CHARTE DE COMMUNE DE MAYOC ET DU CROTOY
On vient de voir, dans la notice précédente, que les archives municipales du Crotoy avaient été brûlées en i346 par les Anglais. Les habitants, après ce désastre, s’adressèrent au roi de France, Philippe de Valois, en le priant de faire rechercher dans les anciens registres du comté de Ponthieu leurs chartes et privilèges, d’en faire expédier un duplicata et d’en donner en même temps une confirmation. Cette demande fut favorablement accueillie ; le roi chargea Jean du Change, trésorier des guerres, et Toussaint Rayer, garde du sceau de la prévôté de Saint-Riquier, de faire des recherches dans les registres du comté de Ponthieu; la charte de 1209 fut en effet trouvée dans ces registres, et, au mois de décembre i346, Philippe de Valois en confirma toutes les dispositions et en adressa une copie aux habitants du Crotoy h Le préambule de cette charte ne mentionne que la ville de Mayoc; les vingt-trois premiers articles sont presque entièrement conformes à la charte d’Abbeville; les derniers articles portent que, s’il s’élève quelques difficultés entre le comte et la commune, ces difficultés seront soumises à farbitrage des magistrats municipaux d’Abbeville, et que les habitants devront au comte des redevances annuelles et une, entre autres, pour la petite vicomté. Les bornes de la banlieue sont ensuite indiquées, et cette banlieue, autant qu’on
Recueil des ordonnances , t. V, p. 180.
COMMUNES DE LA BASSE PICARDIE
peut en juger d’après les anciennes désignations des lieux, avait une grande étendue.
La charte de Mayoc-Crotoy a été octroyée en 120g par Guillaiinie III, comte de Ponthieu, du consentement de sa femme; de sa fille, Marie, et de son gendre, Simon de Boulogne L
Recueil des ordonnances, t. V, p. i8i.
ORDONNANCE RENDUE PAR LE SÉNÉCHAL DE PONTHIEU AU SUJET DES ÉLECTIONS MUNICIPALES DU CROTOY.
Les habitants des trois localités qui formaient la commune du Crotoy n’étant point d’accord au sujet des élections municipales qui devaient avoir lieu en 1288, Thomas de Sandwich, sénéchal de Ponthieu, instruit de ces débats, commença par constituer un gardien de la commune; puis, s’étant renseigné auprès des maires et échevinages du Ponthieu, et spécialement d’Abbeville, il convoqua les habitants de Mayoc et du Crotoy au mont de Mayoc, le dimanche après f Epiphanie, pour procéder au renouvellement de l’échevinage, et ordonna que le maire et les échevins qui avaient été en charge l’année précédente nommeraient trois candidats pris dans chacune des trois localités formant la commune, c’est-à-dire Bertaucourt, Mayoc et le Crotoy; que, parmi ces candidats, les habitants choisiraient le maire, et que, s’il s’élevait quelques difficultés au sujet de la personne désignée par le scrutin, le maire et les échevins chargés de faire la pré-
' La charte (lu Crotoy fut confirmée par Cliarles V, en iSGg, Recueil des ordonnances, t. V, p. 1 80 ; par Charles VIII , en 1 483 , Trésor des chartes, rcg. ccxiii, 87; par Louis XII, en >498, ihid. rcg. ccxxx, 60; par Charles IX, en iGhô, ibid.reg. CCLXIII &i.f , 358. — Noir Mémoire pour 4P'' le comte d’Artois contre les communautés d’hahitanis du pays de Marcjuenterre. Paris, 1780, in-4°. — Lettre du roi d’Angle¬
terre , comte de Ponthieu , portant que , contrairement aux prétentions des habitants de Mayoc, les objets trouvés dans la banlieue appartiendront au comte, s’ils ne sont point réclamés pendant un an et un jour, 1 282. Bibl. imp. Brcejuignj, 56; Picardie, 1; i272-i364. — Lettres du même qui affranchit les habitants de Mayoc et du 'Crotoy des droits de la petite vicomté, 1285, id. ibid.
JLE CROTOY. — MAYOC.
sentation devraient, dans la même journée et sans quitter le mont de Mayoc, nommer le nouveau maire, en choisissant paruii les trois candidats celui qu’ils jugeraient devoir servir le plus utilement les intérêts de la commune h
An l’an de grâce mil ce iiii“ et v, le jour Saint Remy, vint controversie et 1285. débat, au mont de Mayoch, entre gens jurés demourans au Crotoy d’une part et Jour .le s. Rémy, chiaus de Bertaucourt et de Mayoch d’autre part, seur l’élection du maieur faire à le journée, pourquoi mesire Thumas de Sandwich, alores sénescaus et garde de la terre de Pontieu, prinst le débat en la main du seigneur, et mist pour la communité une garde apelée Pieires deCahours, à che faire serementé, tant que conseillié et ordené fust de maieur faire el dit lieu. A le parfin , li dis monseigneur Thumas de Sandwich, assemblés et apelés tous les maieurs et les meillieurs des eskevinages de Pontieu, as ques il monstra la controversie de la dessusdite élection, qui longue seroit par escrit raconter, retenues et aprinses toutes les élections des maieurs faire des boines viles de Pontieu par les maieurs et eskevins dessus dis, et espécialment par le maieur et les eskevins de le boine vile d’Abbevile, comme de chele là où leur ressors est, de leur commun assentement, en boine foy prononcha et pour cose estable à tous jours mais confrema, en lieu de seigneur, li devant dis sénescaus, présent toute la communité de Mayoch et de Crotoy à Saint-Pierre, le diemenche prochain après la Tiephagne, en l’an dessus dit, que au maieur faire, après le conte rendu en l’esquevinage, s’asamblent la communauté au mont de Maioch ; et li maire et li eskevin de l’anée passée esliront trois personnes les plus pourfitaules que il saront par leur serement, s’il est assavoir un de Bertaucourt, un de Mayoch, un du Crotoy, qui n’aient esté maieur ne eskevin de fanée, se de la grâce du seigneur ne le fâchent. Et de ches trois nommeront et présenteront un qui sera maire à l’anée à venir, et fera li commun maieur, sans débat, de fun des trois personnes, preudomme et loiel. Et se tant estoit que débat meust entre le commun à cui ches trois seroient présenté, li maire et li esquevin qui présenté l’aront, aient pooir, sans eus partir du lieu à le meisme
* Voyez, sur des iiupôts que ies vicomtes de Mayoc et du Crotoy prétendaient Jever sur tes objets vendus dans ces localités en i384 , Bibi. imp. fonds des cartul. 65, fol. Sig v°, Szo r° et v“.
Nous indiquerons encore, parmi les actes émanés des rois d’Angleterre, une charte par laquelle Edouard accorde aux maire et éche- Tiers état. — iv.
vins du Crotoy les dunes en long et large, depuis le château du Crotoy jusqu’à la croix de Barharmer, moyennant un cens, l.a garenne et la chasse sont réservées au prince; les habitants ont seulement le droit de pâturage sur ces dunes. — i3io , lendemain du jour de Pasques. (Reg. du bureau des finances d’Amiens.)- — Dom Grenier, vol. 101 (xv' paq. n° 2, p. 343).
journée là où faire le deveront, de prendre l’un de ches trois par leur seremens le plus pourfitaule et le plus soufEssant au seigneur de le terre et au commun par leur serement. En tesmoing et perdurableté de clies choses dessus dites, nous Thumas dessus nommés, sénescans de Pontieu, à la requeste du maieur et eskevins, et pour le bien et le pourfit du commun, avons fait cheste lettre seéler du seel de par le très noble prinche monseigneur Edwart, par la grâce de Dieu roy d’Engleterre, establi en Pontieu. Faite l’an et le jour dessus dith
Bibl. imp. fonds des cartulaires, n° 65, fol. 826 r°. — Dom Grenier, vol. 100 (xv“ paq.
ni.