises de dans un baston creux. Le boiteux porla les lettres au Roy de France, lesquelles veues par le Roy les cela, jusques à ce que le duc alla en Cour, lequel il feist arrester, ce qui fut en l'an mil quatre cens cinquante-cinq, et fut mené prisonnier au chasteau de Melun. Deux ans après, à la solicitation d'aucuns princes du sang et autres gouvernans, le Roy feist assembler sou Conseil à Vendosme, appartenant au dict sieur de Vendosme subrogé au lieu du dict duc eu la lieutenance du Roy en ses armées où le procès du duc fut fait, jugement donné et prononcé de l'ordre qui ensuyt (1) :

(1) Nous trouvons dans un manuscrit de la Bibliottièque nationale l'ordre de préséance au procès du duc d'Alençon. Nous le donnons à titre de curiosité et de contrôle.

Assiete faicte en Parlement assemblé et tenu à Vendosme pour la décision du procès de Monseigneur d'Alençon.

Le Roy, en son siège royal,

A ses piez, monseigneur de Dunoys comme lieutenant général au lieu de monseigneur le connestable.

Au hault banc, à sa main dextre :

Monseigneur Charles, filz du Roy,

Monseigneur d'Orléans,

Monseigneur de Bourbon,

Monseigneur d'Angolesme,

Monseigneur du Maine,

Monseigneur de Eu,

Monseigneur de Foix,

Monseigneur de Vendosme,

Monseigneur de Laval.

Dessoubz iceulx haulx bancs à la dicte main :

Les troys présidens.

Le grant mestre de France,

L'admirai,

Le grant prieur de France en Tordre de Sainct-Jehan de Jherusalem,

Le marquis de Saluées,

Les quatre mestres des requestes.

Le seigneur de Rambures,

Le senesclial de Lymosin,

Le bailly de Sentis,

Mestre Denis de Seurre et mestre Laurens Patarin, conseillers du Roy,

Et oultre plus y estoyent xxxiiii seigneurs en Parlement chascun en son deuré.

Le Roy estoit en son siège royal.

Au costé dextre d'icelluy, monsieur Charles, son filz, et environ quatre ou cinq pieds près de luy estoyent les seigneurs qui ensuivent :

Les ducs d'Orléans et de Bourbon, le comte du Mayne, le comte d'Eu, le comte de Foix, le comte d'Estampes, le comte de Vendosme, le comte de Laval, le comte de Beaujeu, Philippes de Savoye et le filz du comte de Dunoys.

Et ung aultre banc hault au costé dextre estoit le comte de Dunoys, lieutenant général du Roy.

Au costé senestre du Roy estoyent assis sur ung banc hault, l'archevesque et duc de Reims, l'evesque et duc de Laon, l'evesque et duc de Langres, l'evesque et comte de Beauvays,

De la senestre main es haux bancs aux piez du Roy :

Monseigneur le chancellier.

Au hault banc de la dicte senestre main :

L'arcevesque de Rains,

L'evesque de Laon,

L'evesque de Langres, ducs pers de France,

L'evesque de Beauvois,

L'evesque de Noyon,

L'evesque de Chaalons, comtes pers de France,

L'evesque de Paris,

L'evesque de Viviers,

L'evesque d'Agde,

L'evesque de Goustances,

L'evesque d'Aire, fils d'Alebret,

L'abbé de Sainct-Denis en France.

Aux haux bancs, dessoubz le dit hault banc :

Le seigneur de la Tour d'Auvergne,

Le seigneur de Torcy,

Le seigneur de Yauvert, premier chambellan du Roy,

Le bailly de Toui'aine,

Le seigneur de Prie,

Le seigneur de Persigne,

Mestre Guillaume Gousinot, bailly de Rouen,

Le seigneur de Girars.

En Vautre banc de celle main :

Mestre Jehan Bureau, trésorier de France,

Mestre Estienne, chevalier.

Sire Jehan Hardouin,

Pierre Berrat, tresoi'iers de France,

Mestre Pierre d'Oriole,

Le prévost des mareschaux.

Le prévost de l'ostel du Roy.

Et au dessoubz es autres bancs estoient xxxiiii conseillers de la court

de Parlement, chascun selon son ordre.

Et en la dicte, sur ung autre banc, estoient les deux advocatz et le procureur du Roy.

l'evesque et comte de Challons, l'evesque et comte de Noyon, pairs de France, l'evesque de Viviers, l'evesque de Paris, l'evesque d'Orléaas, l'evesque de Cotence, le sieur d'Albrct et l'abbé de Sainct-Denys en France.

Au second banc, du costé dextre, au dessoubz des dictz ducs et comtes, estoyent niaistre Pierre Desepeaux, premier président en la Cour de Parlement, maistre Robert Thiboust, maistre Hélye de Tourettes (1), président, le sieur de Gaucourt, maistre d'hoslel du Roy, le grand prieur de France, le marquis de Saluées, maistre Girard le Boursier, Jehan Tudart, Henry de Marie, Georges Havard, maistres des requestes, le chancelier de Bourbonnoys, le sieur de Rambures, le sénéchal de Limosin, le bailly de Senlis, maistre Denys Danceret et maistre Laurens Pasturin (2), conseillers au Conseil privé du Roy.

Au second banc, du costé senestre, au desoubz des prélatz et pairs, estoyent les sieurs de Touteville et de La Tour d'Auvergne, de Torcy, de Sennes (3), du Pré (4), d'Espigny (5) et le bailly de Tourayne,

Et ung autre banc au costé des dictz pairs estoyent maistre Jehan Bureau, trésorier de France, le sieur de. Servy (6), maistre Estienne Herneille (7), sire Jehan Hardoin, sire Pierre Girard (8), trésoriers, maistre Pierre de Refuge, général, le provost des maréchaux, le provost de l'hostel du Roy.

Sur troys petits bancs encontre ung bas buffet estoyent cinq greffiers pour la dicte matière et au milieu de la dicte salle sur une basse escabelle estoit monseigneur d'Alençon durant le temps qu'il lut interrogué et quant la sentence fut prononcée à rencontre de luy j)ar monseii,aieur le chancelier, il n'estoit pas présent, mais après, il luy l'ut dit en son logeys, après qu'il ot digne, par monsieur le grant |)résident, maistre Yves Delepeaux et d'autres de messieurs de Parlement. Et estoient les diz bancs et sièges couvers de draps semez de fleurs de lix et aussi toute la place du dit parquet. [Bibl. nat. ms. fr., 5943, petit in-4" vélin du quinzième siècle. — Cette « assiette « est également reproduite avec ({uelques variantes dans le ms. 5738, fol. 17.)

Voir aussi Bry de la Clergerie, Histoire des comtéz d'Ale)iço)i et du Perche, p. 7>ù0.

(1) « De Thorettes. » [Bry de la Clergerie.)

(2) « Patarin. » (Id.j

(ù) ■« De Vauvert. » fid.j {A) « De Prie. » (Id.J

(5) « De Pressigny. » (Id.)

(6) € De Scernay. » //(/./

(7) « Lerville. » fId.J

(8) « Bérard. » {Id.J

Au tiers banc, à la main dextre, estoyent les conseillers de la Cour de Parlement qui cnsuyvent, ascavoir : maistres Jelian Le Damoysel, chevallier, Jehan de Sansay, Guillaume le Vicq (1), Jehan Baillet, Mattieu de Mantherie (2), Jehan Bezon, Pierre Croslavoyne, Jacques Minard (3), Didier Tousey (4), André Gotin, Jehan de Ganteleu, Jacques Fournier, Jehan Le Boulleoger, Guillaume Blanchet, Jouachin Jouvelin (5), Jehan Chambon, Guillaume Papin, Raoul Pichon et Jehan Desplantes, conseillers laiz.

A main senestre, sur un autre banc, estoyent maistre Pierre Le Febvre, Nicollas Marchant, Jehan de Courteilles, Jehan Jolys (6), Jehan de Yillebresme et Pierre Richard, conseillers d'éghze en la Cour de Parlement.

Item sur une escabelle au parquet, du costé des dictz ducs et comtes estoyt maistre Jehan Donnet (7), procureur général du Roy.

Les huissiers estoyent Guillaume Courtault, premier huissier, Jehan de MaroUes, Jacques Vivian, Mathieu Marchier et Jehan Garnier.

Les ambassades du duc de Bourgogne arrivèrent en ce lieu où, en présence des assistans, supplièrent le Roy de la part de leur maître de faire miséricorde au duc d'Alençon pour plusieurs belles considérations, ascavoir : que Dieu commande estre miséricordieux à celuy qui veult de luy obtenir miséricorde, pour la proximitté de la parentelle et lignage qui estoit entre le Roy et le duc et en considération des grands services que le duc et ses prédécesseurs avoyent faiclz au Roy et au royaume de France et plusieurs autres belles raisons digues de commisération.

Ausquelles l'evesque de Gotence, qui se leva par le commandement du Roy, respondit sur chacun poinct de leur harangue et pour conclusion que le Roy leur faisoit dire qu'il ne feroit rien en ceste affaire que par l'advis et conseil des princes de son sang et autres de son Gonseil que à ceste fin il avoit faict assembler près de luy; à quoy il eust bien désiré la présence et le conseil

(1) « Du Vie. » [Bry de la Clenjerie.)

(2) « De Mant. ï (M.)

(3) « Yvard. » (Id.)

(4) « Ydier Vousy. » (Id.)

(5) « Vovelin. » (Id.)

(6) « Tellis. » (IdJ

(7) « Dauvet. » (Id.)

du (lue de Bourgongne, et loutteffois qu'il feroil en sorte que le duc d'Alenron et tout le monde en debveroit estre content et fut le jiigeiiieiit capital et coufiscatiou prononcés en l'absence du dict duc sur lequel le Roy feist la déclaration qui ensuyt (1) :

« Asçavoir que, au regard de la personne du dict duc

d'Alcnçon, sa volIoDté estoit de différer l'exécution du jugement contre luy donné et défaict, le différoit jusques à son bon. plaisir.

« Et, quant aux biens, terres et possessions du duc, confisquez au Roy par le dict jugement encorres que par la rigueur des loix et l'énormittô du crime, les cnfans du duc eu deussent estre privez; loutteffois en commémoration des services des prédécesseurs du duc faictz aux prédécesseurs du Roy et aux biens du royaume, espérant aussy que ses enfans se gouverneroyent "vers le Roy comme bons fidelles et loyaux subjectz, en faveur aussy des prières que luy en avoyent faict les ducs de Bourgongne et de Bretaigne, le Roy de grâce modérant la confiscation des biens du duc, voullut et ordonna que tous les biens meubles du duc demeurassent à sa femme et enfans, réserve l'artillerye, harnoys et autres armes de guerre.

(1) Nous croyons utile de signaler ici à nos lecteurs différentes sources manuscrites, conservées à la Bibliothèque nationale (fonds français) et relatives au duc d'Alençon et plus spécialement à son procès :

o,75S. — Réponse du Roy Charles VII à la requête du duc de Bourgogne avec la sentence de M. d'Alençon et les notes de ses juges. — La requête du duc de Bourgogne au Roy pour M. d'Alençon, en 14S8. — L'opinion donnée au Roy })ar M. le duc d'Orléans au Parlement de Vendôme, touchant le û\it de M. d'Alençon.

5,945. — Copie des lettres du Roy Charles VII, données à Vendôme, le \0 octobre 1458, au Parlement assemblé pour juger le i)rocès fait au duc d'Alençon, accusé du crime de lèze-majesté, Icscjuelles lettres contiennent l'arrest de la condamnation du duc d'Alençon. — Remontrances de Philippe, duc de Bourgogne, au Roy Cliark^s VII en faveur du duc d'Alençon.

— L'ordre de la séance du Parlement assemblé et tenu à Vendôme pour la décision du procès du duc d'Alençon.

7,599. — Procès criminel de Jean d'Alençon. 18,439. — Procès de Jean et de René d'Alençon sous Charles VII. 18,441. — Procès criminel fait à Jean II, duc d'Alençon, en 1456. 20,170. — Procès du duc d'Alençon.

20,371. — Actes émanants de Jean, duc d'Alençon. 20,373. — Actes originaux de Jean, duc d'Alençon. — Lettres de Louis XI en .sa faveur du 11 janvier 14G2. 20,572. — Don de Ciiarles VIII à Jean, duc d'Alençon, 8 octobre 1432.

— Lettres en sa faveur. — Quittances du 10 août 1451.

20,376. — Procès criminel avec les letti'cs d'abolition et autres actes pour son rétablissement.

l" Série lf>

« Et, au regard de terres, seigneuries et biens immeubles, le Roy, en modérant la rigueur du jugement, retint à luy la ville et chasteau de Vernueil tant deçà que delà la rivière d'Avre, les ville et chasteau de Danfront, la ville, chasteau et vicomte d'Alençon, appartenances et deppendances d'icelles villes, chasteaux et vicomte que le Roy dès lors joignit et incorpora à la couronne. Retint aussy le Roy le surplus des chasteaux et chastellenyes, vicomtéz, terres et seigneuryes, rentes, revenuz et possessions appartenantes et déppendantes d'Alençon et touttes les actions qui en avoyent appartenu au dict duc et comte du Perche tant en propriété, possession que autrement et générallement tous autres droictz et seigneuryes qui estoyent parties et sorties de la Goronne de France, sauf la comté du Perche.

« Aussy le Roy retint à luy le chastel et chaslellenye de Sainct Blausay en Tourayne, le péage que le duc prenoit sur les pontz de Tours et autres francs-fiefz et revenuz que le duc prenoit en sa ville et chastellenye de Tours.

« Ensemble réserva à luy les fiefs nobles et hommages, droictz et debvoirs qui appartenoyent au dict duc à cause du comté du Perche pour raison de la terre et seigneurye de Nogent-le-Rotrou, ses appartenances et deppendances appartenant au comte du Mayne à cause de la comtesse, sa femme.

« Et, au regard des autres terres et seigneuryes et biens immeubles qui furent au duc, le Roy les laissa et donna aux enfans du duc, asçavoir : la comté du Perche pour en jôuyr par le seul filz du duc et par ses héritiers tant malles que femelles soubz la main du Roy jusques à ce qu'ilz fussent en aage, et, quand ilz seroient aagez, par leurs mains comme de leur propre chose et par leurs héritiers descendans en loyal mariage, le tout suivant les coustumes des pais qù les dictes terres estoyent asftizes. »

Prononcé au chasteau de Yendosme, le mardy dixiesme jour d'octobre, l'an mil quatre cens cinquante huict (1).

Depuis, le Roy ordonna que le duc seroit mené prisonnier au chasteau de Loches ; ce qui fut fait et y fut prisonnier jusques au

(i) Cet arrêt se trouve à la Bibliothèque nationale. [Ms. fr. 5,943, fol. 9, tn-4o vélin, quinzième siècle, et ms. fr. 5.738, fol. i2 verso.) — Il a été publié par Odolant-Desnos (Mém. hist. sur Alençon, t. II, p. \M) et par Godefroy, Cérémon. fr. t. II, p. 444. — Bry de la Clergerie, dans son Histoire des comtéz d'Alençon et du Perche, en a publié quelques extraits, p. 533.

moys (l'octobre mil quatre cens soixante ung, que le Roy Louys onzeiesrae, après la mort du Roy Charles, son père, le délivra des dictes prisons et le restablit en son premier estât, luy rendit tous ses biens, terres, seigneuryes et possessions en faveur et considération des grandz services qu'il avoit faictz au royaume de France, recongnoissant que le Roy, son père, esloit la principalle cause de la faulte commise par le duc pour l'avoir mesprisé et rejette d'auprès de luy.

Par ce moien sortit le duc de prison et se retira en sa ville d'Alençon où il feist sa plus continuelle demeurance (i) et jusques à ce que se meult discord entre le Roy et Charles de France, son frère, duc de Guyenne, de quoy les autres princes de France estoyent cause et autheurs, deplaisans de ce que le Roy les mesprisoit et se gouvernoit et faisoit touttes ses affaires par gens de petite et basse condition et ne les appelloit ny employoit au maniement des affaires du royaume, lesquelz princes avec le duc de Guyenne remonslrèrent au dict duc d'Alençon qu'il avoit tousjours aymé le bien public et l'honneur des princes et du royaume ; que c'estoit honle de les voir rejetiez de la communication et maniement des affaires de l'Estat qui se ruyuoit pour les grandes levées de deniers que le Roy y faisoit. Le prièrent de se joindre avec eulx pour en faire des remonstrances au Roy et où il n'y vouldroit entendre l'y contraindre ; lequel duc, sans considérer le mal duquel il sorloit, inconsidéremment se jetta dedans leur party, duquel estoyent les principaux chefz, les ducs de Bretaigne, de Bourbon, de Berry, de Nemours, les comtes de Charolays, dWrmaignac, d'Albret et plusieurs autres princes et seigneurs qui levèrent une grosse armée, feireut plusieurs ruynes en France et finallement le Roy, pour apaiser son frère et faire cesser cest orage qui ne tendoit qu'à la ruyne du royaume, bailla au duc de Guyenne, son frère, pour apanage la duché de Normaudye et contenta les autres princes, fors le duc d'Alençon sur qui le sort de ceste légère entreprise tomba du tout, encorres qu'il n'en fust l'auteur, car dès lors le Roy chercha tous moyen? de Texterminer; pour à quoy pensant éviter, le duc qui en fut adverty se retira vers le duc de Bretaigne, son oncle maternel, qui le receut avec

fi) Add. « Il fit l'aire, en 1-4G5, ollVe à Henri IV, roi de Castille et do Léon, de le recevoir à foi et hommage pour le comté de Biscaie et la seigneurie de Lara en Castille, ayant appartenu à Marie d'Espagne, sa trisaïeule maternelle ; mais Henri ne lui lit aucune réponse. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

tout tes les bienveillances qu'il eiist peu désirer (1). Les princes ayant rompu leur armée et chacun d'eulx retiré chez soy, le Roy se repentit d'avoir baillé la duché de Normandyc à son frère, s'en resaisit et luy laissa seulement la duché de Guyenne; de quoy le duc de Normandye se trouva fort offensé, alla trouver les ducs de Bretaigne et d'Alençon auxquelz et autres qui se trouvèrent avec eulx, il feist ses plaintes de ce que le Roy luy avoit osté la dicte duché de Normandye et leur demanda ayde et secours pour y rentrer. Le duc d'Alençon, prompt, trop libérallement offrit son service de corps et biens au duc de Normandye, comme firent plusieurs autres. Ce fait, le duc s'en retourna à Alençon où estant le onzeiesme octobre mil quatre cens soixante sept, par dedans le parc d'Alençon, entrèrent dans le chasteau les archers de la garde du corps du duc de Normandye, desquelz estoit cappitayne Artus de la Forrest, escuyer d'escurye du dict sieur.

Après, le duc partit d'Alençon, y laissa Marye d'Armaignac, sa femme, et le comte du Perche, son filz, s'en alla à Damfront, accompaigné de Péan Gandin, escuyer, Jehan de Sainct-Denys et Jehan du Sahier, ses conseillers, et de plusieurs autres, ses serviteurs, où il fut bien receu par messire Jehan Blosset, chevallier, sieur de Sainct-Père, cappitayne du dict Damfront, et s'y tint quelques jours, puis s'en retourna devers le duc de Bretaigne.

Cependant, entrèrent par le chasteau dedans la ville d'Alençon vingt hommes d'armes avec leurs archers, desquelz estoit cappitayne Jehan d'Aunay, et deux jours après, y entrèrent plusieurs gens de guerre bretons tant d'ordonnance que de l'arrière-ban.

Après, y arriva Jehan de Laval, sieur de la Roche, qui se disoit lieutenant du duc de Normandye, accompagné des seigneurs de Br^ndey, de Bretesche, de la Tour, Molle, du Bois-Tiercelin, de messire Jehan Froumenteau, chevalliers, d'Yvon de Trachana, Jehan de GouUayne, OlUvier le Senechal, les sieurs de Mauuy, de la Roë et Jehan, son frère, Duchenon, Dupon, de la Sayon, de Sainct-Gilles, de Saiact-Jeau, de la petite Cerche, du Haultbois, de Cimenier, Pierre Regnault, Louys Guerbot, Gardonnet, Louys, des sieurs de Boyleau, Carrodel, Geroac, La Haye, Paynel, Carrangourt, Blasseau, René de Montpensier, Maraûn Chastaiguerays, Louys de la Forrest, Guillaume de l'Escut, Pierre de Bouteville, les sieurs de la NoC", Martigny, de la Rosière maréchal des logis,

(1) Add. « GettP guerre se termina par le traité de Couflans du o octobre 1463. » fMs. de M. de La Sicotière.J

Gharronnicr et plusieurs autres seigneurs accompaignez de grand nombre de gens de guerre et fort bel équipage (1), et, le jeudy, lendemain de la festc Saincte-Catherine au dict an, le comte du Perche, Jehan de Laval et autres susdictz firent serment sur les évangillcs de donner confort, ayde et conseil l'un à l'autre au faict de la guerre et qu'ilz ne feroient rien l'un sans l'autre ; aultant en feircnt les autres nobles du dict pais d'Alençon, les gens d'esglize et les bourgeoys de la ville en prestôrent le serment devant le bailly d'Aloncon et Jehan d'Aunay, escuyer.

Le samedy vingt ungiesme des dictz moys et an, Gilles d'Avangour, tenant le party des Bretons, mist le feu en l'un des faulxbourgs de la ville d'Alençon, près la porte de Sees; y furent plusieurs maisons bruslécs, le pillage habandonné le mesme jour. Les gens du Roy, tenant les champs près la dicte ville, foirent une course jusques es faulxbourgs de Sartre, autrement dictz de Montsort, où cstoyent les sieurs de Graon, du Bueil, de Gursol et Ponthieuvre et plusieurs autres conduisans l'armée du Roy; ce que voyans les Bretons, affin d'oster aux gens du Roy les moyens de faire leur aproches de la ville, abatirent les faulxbourgs de Montsort, mesme une chapelle fondée de saincte Gathcrine.

Et le lendemain, du consentement du dict comte du Perche, furent bruslées les maisons du Parc qui avoyent esté faictes pour la retraicte des bestcs et oyseaux sauvaiges qui furent tous perduz ; et le lendemain le reste des faulxbourgs furent bruslcs et du tout ruynez; et le mecredy les Bretons firent une course jusques à Essay, d'où ilz furent furieusement repoulsez par Gastonnet , bailly de Sees, jusques aux portes d'Alençon.

Le huictiesme décembre, jour et feste de la Gonceplion Noslre- Dame, le comte du Perche, estant en ung festin dedans Alençon, fut adverly que quatre mil francz archers estoyent partiz de Sees pour mettre le siège devant Alençon par commandement du Roy, mais ilz furent coulremandcz. Récent le dict comte lettres du Roy par lesquelles il luy remonstroit les malheurs advenuz au duc d'Alençon, son père, le persuadoit d'en quitter le party et de prendre le sien, luy promettant, ce faisant, beaucoup de biens et s'il faisoit le contraire, d'une ruyne totalle; lequel comte, ayant meurement pensé à l'importance de ceste affaire, se souvenant des malheurs advenuz au dict duc son père pour s'esire déparly

(I) Voir les Mémoires historiques sur Alençon et sur ses seigneurs, [lar Odolant-Dcsnos, tome II, i). 130.

du service du Roy, se résolut de prendre le party du Roy, chassa les Bretons de la ville d'Alençon, se retira devers le Roy qui le récent avec touttes sortes de courtoisies, l'embrassa, l'appeloit son filz, son mignon et autres applaudissemens et le feist assister comme prince du sang aux Estats qu'il feist tenir à Tours en l'an mil quatre cens soixante sept.

Le duc d'Alençon le sçachant, en fut estonné; néantmoings n'abandonna le duc de Normandye et fmallement le duc de Normandye s'accorda avec le Roy en l'an mil quatre cens soixante et neuf par ainsy qu'il quitta et remist au Roy la duché de Normandye, qui, eu récompense, luy bailla la duché de Guyenne avec promesse de ne rechercher aucuns de ceux qui avoyeut son party. Ce faict, le duc d'Alençon se retira vers le duc de Bretaigne, son oncle, et le comte du Perche alla trouver Marye d'Armaignac, sa mère, à Alençon.

Le duc d'Alençon, s'asseurant que par l'accord fait par le Roy avec son frère il y avait promesse de ne rechercher ceulx qui avoyent tenu son party, s'en retourna à Alençon accompaigné des gentilzhommes de sa maison et nombre d'Escossoys sous la charge de Cougault, chevallier, Jehan de Manthelon, sieur de Vassey, Leboysne, cappitayne du chasteau, luy refuza, disant que le comte du Perche le luy avoit baillé pour le garder soubz l'octorité du Roy ; s'alla le duc loger en l'hostellerye de l'Escu de France, où Marye d'Armaignac, sa femme et sa sœur, qui sortirent du chasteau, r allèrent trouver. Cougault avec ses gens de guerre se présentèrent devant le chasteau pour le faire rendre. La damoiselle, femme du dict Manthelon, et Louys Aunelle, lieutenant du dict chasteau, en sortirent qui dirent au dict Cougault que, en baillant bonne et vallable descharge du dict comte du Perche, qu'ilz rendroyent le chasteau. Cougault leur feist apparoir du Iraitté de paix par lequel le duc ostoyt icmis en tous ses biens et pendant ces dilations, Manthelon adverlit le Roy de la venue du duc. Le lendemain, jour de mardy gras, fut le chasteau mis es mains du dict duc qui ne le posséda que jusques au dimanche en suivant que le sieur du Lude (1), vassal du duc à cause de sa vicomte de Beaumont, accompagné d'un mauvays serviteur du duc habitant d'Alençon, y arrivèrent qui, en vertu du mandement du Roy, commandèrent au duc de vuider le chasteau; ce qu'il feist vollontairement, logea sa bonne dame en maison bourgeoyse. Mirent

(i) Jean de Daillon, seigneur du Lude.

pour cappitayne et garde du cliasteau Jeliaii de CouUonges, cappitayne des francs archers. S'achemina le duc pour aller trouver le Roy, mais, comme il fut en chemin, changea d'advis, retourna à Alençon où il séjourna quelques jours; cependant, aucuns, de très mauvays conseils, au lieu de luy conseiller d'aller trouver le Roy et jetter en sa miséricorde, lui donnèrent advis d'aller trouver le duc de Rourgongne et luy mettre entre ses mains tout ce qu'il tenoit du Roy. Print argent du duc de Rourgongne du surplus et quitast le royaume de France. Le duc de qui la passion de son mescontentement avoit bouché tout jugement le trouva bon. Les ennemys conseillers, le veoyant résolu à cela, en advertirent le Roy. Le duc d'Alençou se retira à Chasteau-neuf-en-Thimerays et de là à RresoUes où il fut prins et arresté prisonnyer par Tristan Lhermitte, prévost de l'hostel, par commandement du Roy; le mena vers le Roy qui l'envoya prisonnier au chasteau de Loches le deuxiesme febvrier mil quatre cens soixante douze, et depuis fut mené au Louvre à Paris et baillé en la garde du sieur de la Cholletière.

Pendant que touttes ces poursuites se faisoyent contre le duc d'Alençon, le sieur de Yilliers en Anjou vendit aux Rretons Sablé qui le pillèrent, viollèrent fdles et femmes, prindrcnt les hommes à rançon, bruslèrent et ruynèrent la ville et chasteau et puis avec ce butin se retirèrent en Rretaigne.

Le Roy de ce adverty, craignant que ce fust par l'intelligence du duc d' Alençon, feist prendre les armes aux haijitans de !a ville d'Alençon pour la seureté de leur ville.

Lesabmedy, septiesme avril suyvant, arrivèreot au dict Alençon le patriarche de Hiérusalem, evesque de Bayeux, le bailly de Rouen et maistre Jehan Hamelin, correcteur de la chambre des Comtes à Paris, lesquelz mirent en les mains du Pioy la duché d'Alençon et prindrent le serment dès officiers de la justice pour doresnavant l'exercer soubz le nom de Sa Majesté.

Le trezeiesme du dict moys d'avril, la dicte dame d'Armaignac se retira en sa maison à Mortaigne et pour sa demeure feist bastir ung corps de maison joignant celuy des dictes filles où elle se retiroit, appelée encores à présent la Chambre de Madame, en laquelle se tient le bureau des pauvres du dict hospital et s'expédient touttes affaires concernans le dict hospital où elle vivoit comme personne privée avec les dictes religieuses, visitant chacun jour comme et avec elles les pauvres du dict hospital. Fiuallement d'annuv et d'afliction elle devint mallade et feist son tes-

tament par devant Tassin Thiboust, tabellion du dict Mortaigne, le vingt-deuxiesme jour de juillet mil quatre cens soixante treize. Donna à l'esglize de ïoussainct du dict Mortaigne deux de ses robes ducalles de drap d'or pour y faire des ornemens quiseroyent faictz à ses fraiz, partie lesquelz ornemens qui ont esté saulvez du ravage des guerres des protestans, servent encorres de présent à icelle esglize et oultre, la somme de mil livres tournoys en deniers pour la fondation d'une messe perpétuelle qui s'y continue, que l'on appelle la messe de Madame ; esleut sa sépulture en la dicte esglize. Decedda le vingt cinquiesme du dict moys de juillet, y fut inhumée le cinquiesme jour d'aoust, joignant la chapelle Saincte-Gatherine au costé du maistre autel, sur laquelle est eslevée une tombe de pierre; elle estoit de saincte vie (1).

Le septiesme du dict, moys d'aoust mil quatre cens soixante quatorze, le Roy Louys unzeiesme arriva à Alençon, descendit à la chapelle (2) Sainct-Louys sur le pont de Sarthe et y feist son

(1) Add. (( Une tradition porte qu'un jour cette i)rincesse portant de la viande aux pauvres qui étoient à sa porte, elle rencontra le duc, son mari, qui lui demanda ce qu'elle portoit tlans son giron. Elle lui répondit : « Ce sont des roses, mon ami. » A cette réponse, il fut curieux d'en avoir une et lui dit : « Ma mie, donnez-m'en une » et disant cela, il mit la main en son tablier qu'il ouvrit et il ne se trouva que des roses. Il en prit une qu'il mit à son chapeau. Elle poursuivit son chemin et étant à la porte où étoient les pauvres et ayant de rechef ouvei't son tablier, elle y trouva autant de morceaux de pain et de viande qu'elle y en avoit mis, fors un qui étoit la rose que son mari avoit prise. » [Ms. de M. de La Sicotière.j — C'est le miracle renouvelé de sainte Elisabeth de Hongrie : « Un jour, écrit de Montalembert, qu'elle descendait, accompagnée d'une de ses suivantes favorites, par un petit chemin très rude que l'on montre encore, portant dans les ])ans de son manteau du pain, de la viande, des œufs et autres mets, pour les distribuer aux pauvres, elle se trouva tout à coup en face de son mari qui revenait de la chasse. Etonné de la voir ainsi ))loyant sous le poids de son fardeau, il lui dit : « Voyons ce que vous portez », et en même temps ouvrit, malgré elle, le manteau qu'elle serrait, tout effrayée, contre sa i)oitrinc; mais il n'y avait plus que des roses blanches et rouges, les plus belles qu'il eût vues de sa vie; cela le surprit d'autant i)lus que ce n'était plus la saison des fleurs. S'apercevant du trouble d'Elisabeth, il voulut la rassurer par ses caresses; mais il s'arrêta tout à coup en voyant apparaître sur sa tète une image lumineuse en forme de crucifix. Il lui dit alors de continuer son chemin sans s'inquiéter de lui, et remonta lui-même à la Wartbourg, en méditant avec recueillement sur ce ({ue Dieu faisait d'elle, et emportant avec lui une de ces roses merveilleuses qu'il garda toute sa vie... » (Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie par le comte de Montalembert, t. J, p. 27i.) — « Ce même miracle, ajoute l'auteur, est attribué à sainte Elisabeth de Portugal et à sainte Rose de Yiterbe. »

(2) Le manuscrit autographe de M. de La Sicotière présente ici une

oraison, puis alla loger en la maison de Jehan Drouct(l) où il receut la révérence des habitans. Le lendemain, ouit le messe en resglizo Nostre-Dame; après disner, alla visiter le chasleau et le parc(( et comme il rentroit du parcq dans le chasteau, quelques personnes qui se trouvoient sur les murailles firent tomber une pierre sur le Uoy le long de sa robe (2), qui la rompit et déchira; de quoy le Koy fut épouvanté, se jetta à genoux, feist le signe de la croix, baisa la terre et rendit grâces à Dieu. Les habitans eurent une grande peur, craignant que le Roy ne conçût contre eulx quelque mauvaise opinion. Il sceut sur le champ la vérité du fait et fut satisfait (3).

Le jour suyvant, le Roy fut au Mont-Sainct-Michel, passa par Guissai, feist porter la dicte pierre, laquelle, avec la pièce de sa robe, il feist pendre à une chaîne de fer à l'esghze de Sainct- Michel devant le crucifix; au retour de son voyage, il fut à Tours et ordonna qu'on feist le procès du duc d'Alençon. Pour cest effect, il envoia à Paris messire Pierre d'Ourville, son chevallier, pour faire connoistre sa volonté à la Cour, et fut fait le procès du duc. Oui et interrogé, il confessa qu'ennuyé des mauvays traitemens du Roy, il estoit party d'Alençon par l'advis de (juelquesuns de ses serviteurs, délibéré d'aller trouver le duc de Bourgongne pour luy vendre toutes les terres qu'il avoit au royaume pour se retirer ailleurs hors la présence du Roy. Sur laquelle confession et autres faits justifiés, fut contre luy donné, le jugement capital, j)rononcé par le chancelier avec confiscation de ses biens, duquel jugement, les autres princes s'en offensèrent, mais en vain, et fut le duc renvoyé à la prison du Louvre où, quelque temps après, il mourut et fut enterré en Fesglize des Jacobins à Paris.

iucuno de (|uel(iue.s [)a;4<'s ([uo nous comblons à l'aide du manuscrit de Mortai^ne.

(1) « Jean du Droit. » (Dry de lu Clergerie, loc. cit., p. 331.) (2; « Qui étoit de camelot tanné », dit Bry de la Clerg-erie. (5) « Les bourt;eois tirent enciueste du faict par les officiers du Roy et fut trouvé que sur les murailles du chasteau estoit un page ayant une paillarde, la([uelle avoit désir de voir le Uoy, et comme elle courust sur la dite nmraille avoit fait cheoir la dite pierre avec le bas de sa robbe. Le Roy fut content de ceste information et list mettre le dit page et sa paillarde es niains du prévost des mareschaux, lesquels n'eurent autre |)unition que de longue prison. » (Dry de la Cleryerie, p. 337. J

De René, 3' duc d'Alençon et 16'^ comte du Perche (1).

Ce fui un des actes généreux du Roy Louys XI de ce qu'aussitôt que le jugement fut prononcé contre le duc d'Alençon, il oulMia tout ce qu'il avoit fait et aima René, son filz, le tint tousjours près de luy et le remit dans tous les biens confisquez sur son père et fut le 3" duc d'Alençon et le 16^ comte du Perche (2). Il le fiança avec la fille air-née de Guillaume d'Harcourt, comte de Tancarville, et d'Yolande de Laval, laquelle mourut fiancée. Il épousa (3) Marguerite de Lorraine, fille de Ferry de Lorraine, comte de Yaudemont, Guise, Romigny, Harcourt et

(1) IQe comte du Perche, du 10 octobre 1438 au 11 octobre 1461 et 4 janvier 1475, ■]- I^t novembre 1492,

(2) Add. « Il naquit en 1440. » [Ms. de M. de La Sicotière.J

(3) Add. « Par contrat du 14 mars 1488. — Le Roy Charles VII, après la peine capitale prononcée en 1458 contre son père, fit don à René du comté du Perche pour en jouir sans aucune dignité ni prérogative de pairie. Le comté du Perche resta toujours attaché au Roy Louis XI pendant la guerre du Bien Public ([ui éclata en 1464 et se termina l'année suivante. [René] suivit en 1467 le parti de son père lié contre le Roy avec le duc de Bourgogne et reconnut sa faute le 31 décembre de la même

.année. Il chassa d'Alençon peu après les Bretons qu'il y avoit reçu. Il assista, le 6 avril suivant, aux Etats de Tours où la guerre fut l'ésolue contre le duc de Breta.nne et qui fit cesser le traité d'Ancenis du 16 septembre 1468, lequel traité le comte du Perche garantit le 2 juin 1470.

« Ce prince avoit ratifié, l'année précédente, le privilège de sergent à la maladrerie de Bellême accordé deux ans auparavant par ses prédécesseurs comtes du Perche, lequel privilège consistoit en ce que les boulangers de Bellème lui dévoient pour un denier de pain un jour par semaine et les taverniers de vin, cidre ou autre breuvage un put par pipe avec exemption de taille, de subsides, péages et travers.

« Le comte du Perche passoit son temps à Mortagne ou à la Flèche lorsqu'il n'étoit pas obligé d'être auprès du Roi.

« Le duc Jean II, son père, ayant été condamné en 1474, à sa mort, pour la seconde fois, le comte du Perche réclama tous ses biens. Louis XI lui fit délivrer par provision tout le revenu du comté du Perche, les vicomtes d'Argentan et d'Hiesmes, Châteauneuf-en-Thimerais, les Terres- Françaises et autres domaines. 11 obtint en 1478 diverses places qui avoient appartenues à son père, mais sans fortifications et la plupart avec comblement de fossés.

« Le comte du Perche fut arrèti'' trois ans après à la Roche-Talbon, conduit à la Flèche et de là àChinon, pour propos indiscrets et déplacés. Il fust depuis transféré à Vincennes; le Parlement lut chargé d'instruire son procès. Le 22 mars 1482, la Cour le jugea et le condamna à garder

Aumallc (l); ils établirent leur domicile à Mortaigne dans une belle maison qu'ils eurent par décret sur Jehan Benoiste, receveur de leur domayne, pour deniers par luy à. eulx dus, scisc rue Sainct-Nicolas ; en laquelle ils firent faire une belle chapelle qui y est encore. Il eut de la dicte Madame, Monsieur Charles, qui luy succéda au dict duché et comté, et deux filles : l'aisnée futFrançoyse d'Alençon, accordée (2) à Louis d'Armaignac, duc de Nemours (3) et mariée deux fois : 1° (1) à Françoys, duc de Longueville (5), dont les enfans ne vécurent; 2° à Charles de Bourbon, duc de Vendùmois (6). La deuxiesme, fut Anne (7), femme de Guillaume (8), duc de Monferrat.

Par lettres de Tan 1491, le dict René permit aux habitans de Mortaigne de rompre la muraille du chasleau du dict Mortaigne pour y bastir et accroistre l'esglize de Noslre-Dame du dict lieu qui avoit esté ruynée par les Angloys, laquelle esglize l'on commença en 1494 et fut achevée en l'an 1535 (9).

En 1498, le Roy Louys XII fut sacré à Rheims où assista la dict duc d'Alençon et servit aux cérémonies à la place du duc de Bourgongne (10) et mourut le dict duc la qualriesme année de son

prison jusffu'à raccomplissement des clauses de son procès. Quelques mois après, la France fut délivrée du Roi Louis XI, le 30 août 1483.

« Charles VIII, lils de Louis XI, ne fut pas plutôt monté sur le trône qu'il mit le comte du Perche en liberté, lui donna main levée de toutes ses terres saisies par le feu Roi et le rétablit dans ses biens, honneurs et ditfnités. Le comte du Perche prit alors le titre de duc d'Alençon. Le nouveau duc fait, le 3 octobre 1484, hommage au Roi du duché d'Alençon, du comté du Perche, de Ghâteauneuf-en-Thimerais, des terres et autres domaines. » fMs. de M. de La Sicotière.J

[i] Add. « Et d'Yolande d'Anjou. « [Id.J

(2) Add. « En 1500. » (Id.)

(3) Add. « Yice-roi de Najjles, tué en 1503, » [Id.J

(4) Add. « En 1505. » (Id.J

(•"}) Add. « Comtt; de Dunois, mort en 1512. » [Id.J

(6) Add. (( Mort en ISIJS. — Françoise d'Alençon oljtiiit, en 1543, l'érection des baronnies de Sonnois, de Beaumont-le-Vicomte, de Gliasteaug'ontier et de la Flèche en duché non pairie sous la dénomination de Beaumont. Elle mourut en 1.550, en son château de la Flèche et fut inhumée à Vendôme. » (Id.J

(7) Add. « JMai'iée en 1.508. » [Id.J

(5) Add. « Guillaume Paléologue. » [Id.J

(9) Add. « Finie le 9 novembre 1534, suivant une inscription en caractères gothiques posée au haut de l'église sur le nun- de l'escalier de la tour, près de la voûte. » [Id.J

(10) Ge fut h; comte Gharles ({ui assista au sacre de Louis XII, et non le comte René d'Alençon qui mourut en 1492.

mariage au chasteau d'Alcnçon. Sod cœur est en l'esglize de Saincte-Glaire de Mortaigne (1) dans une caisse de plomb dans la muraille près de la piscine ou lave-main du prestre qui dit la messe.

La dicte dame demeura veufve à l'âge de vingt-huict ans et elle resta dans cet estât trente ans; elle feist bastir un corps de maison a Mauves sur parties des ruynes du vieil chasteau des anciens comtes du Perche pour y faire nourrir ses enfans comme au plus bel air.

La dicte dame esloit la mère des pauvres, consolatrice des affligés et jamais pauvre n'a paru devant elle sans en recevoir quelque bienfait. Elle ne porta plus dans sa vidiiité aucune robe de soye (2) .

Chaque jour elle visitoit et mèdicamentoit les pauvres de l'hospital de Mortaigne et, pour le faire plus commodément, elle se reliroit avec les religieuses et elle occupoit l'appartement de madame d'Armaignac. Elle feist bastir, joignant le dortoir, le collège du dict Mortaigne. Le nombre des religieuses luy parut trop petit; elle feist venir des hospitallières de l'ordre de Saincte Elisabeth, de Picardie (3).

Elle fonda en 1502 et commença les basiimens de la maison et monastère des religieuses de Saincte Claire de Mortaigne, qui premièrement furent de l'ordre des hospitallières de Saincte Elisabeth, y mil des religieuses du dict hospital et depuis les feist réformer selon l'ordre de Saincte Claire ainsy qu'elles sont à présent; elle y donna les terres de Teilly, les Marres, Comblot et la Prévosté. Icelle maison fut achevée par dame Jehanne de Montbassin (4), veufve messire Louys des Barres, chevallier, qui y porta de grands meubles, s'y feist rehgieuse et en fut abbesse ; y est morte et enterrée.

La dicte dame Marguerite de Lorraine substitua, à la place des

(i) Add. « Il fut transporté en 1505. î {Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Add. « Elle obtint des habitans du duché d'Alençon, du comté du Perche et des Terres - Françaises qnatre sols au marc la livre de la taille pour lui aider à payer les dettes du duc Jean II et subvenir à l'entretien de ses enfans. » (Id.j

(3) Add. «Cette sainte Elisabeth, aussi dite Isabelle, étoit sœur du roi saint Louis et fonda, en 1200, le monastère des fdles de Longrham))s et leur donna une règle qui fut imitée j)ar le pape Urbain IV en 1265. Elle mourut en 1270 et fut inhumée au dit monastère, revêtue de l'hidjit de sainte Glaire, morte sept ans auparavant. » (Id.)

(4) Var. « De Montboissier. » (Id.)

religieuses qui gouvernoient les pauvres du dict hospital de Mortaigne, d'honnestes et de vertueuses femmes (1) et feist do très belles ordonnances pour le gouvernement des pauvres et pour l'administration du dict hospital. Pendant qu'elle faisoit bastir la maison des dictes religieuses elle se retiroit en sa maison de Mortaigne; pour en estre plus près, elle feist faire une gallerie pour y aller à couvert et une autre pour aller de sa maison à l'esglize de Toussainct du dict Mortaigne qui depuis servent d'allées (2).

Elle fonda et feist bastir le monastère des fdles de YAve-Maria joignant le chasteau d'Alencon et elle y mit des religieuses de cet ordre qu'elle feist venir de Paris.

Elle feist aussy bastir le couvent des cordeliers de La Flèche (3).

Plus, elle feist bastir et fonda l'hospital de Ghasteau-Gontier pour le gouvernement des pauvres.

Elle fonda six messes par sepmaine en l'esglize de Sainct Léonard d'Alencon et troys en la chapelle (4) du parcq du dict Aleuçon qu'elle feist réédiffîer.

Elle mit des religieuses hospitallières de Saincte Elisabeth en l'hospital d'Argentan pour y gouverner les pauvres, où elle demeura longtemps les gouvernant comme avoit fait son arrière tante Jehanne, fille de Pierre, comte d'Alencon.-

Elle feist enfin bastir et fonda le couvent des religieuses de Saincte Glaire d'Argentan, leur donna le clos de leur fondation, appelé le Clos Pépin, et cent sept acres de terre en pré et la terre de Homey qui luy coûta neuf mille livres tournoys. Prit l'habit de religion en la dicte maison où elle mourut (5) et y est enterrée (6).

Elle s'estoit rendue si humble qu'elle mangeoit eu une écuelle de bois, lavoit les écuelles des autres religieuses, les servoit à table, pansoit et gouvernoit les malades et leur lavoit les pieds.

(1) Add. « Qu'elle choisit dans la ville. » {Ms. de M. de La Slcoticre.)

(2) Add. « Par ses lettres données à Mortagne, le 24 octobre 4509, elle reconnut que c'étoit du consentement et par la permission du chapitre ([u'elle avoit fait combler les fossés qui se trouvoient entre la dite église et sa maison afin de pouvoir cheminer plus aisément et sans monter ni descendre pour se rendi'e en Toussaint. >) {Id.)

(3) Add. « Que son mari avoit commencé en -liSi. » (Id.)

(4) Add. « Saint Joseph. » (Id.)

(o) Add. « Le 2 novembre 1521. » (Id.)

(6) Voir la reproduction en gravure du mausolée de René de Valois, duc d'Alencon, et de Marguerite de Lorraine, son épouse : Mém. hist. sur Alençon et ses seigneurs, par Odolant-Desnos. Tome II, p. 20G et 220.

230 ANTIQUITÉS DU FERCHE.

De Charles de Valloys, 4" duc d'Alençon et 17' comte du Perche.

Charles de Valloys (1), filz de René, duc d'Alençon et comte du Perche, fut le 4^ duc d'Alençon et le 17^ comte du Perche (2). Il fut accordé (3) à Susanne de Bourbon et épouza Marguerite de France, duchesse de Berry, sœur unique du Roy Françoys premier (4).

Le 15 janvier 1514, le Roy le déclara pair de France et luy et madame Marguerite secondes personnes de France et en ceste qualité leur permit de créer maistres des métiers en toutes les villes de France et autres prérogatives.

Et, par arrêt du Conseil en 1523, ordonna que le duc d'Alençon tiendroit le premier rang au Conseil entre les princes (5).

(1) Charles lY, 21e comte du Perche, lei- novembre 4492, f 11 avril 1525. Louis XI, 20'-' comte du Perche, avait i)urté ce titre du 18 juillet 1474 au 4 janvier 1475.

(2) Add. « Naquit le 2 septembre 1489. Il fut nourri au château de Mauves dans le Perche. Il succéda à son père au duché d'Alençon et au comté du Perche et fut mis sous la tutelle de Marguerite de Lorraine, sa mère. Six ans après, il assista, à Rheims, au sacre du roi Louis XII et y représenta le duc de Bourgogne. » [Ms. de M. de La Sicotière.)

(3) Add. « En 1499. » }ld.J

(4) Add. (.( Marguerite de Lorraine, comme ayant la garde de son fils, Charles IV, confirma, en 1502, étant à Séez, le don fait par ses prédécesseurs du droit de chauffage pour l'Hôtel-Dieu de Bellême, à prendre en la forêt du même nom.

« Elle obtint, le 4 mars 4505, des lettres patentes du roi adressées à son fils encore sous sa garde, pour faire assembler les trois ordres du comté du Perche, à l'effet de rédiger par écrit, accorder et réformer la coutume du Perche.

(.( Charles IV fut déclaré majeur le 9 octobre 1509, fit le lendemain foi et hoipmage au roi du duché d'Alençon, du comté du Perche, de l'hommage et ressort de Nogent-le-Rotrou, de la baronnie de Châteauneuf-en-Tliimerais, des Terres-Françaises et de ses autres domaines (1). Il épousa, le 1 1 du même mois, la fameuse Marguerite d'Angoulême, plus célèbre encore par son esprit que par sa rare beauté. » (Id.J

(o) Add. « Le 10 septembre de la même année, Charles IV, par ses lettres patentes à ses bien aimés et très chers les doyens, chanoines et chapitre de la collégiale de Toussaint de Mortagne, de la fondation de ses prédécesseurs, leur donna un grand terrain voisin de la dite église pour y bâtir cloitre à la charge entre autres de célébrer tous les ans, le jeudi d'après la Toussaint, un obit solennel pour le repos des âmes des défunts,

(1) Lettres de Louis XU données à Blois, le 10 octobre 1509.

Le dict duc d'Alençon donna aux religieuses du monastère de Mortaigne que sa mère faisoit baslir vingt cordes de boys par an dans les foresls du Perche et de Resno [)Our leur cliaulFaige, confirmé par Françoys, duc d'Alenœn et comte du Perche, et par Henry IIP et Henry IV, roys de France.

Leur donna aussy par chascun an quatre minots de sel à prendre au grenier à sel du dict Mortaiguo , confirmée par Henry IV, en 1594.

En L594, Marye Le Sueur donna aux dictes religieuses la terre de la Ferté et du Pont-du-Chêne et se rendit religieux en icelle maison.

Le dict seigneur duc d'Alençon mourut (1) jeune sans enfans et par sa mort les duché d'Alençon et comté du Perche relournèrent à la Couronne (2). Le Roy laissa subsister l'eschiquier et chambre des comptes.

princes et princesses, les ducs René et Jean et la duchesse Marie d'Armagnac et autres parents et de payer au domaine de Mortagne douze deniers de cens par chacun an le 7 octobre suivant. Ces lettres patentes furent entérinées à la chambre des comptes d'Alençon. » [Ms. de M. de La Sicotière.J

(1) Add. « Le duc Charles mourut à Lyon, le 11 avril 1524 (vieux style), âgé de 35 ans, sans laisser de postérité, de chagrin de la prise du roi François 1er, son beau-frère, à la bataille de Pavie, le 24 février précédent. Il y commandait l'arrière-garde. Son corps fut apporté à Alençon et inhumé, le mercredi des Rogations, dans le tombeau de sa famille. » (Id.l

(2) Add. «"Les princesses, ses sœurs, tilles du duc René, réclamèrent en vain ces duché et comté; elles partagèrent entre elles, en 1531, les biens |)atrimoniaux de leur frère, non sujets à réversion. Françoise d'Alençon, duchesse de Vendôme, eut la vicomte de Beaumont, les baronnies de la Flèche, du Sonnois, de Fresnay, de Sainte-Suzanne, de Chàteauneuf-en-Thimerais et de Cliamprond au Grand-Perche. Anne d'Alençon, marquise de Montferrat, eut les fiefs de Senonches, de Bresolles, de la Guerche, de Pouencé, de Chàteau-Gontier, etc.. » (Id.)

D'Henry d'Albret, Roy de Navarre, et Madame de France, 5^ duc d'Alençon et 18' comte du Perche (1).

En 1526 (2), Henry d'Albret. filz du Roy de Navarre qui estoit chassé de son royaume (3) par Ferdinand, Roy d'Espaigne, épousa madame Marguerite de France, sœur du Roy Françoys, 1" du nom, veufve du dict Charles de Yalloys, duc d'Alençon et comte du Perche. Leur donna le dict seigneur Roy pour appanaige, enlr'autres biens (4), la duché d'Alençon et le comté du Perche pour en jouyr ainsy qu'avoient fait les ducs d'Alençon et comtes du Perche. Fut le cinquiesme duc d'Alençon et le dix-huictiesme comte du Perche. Il en prit possession en 1518 et y fut reçu par les peuples avec beaucoup d'honneurs, la dicte dame pleine de vertus et considérée comme le plus bel esprit de France.

Le dict d'Albret fut appelé duc d'Alençon jusqu'à la mort de son père et depuis fut appelé Roy de Navarre. De leur mariage (5) sortit madame Jehanne d'Albret qui fut mariée en premières nopces (6) au duc de Glèves et après sa mort à Antoine de Bourbon (7) qui fut par elle Roy de Navarre.

Le Roy porta beaucoup d'amitié au dict sieur d'Albret, aussy le dict d'Albret aima et honora le Roy, son beau-frère, pour tesmoignaige de quoy il ne reçut jamais lettres du Roy qu'il ne les baisât et découvrant sa teste les mettoit sur ycelle disant : « Dieu

(1) Henri II, roi de France, 24^ comte du Perche, 2 décembre 1549. — Le duché d'Alençon et le comté du Perche avaient été réunis à la Couronne après la mort de Charles IV et François l'^^^ en 1525, en devint le 22c comte. La même année, lors de la captivité du Roi, Louise de Savoie, régente, les donna à la veuve de Charles lY, Marguerite d'Angoulèrae, 23e comtesse du Perche, qui les transmit par son mariage à Henry d'Albret.

(2) Add. « Le 24 janvier. ); (Ms. de M. de La Sicotière.J (5) Add. « En J512. » (Id.J

(4) Add. et Var. « Le duché de Bcrry, l'usulruit du duché d'Alençon et du comté du Perche et autres biens. Ces deux époux prirent en 1528 possession des duché d'Alençon et comté du Perche où ils furent reçus avec tous les honneurs et ap]ilaudissements qu'ils eussent i)U désirer, j (Id.J

(5) Add. « Outre un fds, nommé Cliarles, prince de Viane. {Id.J

(6) Add. « En i540. » fid.)

(7) Add. « En 1548. » (Id.J

garde de mal le Roy, mon seigneur ». C'est le plus grand tesmoignaige d'honneur que l'on peut rendre et duquel usoicnt anciennement les inférieurs envers leurs supérieurs.

L'Empereur voulant faire entreprise sur le Milanois, le Roy dressa une armée pour luy résister, de laquelle il donna la conduite de l'avant -garde au dict d'AIbret, duc d'Alençon. Charles de Bourbon, connestable de France, s'en offensa, disant que cette charge luy appartenoit, ce qui luy feist quitter le parly du Roy et prit celuy de l'Empereur qui le feist son lieutenant ; ce qui occasionna de grandes guerres sans accroissement de gloire.

L'Empereur avec une grosse armée, sous les ordres du seigneur de Bourbon, son lieutenant général, entra en Piémont. Le Roy s'y trouva avec son armée. S'étant approché devant Pavie le 24 février 1524 et après plusieurs escarmouches, le Roy Françoys fut fait prisonnier en Espagne. Le duc d'Alençon, qui estoit dans la bataille, craignant que ceste prise n'occasionnât quelques troubles dans le royaume, ramassa quatre cens lances du reste de la bataille et vint en France vers madame la Régente, mère du Roy, laquelle au milieu de ceste affliction releva son courage, asseura les garnisons des villes, en mit où il. n'y en avoit point et pour asseurer l'Estat feist une trouve de cinq ans avec tous ceux qui pouvoient faire mal en France et par sa prudence mit le royaume en pleine paix pendant la détention du Roy, cherchant tous les moyens pour sa délivrance.

Elle ne trouva personne plus capable pour négocier ceste affaire que Madame la duchesse d'Alençon, sa fille, tant par ses grâces, son esprit, que par sa prudence. A ceste fiu, elle envoya vers l'empereur Charles-Quint, duquel, après plusieurs assemblées et assistée de l'asseurance de madame la Régente, sa mère, elle obtint la liberté du Roy, lequel à ce moyen quitta à l'Empereur la duché de Bourgongne, la souveraineté de Flandre, le nom, titre et prétention du royaume de Naples, le duché de Milan et d'épouser par le Roy Madame Eléonor, sœur de l'Empereur, douairière de Portugal. Le traité arrêté, le Roy s'en revint en France au contentement de tous ses subjects. Ce fait, le duc et la duchesse d'Alençon se retirèrent audictAlençon et souvent au dict Mortaigne, où ils se logeoient en leur maison qui avoit appartenu au dict Benoiste, leur recepveur, laquelle depuis ils donnèrent à maistre Jehan Gouévrot (1), leur médecin.

(i) Il composa, à la requête de la duchesse d'Alençon, un traité de mé- 1" Série 16

La dicte dame, comme très pieuse, hantoit et visitoit souvent Thospital du dict Mortaigne et y faisoit de grandes aumosnes et, comme il se commettoit des abus dans l'administration du bien d'icelle maison, feist assembler les officiers et les gens d'esglize du dict Mortaigne et de l'avis desquelz il fut fait un règlement en forme de statuts pour le gouvernement de la dicte maison et par lettres patentes de l'an 1530 (1), à sçavoir « que doresuavant de « deux en deux ans, les habitans de Mortaigne en assemblée « publique éliroient troys habitans de la dicte ville des plus « capables et gens de bien, l'un d'esglize et l'autre de justice et « l'autre marchand ou d'honnête vocation pour gouverner et ad- « ministrer le bien de la dicte maison aux pauvres de Mortaigne « et à ceste fin les dicts esleus s'assembleroient en une chambre « de la dicte maison pour y tenir bureau des pauvres chacque « jour de vendredy ou autres jours, lesquelz esleus presteroient « serment, devant le bailly du Perche ou son lieutenant, de fidel- « lement s'acquitter de leur charge.

« Le marchand feroit la recepte du revenu du dict hospital et « le distribueroit aux pauvres selon qu'il seroit ordonné au dict « bureau, desquelles ordonnances et distributions seront tenus « registres par le greffier du dict bureau qui seroit signé à chac- « que jour par les députés pour éviter les abus sans que le dict « recepveur peut distribuer aucuns deniers sans ordonnance du « dict bureau.

« Lequel bureau éliroit deux hommes de chaque paroisse du « dict Mortaigne, qui seroient appeliez doiens, lesquels chacune

decine intitulé : « Le sommaire de toute médecine et chirurgie, contenant les remèdes les plus spéciaux et expérimentés de toutes maladies survenantes quotidiennement au corps humain, non-seulement nécessaire aux médecins et chirurgiens, mais à toutes gens de quelqu'état et vacation qu'ils soient, tant pauvres que riches; Alençon, Simon Dubois, 1530, in-lG goth. de 88 ff. On lui doit aussi : L'entretenement de la vie, opuscule à tous lecteurs très utile ; Lyon, Jean Faiolet, s. d., petit in-8'> goth. (Voir Manuel du bibliographe normand de Frère et Odolant-Desnos, Mém. hist. sur Alençon et sur ses seigneurs, t. II, p. SI2.) Il existe une autre édition du premier ouvrage dont le titre est le suivant : Uentrelenement de vie sommairement composé par maistre Jehan Gœurot, médecin du très chrestien Roy Françoys premier de nom, et contenant les remèdes de médecine et cyrurgie contre toutes maladies survenantes quotidiannement es corps humain. Imprimé à Lyon, par Claude Veycellier, s. d., petit in-8o, caract. goth.

(1) Add. « Données à Verneuil au mois de janvier 1530. » {Ms. de M. de La Sicotière.J

« sepmaine auroient le soin de visiter les pauvres de chacque « paroisse et en feroient rapport à chacque bureau pour leur « distribuer du bien et aumosnes de la dicte maison, à chacun « suivant leur nécessité.

a Et chacque moys seroit esleu et ordonné par le dict bureau « un homme de chacque paroisse, lesquels iroyent, à chacque jour a de dimanche ou feste en l'esglize de leur paroisse, mendier les « aumosnes des fidelles pour les pauvres et rapporteroient ce « qu'ils auroient trouvé à la fin du dict moys, dont le registre du a dict bureau seroit chargé pour en rendre compte avec les autres « revenus du dict hospital.

« Seroit constitué un procureur pour la conduite des affaires « de la dicte maison.

« Tous lesquels feroient les dictes charges pour l'honneur et « la gloire de Dieu, sans aucun salaire.

« Le recepveur rendra compte des receptes et despenses dans « les six moys après l'expiration de sa charge au dict bureau, « par devant le bailly et vicomte du Perche où leurs lieutenants, « en présence des avocats et procureur du Roy, qui n'en préten- « droient aucun salaire; mais le recepveur sera autorisé à porter « en despeuse ce qu'il en aura cousté pour la façon du dict compte « seulement. Dans laquelle Maison Dieu seroient reçus les pau- « vres du dict Mortaigne ; ils y seront gouveroés par des femmes « de bien et discrettes qui seroient eslues pour le gouvernement « d'iceulx et tous autres passans qui y seroient reçus et logés « pour vingt-quatre heures (1). »

Le dict seigneur Roy de Navarre, duc d'Alencon et comte du Perche, prétendoit avoir droict de guet sur les subjects de la chastellenye de la Perrière ; de quoy il feist un procès aux habitans, duquel il fut débouté parce que lechasteaune subsistoitplus et les habitans furent déchargés du guet, le l®"" mars 1535.

En 1540, les dicts sieurs duc et duchesse, par lettres patentes du 2 mars, permirent aux habitans de la paroisse de Nostre-Dame de Mortaigne d'abattre et démolir une vieille tour du fort du dict Mortaigne, la tour de la sonnerie ou beffroy, estant au coin de l'esglize de Nostre-Dame lors nouvellement bastye, pour au lieu

(1) Add. « 1532, Prix du blé et autres objets : Blé froment à 5 s. 6 d. — Oie à 1 s. 2 d. — Chapon à 1 s. 8 d. — Geline à 1 s. — Poussin à 6 s. — Vingt œufs à 8 s. — Livre de poivre à 1 s. » {Ms. de M. de La Sicotière.J

d'icelle y bastir une autre pour servir à mettre les cloches de la dicte esglize, laquelle tour fut commencée l'an 1542 et discontinuée à cause des troubles des guerres civiles.

Au dict an 1540 (1), le duc de Glèves espouza madame Jeliannc d'Albret; il se brouilla avec l'empereur Charles-Quint qui le riiyna et réduisit en état d'homme privé sans domination, qui mourut de déplaisir. La dicte madame Jehanne se retira en la cour du Roy de France, son oncle, qui luy continua son étal selon sa qualité.

Au moys d'octobre 1548, en la ville de Moulins en Bourbonnoys, Antoine de Bourbon, deuxiesme duc de Vendosmois, pair de France et depuis Roy de Navarre, espouza la dicte madame Jehanne d'Albret; duquel mariage sortit le grand, vertueux et victorieux prince Henry, IV du nom, Roy de France et de Navarre.

Le dict Antoine, Roy de Navarre, fut tué au siège de Rouen au service du Roy, durant les guerres contre les Protestans, d'un coup d'harquebuse, le 21 octobre 1562.

Le 14* décembre 1549, mourut au pais de Tarbes (2), la dicte madame Marguerite de France, espouse du dict monsieur Henry d'Albret, Roy de Navarre, duc d'Alençon et comte du Perche, lequel mourut (3) peu de temps après.

A la mort duquel le Roy se saisit des duché d'Alençon et comté du Perche, révoqua l'eschiquier et chambre des Comptes du dict Alençon et en feist porter les tiltres à la chambre du Trésor, à Paris.

Le 27® juillet 1550, la reine madame Catherine de Médicis, femme d'Henry II, qui fut blessé aux joustes des Tournelles par le comte de Montgommery, accoucha de Charles qui fut publié duc d'Alençon et d'Angoulesme et comte du Perche et depuis duc d'Orléans. Mais il n'en jouit pas, parce que son père mourut (4) de la blessure, auquel succéda Françoys, son filz aisné, sous lequel les Protestans s'élevèrent et s'armèrent à Amboise; pour à quoy remédier, le Roy feist tenir ses Etats à Orléans où il mourut. Son frère, monsieur Charles, lui succéda à la Couronne, fort jeune j sa mère, Catherine de Médicis, fut déclarée régente

(1) Adcl. « Le 13 juillet. y> (Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Add. « Et fut enterrée à Pau. Françoise d'Alençon, duchesse de "Vendôme, mourut à la Flèche, le 14 septembre de l'année suivante et fut inhumée à Vendôme. ï (Id.J

(5) Add. a Le 2o mai 1555 et son corps fut déposé à Lescar. j (Id-J (4) Add. « Le 10 juillet 1559. » {Id.J

en 1560. Les Protcstans recommencèrent pendant le règne de Charles IX et firent tous leurs efforts pour le prendre à la sortie de Meaux d'où il se sauva ; levèrent une grosse armée sous la conduite de messieurs les princes de Condé, l'amiral de Coligny et autres ; se saisirent de plusieurs villes. Le Roy dressa aussy une armée pour leur résister. Se joignirent à la bataille de Dreux où les Protestans furent défaits, à Sainct-Denys et à Montcontour et autres endroits. Monsieur de Guise, lieutenant de l'armée du lloy, fut tué devant Orléans par Poltrot qui fut pris et écartelé à quatre chevaux à Paris. Il fut fait divers traités de paix, tantost à l'avantage de l'un ou de l'autre party.

La dicte dame régente prit le duché d'Alençon et comté du Perche pour parlye de son douaire et en jouit quelque temps.

Durant ces troubles, les Protestans du Perche, tant nobles qu'autres, s'armèrent, firent la guerre aux habitans du dict Mortaigne catholiques qu'ils prirent et surprirent plusieurs fois, pillèrent et ruynèrent les esglizes tant d'ornemens, calices, encensoirs d'argent qu'autres (1), rompirent tous autelz et imageriers, entre aultres ung très beau jubé qui estoit en la dicte esglize de Toussainct; furent prins par les dictz huguenoctz, emportés entre aultres les ornemens de drap d'or y donnez par madame xMarye d'Armaignac qui furent par les dictz de Toussainct racheptéz de leur cappitayne pour la somme de mil livres.

Le vingt-deuxiesme mars mil cinq cens soixante deux, au temps de Garesme, les coureurs de l'armée protestante conduitte par le dict sieur admirai Gaspart de Coligny, arrivèrent devant le dict Morlaigne. Les habitans pensant que ce fussent ceulx du païs qui ordinairement leur faisoyent la guerre, prennent les armes, résistent environ troys heures après midy; arriva le corps de l'armée composée de douze ou quinze mil hommes tant françoys que reitres, forcent les dicts de Mortaigne, plusieurs tuez d'une part et d'autre, firent soufler dans le pistollet ung cordelier de Fallaize preschant lors la parolle de Dieu au dict Mortaigne et plusieurs prostrés. Estienne Chauvin, habitant du dict Mortaigne, que les dictz habitans avoyent fait leur cappitayne, fut pendu par le commandement du dict admirai, puis donné à la prière de ses parrns; la corde couppée, le corps tomba par terre, fut secouru de médecins et a vescu vingt ans depuis,

(1) Le manuscrit autographe de M. de La Sicotière i-eprend ici.

plusieurs prisonniers furent rançonnez et maisons pillées (1). Ces cruautéz espouvantèrent tellement les Chartreux du Yal- Dieu, qui est à une lieue du dict Mortaigne, que tous, fors ung, nommé le Cartusian, aagé de quatre vingtz dix ans et plus, sortirent de la dicte maison, se cachans les ungs dedans les cavernes soubz terrayues, autres au plus fort et espoys de leurs boys. A la faveur de ceste armée plusieurs voUeurs tant huguenolz que autres du pais pillèrent la dicte maison, jetteront et mirent hors d'icelle le dict chartreux qui depuis son entrée (y avoit plus de cinquante ans), n'en estoit sorty, le tuèrent devant et hors la porte d'icelle maison d'un coup de pistolet dedans la teste, le despouillèreat. Fut enterré devant la porte d'icelle maison et, six jours après de terre, trouvé entier sans putréfaction et renterré dedans le cyraetière de la dicte maison (2).

(1) Add. « L'amiral fit aussi piller et brûler le monastère de Saint-Eloi hors les murs de la ville. » [Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Add. « Au mois de juillet de la même année, le château de la ville de Bellême fut pris par ceux de la religion prétendue réformée. Des gens sans aveu de la ville et des environs pillèrent l'église collégiale de Saint- Léonard, déterrèrent les corps qui y reposoient et les jetèrent au feu; ils saccagèrent les châsses qui contenoient de précieuses reliques, entre autres le corps de saint Léonard, qu'ils jetèrent également dans les flammes et emportèrent les ornemens, vases et argenterie que cette collégiale possédoit.

« Le 21 octobre suivant, mourut au siège de Rouen où il fut tué, Antoine de Bourbon, roi de Navarre, seigneur, baron de Châteauneuf-en- Thimerais, pèi'e de Henri IV.

« Le 20 décembre de la même année 1 o62, une fameuse bataille se donna près de Marville-Moutier, dans le Thimerais, entre les armées catholiques et protestantes. Les chefs de ces deux armées y furent faits prisonniers, le connétable Anne, duc de Montmorency, pour le roi, et Louis de Bourbon, prince de Condé, pour les huguenots. Cette bataille est communément connue sous le nom de bataille de Dreux.

« Le roi Charles IX transigea, le 2 février 1563, avec les représentans des sœurs de Charles IV, dernier duc d'Alençon et comte du Perche. Il leur donna Nogent-le-Rotrou, Châteauneuf-en-Thimerais, Senonches, BresoUes et Champrond et subrogea les terres aux acquisitions faites par la maison d'Alençon. Les représentans de Françoise d'Alençon, duchesse de Vendôme, eurent Nogent-le-Rotrou, Châteauneuf-en-Thimerais et Champrond; et ceux d'Anne d'Alençon, marquise de Montferrant, eurent Bresolles et Senonches qui furent érigés en principautés sous le nom de Mantoue, en 'I066.

« Le domaine utile de Nogent-le-Rotrou fut possédé en 1S58 par Marie de Bourbon, duchesse d'Estouville, douairière de Jean de Bourbon, duc d'Enghien, mort l'année précédente. » (Id.J

De Françoys, 6' duc d'Alençon, 19" comte du Perche.

La reyne régente se départ de la duché d'Alençon et comté du Perche qui sont baillez en apanaige à monsieur Françoys, quatreiesme filz du lloy Henry, qui en vint prendre possession en l'an mil cinq cens soixante onze et commença à Mortaignc. Fut le sixiesme duc d'Alençon et dix-neufiesme comte du Perche (1).

Le Roy remist l'eschiquier au dict Alençon et y fut mis pour président maistre Gilles de Vileray, derrain président au Parlement (2).

En l'année 1573, il se trouva si peu de grains que le boisseau de bled fut vendu à Mortaigne huict livres et le vin quatorze solz le pot.

Les troubles continuent par les Protestants,

Monsieur le duc d'Alençon part de la Cour mal content. Se retira à Dreux, feist un tiers party, amassa des hommes que l'on appela les catholiques associez, va en Poictou, fait levée de quinze cens reytres en AUemaigne qui s'acheminent en France soubz la conduitte du sieur de Toc, qui sont déJaictz par le sieur de Guyse qui y fut blessé d'une grande balafre à la joue.

Le Roy feist la paix avec les ungs et les autres en l'an mil cinq cens soixante seize (3).

Monsieur d'Alençon, comte du Perche, est prié par le prince

(1) François III, Hercule de France, 27« comte du Perche. 8 février 1567, f 10 juin 1584.

Var. « Le roi Charles IX, ayant besoin du duché dAlençon et du comté du Perche, engagea sa mère, Gatiicrine de Médicis, de lui en faire la cession pour former ra[)anage du plus jeune de ses frères. Il les donna par lettres du 8 février IS66 [I567,n. st.] à son frère François, qui ))rit le titre de duc d'Alençon. On voit ({ue le comté du Perche fut alors érigé en pairie. » [Ms. de M. (le La Sicotière.)

(2) Add. « Le 24 août, jour de la Saint-Barthélémy, tous les huguenots furent massacrés au même instant à Paris; il y en eut peu qui échappèrent. Cette journée fut appelée le Massacre de la Saint-Barthélcmy ou autrement les Matinées de Paris. IMortagne perdit sous le voile de la religion Jacques Gourtin, grand bailli du Perche, assassiné dans la forêt de Bellème, Pierre ou François de la Martellièi-e, lieutenant général, et plusieurs autres personnes de mérite. » fid.j

(3) Add. « Le dur d'Alençon obtient en 1376 en supplément d'apanage

d'Orange de prendre la protection de quelques villes des pais bas. Il y va ; y est mal traitté. S'en retourna en France en la Cour du Roy, son frère.

En l'an mil cinq cens soixante dix sept, les Estats de Flandres demandent secours au Roy contre l'Espagnol et monsieur d'Alençon pour protecteur de leur liberté. Il y va et y mène des forces françoyses. Les Flamans luy donnent tiltre de défenseur de la patrie. Il ne s'y trouva bien ; s'en retourna en France le vingt cinquiesme décembre du dict an.

Au dict an, y eut tel desbordement aux espèces d'or et d'argent qu'elles eurent cours et se mettoient à moiclié plus que le prix de l'ordonnance.

En l'an mil cinq cens quatre vingtz, les Protestans de Braban et de Flandres esleurent le dict monsieur duc d'Alençon pour seigneur d'aucunes de leurs provinces et tel fut publié. Il alla en Angleterre au commencement de l'an mil cinq cens quatre vingtz deux pour y dresser son équipage. Le prince d'Orange avec grandes troupes alla au devant de luy, arriva aux isles de Zélande le neufiesme febvrier du dict an, delà à Olissande le dix-septiesme du dict moys où il fut bien receu. Feist son entrée magnificque à Anvers, où il fut fait et proclamé duc de Braban et marquis de l'Empire; accorda aux Catholicques l'exercice de leur religion. Les Protestans et leurs ministres en furent mal contons et dès lors ne le veirent de bon œil.

Au moys de juillet (i), il feist aussy son entrée magnificque à Bruges (2) où fut descouvert une conspiration contre luy par ung Piémontois qui fut constitué prisonnier et trouvé mort en la prison et néantmoings exécutté. Ce pais ne luy fut agréable; s'en retourna en France. Mourut à Chasteau-Thierry le dixiesme juing mil cinq cens quatre vingtz quatre (3).

les provinces de Berry, de Touraine, d'Anjou et du Maine et prit le titre de duc d'Anjou, sous lequel il est connu dans Thistoii-e. » fMs. de M. de La Sicotière.J

(1) Add. « Le J6 juillet, o (Id.)

(2j Add. « Où il fut proclamé comte de Flandre. Il reçut à Gand les ornemens de comte de Flandre. » (Id.J

(3) Add. « Le duché d'Alençon et le comté du Perche furent réunis à la Couronne par déclaration du 9 août suivant. Le roi de Navarre devint le plus proche héritier de la Couronne. » fid.j

« Le corps [de François, duc d'Alençon] fut porté à Paris et mis dans l'Eglise Sainct-Magloiro... L'on le porta après dans l'Eglise de Nostre- Dame, où l'on luy lit un service solemnel et de là il fut conduit à Sainct-

Plusieurs conceurent de grandes inimitiez contre le Roy Henry troisiesme, successeur du dict Charles, par lesquelles se vomirent contre luy plusieurs injures tant de bouche que libelles.

Au moys de may rail cinq cens quatre vingtz huict furent les barricades de Paris. Le lloy s'en retira, alla à Chartres où les princes se trouvèrent. S'y feirent quelques édicts au soulagement du peuple.

Le Roy assembla les Estatz à Rloys au moys d'octobre mil cinq cens quatre vingtz huict où messieurs les duc et cardinal de Guyse furent tuez (1).

Monsieur du Mayne, lors à Lyon, print les armes comme firent plusieurs villes de France qui se jetteront en son party. Le Roy se retira à Tours où il fut suivy et assiégé par le dict sieur du Mayne qui print les faulx bourgs Sainct-Symphorien ; le Roy appela à son ayde le Roy Henry de Navarre, depuis Roy de France, qui avoit une armée en Poictou pour les Protestans, qui le vint secourir, feist lever le siège du dict duc du Mayne, qui se retira vers Paris. Son armée s'enfloit lousjours, passa, assiégea et print le Mans, puis assiégea et print Alençon le dix-huictiesme may mil cinq cens quatre vingtz neuf.

Le vingt quatriesme du dict moys, le duc du Mayne arriva au dict Mortaigne avec vingt mil hommes, six pièces de double canon et autres. 11 créa le sieur de Pecheray (^) gouverneur du Perche qui s'en alla à Belesme. Le cappitayne du chasteau, espouventéde la présence de ceste armée, quitta la place; Pecheray y entra, qui la fortifia et, pour ce faire, ruyua plusieurs maisons. Mortaigne, oultre le logement de la pluspart de l'armée, y fournit douze mil pains, vingt muidz d'avoyne et quarante poinsons de vin de munition. La pluspart de la jeunesse du dict Mortaigne se jetta dedans ce party, a cause de quoy (encore que les oiïiciers du Roy et le reste du peuple se conservassent au service et en l'obéissance du Roy), néantmoings fut le dict Mortaigne rendu si

Denys... » (La Fortune de la Cour, ouvi'ai^e curieux tiré dos mémoires d'un des principaux Conseillers du duc d'Alençon, frère du lloy Henri III. Paris, Nie. de Sercy, 1642, in-12, j). h93.)

(1) Add. « Charles de Bourbon, comte de Soissons, qui s'étoit rendu dans le Perclie, y délit, au lieu nommé la Croix du Perche, un corps de cavalerie de ligueurs, assisté de llené de Saint-Denis de Hertré et de Pierre de Fontcnay de Resnière. » (Ms. de M. de La Sicotiùre.J

(2) Add. « Louis de Vallée, sieur de Pescheray. » (Id.J

odieux au party du Roy que depuis il servit comme de proye, de curée et de butin à toultes les trouppes qui marchôrent soubz son service, puis à ceux du party contraire et, en troysans etdemy que dura la force et la rage des troubles, fut pillé et rançonné vingt deux foys sans l'incommodité de la garnison qui y fut establiepour le Roy et entretenue aux despens des habitans.

Le vingt cinquiesme may, le duc du Mayne et ses trouppes partirent du dict Mortaigne, alla à la Ferté Conault et à Vernueil, qui se rendirent à luy. Laissa pour gouverneur à Vernueil le sieur des Ligneriz.

Le vingt huictiesme juillet mil cinq cens quatre vingtz dix, les sieurs de la Frette, comte de Créance, de Hertrey et Sainct-Loup avec leurs trouppes tenant le party du Roy, composées de cinq à six cens hommes, arrivèrent près du dict Mortaigne, y entrèrent et s'y logèrent le premier jour d'aoust. La nuyt d'entre les deux et troysiesme du dict moys d'aoust, le dict Pecheray avec ses trouppes tenans party contraire, entrèrent au dict Mortaigne sans estre aperceuz. Les gens de pied s'amusèrent au pillage, les gens de cheval firent ung gros par la ville, criant : « Vive Pecheray! » Le sieur de la Frette qui lors faisoit la ronde par la ville, à cheval, oyant ce bruit, fait alte; envoya advertir ce qu'il peult de ses gens qui montent à cheval, autres de pied se joignent avec luy, chargent et défont les trouppes du dict Pecheray qui fut blessé d'un coup de harquebuzade dedans le bras, dont il demeura estropiât. Plusieurs des gens de Pecheray y furent tuez, au nombre de cinquante, entre autres le sieur de Bretel. Pecheray et ses trouppes se retirèrent en routte à Belesme avec butin de plusieurs chevaulx des dicts sieurs de la Frette, comte de Créance, Hertrey et autres.

Belesme fut reprins sur le dict Pecheray par Pierre de Fontenay, escuier, sieur de la Resnière (l), qui l'en chassa. Se saisit du chasteau, y installa garnison pour le Roy et conserva les habitans sans aucune perte durant le reste des troubles et eu fut pourveu par le Roy de la cappilainerye et gouverneur.

La Ferté Conault fut reprinse par le Roy et la garnison , que le duc du Mayne y avoit mise, chassée.

Le vingt septiesme septembre mil cinq cens quatre vingtz dix,

(Il Fils de Anseaume de Fontenay et d'Anne de Barville. Il épousa Anne Lie Chevalier et devint seigneur de Courboyer par l'achat qu'il fit de cette terre, le -4 août 1600. Voir « Pierre de la Reinière, gouverneur de Bellême », par le docteur Jousset. Nogeut-le-Rotrou, 1868, br. in-S" de 27 p.

quelques soldats de la garnison de Mortaigne allèrent picourer versBelesme; furent poursuiviz par la garnison de Belesme, partye de ceux fuyans se saulvèrenl dans l'esglize Sainct-Langis-lez- Mortaigne, y furent assiégez, le feu mis à l'esglize; se rendirent. Fut l'esglize du tout bruslée et rebastie en l'an mil cinq cens quatre vingtz quinze.

Le quatorzeiesme décembre, Alençon fut assiégé par le maréchal de Biron pour le Roy. Le dix neufiesme du dict moys la ville se rendit ; le Roy y entra le vingt troisiesme du dict moys et le vingt quatriesme du dict moys le chasteau se rendit par le cappitayne Lago, moyennant six mil escuz qui luy furent payez. Les habitans de Mortaigne fournirent de munitions à l'armée du Roy dix mil pains, vingt poinsons de vin et quinze cens escus (1) .

La nuict d'entre le quinzeiesme et seiziesme janvier mil cinq cens quatre vingtz onze, monsieur Charles de Bourbon, comte de Soissons, par intelligence qu'il avoit avec le sieur des Ligneriz, entra dedans Yernueil par la faulse porte du chasteau et le remist en l'obéissance du Roy. La garnison qui y estoit se retira à Dreux, Bretueil et autres lieux ; le dict sieur comte y laissa le dict sieur des Ligneriz pour gouverneur pour le Roy.

La nuict du vingtiesme avril au dict an, Yernueil fut reprins sur le sieur des Ligneriz par le vicomte de Tavannes qui tenoit le party du sieur du Mayne, qui y mist pour gouverneur le baron de Médavy, qui le garda jusques à la paix soubz le dict duc du Mayne et en est demeuré gouverneur.

Le trcnteiesme avril au dict an, la Ferté-Besnard, qui est du domayne du duc du Mayne et tenoit pour son party, fut assiégé par monsieur le prince de Gonty et rendu le vingt quatreiesme may. Le dict sieur de la Frette y fut blessé d'une harquebusade dedans le col.

Entre louttes les plus grandes ruynes advenues au dict Mortaigne durant les guerres dernières, il y en a deux remarquables et particulières, la première fut le cinquiesme novembre mil cinq cens quatre vingtz dix que aucuns seigneurs du païs avec amas d'environ douze ou quinze cens hommes, de nuict pétardèrent l'une des portes, entrèrent au dict Mortaigne qu'ils pillèrent, prindrent et rançonnèrent plusieurs personnes, entre autres le dict maistre Jehan Abot , homme riche et sans enfans , duquel la maison fut du tout pillée avec perte tant en or, argent, mounoye

(1) Var. « Quinze mille écus. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

244 ANTIQUITÉS DU FERCHE.

et à monnoyer, que autres meubles à l'estimation de cinquante mil livres et oultre paya douze mil livres de rançon.

Les païsans des paroisses de Bazoches, Sainct-Hillaire, Saincte- Géronne et autres qui s'estoient armées soubz leur cappitayne les Ghenais-Hayot pour le party de la ligue, s'assemblèrent au bourg de Rouvel entre Sainct-Hillaire et Saincte-Géronne; pour les menaces que les dictes trouppes faisoyent de les charger, s'y barricadèrent. Les dictes trouppes les chargèrent et défirent, bruslèrentle village et y moururent tant de coups que de feu environ deux cens des diclz païsans. Ge faict, les dictes trouppes retournèrent au dict Mortaigne et ruynèrent tout ce qu'ilz y trouvèrent de reste (1).

La nuict d'entre le lundy douzeiesme et mardy treizeiesme juillet mil cinq cens quatre vingtz treze, la Morandière (2), lieutenant du baron de MédaxT, gouverneur de Vernueil, Braquetrerie et autres cappitaynes, au nombre de deux cens cinquante chevaulx et deux cens hommes de pied, entrèrent dedans Mortaigne pensant surprendre le fort du chasteau (3) sois au milieu du dict Mortaigne où se retiroyent les principaulx habittans; y firent leur effort , furent repoulcez , plusieurs blessés , deux de Mortaigne mortz, plusieurs maisons pillées et quelques hommes rançonnez.

La deuxiesme [ruyne] fut la nuict du seiziesme juillet que le dict gouverneur et la garnison de Veruueil et plusieurs autres entrèrent dedans le dict Mortaigne au nombre de quinze ou seze cens, blocquèrent le fort et, sur les six heures du matin, par leurs trompettes sommèrent les habitans qui s'y estoyent retirez d'eulx rendre; le refus faict, firent bracquer deux pièces de canon contre la tour de l'esglize Nostre-Dame où les officiers du dict Mortaigne et quelques autres, au nombre de vingt-huict, s' estoyent retirez eu défiance d'estre surpris dedans le fort pour de mauvaises intelligences qui y estoyent et, sachans que particullièrement on leur

(1) Adcl. « François Rouxel de Médavy, gouverneur du Perche pour la Ligue, trouva, par le moyen d'une intelligence, la facilité d'entrer dans Verneuil par une fausse porte et de se rendre maître du château; il força la Tour Grise et la ville où commandoit pour le roi Jean de Dreux Morainville que Henri IV avoit fait gouverneur du Perche, après un sanglant combat dans le(juel Jean de Dreux fut tué ; il étoit le dernier mâle de la maison de Dreux issue de Louis le Gi'os par Robert, cinquième fils de ce roi. » (Ms. de M. de La Sicotière.J

(2) Jacques Desmoutis de la Morandière.

(5) Add. « Qui avoit été bâtie en 14H par Jean 1er, comte d'Alençon et du Perche. » (Id.J

en vouUoit pour les rançonner, se baricquadèrent en l'esglize Nostre-Damc et sur les voultes et tour d'icelle. Le fort fut prins, l'assault donné Iroys loys et l'esglize avec cscliellcs par les voirières d'icelle que les assaillans rompirent, bien attaquée. Plusieurs des assaillans furent versez à jour à coups de picque et renversez dos murailles par terre. Au troisiesmc assault forcèrent l'esglize ; l'on se retira sur les vouttes, la porte de bas bien baricquadée. Pendant ce combat, pour nous espouventer, firent tirer dix-huit voilées de canon contre la tour de la dicte esglize, qui en rompirent quelques murailles et pierres de la charpenterye qui porte les cloches. Les assaillans entrèrent dedans l'esglize, qui crient : « Tue ! Tue ! Au feu ! Au feu ! Rendez-vous ! Rendez-vous ! » Au lieu de quoy, nous persons les voutles de l'esglize et à coups d'harquebuze la leur faisons quitter, où furent tuez les plus bazardeux de leur trouppe. Hz retournèrent avec quantité de paille en laquelle ilz mettent le feu, pensant faire saulter et crever les vouttes ou, par le raoicn de la fumée que rendoit la paille, empescher qu'on ne les peust veoyr pendant qu'ilz . feroient leurs efforts à rompre la porte de la montée de la tour; mais la flamme de ce feu donnoit encore plus de lumière pour les congnoistre sur le pavé de l'esglize où coups d'harquebuzcs ne leur estoyent espargnez. D'ailleurs, ceulx des nostres qui estoyent sur les galleries de l'esglize en attrapoyent tousjours quelques ungs de ceux qui passoyent par les rues. Le gouverneur de Vernueil, voyant qu'il ne pouvoit espérer de son siège que des coups, feist sompner la retraite et, environ troys heures après midy, leva le siège et y demeura des siens cinquante cinq hommes tant mortz que blessés, sept cappitaynes et cinq enseignes ou drapeaux, asçavoir : Jouan, Hierosme et Jacques, espagnolz, La Fumée, habitant de Vernueil, Sainct-Severin, Le Val et La Grenouillière qui fut emmené fort blessé et mourut sur le chemin. Un seul des nostres [fat] blessé qui en mourut. Anceaulme de Fontenay, escuyer, sieur de Souasey, lieutenant du sieur de Fontenay, son frère, lors gouverneur du dict Mortaigne, avec ce qu'il avoit de soldats, s'étoit retiré sur les vouttes de l'esglize de Toussaincl du dict Mortaigne, mais n'y furent attaquez. Les dictes trouppes emportèrent ce qu'elles trouvèrent de reste de meubles es maisons et priudrent quelques prisonniers (1).

(1) Adtl. « Nom des principaux liabitans qui défendirent Mortagne, le 16 juillet 1595 : M"-' Rodolphe Faguet, lieuteuaut général; M*^ Guillaume

L'esglize fut poluée à raison des meurdres y commis, et réconciliée le vingt deuxiesme aoust suivant par messire René Le Mère, prestre 'officiai de l'evesque de Sees et doyen de la dicte esglize de Toussains.

Nogent-le-Rotrou ne s'est point senty des furies de ce misérable temps, desquelles il a esté garanty par la bonté et faveur de ce bon prince monsieur le comte de Soissons.

Gomme aussy Bellesme en a esté garanty par la prudente conduite et bon hœur du dict de Fontenay, gouverneur du dict Bellesme (1).

Le vingt cinquiesme juillet mil cinq cens quatre vingtz treze, le Roy feist profession de la religion catholicque et dès lors touttes villes et le peuple se jettèrent entre ses bras avec des millions d'actions de grâces envers Dieu, la paix faicte et touttes armes mises bas et, de tous les troubles ne resta feu, fumée ny cendre par la grâce de Dieu auquel soit honneur et gloire (2).

Catinat, élu, son gendre; Me Grestot, sieur de la Rousselière, lieutenant du prévôt ; Me Denis Fouteau, procureur du Roi, et son frère, M^ Fouteau, sieur Desvaux, célèbre et digne avocat; le sieur de Tassel; Jean Grestot, sieur de la Bouchotière, enquêteur, et son fils, grenetier; Gobillon; Prevostière ; Bellanger, sieur de la Troche; Pierre de Fay, sieur des Héberges, qui vint au secours de la ville. » {Ms. de M. de La Sicotière.J — Gette liste fut empruntée par Delestang à René Gourtin. Odolant-Desnos la reproduisit également en partie (Mém. liist. sur Alençon et sur ses seigneurs, t. II, p. 566, note 1).

Voir à ce sujet un article du vicomte de Broc dans le Bulletin de la Soc. hist. et arch. de TOrne (1890, 4e bulletin, p. 460), sous ce titre : « Les Héros de Mortagne en 1593 >.

(1) Voir: Bellème. Le désordre de l'année i590, parle D»" .Jousset. Mortagne, mars 1867, 8 p. in-S».

(2) Add. « Il se trouva encore quelques restes de ligueurs qu'il fallut soumettre par la force. On fut obligé d'envoyer cette année un régiment contre les habitans du Teil qui .s'étoient barricadés dans le bourg et dans l'église et, quatre ans après, un autre régiment contre ceux de Bellou-le- Trichard qui en avoient fait autant. Mais les uns et les autres furent défaits et les paroisses ruinées, n [Ms. de M. de La Sicotière.J

Toute cette dernière partie de l'histoire du Perche est d'autant plus intéressante et digne de foi que Bart des Boullais était contemporain des faits qu'il raconte et même témoin, sinon acteur. La façon détaillée et précise dont il rend compte de l'attaque de l'église Notre-Dame laisse supposer qu'il était à Mortagne lors de ces événements et qu'il y prit une part active.

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