‹ Recueil des réponses faites par les communautes de l'élection de Gap au questionnaire envoyé par la commission intermédiaire des états du DauphineChapitre 13 sur 219 · Il n'y a aucune de ces fondations · texte numérisé non relu

Il n'y a aucune de ces fondations

23. En 1762, le dernier parcellaire a été fait^^^; il est en bon état, de même que les coursiers; les papiers et titres de la communauté sont conservés; pour leur garde, on les place dans les archives fermées à deux clefs, dont le premier consul est muni d'une et le secrétaire de la communauté est muni de l'autre '^l

Fait par nous, officiers municipaux de la communauté d'Avançon, le i4 avril 1789.

Signé : J. Girard, œnsid, J. Garniér, consul, Honnoré, secrétaire commis.

Arrondissement et canton d^Embruo, commune; 855 mètres d^altilude; à Al kilomètres de Gap et k d'Embrun; superficie en hectares, 1,099; habitants, aoo.

Réponses à la lettre et aux questions de Nosseigneurs de la Commission intermédiaire des Étais du Dauphiné du ù8 février ij8g.

1. Le territoire de la communauté de Baratier a 5 00 toises de largeur sur une lieue de longueur; il n'y a qu'une seule paroisse.

^*) André Garnier, d*Avançon, curé au moins dès le 7 août 1775, tr vicaire directeur du séminaire d^Embrunn le 33 mai 1791, élu évéque constitutionnel des Hautes-Alpes, après démission d*Ignace de Gazeneuve, en décembre 1799* consacré À Aix le 19 janvier 1800, installé ie 19 février suivant, démissionnaire en septembre 1801, surnommé VÈvéquê de plâtre , retiré à Avançon , où il mourut le 1 7 avril 1816,

À 89 ans. (FoRNiER, Hist, gén. des Alpes J t. 111, 1893, p. 167-168.)

^'} Par Jacques Chevalier, (géomètre des Grottes en Embrunais; in-folio de 117 feuillets. Autre cadastre de i638, par Jean Tanc, notaire, in- II" de 3iG feuillets.

^'} Sur Tétat des archives eu 1 889 , voir Procèt'Verbaux du Conseil généreU des Hautes-Alpes, août 1890, p. 168, et p. 9 1 du tiré à part.

qui est composée du chef-lieu et de trois autres petits hameaux ^^K

2. La population de cette communauté consiste à environ 2 & o individus.

3. Il n'y a point d'accoucheuse; il serait à désirer qu'il y en eût une sur les lieux; dans les cas urgents, les habitants ont recours aux accoucheuses de la ville d'Emhrun, qui est éloignée dune demi-lieue , et comme cette ville est fermée , ils ne peuvent en tirer aucun secours pendant la nuit; pour lors, les femmes s'aident mutuellement les unes aux autres, et la vie de la mère et de l'enfant est en grand danger.

. à. Les mdadies épidémiques sont assez fréquentes dans la communauté; il y en a eu une l'hiver dernier; on a pratiqué l'inoculation de la petite vérole avec assez de succès.

5. Les maisons sont bâties en pierres, dont le ciment est la chaux et le sable; elles sont couvertes en ardoises, excepté trois à

Juatre qui sont couvertes en chaume. Il n'y a point de carrières 'ardoises, et les habitants tirent l'ardoise de la conununauté de Chftteauroux, qui est à la distance d'une lieue et demie; il n'y a non plus aucune fabrique de tuiles, ni même à proximité; le prix de la toise de couvert pour l'ardoise simplement est au moins de 6 livres.

6. Le sol de la communauté est en général sablonneux et pierreux.

7. Il se perçoit dans la communauté du blé, du vin, de l'huile, des pommes de terre et quelques autres légumes; les arbres fruitiers y prospèrent assez, et celui de tous qui donne le plus abondamment est le noyer; mais cet arbre, outre qu'il nuit aux récoltes du terrain dans lequel il est planté, est fort sujet à la gelée du printemps, malheur dont non seulement la communauté, mais tous les environs se ressentent, ce qui fait que cette espèce de récolte, sur laquelle l'habitant se fonde beaucoup, est souvent très médiocre , et eUe ne dédommage pas même de la perte que l'ombre de ses branches peut occasionner. La fosserée de vigne est composée de 100 toises delphinales; située en majeure partie dans un terrain sec et aride, elle produit, année commune, deux quintaux de vin dont la qualité est très mauvaise.

'*) Les Allemands, Charamaiile, Valubaye.

8. L'habitant se nourrit de pain, des choux et des pommes de terre, et quelques-uns d'entre eux sont même obligés de faire du pain de pommes de terre, qu'ils mêlent avec un peu de farine; ils cuisent ae même du pain d'une autre espèce ae récolte qu'on appelle sorbes, qui leur est aussi d'un grand secours, le tout pour se soustraire à la faim.

9. Dans le temps de disette, on achète le blé an marché d'Embrun.

10. Il n'y a aucune production surabondante, si ce n'est un peu d'huile, lorsque, comme on a déjà eu l'honneur de l'observer, les bourgeons ne gèlent point en printemps , et cet excédent d'huile se débite à Embrun. Il n'y a aucune foire.

1 1 . Les bois et les forêts ont totalement été dévastés depuis qu'ils ont été confiés au soin de la Maîtrise, et principsdement depuis l'inféodation de MM. de la Hogue et Gassiny ^^); il n'y aurait d'autre voie pour leur rétablissement que de les confier à la vigilance des officiers municipaux, et dès lors ils pourraient suffire aux besoins. Le mélèse est la seule espèce d'arbre qui soit dans les forêts.

1 2« Les communes de la communauté consistent en quelques pâturages pour le menu bétail , dans la montagne.

13. Le torrent de Vachères, fort impétueux, coule du midi au nord et traverse le sol de la conununauté; il fait un ravage considérable dans les temps pluvieux, et principalement au chef-lieu; ce torrent a enlevé quantité de terrain de la meilleure qualité et n'a laissé qu'un gravier qui rend ces terres impropres à toute culture. La qualité de l'eau est propre à l'arrosage ; il y a deux canaux qui prennent leur source à ce torrent, et ces canaux servent à arroser toutes les prairies de la communauté ; ils sont en fort mauvais état , et leur entretien annuel est très coûteux , premièrement , en ce que l'impétuosité de ce torrent les fait ébouler de temps à autre en les surchargeant d'eau et les faisant ébouler; secondement, en ce que le sol étant naturellement pentueux, il se forme quantité de ravins qui, en ravinant les terres, viennent le traverser, et plus encore parce que le terrain coule continuellement. Ces deux canaux exigeraient des réparations urgentes et considérables, k la dépense des-

• ^*) UinféodatioD des forêts de Bart- nat., Q 99.) Le plan de cas for^U,

lier, des Crottes, d*Embrun, etc., ea dressé par Tingénieur Baudry en

faveur de Juste de la Hogue et de 177^1 existe également (Ibid,, Plans,

Gassini, eut lieu le a 3 mai 1778. (Arch. n* 1&958.)

quelles la communauté n'est pas en état de fournir. Un autre torrent qu'on appelle Nautret traverse encore la communauté, qui, dans ses débordements en temps de pluie, ravine les propriétés et rend les coulées plus fréquentes. On pourrait les contenir tous les deux par des digues.

li, U y a dans la communauté 19 paires de bœufs, 8 juments ou mauvais chevaux, 3q bourriques, environ 100 brebis ou moutons, et ce qui empêche la propagation de ce menu bétail est la cherté du sel , le peu de facultés des habitants et la petite quantité de fourrages, qui pourrait être augmentée par le rétablissement des canaux.

15. n n y a aucun artiste ni maréchal dans la communauté de Baratier.

16. Il n'y a ni industrie, ni commerce, et on ne voit pas qu'on peut y faire quelque établissement en ce genre.

17. La municipalité est composée d'un consul, un secrétaire et deux conseillers.

18. La communauté n'a aucun revenu; elle est abandonnée à ses propres forces.

19. Les charges locales de la communauté se montent à lAo livres annuellement (')• Elle doit un capital aux dames religieuses de la Visitation Sainte-Marie d'Embrun, de 3 00 livres, dont l'intérêt est au a p. 0/0 (^); au chapitre d'Embrun, de 5oo livres, dont l'intérêt est de même de 3 p. 0/0 (^); à l'hôpital général d'Embrun , la somme de 1 60 livres, de même au a p. 0/0 ^^K Elle doit, en outre, a,6oo livres, que la communauté a été obligée d'emprunter à deux différents particuliers, pour fournir aux frais d'un.procès que la communauté a été forcée de soutenir, à raison d'un canal d'arrosage, avec le nommé Jean Buffe, de Saint-Sauveur, dont eUe paye l'intérêt au 5 p. 0/0. La communauté paye annuellement, au domaine de Sa Majesté (^), la somme de i3 livres 4 sols, et à M. le Gouverneur d'Embrun ^®^, celle de 3 livres 19 sols.

(*} Charges locales en 1789 : maître ^^^ Soit 17 1. 10 s. (ilnd.).

d*école, 36 I.; garde champélra, aS; (*) 1 ï, 11s, {ibid.).CÎ,Inv, dei At*ch,

oitretieo de deux béais ou canaux d^ar- deê Hautei-Alpei , série H suppl. 910.

rosage, 11, etc. (Ordonnance du ^*) tr Pour les quatre florins'? (G 107,

ao noY. 1788 : G 107, f" 9.) f 9).

^*J Soit 6 I. (G 107). ^«î «Pour Tustensiie» (ibid.).

AO

iO. Depuis fjàli^ il n'a point été rendu de compte consulaire; le consul est toujours chargé forcément de la recette des impositions ; la raison qui a empêché qu'on ait rendu les comptes est qu'il n'y a eu aucun consul envers qui la communauté n'ait été rede* vable.

21. Le seul revenu des pauvres consiste dans la vingt-quatrième.

22. Il n'y a aucune fondation pour les hôpitaux, ni pour l'éducation publique; ia communauté avait autrefois un maître d'écoie depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, pour les gages duquel on imposait la somme de 36 livres; depuis environ vingt-cinq ans. Monseigneur l'Intendant a refusé l'imposition de cette somme , ce qui a été cause qu'il n'y a pas eu de mattre d'école.

23. Le parcellaire a été fait en 1676; il est en très mauvais état^^); il ny a pas de registre coursier, les mutations se font à la suite du parcellaire. Il serait d'absolue nécessité de le faire de nouveau. Il y a fort peu de titres et papiers ; la majeure partie fut enlevée en 1692 par les ennemis de l'Etat (^); ceux qui ont échappé n'ont pu être soigneusement conservés, parce que la conmiunauté a été obligée d'abandonner la maison commune à M. le Curé pour lui servir de logement , la maison curiaie étant tombée en ruine , faute d'avoir des moyens pour l'entretenir, et cette maison commune, qui est aujourd'hui maison curiaie, est en très mauvais état, l'indigence de la communauté n'ayant point permis à ses habitants de la réparer depuis plus de dix ans ; ils n'ont eu , dès lors , d'autre ressource, pour conserver le peu de papiers qui leur restaient, que de les remiser dans un mauvais coffre, qu'on a placé au fond de l'église comme l'endroit le plus sûr^^l

La communauté se voit à la veille de chercher un autre logement au curé ^^\ si on ne vient à son secours en lui accordant quelque dégrèvement pour faire réparer celui qu'il habite*

La communauté a l'honneur d'observer à Nosseigneurs de la Conunission intermédiaire qu'elle est une des plus infortunées de

^^} Ce cadastre n'a pas été retrouvé , mais oa en a rencontré un,' en latin, de i486, par Jacques Briançon et Mondon Sahi ou Salva , notaires ; ia-k^ de 1^7 feuillets.

^*} Les Piémontais et leurs alliés. Cf. La campagne de iSga datie le Haut- Daufhiné; par Ad. db Rochas. Grenoble, 1874, in-8^ (Extr. du Bull, toc, de gtatislique de l* Isère,)

^') Sur la situation de ces archives en 1886, yoîr Procèê-verbaux du Conêetl général des Hautes-Alpês , août 1887, p. i34.

(*) Michel Ranguis , de SaintrSauveur, né le 1 3 janvier 1737, curé de Baratîer en 1 788 , nommé en 1 8o3 k la cure de Saln^Sauveur, où il vivait encore en 1 8 1 5. (C£ Inv. des Arch. dês HauUs» Alpes, série G, t. VI, Introd., p. iiiv.)

TEmbrunais, que ses habitants sont si malheureux et si accablés de misère , qu'une partie ayant des enfants qui ne sont point dans le cas de gagner leur vie est obligée de les faire mendier dans les communautés voisines pendant toute Tannée, et que l'autre, dont la famille en entier pourrait travailler en été, est néanmoins obligée de s'expatrier, d'aller en Provence ou ailleurs, pour se soustraire à la faim pendant l'hiver.

Telles sont en précis les observations et réponses de la communauté de Baratier à la lettre de Nosseigneurs de la Commission intermédiaire, les suppliant très humblement d'y avoir égard.

Signé : D. Jourgin, consul, Tholozan db Verdun, Signorrt, député.

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