‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 2)Chapitre 158 sur 164 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Picquigny, et plus anciennement Pinkeni, Pinkinei, Pecquignj , se trouve mentionné en 9/pij sous le nom de Pinquigniacum , et sous les noms de Pinconii castrum, en 1066; de Pinchiniacum , en 1110. Ce bourg, baronnie de franc alleu, qui tenait dans sa mouvance trois cent soixante fiefs, est situé sur la Somme, à trois lieues d’Amiens et à sept lieues d’Abbeville. C’est aujourd’hui un chef-lieu de canton. On lit dans les Grandes Chroniques de France, qu’après la défaite des Huns à Lihons en Santerre, les habitants d’Amiens, qui avaient livré passage aux barbares, se réfugièrent dans le château de Picquigny, pour se mettre à l’abri de la vengeance de Dagobert, et qu’ils y furent assiégés par ce prince. Mais ce fait a été avec raison relégué au nombre des fables C

Le 17 décembre 942, Arnoul, comte de Flandre, et Guillaume Longue-Epée, duc de Normandie, eurent une entrevue à Picquigny pour traiter de la paix, lis se rendirent tous deux dans une petite île de la Somme, laissant chacun son année, Guillaume sur la rive droite, Arnoul sur la rive gauche de cette rivière. Les conférences étaient termi-

1 Adrien de Yalois, dans sa Notice des Gaules, parle, d’après un bagiographe, auteur des miracles de Sainte-Marie de Laon, d’un Guermond de Picquigny, qui vivait avant l’an 5oo, et il s’appuie de ce témoignage pour faire remonter aux temps antérieurs au vie siècle l’existence du bourg; mais le texte invoqué par Adrien de Yalois n’a point

une autorité historique a-sez grande pour faire admettre cette assertion. (Voy. Mémoires de la Société des antiq. de Picardie, t. IV, p. i55. ) Il existe auprès de Picquigny un, très-beau camp romain, dit camp de César. La description en a été faite par l’abbé de Fontenu , Mém. de I’Acad. des inscript., ann. 1736, t. X, p. 436 et suiv.

AMIÉîNOiS

nées, et le duc de Normandie s’éloignait pour se rendre auprès de ses soldats, lorsque Arnold le rappela dans l’île sous prétexte de régler un article important. Guillaume, ne soupçonnant pas une trahison, revint sur ses pas; en ce moment quatre assassins se jetèrent sur lui, et le tuèrent, sans que son armée eût pu lui porter secours l.

En i3û7, les templier s, arrêtés le même jour dans toute l’étendue du bailliage d’Amiens par ordre de Philippe le Bel, furent enfermés dans les souterrains du château de Picquigny, forteresse considérable dont il reste encore quelques débris. Cette forteresse et le bourg qu’elle dominait soutinrent plusieurs sièges dans les guerres du xve siècle, et fuient occupés tour à tour par les Français et les Bourguignons. Le 29 août 1 4^7 5, Louis XI s’y rendit pour conférer avec le roi d’Angleterre, Édouard IV, et l’entrevue eut lieu sur le pont de la Somme 2; Louis XI acheta une trêve, moyennant un tribut annuel de cinquante mille écus d’or. Enfin, le bourg et la forteresse de Picquigny servirent de refuge aux débris de l’armée française, qui s’était portée au secours de Doullens, sous les ordres du duc de Bouillon, du comte de Sainl-Pol et du duc de Nevers, et à laquelle le général espagnol, comte de Fuentès, fit essuyer une sanglante défaite le 1 4 juillet 1 5g5.

Les seigneurs de Picquigny étaient vidâmes d’Amiens; ils relevaient, dit la Morlière 3, « du bras de saint Firmin, martyr, » ce qui signifie qu’ils se déclarèrent vassaux de l’évêque d’Amiens. L’un d’eux, Guermond, joua un rôle important dans la lutte que les habitants de cette ville eur ent à soutenir lors de l’érection de leur commune. Les seigneurs de Picquigny, à titre d’avoués de Corbie, tenaient par délégation de cette abbaye le droit de battre monnaie, ayant cours sur leurs terres et dans leur s fiefs 4. Jusqu’à ce jour, on n’a retrouvé aucun échantillon de cette monnaie.

Nous n’avons point rencontré de document qui permette de connaîtr e l’organisation municipale de Picquigny; mais il est hors de doute qu’il existait dans ce bourg une commune au xme siècle. On voit, en effet,

1 Willclmi Gemmeticensis Hist. norm., lib. IV, 4 Voy., sur la monnaie de Picquigny, D. Car-

c. xi, ap. Duchesne, Hist. norm. script., p. 238. pentier, supplément au Glossaire de du Cange'

* Voy. plus haut, t. II, p. 36?. au mot Moneta.

3 Les Anliq. de la ville d’Amiens, liv. I, p. 53.

PICQUIGNY. 669

en 1211, Enguerran, vicomte de Picquigny, faire jurer à ses vassaux et aux bourgeois de ne prêter ni aide ni conseil au comte de Boulogne, à l’empereur Otlion et au roi d’Angleterre, qui venaient de se liguer contre Philippe-Auguste, et de rester quoi qu’il arrive, fidèles à ce dernier. De plus, le P. Daire nous apprend que l’hôpital ou maladrerie de Saint-Nicolas était administré par l’échevinage b

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