‹ Recueil des traités, conventions et actes diplomatiques concernant la Pologne (volume 2)Chapitre 101 sur 106 · Marlen8,N. R. , 571. — Kluber,."VlI · texte numérisé non relu

Marlen8,N. R. , 571. — Kluber,."VlI

40 drnpcaux et 60 pièces de canon. Le 28, 29 et 30 nous avons poursuivi nos succès.

Le 12 septembre , le prince Poniatow.sJii , avec le 8' corps, était à Slolpcn. Le 16, à Petersvvalde, le pénéral Ornano fil faire de belles charges à sa division de cavalerie de la garde et à la brigade de chevau-légcrs polonais du prince Poniatovvski.

Le 24, le 8' corps du prince Ponialowski a repassé sur la rive droite de l'Elbe, et le 28 il s"est porté sur Penig. Le 2 octobre il s'est porté sur Allembourg, il a culbuté l'ennemi, lui a fait plus de 400 prisonniers et la chassé en Bohème.

Le 15, le S"" corps se trouvait entre Dolilz et Liberwolkowilz. Le résultat de nos divers mouvements dans ces dix jours a été de ."jOOO prisonniers, plusieurs pièces de canon et beaucoup de mal fait à l'ennemi. Le prince Poniatowski s'est, dans ces circonstances, couvert de gloire.

Le 15 octobre, le prince Schwarzenberg, commandant l'armée alliée ennemie , annonça à l'ordre du jour , que le lendemain 16 , il y aurait une bataille générale et décisive.

Le comte Laurislon, avec le £• corps, défendait le viJl.ige de Liberwolkowitz; le prince Ponialowski, avec ses braves polonais, défendait Drelilz. et le duc de Bellune, Wachau. L'ennemi se relira, et le champ do bataille nou> resta en entier. On ne saurait Irop faire l'éloge de la conduite du comle Laurislon et du prince Ponialowski dans cette journée. Pour donner à ce dernier une preuve de sa satisfaction, l'Empereur l'a nommé, sur le champ de bataille, maréchal de France, et a accordé un grand nombre de décorations aux régimcnu polonais.

Le 18 , l'ennemi est revenu avec de nouvelles forces , et s'approcha de Leipzig Le duc de Padoue, avec le général Dombrowski , gardait la position et le fau bourg de Leipzig, sur la roule de Halle. Le prince Ponialowski et le gé;icral Lefol défendaient le pont de Kohnewilz. L'Empereur se plaça il Slellevilz; le duc de Reggio fut envoyé pour soutenir le prince Ponintowski et le duc de Trévise pour garder les débouchés de la ville de Leipzig. La victoire paraissait certaine, lorsr|ue toute l'armée saxonne et la cavalerie wurtembergeoise passèreol à l'ennemi. Celte trahison , non-seulement mil le vide dans nos lignes , mais livra à l'ennemi le débouché important confié à l'armée saxonne, qui poussa l'infamie au point de tourner sur le champ 40 pièces de canon contre la division Durrelle. Malgré cela la bal lille resta en entier en noire pouvoir, eirarraéc gallo-polonaise resta victorieuse aux champs de Leipzig, comme elle l'avait cic aux champs de Wachau.

Mais, dans la nuit suirantc, les rapports annoncèrent que les munitions df guerre étant absorbées , on ne pouvait se réapprovisionner qu'à Magdebourg oui Erfurl. Ceci rendait nécessaire un prompt mouvement sur un de nos deux grand» dépôts : l'Empereur se décida pour Erfurt, d'autant plus qu'il venait d'apprendre la défection du Bavarois.

Pendant que, le 19 , les canons, bagages et troupes prenaient le chemin d'Erfurt , le duc de Tarente et le prince Ponialowski furent charges de garder Ie> faubourgs et de les défendre assez de temps pour laisser tout déboucher. L'ennemi aliaiiua vivement le duc cl le prince, et fut plusieurs fois repoussé; mai» les Saxons tirèrent sur nos troupes de dessus les remparts; ce qui obligea d'accélérer la retraite.

L'Empereur avait ordoaaô au génie de pratiquer des fougasses sous le graJid

' AJ^NÉE 1815. 597

pont qui est entre Leipzig et Lindenau , afin de le faire sauter au dernier moment. Le caporal , homme sans intelligence , et comprenant mal sa mission , cn^ tendant les premiers coups de fusils tirés des remparts de la ville, mit le feu aux fougasses, et fit sauter le pont. Une partie de 1 armée était encore de l'autre côté , avec un parc de 80 bouches à feu et de quelques centaines de voitures. Un cri d'épouvante se propagea de rang en rang : l'ennemi est sur nos derrières, et les ponts sont coupés. Ces malheureux se débandèrent et cherchèrent à se sauver. Le duc de Tarente passa la rivière à la nage ; le comte Laurislon moins heureux , se noya; le prince Poniatowski , monté sur un cheval fougueux, s'élança dnns l'eau et n'a plus reparu. L'Kmpereur n'apprit ce désastre que lorsqu'il n'était plus temps d'y remédier. Il est impossible de peindre les regrets que l'armée a donnés au prjnce Poniatowski, au comte Lauriston et à tous les braves qui ont péri par la suite de ce funeste événement.

Le 23, l'Empereur est arrivé à Erfurt, où l'armée trouva tout ce dont elle avait besoin.

L'ennemi qui avait été consterné des batailles du 16 et du 18, a repris, par le désastre du 19, du courage et de l'ascendant de la victoire.

Le 30, l'ennemi chercha à nous barrer le passage, non loin de Ilanau, mais il fut battu complètement, et le 31 l'Empereur arriva à Frankfort.

Tous nos alliés nous ont trahis ou abandonnés; les Polonais seuls nous sont restés fidèles. Toute l'Europe marchait avec nous il y a un an; toute l'Europe marche aujourd'hui contre nous : c'est que l'opinion du monde est faite par la France ou par l'Angleterre.

Le prince Dominique Radziwill mourut le 1 1 novembre , à la suite d'une blessure reçue à la bataille de Hanau ; le dévouement de cet illustre patriote pour la Pologne était sans borne.

Pour compléter les faits ci-dessus il semble indispensable do citer ici le passage suivant d'un historien de cette époque si malheureuse pour les Polonais.

<r Après le désastre de Leipzig, les Polonais suivirent le mouvement de retraite de l'armée française, en combattant, dans toutes les occasions, avec leur courage accoutumé. Au moment de repasser le Rhin pour entrer en France, ces chevaleresques débris voulurent obtenir de la bouche de Napoléon une déclaration fjrmelL' sur ses intentions relativement au sort futur de la Pologne. Mais les revers n'avaient pas encore suffisamment éclairé Napoléon sur ce qu'il devait à ses amis. Le 27 octobre 1813, sur un tertre écarté delà route, non loin do Fulde, et au milieu d'un cercle composé d'officiers polonais réunis, il leur adressa une allocution, qui devait être un élan de reconnaissance pour vingt années de dévouement et d'encouragement à ces cœurs désolés!...

«t On m'a rendu compte de vos intentions: comme Empereur, comme gé- « néral, je ne puis que louer vos procédés; je n'ai rien à vous reproclier. Vous « avez agi loyalement envers moi; vous n'avez pas voulu m'abandonner sans me « rien dire, et même vous m'avez promis de me reconduire jusqu'au Rhin.... « Aujourd'hui je veux vous donner de bons conseils. Dites-moi, où voulez-vous « retourner? Chez voire roi , qui peut-être lui-môme n'a plus d'asile.... Je vous « l'ai donné pour votre souverain , parce que d'autres puissances n'ont pas voulu « voir, à la tête de votre nation, un homme qui eût plus d'énergie. 11 fallait « vous donnerun Allemand , pour ne pas exciter la jalousie de vos ennemis; et, « comme c'est un honnête homme, mon ami particulier, je l'ai fait votre duc, « pour qu'il fût l'organe de mes volontés.... Quanta vous, vous êtes le» maîtres

« de retourner chez vous, si c'est votre intention j deux ou trois mille hommes •« de plus ou de moins, tout hrnves que vous êtes, ne changeront rien à mes « aiïaires. Mais craignez que vos frères, que la postérité n'aient à tous repro- « cher sila Pologne n'existe plus! Si vous m'almndonne/., je n'aurai plus le droit c de parler pour vous ; et je crois que , malgré les désastres qui ont eu lieu . je a suis encore le plus puissant monarque de l'Europe. Les choses peuvent prcn- « dre une autre face.... Et, d'ailleurs, comme vous existez par les traites « jusqu'à ce qu'il y en ait un autre , votre existence politique n'est pas anéantie « Si même j'étais contraint de vous sacrifier, on fera mention de vous dans le « prochain traité de paix. Alors vous pourrez retourner tranquillement chez « vous.... Maintenant, vous rentreriez chapeau bas; qui sait si un jour vous ne « rentrerez pas les armes à la main? J'ni toujours tenu à votre existence et a pour vous en donner la preuve, lisez le Moniteur , il vous éclairera sur un a traité de paix fait avec l'Empereur d'Autriche, par lequel il me cédait la Ga- • licie en échange de l'Illyrie.... Si je ne tenais pas si fort à vous, j'aurais pu « faire la paix à Dresde, en vous sacrifiant.... Vous vous nourrissez toujours de « l'espoir dans les temps les plus critiques : aujourd'hui . s'il vous abandonne, on o vous taxera d'inconstance et de lép;érelé.... D'ailleurs, si vous aviez fait plus a d'eiïorts pendant que je me suis trouvé en Russie; si votre diète eût ordonné tune pospol île; si 40,000 hommes de cavalerie légère eussent couvert marea traite , j'aurais pu passer l'hiver chez vous, et la Pologne aurait recouvré son « existence....

a A ce reproche si injuste et si peu mérité, le lieutenant-colonel Arthur Potoçki, aide de camp du prince Joseph Poniatowski , interrompit Napoléon et lui dit d'une voix calme: « Sire, c'est Votre Majesté elle-même qui a toujours retenu l'enthousiasme de la nation polonaise; quand nous vous avons tout donné, vous exigiez toujours davantage. Et qu'a répondu Votre Majesté aux 'députés de la diète confédérée et à ceux de la Litvanie? Des paroles vagues et décourageantes qui ont anéanti partout l'enthousiasme et abattu les courages les plus éprouvés!...

a En entendant pour la première fois depuis longtemps des vérités sévères et articulées d'un ton respectueux mais ferme , on vit Napoléon se trouliîer proîondément: il balbutia quelques mots inintelligibles: «en rejetant les motifs « de sa conduite sur les circonstances.... sur la politique..,, sur la nécessité ùc « ménager l'amitié de l'Autriche....»

a Enfin, pour mettre un terme à ces pénibles et tardives justifications, tout le monde s'écria qu'on était prêt à suivre partout l'Empereur; qu'on voulait seulement savoir comment il regardaitles corps polonais dans les circonstances d'aujourd'hui? « Je vous regarde, reprit-il, comme les troupes du duché de Œ Varsovie, comme les troupes alliées, comme les représentants de votre nao tion. Vous aurez vos relations avec le ministre des affaires étrangères....» A ces paroles les cris de vive VEmpereur! les protestations qu'on ne l'abandonuerail pas, retentirent de toutes parts; et en"ectivement, les Polonais restèrent ■fldèles à la France jusqu'à l'île d'Elbe et jusqu'à la journée de "Waterloo!...» (Léonard Chodzko. La Fol. illustrée, p. 222).

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Lctlre de KosciuszkOy à l'Empereur Alexandre /", relative à la Pologne et à la famille de Zeltncr.

Derville,le 0 avril 1814'.

Sire,

Si de mon obscure retraite j'ose adresser ma prière à un grand monarque, grand capitaine et surtout protecteur de l'humanité..., c'est parce que sa générosité et sa magnanimité me sont bien connues.

Je vous demande trois grûces :

La première est d'accorder une amnistie générale aux Polonais, sans aucune restriction, et que les paysans dispersés dans les pays étrangers soient regardés comme libres s'ils rentrent dans leurs foyers.

La deuxième, que Votre Majesté se proclame Roi de Pologne avec une constitution libre, approchant de celle de l'Angleterre, et qu'elle y fasse établir des écoles entretenues aux frais du gouvernement pour l'instruction des paysans ; que la servitude de ceux-ci soit abolie au bout de dix ans et qu'ils jouissent de leurs possessions en toute propriété. Si mes prières sont exaucées, j'irai personnellement, quoique malade, me jeter aux pieds de Votre Majesté pour la remercier et lui rendre hommage, le premier, comme à mon souverain. Si mes faibles talents pouvaient être encore de quelque utilité, je partirais à l'instant pour rejoindre mes concitoyens, pour servir ma patrie et mon souverain, avec honneur et fidélité.

Ma troisième prière, Sire, quoique particulière, intéresse beaucoup mon cœur et ma sensibilité. J'habite depuis quatorze ans dans la maison respectable de M. Zeltncr, Suisse de nation, jadis ambassadeur de son pays en France. Je lui dois mille obligations, mais nous sommes pauvres tous deux, et il a une nombreuse famille. Je réclame pour lui une place honorable, soit dans le nouveau gouvernement français, soit en Pologne. Il est instruit, et je réponds de sa fidélité à toute épreuve.

Je suis avec le plus profond respect, de Votre ^Majesté, etc.

T. Kosciuszko.

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