MANIFESTE DU R.P.A
Electeurs/ El ectrîce s, Citoyens,
Le 17 juin, pour la seconde fois dans ce pays, auront lieu les élections législatives. Nous demandons à vous tous, dans la mesure de vos moyens, de nous aider à ce que cotte consultation se fasse dans le calme. Gela est possible. Il suffit de le vouloir ensemble. Nous regrettons qu'une certaine littérature journalistique continue avec des noms d’emprunt, à vouloir attiser les querelles et les divisions. Nous déplorons qu'il y ait des gens qui iTaient pas encore compris le mal qu'il font en entretenant une atmosphère de discorde.
obligés
Gcs élections ^présentent dans des conditions exceptionnelles pour nous.
Des frères sont tïnçbés, plusieurs sont encore en prison, d’autres ont été d’abandonner leurs villages.
C’est dans cette situation douloureuse que nous aurons à voter.
Le docteur Léon Boutbien, irï&jqnbre du comité directeur de la S, F, I, G,, un nom dont on ne saurait suspecter d altacheïr&vec le R.D.A., écrivait, îe 14 février 1951, dans Franc- Tireur, au lendemain de ï1 inauguration du port d’Abidjan : t Les incidents sanglants de l’année sont encore présents h Tesprit. Ils qj\1 été déformés et grossis dans l’opinion métropolitaine. C’était plus une lutte intérieure entr^^Jes différentes opinions autochtones qu'une révolte organisée contre la France », Telle est l’appréciation objective que porte un métropolitain rompu aux choses d’outre-mer, sur la genèse des douloureux événements qui ont endeuillé notre territoire et coûté bien de larmes et de sang.
Une commission d’enquête a été envoyée en Côte d’ivoire. Son rapport a été déposé, il sera soumis à la prochaine Assemblée qui ITcra les conclusions qui s’imposent.
Le jugement des journaux comme Glim&ts , Juvenâl et autres feuilles partisanes n est pas ie jugement de la France.
Faisons confiance à l'idéal do justice qui anime tout Français et tournons les yeux vers l1 avenir P Pour cela revoyons un instant le passé.
Eu 1945, nous avons envoyé notre premier député Félix Houphouet en France, à l'Assemblée constituante. Vous savez ce que le pays doit à son action historique envers les
travailleurs. Un an après, il repartait pour l'Assemblée Nationale avec Ouezzin Coulibaly et notre regretté Kadore Zinda.
Trois partis politiques se partageaient le pouvoir en France. Nous avions, au congrès de Bamako, autorisé nos parlementaires à s’apparenter avec le parti politique qui se montrerait favorable au programme du développement social et économique de notre pays»
Le parti communiste se rapprocha de nous et nous manifesta la plus large compréhension ; il n'était pour nous qu'un parti au sein du Gouvernement français, Tant qu'il resta au pouvoir, nos élus ne furent ni inquiétés, ni traités d'an ti -français ou de séparatistes. La lutte entreprise contre ce parti s'étendit au R.D.A. qui, cependant n'avait cherché dans cet apparentement qu'un appui parlementaire et non un programme politique.
Si notre mouvement avait été d'inspirations et de tendances communistes, répressions et emprisonnements n'auraient rien pu contre nos convictions.
Mais nous ne sommes pas communistes.
Nous ne l'avons jamais été ; nous sommes pour la prospérité de notre terre d'Afrique et le relèvement social de ses habitants.
Nos élus du Rassemblement démocratique africain ont abandonné l'apparentement de propos délibéré pour constituer un groupe parlementaire non placé sous l'obédience d'aucun parti politique métropolitain.
Nous l’avons fait pour deux raisons : d’abord parce que nous n'avons jamais assigné le communisme comme but au R.D.A., ce vaste rassemblement de toutes les couches sociales africaines sans distinction de race ni de religions. Ensuite, la lutte de classes qui est à la base du communisme n'a pas sa raison d'être dans un pays ou la société n'est, pas encore compartimentée. Nous pensons que ce faisant, nous permettrons à ceux qui nous ontquiLté en raison de notre apparentement, de réintégrer la grande famille. Nous l'avons fait pour désarmer ceux qui, souvent de mauvaise foi, ont exploité contre nous le prétexte communiste*
Anti-français, nous ne Y avons jamais été ; nous ne le sommes pas, et ne sommes pas prêts à l'être. Il faut, dans l'intérêt de notre coexistence obligatoire, reconsidérer nos relations, compte tenu de la nécessité historique et géographique* Il n'est pas possible, de penser que la France et les territoires peuvent se passer l'un de l'autre. Nos destins ont été mêlés depuis trois quarts de siècle, et, en plus des sentiments affectifs, une nécessité vitale nous commande aujourd'hui le recensement complet des moyens et des possibilités de l'Union française*
Des incidents regrettables ont troublé notre territoire, mais vous pouvez rendre cette justice qu'aucun colon, aucun commerçant, aucun européen civil n'a été inquiété et pourtant, leur dispersion à travers la forêt les rendait très vulnérables. C'est le démenti patent que la soî-disante rébellion n'est qu'une fable servie pour la cause du slogan qui voudrait qu'il y aiL des anti-français. Les Africains réalisent très bien la différence entre les colonisations et ne confondent pas ce que peuvent être certains Français pris isolément et ce qu'est la France entité historique et morale,
Faut-il rappeler qu'aux heures graves où la France ne pouvait qu'espérer, c’est d'un territoire d'outre-mer qu’est venu l'espoir ? Faut-il rappeler le spectacle de la mairie d’Abidjan craquant de volontaires pour voler au secours de la France envahie ? Et pour ne prendre qu un cas entre mille dans le geste héroïque accompli par les noirs français en Europe, nous citerons l'héroïsme des deux cents tirailleurs africains de Ghasselay, capturés en 1940 après avoir tenu un bataillon allemand en échec durant quarante-huit heures aux portes du Cher, refusant de se rendre et livrés ainsi à la furie allemande, broyés vivants sous les tanks lourds sans qu'un cri, sans qu'une plainte ait jailli d'une seule bouche. Il est impossible d’attribuer à l'inconscience de tels dévouements.
Chers compatriotes.
Plusieurs listes briguent aujourd’hui vos suffrages. Les candidats sont tous des enfants do pays. Vous les connaissez, vous savez séparément leur amour pour le pays, leur volonté d’pnîon, leurs aptitudes, leur dévouement à la cause publique, leurs désintéressements, ri n fluence qu’ils exercent sur la niasse et la confiance que celle-ci leur porte pour que nous nous élevions au-dessus des accusations gratuites, des basses calomnies, des mensonges oulranciers, des astuces subalternes, afin de vous exposer honnêtement ce que nous nous proposons de réaliser, compte tenu du concours des autres élus, si, comme nous l’espérons fermement j vous nous renouvelez votre confiance.
Trois législatures pour l'un d’entre nous, une pour l’autre, toutes très riches eu enseignements nous ont beaucoup appris. Notre engagement, en rapport avec nos possibilités d’action dans une Assemblée où les élus d’outre-mer sont en minorité, sera très modeste* Il faudra avec plus d’entente entre les élus, et J a collaboration avec tout le Gouvernement que 3a France se sera librement donnée, arriver le plus rapidement à doter nos territoires*
: — d'un Gode de travail, charte de toute activité laborieuse d’ou ire-mer ;
— d an Conseil général aux pouvoirs étendus, compensant l'insuffisance de la représentation territoriale aux Assemblées législatives ;
— des municipalités dans les grandes villes ou tout au moins au chcMîeu de chaque territoire ;
— Les devoirs égaux en face de l’ennemi exigent ^égalité absolue dans le statut du soldat de l’Union et dans Ta L tribu Lion des pensions des combattants ;
— Pour le développement économique du pays, il convient que la métropole consente des mises de fonds beaucoup plus importantes ; il importe de trouver une solution pour que les particuliers puissent atteindre le crédit indispensable a leurs entreprises;
— Pour l’essor social, il faudra en même temps que les municipalités consentent à concevoir un plan d’urbanisme moderne, capable d’assainir nos villes, nos villages ;
— L’école et le dispensaire restent les compléments indispensables de chaque village, et forment Fobjectif final auquel nous tendons. Un grand effort doit être accompli en faveur de nos étudiants en France. La jeunesse, espoir de notre pays, doit être aidée et guidée vers des activités orientées dans un but d’éducation.
Nous ne saurions oublier que nous sommes les dirigeants d’un grand mouvement qui a Faudience d’une grande partie de la masse africaine. Cette grande confiance que les masses nous témoignent implique pour nous des lourdes responsabilités* responsabilités, plus lourdes encore en Afrique qu’en France,
ici, l’effort à accomplir pour engager résolument notre pays dans la voie tjp progrès économique et social reste immense. Il ne peut être efficacement réaijsé que dans pn climat de paix, de confiance mutuelle, de fraternelle concorde*
Ce n’est pas le caractère obligatoire du travail que nous avpn^ définitivement condamné : c’est le bas salaire, le mauvais traitement, le logement insalubre, ia nourriture insuffisante* S’il veut mener une vie digne et décente, l'homme ç|pit obligatoirement travailler. Mais cc travail, pour lui, doit être profitable, doit être suffisamment rémunéré.
Ces considérations définissent nos responsabilités dans la solution des problèmes posés en Côte d’ivoire* Contribuer de toutes 110s forces, de tout notre cœur à créer un climat d’union, de paix, indispensable au développement économique et social de la Côte d’ivoire, telle doit être notre prééminente occupation.
La liberté politique sans la liberté économique est une illusion* Il nous faudra donc, dans la paix retrouvée, produire, produire davantage, produire en meilleure qualité et obtenir pour chacun la juste rémunération de son travail*
Pour l’accomplissement de cette immense tache, nous appelons tous les citoyens de ce pays, Métropolitains, Sénégalais, Soudanais, Guinéens, Voltaïques, Nigériens, Dahoméens,
Togolais, Camerounais, Aéfîens de naissance mais Ivoiriens de cœur et vous nos chers compatriotes, autochtones de la forêt ou de ïa savane.
C’esi à celte condition que nous pourrons faire de ce territoire de Côte d'ivoire, aux immenses ressources latentes, un des plus beaux fleurons de ls Union française et atteindre ici le but recherché qui e^t V union intime et fraternelle enLre Métropolitains et Africains dans une Côte d’ivoire heureuse et prospère.
Une page est tournée ; sur la nouvelle toute blanche, inscrivons une résolution : faire de la Côte d Ivoire le plus beau territoire de T Union française *
Vive le K,D.À* 1 Vive la Côte d'ivoire 1 Vive la France l Vive l’Union française !
Feux HQUPHOUET-BOIGNY
Chef de Canton. — Médecin africain, — Planteur — Conseiller général Grand conseiller. — Président du Rassemblement démocratique africain, — Député sortant
Quezüin Daniel COULIBALY
Instituteur. — Conseiller général Secrétaire politique du R.D.A. — Député sortant
Liste cPUnion française*
PROFESSION DE FOI Electrices et électeurs de Côte d Ivoire,
En 1946, le pays conscient de la force et de l'efficacité que donne Tunion? s était groupe pour soutenir une seule liste et faire élire trois députés : Houphouet Roigny, Coulibaly Ouezzin et feu Kabore Zinda,
La confiance totale que le pays avait placée dans ces représentants a été trahie. Les cinq années de mandat au Parlement français ont été consacrées sur le plan métropolitain à une opposition stérile au Gouvernement de la République ; sur le plan territorial à ï instauration d’un mouvement politique qui a sapé les libertés sacrées des citoyens en se livrant à des actes de terrorisme, de pillages, d'incendies, de meurtres et d’insurrection.
Cette politique s'est condamnée elle-même par le sang qu elle a lait couler, par le grand nombre d'irresponsables qu’elle a fait jeter en prison. Les représentants élus en 1946, responsables de tous ces malheurs et de l’intolérable perturbation économique, ont conduit le pays au bord du gouffre. Ni leur désapparentement simulé du Parti communiste, ni leur parodie de rapprochement avec le Gouvernement delà République, ni leur honteux assujettissement a certains hommes et partis politiques qu'ils avaient vilipendés sur les tribunes publiques, ne leur redonneront la confiance du pays qu'ds ont trahi.
En 1951, sept listes marquent îa réprobation de tout le pays contre l'équipe de 1946 qui a détourné le mandat reçu.
Eleetrices et électeurs de 1951,
En sollicitant vos suffrages, nous venons prendre rengagement solennel devant le peuple africain et devant la population européenne de Côte d’ivoire dont les intérêts sont également importants et solidaires, devant les associations syndicales et coopératives de tous ordres, devant l'Association des chefs coutumiers et des anciens combattants, d’utiliser notre mandat de députés, si vous reportez sur nous votre entière confiance, à œuvrer î
Sur le plan politique et administratif.
Pour l'application de la Constitution française ;
Pour le respect des libertés des citoyens^
Pour élaboration de lois justes réglant l’organisation des assemblées territoriales ei des municipalités ;
Pour l’extension de la réglementation judiciaire actuelle ;
Pour le vote rapide de la loi sur le statut des chefs africains*
Sue le plan social.
Pour l'application d’un Code du travail équitable ;
Pour l’amélioration du sort des travailleurs (fonctionnaires, employés de commerce et de F industrie, artisans de toutes catégories, agriculteurs, éleveurs, petits commerçants, transporteurs, etc,) ;
Pour la lutte contre l'analphabétisme et la revalorisation de la fonction enseignante ;
Pour le développement accéléré et rationnel des services médicaux ;
Pour la sauvegarde de Fégrdité des pensions et retraites de tous les anciens combattants et l’amélioration du statut des militaires en activité ;
Pour l’extension du service social et l’application aux travailleurs des lois sur la sécurité sociale ;
Pour le développement et Famélïoration de l’habitat grâce à la réalisation de vastes programmes de logements permettant Faccès à la propriété.
Sur le plan économique.
Pour aider :
— tous les efforts de production agricole forestière et minière,
— tous les efforts d’industrialisation liée aux productions du pays,
— tous les efforts d’équipement favorisé par le F* LD* E/S, ; routes bitumées, ponts définitifs, port d’Abidjan, wharf de 5assandra, chemin de fer amélioré, aérodromes d’Abidjan et de l’intérieur, adduction d’eau, réalisations du génie rural,
— pour F enrichissement de toutes les couches sociales grâce à une sage politique de crédits et d’épargne.
Electeurs métropolitains,
Vos voix doivent s’ajouter â celles de tous les Africains soucieux de voir le pays travailler désormais dans la paix et Ja concorde* Vos suffrages sont nécessaires pour que la civilisation française triomphe, pour quejla prospérité règne de plus en plus dans ce pays.
Electeurs africains et métropolitains.
Vous voterez le 17 juin pour la liste d’Union française*
Vous voterez :
— pour la paix contre la guerre civile,
“ pour l’ordre contre le désordre forcené,
— contre les destructions et les ruines pour le respect de la propriété,
— contre les entraves à la liberté du commerce, pour le respect des droits du travail.
Tous aux urnes le 17 juin 1951, dans FenLhousïasme et la volonté de marquer votre maturité politique, la volonté de détruire les méfaits des cinq dernières années d’aventures communistes.
Vive la République !
Vive l’Union française !
Vive la Côte d’ivoire î
Sekou SAN OC 0
Commis principal du cadre supérieur* — Conseiller général* — Grand conseiller de PÀ*Û.F.
Chevalier de l’Etoile noire du Bénin. — Officier de réserve.
Kacou AO U LO U
Directeur de société. «-* Conseiller général de la Céto dl voire.
Appel aux èlectrices H électeurs de la Côte d'ivoire*
Compatriotes,
L’Assemblée Nationale de la République française, élue depuis octobre 1946, vient de rendre son mandat a sés électeurs* La Côte d'ivoire se trouve à nouveau devant ce grave problème du choix des délégués à envoyer par le verdict du suffrage du 17 juin 1951 à l'Assemblée Nationale* Le choix n'est pas facile. Celui d’octobre 1946, en la personne de M. Houphouët, vient de sé marquer par l'effusion de sang d innombrables entants du pays induits en erreur par celui qu’ils avaient choisi pour défendre leurs intérêts.
Ce bilan désastreux de cinq années de politique ne doit plus permettre au député sortant d'obtenir un nouveau mandat* Sa candidature est d’ailleurs une insulte aux nombreuses familles qui pleurent encore leurs enfants, enlevés h leur affëcLion par une politique de haine et de démagogie*
Vous avez tous connu les misères de cette politique communiste qui a valu, depuis 1949, le départ du groupe R.D.À* de la majorité de l'élite intellectuelle du pays*
Mais le mensonge cherche à nouveau à triompher par la puissance de l'argent, le mensonge cherche à régner par la corruption, la calomnie, la propagande à pas feutrés dans la nuit*
Si cette fois vous votez pour le R*D.Â*, vous n’aurez plus d’excuses, et les générations futures vous considéreront comme les vrais coupables du retard qu'aura connu la Gôte d'ivoire. /
Si, au contraire, vous votez pour 3â liste de coalition Sekoü Sanogo, Kacou Âoulou, vous aurez fait franchir à votre pays une nouvelle étape sur la voie du progrès par l'Ordre et le travail*
Votez tous pour la liste d’Union française.
Le Comité.