X PREFACE
exception pour des arbitrages retentissants et récents. Nous n'avions pas un instrument de travail analogue à ceux que nous possédons pour les autres branches du droit, c'est-à-dire un exposé approfondi des précédents et de la jurisprudence antérieure. Et il faut remarquer que, bien que l'appareil extérieur se soit modifié, que l'arbitrage fonctionne dans des conditions sensiblement différentes de celles qui se rencontraient autrefois, la matière même n'a pas changé ; il y a toujours intérêt à savoir comment se présentent les questions litigieuses internationales et de quelle façon on a procédé à leur règlement par arbitrage. On se rendra facilement compte des adaptations à faire pour tirer un utile parti des leçons du passé.
Certains pourront penser que je songe à une complication bien inutile et que les litiges internationaux peuvent se régler plus aisément sans se préoccuper autant des idées juridiques. Des hommes politiques ou des diplomates pris comme arbitres trouveront des solutions inspirées par le bon sens et l'esprit politique et dégagées des subtilités des juriconsultes de profession. J'ose croire et affirmer, au risque de me voir comparé à M. Josse, que l'arbitrage international ne se développera sérieusement qu'en quittant d'une manière absolue le domaine politique et diplomatique où il a été longtemps confiné pour rester pleinement dans le domaine judiciaire où il ne fait qu'entrer. C'est à cette seule condition qu'il inspirera confiance aux gouvernements et aux peuples, qu'il offrira des garanties surtout aux petits États trop souvent exposés à être victimes de considérations politiques. Les arbitres sont des hommes politiques, des diplomates, des magistrats, des jurisconsultes de profession ; ils sont au plus haut degré pénétrés des intérêts de leur pays, ce qui est naturel. Mais, s'ils ont conscience de leur rôle, du caractère sacré de la mission qui leur est confiée, ils doivent se faire une âme judiciaire pour apprécier la difficulté qui leur est soumise. La Haye exerce à ce point de vue une action bienfaisante. C'est le milieu le plus calme que l'on puisse rêver, il y a là une atmosphère dans laquelle les juges, éloignés des influences politiques, des préjugés nationaux, doivent vivre une fois que les débals