‹ Recueil des réponses faites par les communautes de l'élection de Gap au questionnaire envoyé par la commission intermédiaire des états du DauphineChapitre 184 sur 219 · SAINT-SAUVEUR-LÈS-EMBRUN. U · texte numérisé non relu

SAINT-SAUVEUR-LÈS-EMBRUN. U

5. Les habitants ont essuyé quelquefois des maladies épidéniiques et il y a eu, entre autres, l'automne dernier, beaucoup de fluxions de poitrine et de fièvres putrides, dans certaine hameaux plutôt que dans d'autres, et il est mort environ 3o chefs de famille. On n'y pratique point l'inoculation.

6. La plus grande partie des bâtiments de la communauté est couverte en ardoises. On n'en compte qu'environ une vingtaine couverts en chaume. 11 n'y a ni ardoisière ni fabrique de tuiles. On tire l'ardoise ou de Saint-André, ou de Crévoux, ou des Orres, et la toise de couvert à petite chai*pente coûte, suivant le prix courant, i6 livres.

7. Le territoire est en grande partie en terre argileuse et, conséquemment, fort ingrate.

8. Elles ne sont qu'en blé et peu de vin de mauvaise qualité. On y perçoit des pommes de terre. Il n'y a en arbres fruitiers que des noyers, des poiriers et des pommiei*s , qui , par rapport à la position du territoire, opposé directement à la bise, ne sont que d'un très médiocre produit.

9. On ne perçoit pas, à beaucoup près, en tout genre, le nécessaire pour la consommation. Les habitants vont passer en grande

artie le quartier d'hiver dans les provinces voisines, pour gagner eur vie et économiser les perceptions pour ceux qui restent dans

la maison; malgré cela, ils achètent du blé aux marchés d'Embrun.

Leur nourriture est du pain , de la soupe faite avec du jardinage et

des pommes de terre.

1 0. La disette est fort commune dans cette communauté, tantôt par rapport aux neiges précoces qui, séjournant trop sur les tenues emblavées, font périr les plantes, tantôt par rapport à la grêle, que sa position, opposée à la bise, semble lui attirer plus particulièrement qu'aux autres communautés. Et, dans ce cas, l'habitant se pourvoit aux marchés d'Embrun.

11. Il n'y a jamais de production surabondante, quelques bonnes que puissent être les récoltes, parce que le terrain est trop ingrat relativement à la population et surtout par rapport aux inconvénients auxquels il est sujet. S'il y en avait, on ne pourrait les vendre qu'aux marchés de la ville d'Embrun , en les faisant porter sur des bêtes de charge. Il n'y a point de foires ni marchés dans celte communauté.

1:2. Les bois et forêts sont en mauvais état et, par les abattis

que l'on v fait furtivement, malgré les soms des administrateurs, bientôt ils ne pourront plus fournir aux besoins des habitants. Il serait à désirer que Ton y porte un prompt remède, parce qu'indépendammenl de la conservation et d'une plus grande popidation , on ne verrait pas les terres inférieures tant exposées aux ravins*

13. La communauté n'a à son particulier aucune commune. Cependant, comme faisant partie de la ville et terre commune d'Embrun , qui comprend cette ville , ses hameaux et la communauté de Saint-André, elle a droit de faire pattre ses gros bestiaux dans des vallons ou parties de montagnes situés dans le territoire de Saint-Sauveur, conjointement avec toute la terre commune , et il ne parait pas qu'on puisse les rendre plus utiles.

14. Il y a dans cette communauté trois torrents, l'un au levant appelé le torrent de Crévouk, Il confine cette communauté du même côté. Il passe au-dessous des hameaux des Vabries et du Coin, dont il attire considérabkment le terrain. Il y occasionne des coulées extraordinaires et très fréquentes, et il parait qu'en faisant des digues au bord de ce torrent, ces coulées seraient moins fréquentes. Le second torrent, appelé PéUard, est immédiatement après le hameau du Coin. Il prend du midi au nord. Sa source nest pas considérable, mais elle le devient dans le temps de la fonte des neiges ou des grosses pluies et elle le deviendra infiniment plus, si on ne conserve les forêts supérieures. C*est le seul remède qu'on puisse y apporter. Le troisième est le torrent de Vachères, qui est au couchant et au-dessous des hameaux des Saletles, des Maniiis, des Michels, des Garcins et des Gustins. Ce torrent attire encore plus particulièrement le terrain. Il n'y a pas d'année qu'il n'occasionne des éboulements et des affaissements surprenants. Les propriétaires des bâtiments dans ces hameaux sont obligés de faire des contre-murs pour les soutenir et même de les étançonner. Et comme ce torrent a une pente trop précipitée, l'on pense qu'en y faisant des arrêts ^^^ de distance en distance et en le réduisant dans un fit où il fût fixé, outre que le terrain se serrerait et pourrait éviter les éboulements ou coulées, on couperait la force et la rapidité de l'eau qui seule peut les occasionner.

Il s'est formé et se forme habituellement des combes dans cette communauté, oiï, faute de moyens et de secours, on ne les a pas comblées dans le principe, où le moindre travail aurait suffi pour les empêcher, ou du moins qu'elles ne devinssent aussi profondes

Barrages, fortifications.

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et aussi dangereuses. Il y en a, entre autres, une auprès du hameau des Manins; elle pend du levant au couchant; elle s'est prodigieusement agrandie depuis quelques années par des ravins supérieurs, et [on] pense, d'après la position des lieux, quelle est irréparable; mais, à Tégard des autres combes, on pourrait non seulement parvenir à en empêcher les progrès, mais encore à les fermer insensiblement par le moyen des arrêts. Il est plus que d'un exemple où ces arrêts ont fait les meilleurs effets, dans les endroits, par exemple, où les chemins se trouvent coupés par des ravins qui se sont répandus dans ces combes. La nécessité a obligé les habitants à faire des arrêts pour rétablir les chemins et l'on voit avec satis* faction que, non seulement dans les endroits où ces arrêts sont faits, le sol a repris son point de hauteur, mais encore que, les terres se serrant, il n'y a plus d'ébouieoMut. C'est ce que l'on dé* couvre dans nombre de villages de fEmbrunais, où la nécessité des chemins a obligé d'user de pareils arrêts.

La conmiunauté a différents canaux d'arrosage; les principaux sont celui de Méaïle et du VtllareL Ils prennent l'un et l'autre leur source dans le torrent de Grévoux, qui est au levant et à trois lieues environ de distance. Le plus essentiel est celui de Méalle qui passe sur la sommité des montagnes à travers des rochei*s et d'un terrain qui coule si facilement que, toutes les années, on est obligé d'y faire faire par Corvée de grandes réparations, sans lesquelles la majeure partie des habitants manquerait d'eau. On tient habituellement , pendant le temps des arrosages, une personne que la communauté paye et qui est obligée de parcourir journellement ce canal pour réparer les brèches ou irruptions que l'eau y cause et éviter, par ce moyen, des dommages aux propriétaires inférieurs; mais, malgré cette précaution, les irruptions sont si fréquentes, surtout dans l'étendue du territoire de Grévoux, où l'eau est plus abondante dans ce canal, qu'indépendamment d'une fourmilière de procès, auxquels ces irruptions ont donné lieu, il n'y a pas d'année qu'il ne s'en intente encore, tant entre les deux communautés que parmi les particuliers.

Le canal du Villaret, qui est inférieur à celui de Méalle, serait susceptible de porter un plus grand volume d'eau dont la communauté aurait un grand besoin, parce que, malgré tous les soins et les travaux , elle en manque et pour cela il faudrait donner plus de profondeur à ce canal et plus de largeur, ce qui ne pourrait se faire qu'en minant des parties de rocher à travers lesquelles l'eau passe.

Le territoire de Saint- Sauveur s'étend au ddà du torrent de

Vachères et dans la partie du couchant. U y a trois canaux porteurs pour l'arrosage des terres dans cette partie. Ils sont exposés à des ravins qui les coupent annuellement, parce que les forêts supérieures sont dégradées. Malgré ces trois canaux, Teau y manque et Ton pourrait s'en procurer davantage en agrandissant le lit de ces canaux, ce qui exigerait, pour (|uelques*uns, que l'on emploie la mine à travers les rochers oii les lits sont trop étroitement creusés. En delà de la grande combe dont on vient de parler et du côté du levant d'icelle, il y a une prairie qui se trouve au-dessous de la montagne, qui n'est autre chose qu'un rocher aride, sans bois ni gazon. Il est fort élevé et d'une pente précipitée. Les eaux qui découlent de cette montagne, en temps de pluie ou de la fonte des neiges, abîment cette prairie. Pour y remédier, il n'y a d'autre ressource que de faire une raze en tête de cette prairie, et on la ferait perdre dans cette combe; mais, sans des secours et le concours de l'autorité, il n'est pas possible de l'entreprendre. Cependant, c'est un objet très important pour la conununauté.

15. Il n'y a dans cette communauté que 930 bestiaux gros et menus. Savoir : 5o bœufs, ao juments, lâo bourriques et ySo bétes d'avérage. Le défaut de fourrages esl cause que l'habitant ne tient que les bestiaux indispensables pour la culture des fonds de terre et, malgré cela, souvent il leur en manque. Les habitants se réunissent pour acheter en commun, au nombre de deux ou trois et souvent quatre, des bœufs qu'ils emploient à faire leurs labours , et il est certain que si la conununaulé se procurait plus d'eau d'arrosage, les prairies s'augmenteraient et l'on pourrait, par ce moyen , augmenter les bestiaux de toute espèce.

16. Il n'y a point dans la communauté ni dans les circonvoisines, pas même à Embrun, d'artistes vétérinaires ni de maréchal cxpei*t. Il n'y a que des maréchaux qui savent à peine ferrer. Aussi a-t-on le désagrément de voir périr souvent des bestiaux de toute espèce, de maux légers, qui, faute de remèdes utiles, deviennent incurables.

17. Il n'y a d'autre industrie que celle de laboureur. Il n'est même pas possible d'y établir aucun commerce. Les habitants sont oisifs pendant au moins cinq mois d'hiver. Mais, si l'on établissait dans le voisinage des fabriques ou des manufactures et qu'on détaille les ouvrages, l'appât du gain pourrait réveiller l'industrie des habitants qui, avec certaines dispositions, pourraient s'occuper

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